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lundi 31 mars 2008

La Tunisie, un acteur majeur de l'Union pour la Méditerranée

M. Afif Chelbi, ministre de l'industrie, de l'Energie et de PME a animé, récemment à Paris, à l'invitation de l'association ''Echanges franco- tunisiens'', une rencontre ayant pour thème ''La Tunisie, un acteur majeur de l'Union pour la Méditerranée'', en présence notamment de M. Hervé Novelli, ministre français chargé des entreprises et du commerce extérieur et l'ambassadeur de Tunisie à Paris.
Au cours de cette rencontre, organisée annuellement par cette association, et devant un auditoire formé de personnalités des milieux économiques français et d'hommes d'affaires, M. Afif Chelbi a mis en exergue l'évolution positive des échanges économiques entre les deux pays, indiquant que le nombre des entreprises françaises implantées en Tunisie ne cesse de croître et s'élève actuellement à 1180 dont environ 800 dans le secteur industriel.

Exposant dans son intervention, les acquis du partenariat industriel tuniso-français, en particulier le flux d'échanges industriels générés par cette dynamique.
Il s'est référé à cet égard, au dernier rapport du conseil français des investisseurs en Afrique ''CIAN 2008''.

Ce rapport a mis en exergue la bonne santé des entreprises françaises implantées en Tunisie dont 70 pc ont affirmé avoir enregistré une augmentation de leurs chiffres d'affaires entre 2006 et 2007, a précisé, à ce sujet, le ministre de l'industrie. M. Chelbi a indiqué que la Tunisie premier pays du sud de la méditerranée à intégrer la zone de libre échange avec l'UE (janvier 2008), présente des opportunités à saisir par les industriels tunisiens et européens de manière générale.

Certains grands groupes industriels européens et internationaux, a-t-il soutenu, s'orientent désormais vers la Tunisie qui a engagé au cours des dernières années de grandes projets immobiliers et énergétiques ainsi qu'une stratégie ambitieuse en matière de technopoles spécialisés dans différentes activités porteuses.
Le ministre de l'industrie a relevé que les pays de la région méditerranéenne font face aux mêmes défis et sont appelés de concevoir en commun une approche de co-développement, soulignant que la Tunisie adhéré pleinement à l'initiative de créer une union pour la méditerranée pour impulser notamment le processus euro-med.

En marge de cette rencontre, M. Afif Chelbi s'est entretenu en particulier avec M. Hervé Novelli avec lequel il a évoqué l'évolution de la coopération bilatérale économique et les moyens d'impulser davantage le partenariat industriel tuniso- français.
Investir-en-Tunisie.net - Article du 21-03-2008

Le siège de l'Union Méditéranéenne à Tunis ?

La capitale tunisienne aurait été choisie par Nicolas Sarkozy pour abriter le secrétariat de l'Union pour la Méditerranée. Il s'agirait d'un cadeau du président français à son homologue tunisien, en remerciement de son soutien précoce au projet.
Selon une source fiable, Tunis aurait de grandes chances d'être choisie pour accueillir le siège du secrétariat de l'"Union pour la Méditerranée" - un choix pour le moins contestable.
Il s'agirait d'un cadeau de Nicolas Sarkozy au président tunisien Ben Ali en remerciement de son soutien précoce au projet du nouveau président français -projet dont l'ampleur a été fortement réduite par la suite - et des liens très étroits entre les services français et tunisiens dans la lutte contre le terrorisme.
Info du blog de Vincent Jauvert, grand reporter au Nouvel Observateur - 28 mars 2008

dimanche 30 mars 2008

Union pour la Méditerranée : où en est-on ?

Treize années se seront écoulées, étayées d’espoirs, d’échecs et d’hésitations. Le projet de rapprochement des deux rives de la Méditerranée, formellement mis sur pied en 1995 sous le nom d’Euromed avec le processus de Barcelone, a franchi une nouvelle étape, le jeudi 13 mars 2008. Le Conseil Européen a adopté un projet d’Union pour la Méditerranée dont il est cependant difficile de cerner les contours : s’agit-il toujours de l’Union mise en avant par le Président Sarkozy, dessinée lors de son discours de Toulon de février 2007 alors qu’il n’était que candidat à la Présidence de la République, ou d’un simple « Euromed + », compromis entre les 27 Etats membres de l’Union Européenne ?

Le Conseil européen des 13 et 14 mars 2008 aura donc adopté à l’unanimité le projet d’Union pour la Méditerranée. Les conclusions de la Présidence slovène de l’Union européenne à ce propos sont laconiques :

« Le Conseil européen a approuvé le principe d’une Union pour la Méditerranée qui englobera les États membres de l’UE et les États riverains de la Méditerranée qui ne sont pas membres de l’UE. Il a invité la Commission à présenter au Conseil les propositions nécessaires pour définir les modalités de ce que l’on appellera “Le processus de Barcelone : une Union pour la Méditerranée”, en vue du sommet qui se tiendra à Paris le 13 juillet 2008. »A lire cette déclaration, il s’agirait d’une simple relance du processus de Barcelone. En revanche, selon les déclarations du président Sarkozy au sortir de la réunion des chefs d’Etats et de gouvernements, il s’agirait d’une victoire des vues françaises : « C’est la troisième initiative française, après le traité simplifié, après le groupe des Sages, qui rassemble un très large consensus en Europe. C’est une très bonne nouvelle ».

On est pourtant bien loin de l’Union Méditerranéenne telle que voulue et conçue à l’origine par Nicolas Sarkozy et poussée par son conseiller Henri Guaino depuis son accession à la Présidence de la République. Ambigües, hâtives, exclusives, critiquées, les ambitions initiales de la France étaient en effet très différentes de l’arrangement finalement adopté par les 27 Etats membres, reprenant le compromis franco-allemand intervenu le 3 mars à Hanovre, lors d’une rencontre entre le Président français et Angela Merkel. Retour sur une ambition contrariée.

L’esprit de relance
Lancé en 1995, le processus de Barcelone se voulait déjà ambitieux : instrument phare de la coopération entre les pays de l’Union européenne et 12 États du Sud et de l’Est de la Méditerranée, il prévoyait notamment la mise en place d’une zone de libre échange à l’horizon 2010 et toute une série de coopérations en matière économique et sociale, culturelle et de sécurité. Incertain depuis l’origine, disposant de moyens financiers limités, son faible élan aura été stoppé net en 2005, plombé par le rayonnement du conflit israélo-palestinien dont il n’avait su se détacher.Porté par le même esprit de relance qui l’avait conduit à proposer à l’Union européenne un traité simplifié qui deviendra le traité de Lisbonne, emmené par l’esprit conquérant de son conseiller Henri Guaino sur le front d’une diplomatie offensive, Nicolas Sarkozy avait annoncé un nouvel âge prometteur des relations euro-méditerranéennes. Alors candidat à l’élection présidentielle, il lança les bases, lors de son discours de Toulon, d’une « Union Méditerranéenne » portée par la France, qu’il précisera par la suite dans ses habits de Président, à Tanger en octobre 2007. Nommé pour l’occasion, un « sherpa » français, ayant un statut d’ambassadeur, est de son côté chargé de porter le projet, en la personne d’Alain le Roy. Puis à Rome en décembre, le projet se précise encore. Cet « appel de Rome », élaboré conjointement avec Romano Prodi et José Luis Zapatero, annonçait un agenda : une réunion des pays du pourtour méditerranéen le 13 juillet 2008, suivie d’une rencontre des chefs d’État et de gouvernement des pays riverains de la Méditerranée avec les pays de l’UE le 14 juillet 2008 à Paris.

Le projet français initial invitait les seuls Etats riverains à créer « une union politique, économique, et culturelle fondée sur le principe d’égalité stricte entre les nations d’une même mer ». « Dans l’esprit de la France, l’Union de la Méditerranée ne se confondra pas avec le processus » de Barcelone, avait ajouté Nicolas Sarkozy.

Aux côtés de l’Elysée, de nombreux groupes de réflexion, think tank français, ainsi que l’Assemblée Nationale s’étaient employés à en dessiner les contours depuis l’été 2007 : la nouvelle Union était conçue comme un club exclusif, impliquant uniquement les pays méditerranéens de l’UE (soit le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre et la France du côté européen) et ses voisins , articulée autour d’un « G-Med » ou « Conseil de la Méditerranée » : « L’union de la Méditerranée pourrait s’organiser autour d’une rencontre périodique de ses chefs d’Etats et de gouvernements comme les grands pays industrialisés ont leur G8. Elle aurait un « Conseil de la Méditerranée » comme l’Europe a le Conseil de l’Europe » (discours de Toulon du 2 février 2007).

Une Union à côté de l’Union européenne et à cheval sur celle-ci donc, dotée d’institutions et de mécanismes propres. Un rapport de l’Assemblée Nationale avançait même l’idée d’une « Agence de la Méditerranée », sur le modèle de la Commission européenne, ou encore la création d’une « Banque Euro-méditerranéenne d’investissement » autonome, issue de la FEMIP, branche Méditerranéenne de La Banque Européenne d’Investissement (BEI), acteur majeur du volet financier du processus de Barcelone. Le projet était aussi ambigu. Ainsi, concernant la Turquie, la question de savoir s’il s’agissait d’une alternative à l’élargissement n’était pas réellement tranchée.

Un grain de sable dans le moteur
Il n’en fallait pas plus pour provoquer les foudres de nombreux partenaires européens de la France, au premier rang desquels l’Allemagne, cette future union supplémentaire étant une source sûre de division au sein des 27. Et, avant tout, une entorse à la dynamique originelle de la construction européenne, qui repose sur le moteur franco-allemand.

Contrariée, Angela Merkel n’avait cessé, depuis l’automne 2007, de mettre en garde la France, alors que la presse d’outre-Rhin égratignait Nicolas Sarkozy et son conseiller Henri Guaino : « Il se pourrait que l’Allemagne se sente, pour ainsi dire, plus concernée par l’Europe centrale et orientale, et la France plus attirée du côté de l’Union méditerranéenne. Ceci pourrait alors libérer des puissances explosives dans l’Union européenne et cela je ne le souhaite pas », avait-elle déclaré lors d’une conférence à Berlin le 5 décembre 2007. « Je crois qu’il faudrait faire une offre en la matière à tous les autres Etats européens (…) Si tous les pays ne souhaitent pas participer, il est possible de le réaliser par le biais d’une coopération renforcée. Mais la région de la Méditerranée est notre mission à tous en Europe », recentrant le débat sur l’Union européenne le lendemain, lors d’un déplacement à Paris.

Ainsi, pour Angela Merkel, le projet d’Union Méditerranéenne originel aurait conduit à créer une nouvelle « frontière qui passerait entre l’Allemagne et la France » et qui départagerait « les pays tournés vers l’Est et ceux tournés vers le Sud ». Contraint au rapprochement, le Président Sarkozy, lors de la convention de l’UMP consacrée à l’Europe à la fin janvier 2008 lui répondit que « même si l’Allemagne n’est pas riveraine de la Méditerranée, ce qui ne m’avait pas échappé, lorsqu’on ne maîtrise pas les flux migratoires dans cette zone, cela concerne l’Allemagne comme les autres démocraties européennes ».

Glissement sémantique
Changement de ton, apaisement, puis compromis, symbolisé par le glissement sémantique d’une « Union Méditerranéenne » à une « Union pour la Méditerranée ». Le 3 mars, à Hanovre, la France est donc revenue officiellement sur sa proposition. Le compromis franco-allemand, adopté 10 jours plus tard par le Conseil européen prévoit ainsi une poursuite du processus de Barcelone sous cette nouvelle appellation :

  • 39 pays sont impliqués : les 27 Etats membres de l’UE et 12 Etats du sud et de l’est de la méditerranée, actuellement parties au processus de Barcelone. La Turquie réserve pour l’instant son avis, bien qu’elle ait été rassurée par l’appel de Rome, qui précise que ce projet n’interférerait pas avec son processus d’adhésion. Le Liban et la Syrie ne se sont pas encore prononcés.
  • La future union s’articulera autour de projets concrets avec une priorité donnée à la coopération environnementale et scientifique : lutte contre le changement climatique, dépollution de la Méditerranée, agroalimentaire, énergie solaire. Un autre grand volet sera consacré à l’éducation et à la culture.
  • Le financement des projets émanant de cette Union sera basé exclusivement sur les fonds alloués dans le cadre du processus de Barcelone, complétés par des financements issus du secteur privé, le Président français espérant obtenir ainsi jusqu’à 14 milliards d’euros supplémentaires.
  • L’Union sera coordonnée par deux directeurs en provenance d’un Etat membre de l’UE et d’un autre pays non européen de la Méditerranée. Nommés pour deux ans, ils seront à la tête d’un secrétariat léger de 20 personnes, et seront établis dans une ville du sud de l’Europe, qui pourrait être Barcelone ou Marseille.
  • Le compromis prévoit par ailleurs des sommets bi-annuels, présidés à parité par un pays européen riverain de la Méditerranée et par un pays de la rive sud.
  • La Commission européenne, dans l’esprit du processus de Barcelone, gardera une place centrale puisqu’elle sera chargée de préparer les détails du projet en vue du sommet du 13 juillet.

Parcours d’obstacles
Bien que sur le plan budgétaire, les perspectives sont encore floues, le budget alloué au processus de Barcelone étant actuellement très peu ambitieux, il reste, maintenant que les principales divisions au sein de l’UE se sont apaisées et qu’un compromis a été trouvé, à mettre d’accord les pays du sud. L’Union pour la Méditerranée ne devra pas en effet apparaître, comme tant d’autres initiatives par le passé, comme un projet des Européens pour les pays du sud, mais comme un projet commun, d’égal à égal. Il restera également à surmonter les divisions, nombreuses, qui minent les relations entre certains pays du sud, au premier rang desquels l’Algérie et le Maroc, dont les tensions nées de la question du Sahara occidental ne sont pas apaisées. Il restera aussi à dépasser les tensions cristallisées autour du conflit israélo-palestinien, le destin de l’Union pour la Méditerranée ne pouvant être lié à un conflit à l’issue aussi incertaine. Il restera à imposer des limites à cette union, à trancher notamment la question de l’association du Liban et de la Syrie, qui pourrait être fatale au projet.

Les échecs, tant du processus de Barcelone que de l’Union Méditerranéenne devront servir de leçon. Rendez-vous est donc pris pour le 13 juillet 2008.

Forum de Paris -le jeudi 20 mars 2008 - Par Mathieu Collet, Président-fondateur d’Euros du Village

Vice Président de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et président de la FEMIP (Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat), Philippe de Fonatine Vive est à la tête d’une institution financière, organe officiel de l’Union Européenne, qui représente aujourd’hui le premier partenaire du développement des pays méditerranéens. Il revient avec nous sur le rôle de la FEMIP, ses projets, et les perspectives de son évolution dans le cadre du projet d’une Union pour la Méditerranée.
Vous êtes à la tête de la FEMIP, qui regroupe l’ensemble des instruments d’intervention de la BEI en faveur des pays partenaires méditerranéens. Quel est exactement le rôle de la FEMIP, sa raison d’être et quelles sont ses principales réalisations ?
La Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat, la FEMIP, a été lancée en 2002. Elle a repris l’acquis de plus de trente années d’expérience de la BEI dans la région, avec toutefois une mission renouvelée dans trois directions principales :
1. Apporter un volume accru de financements aux économies méditerranéennes pour leur permettre d’accélérer le rythme des réformes et des investissements. Ceci, afin d’être en meilleure position de faire face aux défis de la mondialisation ;
2. Mettre l’accent sur l’appui au secteur privé, le seul à même de créer les 30 à 40 millions d’emplois dont la région a besoin d’ici 2020, rien que pour stabiliser le taux de chômage à son niveau actuel ;
3. Promouvoir un dialogue plus étroit avec les pays méditerranéens, afin de donner tout son sens à l’esprit de partenariat.

Dans ces trois domaines, les résultats obtenus par la FEMIP ont été remarquables et n’y voyez là aucune forfanterie de ma part. L’action de la FEMIP a en effet été plusieurs fois évaluée et notamment en 2006, en donnant largement la parole à l’ensemble des acteurs concernés : gouvernements, promoteurs publics et privés, représentants de la société civile. Ce constat est donc le leur.
1. Entre la fin des années 70 et aujourd’hui, la BEI a mis en place 18 milliards d’EUR de financements en Méditerranée, dont plus de 7 milliards ont été réalisés par la FEMIP depuis octobre 2002 ;
2. Sur les 1.4 milliard d’EUR de financements accordés en 2007, 68% ont bénéficié directement au secteur privé, une proportion encore jamais atteinte ;
3. Outre l’ouverture de 3 bureaux extérieurs, au Caire, à Rabat et Tunis, la FEMIP s’est dotée d’une architecture de dialogue à trois étages : un Conseil ministériel, qui réunit une fois par an les ministres des finances euro-méditerranéens ; un Comité consultatif, où siègent 3 à 4 fois par an des hauts fonctionnaires des 37 pays euro-méditerranéens et de la Commission européenne ; les conférences FEMIP, organisées deux fois par an, autour de thèmes sectoriels prioritaires pour le développement de la région.

Que représentent la FEMIP et l’Europe dans son ensemble face aux investissements américains et chinois ?
La FEMIP est au service de la politique européenne de voisinage dont l’ambition est d’offrir un cadre unique pour les relations de l’Union européenne élargie avec les pays de l’Est et du Sud qui partagent avec elle une frontière terrestre ou maritime. Comme vous le savez, ce cadre a été dessiné pour favoriser le développement d’une nouvelle relation et permettre à nos voisins de cueillir eux aussi les dividendes de l’élargissement en termes de stabilité, de sécurité et de prospérité.
De fait, les peuples riverains du Nord et du Sud de « Mare Nostrum » ont depuis longtemps une longue tradition d’échanges de toutes natures. Pour que cette relation continue à l’avenir de se développer de manière harmonieuse, il est important que ne se creusent pas de déséquilibres entre eux. La FEMIP est au service de cette ambition qui dépasse largement des considérations stratégiques ou commerciales.
Les transferts financiers des migrants en Europe vers leur pays d’origine (Maghreb, Turquie, etc.) représentent un vrai levier de développement. De quelle manière ceux-ci participent à l’investissement productif ? Comment coordonner ces flux pour une utilisation optimale ?
A ma demande, la FEMIP a été la première à réaliser une étude exhaustive de ce phénomène. Cet important travail a été publié en mars 2005 et fut prolongé par une conférence, organisée à Paris, en mars 2007, en partenariat avec la Fédération bancaire européenne. Les équipes de la FEMIP travaillent maintenant à donner une traduction opérationnelle à ce travail de réflexion.Ces transferts financiers des migrants d’Europe vers leurs pays d’origine en Méditerranée représentent en effet un enjeu financier considérable : plus de 16 milliards d’€ annuels, tous canaux confondus et ils croissent globalement à un rythme supérieur à 10% par an. Ceci équivaut jusqu’à 22% du PIB de certains des pays bénéficiaires et, dans de nombreux cas, ils excèdent les autres flux extérieurs que sont les revenus touristiques, les investissements directs étrangers ou l’aide au développement.Pour renforcer l’impact de ces transferts sur le développement local, il faut agir dans plusieurs directions :
1. Baisser les coûts supportés par les migrants lors de leurs transferts et, ainsi, renforcer leur capacité économique envers leurs familles et pays d’origine ;
2. Favoriser, les coopérations transnationales entre banques pour assurer un meilleur accès des migrants aux services financiers ;
3. Explorer les conditions d’une valorisation réussie de ces flux financiers pour financer le développement des pays d’origine.

La FEMIP est compétente pour agir sur ce dernier volet et des discussions ont été engagées avec le secteur financier et bancaire libanais pour examiner comment transformer, au travers de leur titrisation, une partie des flux financiers des migrants en ressources de long terme pour les banques des pays d’origine. La FEMIP appuiera cette opération, tant par ses financements, que par de l’assistance technique. Et bien entendu, cette opération-pilote pourra ensuite être répétée dans les autres pays de la région.

Quelles sont aujourd’hui les priorités en termes d’investissements dans les pays de la rive sud ? Que représente ainsi la question de l’eau ?
En Méditerranée comme ailleurs, une croissance plus vigoureuse passe avant tout par le développement de l’initiative privée, seul levier à même de créer des emplois et d’insuffler dans toute l’économie l’exigence de modernisation à la hauteur des besoins. Pour se développer, le secteur privé doit pouvoir s’appuyer sur un marché financier répondant aux besoins des entreprises. Mais il doit aussi bénéficier d’infrastructures performantes, offrant un service de qualité au meilleur coût. C’est pourquoi la FEMIP n’a pas déserté, loin s’en faut, ce secteur et intervient dans l’énergie, les transports et l’eau, qu’il s’agisse, dans ce dernier cas, de production et de distribution d’eau potable ou de traitement des eaux usées.

A cet égard, je rappellerai qu’en octobre 2004, la FEMIP avait tenu à Amsterdam une réunion d’experts sur ce thème de l’eau et dont les recommandations, partagées avec les ministres des finances, ont ensuite contribué à définir le cadre actuel de nos opérations dans ce domaine.

Et sur 2006 et 2007, ce sont plus de 400 millions d’EUR de financements qui ont ainsi accompagné des projets au Maroc, en Israël, en Tunisie et en Syrie, depuis les réseaux publics d’assainissement en zone rurale jusqu’à une unité de désalinisation d’eau de mer, montée sous forme de partenariat public-privé.
Transformer la FEMIP en une Banque Euro-méditerranéenne d’Investissement, c’est-à-dire une institution autonome, fait partie des pistes de réflexion d’une Union pour la Méditerranée. Dans quel cadre cela s’inscrirait-il, est-ce nécessaire, et qu’est-ce que cela changerait ?
La FEMIP est, comme la BEI, au service des Etats membres pour accompagner les politiques européennes, leur donner une traduction concrète. En cinq ans d’existence, elle a su faire preuve de sa capacité d’adaptation et d’innovation, pour contribuer à donner un nouvel élan au partenariat euro-méditerranéen.

Pour autant, peut-on encore faire plus et mieux ? Certainement. Et c’est même nécessaire au regard des enjeux qui sont encore devant nous. L’offre actuelle de financements pourrait par exemple être accrue et diversifiée, en portant davantage l’effort sur la valorisation du capital humain. Les collectivités locales pourraient, plus qu’aujourd’hui, devenir éligibles à des financements en direct. Les enjeux du réchauffement climatique appellent aussi des actions fortes. Les pays méditerranéens, aujourd’hui partenaires de la réflexion, devraient également se voir offrir la possibilité de devenir acteurs des décisions prises.

Pour franchir cette étape supplémentaire, il faut s’appuyer sur les acquis de la FEMIP et plus largement, du Processus de Barcelone, continuer de faire vivre ce qui fonctionne bien et de compléter le dispositif en place là où c’est nécessaire et possible. Il faut aussi conserver et enrichir l’esprit du dialogue à 27 + 10.

La FEMIP, qui est la seule institution européenne à opérer sur l’ensemble de la région et à ce titre, demeure un outil unique au service de d’un partenariat euro-méditerranéen plus ambitieux, met son expertise à la disposition de toute initiative euro-méditerranéenne. Pour être précis, elle est prête, en juillet prochain lors du Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement, à faire des propositions concrètes afin d’accompagner le projet d’Union pour la Méditerranée et faire qu’il soit porteur d’une vraie valeur ajoutée.

Qu’est-ce qui vous lie personnellement à la Méditerranée ?
Tout d’abord, je suis né à Marseille, cité dont il n’est pas besoin de rappeler la longue histoire au cœur du bassin méditerranéen et, aujourd’hui, le rôle moteur dans l’animation de l’esprit euro-méditerranéen. Sur le plan professionnel, cinq années à la tête de la FEMIP m’ont donné l’opportunité de visiter à plusieurs reprises chacun des pays de la région, de parler en toute franchise avec leurs dirigeants et leurs chefs d’entreprises et d’apprécier les différentes facettes de la culture méditerranéenne. En un mot, nulle part ailleurs qu’en Méditerranée je n’ai ce sentiment de partager un cercle amical.

Pour vous, si l’Union de la Méditerranée devait être :
- un livre, ce serait :
Difficile de se limiter à un seul choix, tant la Méditerranée a été et demeure une source inépuisable d’inspiration pour de nombreux auteurs. C’est pourquoi plutôt que de choisir un livre, je préférerais rendre hommage à notre civilisation du livre en appelant de mes vœux un recueil qui serait formé de la Bible, du Coran, de la Tora et de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
- un /des personnage(s), ce serait :
Comme la grande majorité des Français et des Méditerranéens, j’ai toujours été fasciné par le personnage de Pharaon. Et si je devais n‘en citer qu’un je choisirais Akhenaton pour deux raisons : il est pour moi le symbole de réforme, de force et de fragilité ; il inspire actuellement de jeunes compatriotes qui par leurs chansons valorisent notre propre patrimoine culturel.
- un projet, ce serait :
Bâtir ensemble un véritable système d’éducation et de santé qui offre à tous les Méditerranéens une société plus juste et plus ouverte. Avec le processus de Barcelone, nous avons progressé sur des réalisations économiques et financières mais avec l’Union pour la Méditerranée nous devons toucher encore plus directement la vie des Méditerranéens.
- un espoir :
C’est bien entendu l’espoir de voir davantage de paix et de stabilité dans l’ensemble de la région. Je suis fier d’intervenir aux côtés de chacun des gouvernements de la région et de tenir partout le même propos de paix et de développement. Je suis heureux de faire se rencontrer et mieux se comprendre les responsables économiques de toute la région. Mais l’espoir, c’est que les décideurs politiques d’Europe et de Méditerranée prennent enfin leur destin commun en main.
Le Forum de Paris - 28 mars 2008

Charles MILHAUD : “l’Union doit se bâtir autour de projets concrets”

Le groupe Caisse d’épargne est partenaire du forum de Paris depuis l’origine, participant activement à son développement et à son rayonnement. Pour son Président, Charles Milhaud, ce partenariat n’est pas un hasard. Son groupe se déploie fortement dans l’espace méditerranéen, notamment au Maghreb, mais au delà des affaires, l’Union pour la Méditerranée représente un véritable levier de codéveloppement auquel il apportera sa part, autour d’initiatives concrètes. Entretien.
Vous êtes un partenaire historique du Forum de Paris. Pourquoi vous être investi dans ce projet dès le départ ?
Le Forum de Paris est un lieu de débat et d’échange qui réussit à rassembler chaque année des experts et des décideurs économiques et politiques de premier plan autour des sujets de notre temps et des enjeux d’avenir qui intéressent tout particulièrement notre Groupe. Il est donc naturel que le Groupe Caisse d’Epargne se soit investi, dès le départ, dans ce projet dont le succès ne se dément pas. L’édition de cette année constitue un temps fort de l’agenda euroméditerranéen. C’est un rendez-vous à ne pas manquer pour tous ceux qui tiennent à un dialogue constructif et à l’échange d’idées.

Le Groupe Caisse d’Epargne est présent au Maroc, en Tunisie, et vous avez un projet de banque en Algérie, jusqu’ou irez vous ? Quelles sont vos ambitions ?
Depuis quelques années déjà, notre Groupe développe ses activités de banque commerciale à l’international. Ce développement est porté par sa filiale Océor et se fait en partenariat avec des acteurs locaux. Comme vous l’avez souligné à juste titre, notre Groupe est présent au Maroc au sein du Crédit Immobilier et Hôtelier, et en Tunisie, où il a racheté récemment 60 % de la Banque Tuniso-Koweïtienne. Nous portons aussi, avec la Banque Mondiale, un projet en Algérie. Notre présence sur la rive Sud de la Méditerranée témoigne de l’attractivité forte de ces pays. A ce titre, le Maroc est un excellent exemple, tant par sa dynamique de réforme que par son ouverture aux investissements étrangers. Ces pays ont un formidable potentiel économique et nous souhaitons les aider à le valoriser, les accompagner dans leur développement en leur apportant notre savoir-faire, notamment en matière de collecte et de bancarisation.

D’une manière générale, comment le Groupe Caisse d’Epargne apporte-t-il sa pierre au projet d’Union pour la Méditerranée du président de la République ?
L’Union pour la Méditerranée est un projet ambitieux porté par la France et qui a récemment été accepté par les autres pays membres de l’Union européenne. Cette Union va se construire progressivement autour d’éléments concrets. Car ce n’est qu’avec des initiatives très tangibles que l’on parviendra à bâtir un partenariat fort et une union durable. Ce sont donc des projets qui seront le point de départ de l’Union pour la Méditerranée et le Groupe Caisse d’Epargne y contribuera, notamment en matière d’intégration financière de l’espace euroméditerranéen. Nous le faisons déjà à travers des innovations dans le domaine des transferts d’argent, avec le prochain lancement de la carte prépayée Teranga ou les transferts à zéro euro.

Lors du forum, le samedi 29 mars, vous participerez à la table ronde intitulée “Pour une vision partagée de la circulation des hommes en Méditerranée”, en tant qu’intervenant et partenaire. Pourquoi tenez-vous particulièrement à ce thème ?
C’est un thème clé dans les rapports entre le Sud et le Nord de la Méditerranée. En effet, au-delà des échanges commerciaux et financiers, il en est d’autres qui sont au moins aussi importants, si ce n’est même plus. Il s’agit des échanges d’hommes qui vont et viennent entre les deux rives de la Méditerranée. Ce sont des vecteurs puissants d’intégration, d’échange et de codéveloppement. Ce codéveloppement ne peut se faire que s’il y a des hommes pour le porter, des hommes qui circulent, qui apprennent d’un côté, se forment, puis rapportent ces connaissances et ces compétences dans leur pays.

Qu’est ce qui vous lie personnellement à la Méditerranée ?
Méditerranéen d’origine, je suis très sensible aux enjeux concernant celle que l’on appelle Mare Nostrum. Mon attachement à la Méditerranée est donc lié à mon histoire et à la ville de Marseille en particulier. Une ville dans laquelle je m’investis et qui, plus que toute autre, incarne la Méditerranée.

Si pour vous l’Union de la Méditerranée devait être :
- un livre, ce serait :
L’Odyssée, car c’est le livre dans lequel la Méditerranée et l’Univers se confondent
- un/des personnage(s) : Averroès, le grand philosophe musulman du Moyen Age qui vécut en Espagne et incarna parfaitement la tolérance, la compréhension entre communautés et l’enrichissement mutuel des cultures. C’est aussi le nom d’un fonds d’investissement dont notre Groupe est actionnaire aux côtés, notamment, de la Caisse de Dépôt et de Gestion du Maroc.
- un projet : c’est un projet qui traverse toute notre histoire. C’est le plus ambitieux qu’ait connu le monde méditerranéen dans ces dernières décennies.
- un espoir : c’en est un et il est grand.
Le Forum de Paris - 28 mars 2008

L’Union pour la Méditerranée : la Méditerranée en partage

L’idée de créer une « Union pour la Méditerranée », est chère au Président de la République. En plusieurs occasions, notamment avec nos partenaires allemands encore tout récemment à Hanovre et au cours du Conseil européen du jeudi 13 mars, il a été mis en évidence combien la forme de ce projet nécessitait une explication de texte approfondie, afin de ne pas compliquer davantage un empilement déjà dense d’espaces de dialogue, de partenariats, d’associations et de politiques de voisinages solidement ancrés dans l’espace méditerranéen…
Désormais le calendrier semble mieux balisé. Une réunion autour de la vision prospective de ce que seront les grands défis de la Méditerranée à l’horizon 2030 se tiendra à Tanger en mai prochain, préambule au Sommet de Paris, qui se tiendra au Grand Palais, le 13 juillet prochain.
Entre temps, la participation plus « en amont » des 27 Etats membres de l’UE semble actée et l’on évoque désormais une co-présidence paritaire partagée entre représentants des Etats de la rive Nord comme de la rive Sud. Ce co-pilotage va de pair avec une approche très souple quant au secrétariat exécutif qui assurera la mise en place et le suivi effectif des 5 à 6 projets retenus (Plan Horizon 2020 visant à la dépollution de la Méditerranée, Plan solaire méditerranéen, autoroute maritime reliant Tanger à Alexandrie, création d’un espace méditerranéen scientifique et de formation, création d’un centre méditerranéen de protection civile, constitution d’une agence financière spécifique à gouvernance paritaire, la mise en place d’un Office méditerranéen de la Jeunesse, sur le modèle de l’OFAJ existant…).
Outre le changement sémantique autour du projet, l’Appel de Rome, le 20 décembre dernier, à l’initiative des chefs d’Etat et de Gouvernement français, italien et espagnol semble également donner au projet une nouvelle impulsion, apte à rappeler à nos partenaires, notamment les Etats européens non riverains, la complémentarité de cette « union de projets », qui se veut caractérisée par une souplesse d’action et une intelligence pragmatique tant dans son élaboration que sa mise en œuvre.
Il rappelle surtout la vocation de l’UpM de privilégier la coopération entre les 25 pays du pourtour méditerranéen concernés plutôt que de viser à leur intégration.
La première légitimité du projet réside incontestablement dans le besoin de mieux structurer cet espace méditerranéen, fort de 22 Etats riverains (auquel on a coutume d’intégrer la Mauritanie, le Portugal, la Jordanie), à la fois carrefour et passerelle de civilisations, peuples, religions historiquement imbriquées mais non dénouées de facteurs de tensions chroniques et de conflits récurrents.
Cela réside dans des solidarités concrètes et de complémentarités transméditerranéennes, notamment quant aux acteurs financiers et modalités d’action et d’impulsion. Il est ainsi souvent rappelé que la « valeur ajoutée » du projet réside dans les complémentarités transméditerranéennes, notamment pour ce qui est des acteurs économiques et financiers méditerranéens comme périphériques.
Les pays de la rive sud étant déjà liés par leurs appartenances à d’autres organisations transnationales et subrégionales, en premier lieu desquelles l’Union africaine (UA), la Ligue arabe, l’appartenance des Etats musulmans, l’Organisation de Coopération Islamique (OCI), ou encore l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), un des principaux objectifs résidera dans la conciliation de l’UpM avec ces logiques infra-méditerranéennes. Les pays du Maghreb insistent, à cet effet, sur la nécessité de profiter de la nouvelle dynamique en Méditerranée née de ce projet pour renforcer l’Union du Maghreb arabe (UMA, laissé quelque peu « en jachère » depuis 1989).
A cet égard, plusieurs autres exemples de coopération économique et de politiques régionales existent à travers le monde, notamment dans le voisinage immédiat des pays concernés par le projet, à l’instar de la zone de coopération économique de la mer Noire, du Conseil de coopération des Etats du Golfe (CCG) ou encore de la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens.
L’on évoque, d’ailleurs, de plus en plus fréquemment le modèle que pourrait constituer le Conseil des Etats de la mer Baltique, qui permet à l’UE de définir dans ce cadre une politique d’intérêt septentrional. Le parallèle semble pertinent pour le versant méridional…
C’est aussi la sauvegarde de la stabilité et de la paix globale, les conditions d’existence de la sécurité des échanges des biens et des personnes, le développement des intérêts économiques croisés et la gestion des flux migratoires de part et d’autres du bassin qui sont principalement en jeu.La spécificité de chacun des pays concernés devrait ainsi être mise collectivement à contribution pour la stabilité, la sécurité et le développement équilibré de l’ensemble de la région, sur la base d’une perspective stratégique élaborée en premier lieu par les riverains eux-mêmes, et dans le but de sécuriser leur cadre de vie au quotidien.
Tous ces éléments semblent ainsi légitimer le concept innovant de « sécurisation du développement », propre à rappeler qu’il existe de part et d’autres du bassin de nombreux facteurs communs d’insécurités, notamment environnementales, qui vont affecter durablement le cadre de vie méditerranéen.
Ce destin collectif pour la Méditerranée doit ainsi permettre de saisir toutes les opportunités de croissance et de développement, qui accompagnent les exigences de stabilité, de sécurité et de développement économique et humain équilibré, préalable à un développement durable de part et d’autres du bassin.
Forum de Paris - Par Emmanuel Dupuy, le mercredi 19 mars 2008
Emmanuel DUPUY est Président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) et membre du GRUM (Groupe de Recherche sur l’Union pour la Méditerranée)
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GRUM (Groupe de Recherche sur l’Union pour la Méditerranée)Pour approfondir le volet sécurité du projet d’Union pour la Méditerranée lancé par le candidat Nicolas Sarkozy à Toulon en février 2007 et largement développé depuis par le président de la République, notamment dans son discours de Tanger (23 octobre) et l’Appel de Rome du 20 décembre dernier, le Centre d’études et de Recherche de l’Ecole militaire (CEREM) a lancé un groupe de recherche sur l’Union méditerranéenne. Ce groupe est animé par Jean Dufourcq (Contre-amiral en 2ème section, ancien de la DEG, du CAP, de l’IHEDN et de la RP.UE) qui a quitté la direction de l’équipe de chercheurs du collège de l’OTAN à Rome pour intégrer le CEREM comme directeur de Recherche. Il est assisté dans cette tâche par Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe - IPSE (www.ipse-eu.org), Alain Ramseyer et Cécile Cahour. Ce groupe rassemble des experts de la Méditerranée parmi lesquels Sébastien Abis, Mustapha Benchenane, Agnès Levallois, Christophe Pipolo, Albert Mallet, Paul Clairet, Antoine Sfeir, Benjamin Stora, Catherine Wihol de Wenden, Jean Vergès, Karim Sader, Yacine Tekfa, Saïda Bedar, Dorothée Schmidt, Rafic Khoury, Sophia Chikirou…

Les travaux conduits doivent permettre de proposer un objectif global de sécurité pour la Méditerranée et d’œuvrer pour la sécurisation du développement, capable d’épauler les autres volets de l’Union pour la Méditerranée. Ces travaux seront suivis par la Revue Défense nationale et Sécurité collective (www.defnat.com) et exposés les 16, 17 et 18 avril au cours d’une conférence qui se déroulera à l’Ecole militaire (document joint) dans la perspective du sommet fondateur de l’UpM du mois des 13 et 14 juillet 2008.

Faut-il croire à l'Union pour la Méditerranée ?

Pascal Boniface : «Un accord sur les questions migratoires est essentiel pour ne pas aller à l'encontre de l'objectif qui est l'entente entre les peuples».
Henri Guaino : «La France a cru qu'en tournant le dos à la Méditerranée, elle tournait le dos à son passé, alors qu'en réalité, elle tournait le dos à son avenir».
À l'occasion du Forum de Paris (1), nous avons réuni l'un des principaux initiateurs de l'Union pour la Méditerranée, Henri Guaino, et le directeur de l'Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface.
Pour le premier, ce projet contribuera à réduire les lignes de fracture qui traversent cette région. Le second estime, en revanche, qu'il est nécessaire d'avancer préalablement sur la voie de la paix entre Israéliens et Palestiniens pour réussir l'ambitieux chantier méditerranéen.(2)
LE FIGARO. - Centré à l'origine sur les pays riverains, le projet d'Union pour la Méditerranée impliquera finalement tous les membres de l'Union européenne. Ne va-t-on pas se heurter dès lors aux mêmes obstacles qui ont conduit à l'échec le processus de Barcelone ?
Henri GUAINO. - C'est l'histoire qui le dira. D'où est parti le projet d'Union pour la Méditerranée ? Du constat que ce qui se passe dans cette région est vital pour nous, Français et nous, Européens, et même au-delà. Il s'y joue en effet l'avenir de la civilisation, la paix du monde, les rapports entre les trois religions monothéistes, entre le monde occidental et le monde musulman, entre le Nord et le Sud, entre l'Europe et l'Afrique.
C'est une région essentielle, au regard de la culture comme du développement économique, de la paix et de la guerre, de l'environnement… Or tous les efforts qui ont été faits ces dernières décennies ont été incapables de résoudre les grands problèmes de la Méditerranée. Il fallait donc s'y prendre autrement, en réfléchissant sur les raisons de cet échec.
La Méditerranée s'est toujours efforcée de retrouver son unité perdue depuis la fin de l'Empire romain, par la conversion religieuse, la guerre, la conquête. Toutes ces voies ont échoué. La grande leçon de l'histoire est que cette aspiration profonde à l'unité ne pourra être satisfaite par une domination d'une partie de la Méditerranée sur une autre. Avec Barcelone, l'Europe a marqué son intérêt pour le Sud mais elle a échoué à refonder sur d'autres bases le dialogue entre l'Occident et le monde du sud de la Méditerranée. Car ce dialogue était extrêmement déséquilibré. Il consistait, pour l'Europe, à offrir son aide, à formaliser des rapports de prestataires à clients. On reproduisait le rapport entre le Nord et le Sud, les dominants et les dominés… Une autre erreur a été de vouloir conditionner la coopération avec la Méditerranée à la résolution des questions politiques. Comme celles-ci étaient insolubles a priori, on n'a pas pu avancer sur les questions concrètes. Or, la paix, la démocratie, les droits de l'homme sont l'aboutissement d'un processus de coopération et non la condition de sa mise en chantier. C'est en avançant sur des coopérations concrètes, de plus en plus étroites, que l'on peut créer des liens de solidarité entre les peuples.


Pascal BONIFACE. - Il faut souligner l'importance stratégique de la Méditerranée, notamment pour nous, Européens. Contrairement à ce qui a été longtemps dit, il ne s'agit pas d'une zone dont l'intérêt serait seulement culturel ou historique et qui n'aurait plus d'importance stratégique.
Ce n'est pas le cas, notamment parce qu'elle est le théâtre du conflit israélo-palestinien et que s'y jouent les relations entre monde musulman et monde occidental. Faut-il faire des projets pour dépasser les blocages politiques ou les blocages politiques n'empêchent-ils pas la mise en place de projets ? Sur ce point, je suis en désaccord avec Henri Guaino.
Dans son discours de Tanger, en octobre dernier, Nicolas Sarkozy disait que l'Europe ne s'est pas construite sur la repentance mais que la paix a pu être faite entre les Européens grâce à des projets. Ce mouvement est dialectique : c'est parce que les Français et les Allemands ont accepté d'effacer leur querelle historique qu'ils ont pu faire la Ceca. Certes, le conflit israélo-palestinien est moins central en Méditerranée que ne l'étaient alors les relations franco-allemandes en Europe. Mais tant qu'on ne s'attaquera pas au nœud du problème, il y aura une difficulté. Tous les pays méditerranéens ont évidemment intérêt à travailler sur des projets de dépollution, par exemple. Mais on ne pourra pas bâtir sereinement des projets de coopération si le conflit israélo-palestinien n'est pas réglé.

Comment prendre en compte l'héritage, souvent conflictuel, de l'histoire, notamment celui de la période coloniale ?
H. G. - Une des grandes faiblesses des diplomaties contemporaines, c'est qu'elles oublient en général la dimension historique, considérée comme un résidu du passé tout à fait secondaire, alors qu'elle est essentielle. On a la politique de sa géographie mais aussi de son histoire. On ne peut pas regarder ce qui se passe dans les Balkans, dans l'ex-URSS, en Méditerranée, en Asie sans avoir toujours à l'esprit la profondeur historique des problèmes. Comme l'a dit Nicolas Sarkozy, la France a cru qu'en tournant le dos à la Méditerranée, elle tournait le dos à son passé alors qu'en réalité, elle tournait le dos à son avenir.

P. B. - Parfaitement d'accord : l'importance des questions stratégiques et des questions d'actualité ne doit pas faire oublier les marqueurs identitaires de chaque peuple qui sont très forts. Si les dirigeants oublient ces réalités, elles se rappelleront à eux très rapidement. Il y a des aléas stratégiques dont il faut tenir compte. On ne pourra rien bâtir sur la méconnaissance ou la non-reconnaissance du passé. Le fait de reconnaître l'histoire n'est pas forcément une repentance. Mais il est important de savoir ce qui s'est passé entre nous afin d'aller de l'avant. C'est ce que nous avons fait avec les Allemands. C'est ce que nous devons faire avec les peuples du Sud.

H. G. - Avec l'Algérie, par exemple, on n'oublie rien, ni les uns ni les autres. Ni les crimes d'un côté, ni les crimes de l'autre. Ni les souffrances des uns, ni les souffrances des autres. Mais maintenant, nous allons construire l'avenir car, comme l'a dit le président Bouteflika, nous sommes condamnés à travailler ensemble, à cause de la géographie, de l'histoire, du mélange de nos populations. Cela n'élimine pas du tout l'histoire commune, mais cette espèce de moralisme absurde et anachronique qui consiste à demander aux fils d'expier les fautes de leurs pères.

Le projet d'Union pour la Méditerranée a-t-il été édulcoré par le compromis intervenu, début mars, entre la France et l'Allemagne ?
H. G. - Je ne le crois pas. Ce compromis offre même la possibilité d'aller plus vite et plus loin que ce que nous avions espéré car, d'emblée, les moyens seront plus importants. Le but était de jeter les bases d'un partenariat à égalité entre les pays riverains qui ont une part commune de destin à assumer. La notion de parité, qui n'existait pas dans Barcelone, est centrale.
Les Allemands craignaient que le fait d'associer ensemble exclusivement les pays de la Méditerranée ne conduise à diviser l'Europe. Pour nous, il n'y a jamais eu d'exclusive. Nous disions simplement que c'est d'abord l'affaire des pays riverains. La base du compromis consiste à faire rentrer l'ensemble des pays de l'UE, non plus sur la base du volontariat, mais sur la base du droit, comme dans Barcelone. Seulement, on change le système de gouvernement de Barcelone en y mettant cet esprit de partenariat qui est l'essence du projet d'Union pour la Méditerranée.
La gouvernance de l'Union pour la Méditerranée sera assurée à parité par les pays du Sud et les pays du Nord, et non pas seulement par ces derniers, comme c'était le cas avec Barcelone. Un secrétariat permanent léger assistera une présidence permanente tournante, assumée conjointement par un pays de la rive nord et un pays de la rive sud. C'est ce système de gouvernance qui choisira, labellisera et portera les projets. Ce ne sera plus l'Union européenne qui, seule, décidera des projets et les financera. C'est un changement très profond de la nature même du processus de Barcelone. Nous sommes parvenus à la meilleure synthèse possible.
Pour répondre à Pascal Boniface, j'ajouterai que les corbeilles de Barcelone demeurent : pas question d'interrompre la coopération politique, ni de cesser à s'intéresser aux droits de l'homme. Mais l'idée est qu'elles ne constituent pas des préalables à la coopération. Bien sûr, nous sommes confrontés à des obstacles considérables : le conflit israélo-palestinien, celui du Sahara occidental, de Chypre, la question du Liban. C'est pour cela qu'il faut tout tenter. C'est un pari risqué et audacieux.
Mais le plus risqué ne serait-il pas de ne rien faire ? La dépollution de la Méditerranée, la gestion de l'eau, le développement économique, la santé ne résoudront pas d'un coup de baguette des problèmes comme celui du statut de Jérusalem ! Mais enfin, ne discutera-t-on pas mieux de cette question si on apprend à travailler collectivement sur des problèmes qui concernent l'ensemble des parties prenantes du conflit ?
P. B. - Il est évident que le projet d'Union pour la Méditerranée tel qu'il résulte de l'accord entre les Européens est différent de l'idée initiale. Mais peu importe la manière dont le projet a été «mouliné» par les Vingt-Sept. C'est aux résultats qu'il sera jugé.

H. G. - Sans l'activisme du président de la République, jamais il n'y aurait eu débat sur un sujet aussi important. Jamais on n'aura autant parlé de la Méditerranée. Grâce à cette initiative, on a accepté de revoir les mécanismes du dialogue euroméditerranéen plus en profondeur que cela n'a jamais été fait. Grâce à ce projet, on a remis de la politique en Europe et tourné de nouveau l'Europe vers le Sud où se joue son avenir.

P. B. - En même temps, il ne faudrait pas que la volonté de pousser les feux sur des questions de coopération pragmatique, ce qui est en soi positif, nous conduise à abandonner toute ambition stratégique. À cet égard, l'Union européenne est souvent en retrait et se contente d'être un guichet ou un donneur de conseils.
Sur la question de l'eau, capitale au Proche-Orient, le jour où les pays de la région arriveront à coopérer - comme Français et Allemands l'ont fait en 1951 sur le charbon et l'acier -, une bonne partie des problèmes sera réglée.

H. G. - Que l'on fasse l'Union pour la Méditerranée ou pas, de toute façon, la question de l'implication stratégique de l'Europe dans le monde méditerranéen se pose. Il s'agit pour l'Union pour la Méditerranée de répondre d'abord à cette question-là. Ce n'est pas parce qu'elle est posée et qu'une réponse claire n'y a pas encore été apportée qu'il ne faut rien faire d'autre.
Il y a plusieurs chemins pour arriver au but. L'Union pour la Méditerranée est une de ces voies. Guerre ou pas guerre, la question de l'eau est vitale. Cela vaut donc la peine d'amener les pays concernés à essayer de trouver des réponses. Il faut faire de la Méditerranée le grand laboratoire du développement partagé.
Le projet se jouera aussi sur la question clé de l'immigration…
H. G. - Les pays du Sud veulent de la mobilité, c'est vrai, mais ils ne veulent pas la fuite des cerveaux. Raison de plus pour réfléchir à des politiques permettant à la fois d'être plus souples pour accueillir les gens et de réfléchir avec les pays de départ à la manière dont on organise les flux de retour.

P. B. - Un accord sur les questions migratoires est essentiel pour ne pas aller à l'encontre de l'objectif qui est l'entente entre les peuples. S'il y a des politiques imposées et unilatérales, cela créera un ressentiment très fort dans les opinions.

H. G. - C'est le type de problème qu'il faut résoudre ensemble. La Méditerranée matérialise, presque physiquement et historiquement, cette imbrication de nos destins et souligne les problèmes que nous ne pouvons pas résoudre seuls. Prenons les délocalisations : vaut-il mieux qu'une partie de nos activités se délocalise en Asie ou bien qu'elles se délocalisent dans le bassin méditerranéen ? Ne peut-on pas penser ensemble notre stratégie économique dans la mondialisation ?

P. B. - Il est vrai que la question des migrations fait partie des dossiers ayant un impact stratégique mais sur lesquels on peut néanmoins progresser avant que les questions de fond ne soient résolues. Sur un tel sujet, on peut avoir sans attendre une discussion gagnant-gagnant avec les pays du Sud.
Le Figaro.fr - Propos recueillis par Alain Barluet - 28 mars 2008
(1) Le Forum se tient à Paris au palais de l'Unesco jusqu'à dimanche 30 mars. www.forumdeparis.org
(2) Pascal Boniface et Hubert Védrine, Atlas du monde global (Armand Colin-Fayard).

Les idées fleurissent autour de l'Union pour la Méditerranée

Si la coopération avec la Méditerranée est revenue au coeur des priorités politiques de l'Union européenne avec le lancement, au Conseil européen des 13 et 14 mars, de l'Union pour la Méditerranée, l'essentiel ou presque reste à faire : fixer de nouvelles règles d'ici au sommet du 13 juillet. Les dirigeants de l'UE et des pays de la rive sud de la Méditerranée se sont promis de construire un nouveau mode de coopération, fondé sur la parité Nord-Sud et sur une liste de projets concrets aptes à déclencher l'essor économique d'une région pleine de promesses.
Avec un écueil : le risque de retomber dans les errements du processus de Barcelone, version 1995, faits à la fois de querelles politiques, de lenteurs administratives et d'une insuffisante implication des pays les plus concernés.
Les idées ne manquent pas pour prendre un nouveau départ. Durant le week-end, le Forum de Paris, qui consacre traditionnellement ses travaux au dialogue des civilisations, réunit à l'Unesco, à Paris, 70 personnalités sur le thème de « L'Union pour la Méditerranée : pour quoi faire et comment ? » : « La solidarité entre les deux mondes méditerranéens n'est pas seulement un commandement moral, c'est la condition d'un avenir acceptable pour tous », souligne son président, Albert Mallet.
Mais constater que la rive sud constitue un gisement de main-d'oeuvre et un débouché économique gigantesque pour l'Europe ne suffit pas. Durant la dernière décennie, « les écarts de développement n'ont pas été réduits substantiellement, les pays de la rive sud continuent de souffrir d'une faible attractivité pour les investisseurs, (...) tandis qu'ils ont fait peu d'efforts pour se rapprocher et dépasser leurs rivalités », explique Jean-François Jamet, consultant auprès de la Banque mondiale dans une étude pour la fondation Robert Schuman. La méthode, ajoute-t-il, a aussi pâti « du manque d'implication des populations, et du déséquilibre Nord-Sud ».

Faciliter la prise de décision
Parmi les idées avancées pour rompre avec cette fatalité, l'auteur propose de financer davantage de projets d'intégration régionale entre pays voisins (commerce infrastructure communication), de mieux associer la société civile et les Parlements nationaux, de mettre en place une aide technique efficace pour stimuler la simplification administrative et la lutte contre la corruption et de se doter, côté UE, d'une représentation commune des 27 Etats membres pour faciliter la prise de décision.
Philippe de Fontaine Vive, vice-président de la Banque européenne d'investissement, bras financier de l'Union, a, lui, une autre suggestion : « Il me semble qu'une structure financière spécifique, qui accueillerait dans son capital non seulement les pays européens et la Commission européenne, comme c'est le cas aujourd'hui du Fonds européen d'investissement, mais aussi les pays arabes, les pays de la rive sud de la Méditerranée ainsi que des banques privées, permettrait de répondre plus efficacement aux demandes des PME et de la micro-économie. »
Reste à convaincre les dirigeants de l'Union pour la Méditerranée à faire les bons choix le 13 juillet.
Catherine CHATIGNOUX - Journal Les Echos - 30 mars 2008

Projet de l’Union pour la Méditerranée - La vision discordante de l’Algérie

Deux visions sur la teneur du projet de l’union pour la Méditerranée se sont opposées hier au forum organisé sur le même thème à l’Unesco. Celle de Paris, expliquée par Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, et celle d’Alger, défendue par Missoum Sbih, ambassadeur d’Algérie en France. Si le premier a utilisé le langage des chiffres et des accords, le second a choisi, plutôt, de mettre la dimension humaine au cœur du projet.
M Hortefeux, qui a reconnu l’échec de toutes les politiques d’intégration françaises, a indiqué qu’il s’apprêtait à signer des accords d’immigration avec le Maroc et la Tunisie, semblables à ceux paraphés déjà avec de nombreux pays d’Afrique noire. Mais point de discussions pour le moment avec l’Algérie qui semble manifester une certaine réticence à leur contenu (accord). Le discours de M. Sbih était très critique vis-à-vis de la version actuelle du projet de l’union pour la Méditerranée.
L’ambassadeur a dénoncé le fait que les frontières soient ouvertes aux marchandises et aux capitaux, mais pas aux personnes. « Une approche novatrice impliquerait de ne pas parler désormais de ‘‘maîtrise concertée de flux migratoires’’, mais de la dimension humaine des rapports entre l’Europe et les pays du Sud ; dimension qui doit être au cœur même de la problématique de l’union pour la Méditerranée », a-t-il d’emblée expliqué dans son intervention.
Et de poursuivre : « On ne peut pas, comme le faisait le processus de Barcelone, continuer à prôner la libre circulation des biens, des capitaux et des services, et en même temps, multiplier les restrictions, donnant ainsi aux populations impliquées le sentiment d’être exclues d’un processus qui les concerne au premier chef. » Critiquant le « glissement sémantique » qu’a subi le projet pour l’union de la Méditerranée, le représentant officiel algérien a qualifié de « vague » la notion de codéveloppement contenue dans le projet de l’union pour la Méditerranée et sujette à toutes les instrumentalisations politiques. Il a plaidé pour la mise en place d’un « Schengen méditerranéen » et d’une préférence « euroméditerranéenne » à la place de la préférence « communautaire ».
Le point de vue algérien a été conforté par Sijil Massi, ambassadeur du Maroc en France, qui a abondé dans le même sens. M. Massi a averti que « limiter le débat sur l’immigration clandestine peut s’avérer dangereux ». Tout en reconnaissant l’échec de tous les processus euroméditerranéens mis en place pendant trente années, le représentant du Maroc a proposé la création d’un observatoire des populations euromaghrébines pour peaufiner les analyses et construire un discours commun entre les deux rives. « Je ne peux plus parler de flux migratoires, a-t-il dit. Je suis obligé de m’intéresser aux flux humains. Il (le flux) existe, c’est une réalité sociologique qui doit être la base de départ. »
Idem aussi pour l’historien Benjamin Stora qui, tout en saluant le nouveau « coup de barre » de l’Europe vers sa rive sud, a remarqué que les Etats sont en retard sur l’évolution historique de la Méditerranée. « Des millions de personnes se sont déjà fabriquées cet espace de Méditerranée, mais il y a une absence totale de sa traduction sur le plan politique. » Concernant spécifiquement l’Algérie, l’historien a souhaité que cette inflexion en direction du Sud puisse permettre d’être une nouvelle occasion pour surmonter les blessures de l’histoire…
Pour rappel, deux jours entiers sont consacrés au thème de l’union pour la Méditerranée. Plusieurs questions seront débattues avec d’éminents spécialistes et hommes politiques de premier plan. On peut évoquer, entre autres, « Les enjeux de l’union pour la Méditerranée » par Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères français, « La sécurité en Méditerranée », « La Méditerranée, un enjeu stratégique » avec Michel Barnier, ministre français de l’Agriculture et de la Pêche, « L’Etat de droit en Méditerranée » avec Mohamed Arkoun, philosophe et professeur d’université, mais aussi « Quelle institution pour quelle union » présentée par Alain Le Roy, ambassadeur chargé du projet de l’union pour la Méditerranée, et tant d’autres problématiques.
Yacine Farah - El Watan - 30 mars 2008

Union pour la Méditerranée : le Nord cogite, le Sud attend

Pour l’Algérie, comme pour les pays du Maghreb sans doute, il n’y a aucune urgence à se prononcer sur l’Union pour la Méditerranée, succédané corrigé de l’Union méditerranéenne. La France et l’Allemagne ont-ils réellement accordé leurs violons le 3 mars dernier à Hanovre en liquidant le projet initial au profit d’un retour au Processus de Barcelone ? Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, en doute ouvertement et il n’est pas en mesure d’assurer que son pays sera présent le 13 juillet prochain.
Qu’attend-il ? De voir le contenu du projet qui devrait être soumis jeudi prochain aux chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne. Qu’en conclure ? Qu’à Hanovre, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont conclu un arrangement provisoire : cultiver formellement une entente en attendant de négocier le détail.
Pourquoi dès lors les pays maghrébins ou plus largement du sud de la Méditerranée auraient-ils besoin de se prononcer à l’égard d’un projet encore informe ? De manière très généreuse, Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères, a qualifié le projet français de « proposition d’ouverture » qui reste sans « contenu tout à fait opérationnel ». En réalité, elle n’a plus de contenu du tout.
Initialement, le projet concernait les pays riverains de la Méditerranée. Ce « cadrage » restreint était l’aspect nouveau, celui qui était censé sortir de l’inefficacité du grand format que constituait le Processus de Barcelone. C’est pourtant ce cadre nouveau qui pose problème et suscite l’hostilité des Allemands et de beaucoup d’autres pays européens. Le nouveau format suggéré créait aux yeux des Européens du Nord un nouveau cadre qui concurrence celui du Processus de Barcelone dans lequel ils sont présents. La Méditerranée aux seuls Méditerranéens, en somme !
Or, l’Allemagne et d’autres pays ne l’entendent pas ainsi. Ils se considèrent comme des « méditerranéens » au même titre que la France ou l’Espagne et l’Italie. Si la nouvelle Union pour la Méditerranée en prend acte, comment se distinguera-t-elle du Processus de Barcelone ? L’Allemagne est très claire sur cette question : les 27 membres de l’Union européenne sont concernés et ont les mêmes droits et le but n’est pas de créer une nouvelle structure, jugée superflue, mais d’assurer une « continuation plus intensive du Processus de Barcelone avec un nouveau nom ».
L’Allemagne semble attendre que la France dise qu’elle est sur cette vision. Les deux pays sont censés présenter « en commun » le projet : on saura donc si Paris a accepté que l’Union pour la Méditerranée soit ramenée à une injection de vitamines à Barcelone. Il ne déplaît pas aux pays du Sud que l’Union européenne se saisisse de la question pour clarifier définitivement les choses sur la nature de cette union.
Car même s’il n’est pas avalisé dans sa conception première, le projet de Nicolas Sarkozy aura eu le mérite de relancer le débat sur la manière de relancer un partenariat euro-méditerranéen à l’état végétatif. On aurait aimé que les responsables maghrébins aient aussi des idées pour donner une âme au rêve maghrébin. Pour le moment, force est de constater que si le Nord cogite, le Sud, lui, se contente d’attendre...
mardi 11 mars 2008, par Journalchretien.net

dimanche 23 mars 2008

Kadhafi critique l'Union méditerranéenne

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi s'est réjoui du projet de coopération renforcée entre les pays méditerranéens, mais a prévenu que, sous la forme acceptée vendredi par les dirigeants de l'Union européenne, il risquait de n'avoir aucun avenir. Vendredi, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont présenté lors du sommet de l'UE à Bruxelles un projet d'Union méditerranéenne d'une portée plus modeste que le plan initial soumis par Paris. "J'étais, pour ma part, très enthousiaste, mais il semble que l'idée ait désormais été mise de côté.
Elle pourrait suivre la même voie que le processus de Barcelone, qui a échoué et péri, même s'il n'a pas été enterré", écrit Kadhafi dans un communiqué relayé par l'agence officielle Jana.
Pour que cette nouvelle union soit une réussite, elle doit offrir des avantages matériels à ses membres et n'inclure que les pays limitrophes de la Méditerranée.
"Elle ne doit pas faire référence aux détestables cartes des vieux empires ottoman, romain, carthaginois ou musulman, ni aux cartes du colonialisme moderne", prévient Kadhafi. "La volonté et la voix du Sud sont clairement ignorées", accuse-t-il.
Le JDD. 14.03.2008

Méditerranée : le malentendu - Elargir l’espace européen vers le Sud serait une vraie utopie refondatrice.

Le premier déplacement de Nicolas Sarkozy, en tant que président, en dehors de l’Europe, est consacré, à partir de demain, au Maghreb. Il y présentera, pour tenter de les en convaincre, son projet d’«Union méditerranéenne» à ses homologues maghrébins.
Après avoir été un sujet discrètement présent dans la campagne présidentielle, la question méditerranéenne a été mise en avant par le nouveau président dès le soir de sa victoire, où il a donné sa vision d’une Union méditerranéenne à construire «sur le modèle de l’Union européenne».
Cet ensemble - où la Turquie, qu’il ne souhaite pas voir entrer dans l’Europe, occuperait une place centrale - aurait quatre priorités. La première est la gestion des flux migratoires. Dans ses finalités, ses modalités et ses ambiguïtés, le projet d’union méditerranéenne n’est pas très éloigné de celui de «communauté méditerranéenne» que Jean-Louis Guigou entend depuis deux ans promouvoir à gauche : il s’agit d’installer sur les marches méridionales de l’Europe un sous-régionalisme bienveillant et pacifique, relayant le projet européen sans avoir l’étendue de ses compétences et sans entrer en concurrence avec lui.

Malgré leurs limites, ces projets ont pour intérêt de souligner l’importance de l’enjeu méditerranéen. A l’échelle continentale, le rapport à l’espace méditerranéen est devenu un des facteurs organisateurs du projet européen et un révélateur de ses crises : le débat sur l’entrée de la Turquie, l’affaire des caricatures ou la polémique sur le discours du pape à Ratisbonne montrent notamment combien le risque est grand aujourd’hui de construire ou de laisser se construire une altérité musulmane de l’Europe, à l’extérieur comme à l’intérieur.
Le rapport au Maghreb n’est pas seulement un enjeu majeur de politique étrangère, il touche aussi profondément à l’histoire et à la composition de la société française ; n’oublions pas que la relation franco-algérienne a été aussi constitutive de la France moderne que la relation franco-allemande. Des millions de français sont marqués par cette histoire avec l’autre rive qui se traduit notamment par l’existence d’une société franco maghrébine où les doubles nationaux abondent.
Or l’espace franco-maghrébin, dont la densité d’échanges économiques, culturels et surtout humains est plus forte qu’entre beaucoup de sociétés européennes (ainsi pour les mariages) est aujourd’hui traversé et mis à l’épreuve par l’instauration d’une frontière méditerranéenne de l’Europe, une frontière largement artificielle, sauf pour ceux qui veulent y voir une dimension religieuse. Les formules imaginées par l’Europe (partenariat, voisinage) pour contrer les effets déstabilisants de la construction d’une telle frontière sur les sociétés du Sud se sont révélées décevantes, car ces visions eurocentrées de la Méditerranée dissocient espace économique et espace humain et traitent les voisins de l’Europe en satellites économiques et en auxiliaires de politique antimigratoire. On ne veut pas voir que le défi que pose à l’Europe son rapport à l’outre-Méditerranée n’est pas seulement économique, énergétique ou stratégique. C’est d’abord un défi humain : comment gérer la Méditerranée comme un espace humain commun, sur le modèle de ce qui a été fait en Europe.

Les tragédies récurrentes, spectaculaires et irrépressibles des migrations irrégulières nous rappellent, par le désordre utile qu’elles introduisent dans les stratégies européennes et nationales visant à renforcer la forteresse Europe, que la dimension humaine est absolument centrale dans la vision d’un monde et d’une région à construire pacifiquement.
Ce retour des hommes, imposé tragiquement «par le bas», sur la scène méditerranéenne démontre l’impasse du processus de Barcelone qui comptait sur le «dialogue culturel» pour construire un espace humain virtuel où les hommes ne se mélangeraient pas, et surtout ne circuleraient pas du Sud vers le Nord. Face à cette imposture culturaliste, même une instance aussi modérée que le Forum civil euroméditerranéen a rappelé en novembre à Marrakech que la circulation des personnes est un droit de l’homme essentiel. Pour gérer le rapport de l’Europe à la Méditerranée et oser parler d’un «destin commun» avec les sociétés d’outre-Méditerranée, il faut s’inspirer pleinement des recettes qui ont réussi en Europe. Celle-ci n’est devenue un espace de paix et de vouloir vivre ensemble qu’en articulant la force d’une utopie ambitieuse avec le réalisme du possible.

Pour relever le défi d’un espace humain méditerranéen, il est nécessaire que l’Europe redéfinisse avec ses partenaires de véritables utopies refondatrices capables de donner sens à des politiques du possible. La plus évidente de ces utopies serait l’élargissement de l’espace européen vers le Sud, par une conversion progressive de l’Union européenne en Union euroméditerranéenne. Cette perspective fait sans doute peur. Le seul présidentiable à l’avoir endossée, Dominique Strauss-Kahn, préfère aujourd’hui parler de reconstitution de l’Empire romain. Ce serait pourtant la meilleure façon de conserver au projet européen la force et l’attrait de son caractère universaliste et de lui faire rencontrer un besoin de gouvernance de la «planète des hommes», qui s’impose de plus en plus à l’échelle mondiale.

Propre à reméditerraniser l’Europe sans céder aux tentations impériales, cette perspective répondrait sur le plan régional aux attentes exprimées depuis longtemps par un pays comme le Maroc et pourrait donner au conflit israélo-palestinien un horizon pacificateur. Elle donnerait sens à des mesures du possible qui, en retour, lui donneraient corps.
Le développement de coopérations renforcées avec le Maghreb, pourvu qu’elles soient conçues comme des étapes et pas des fins en soi, serait un jalon d’une progressivité de ce projet. La fermeture des frontières ayant eu au total plus d’effets pervers que positifs, un retour à une large mobilité des personnes dans l’espace méditerranéen, comme avant 1986, est une nécessité au désamorçage des tensions en Méditerranée avant d’être une autre étape de ce projet.
En particulier, l’élargissement du système Erasmus consoliderait ce processus d’ouverture avec un faible coût politique et financier. Et puis, en dehors des injonctions politiques mais avec leur encouragement, un manuel d’histoire franco-algérien ne serait-il pas l’opération simple qui, au-delà du symbole, révélerait tous les atouts de la proximité et les ressorts possibles de dialogue plutôt que d’être le «sujet poudrière» que voudraient en faire les chefs de guerre de mémoire des deux rives ?
Par Ali bensaäd, enseignant chercheurau CNRS-Iremam (1)maître de conférences à l’université de Provence et Jean -Robert Henry, Directeur de recherche au CNRS-Iremam - Journal Libération - Rebond - 09.07.2007

(1) Institut de recherche et d’étude sur le monde arabe et musulman, à Aix-en-Provence.

Les dirigeants européens approuvent le projet d'Union pour la Méditerranée

Le projet a obtenu un vaste soutien du Conseil" des chefs d'Etat et de gouvernement des 27, réuni jusqu'à vendredi à Bruxelles, a indiqué le Premier ministre slovène Janez Jansa, dont le pays préside l'Union européenne.
"Il s'agit maintenant d'y travailler dans les différences instances, il s'agit de faire le nécessaire pour que ce projet voit le jour", a-t-il ajouté.
Pour vaincre les réticences de plusieurs pays, en particulier de l'Allemagne, la France avait dû toutefois au préalable revoir nettement en baisse ses ambitions pour ce projet. Au final il consistera essentiellement à insuffler un nouvel élan au processus dit de Barcelone, lancé en 1995 et qui a donné peu de résultats.
Paris a accepté que tous les pays de l'UE, et pas seulement les riverains de la Méditerranée comme la France l'envisageait au départ, soient pleinement associés à l'initiative.
"Demain matin, sera prise formellement la décision de transformer le processus de Barcelone en Union pour la Méditerranée, la décision a été prise ce soir à l'unanimité", a précisé pour sa part le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy devant la presse, à l'issue d'un dîner de travail avec ses homologues européens.
"Il ne s'agit pas de l'enterrer (le processus de Barcelone, ndlr), de repartir à zéro, il s'agit de le mettre à jour", a nuancé M. Jansa. "Les temps ont changé, il faut s'adapter", a-t-il précisé.
Le processus de Barcelone visait à créer un véritable partenariat euro-méditerranéen, mais il a été handicapé depuis sa naissance par l'opposition entre Israël et les pays arabes. Une dizaine de pays méditerranéens sont impliqués dans ce programme: Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Territoires palestiniens, Syrie, Tunisie et Turquie, rejoints depuis 2007 par la Mauritanie. La Libye a un statut d'observateur.
M. Jansa a toutefois relativisé l'ambition politique de l'Union pour la Méditerranée. "Les nouvelles idées que contient le projet ne visent pas à trouver une solution aux problèmes du Proche-Orient ou aux problèmes entre Israéliens et Palestiniens. Il y a d'autres instruments" pour cela, a-t-il dit.
L'idée désormais est de se concentrer sur une série de projets concrets, notamment dans le secteur de l'environnement.
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a insisté sur le fait que "tous les Etats membres vont participer" à l'Union pour la Méditerranée, dont les propositions concrètes devront être lancées "dès que possible".
L'Union doit être officiellement lancée le 13 juillet lors d'un sommet rassemblant tous les Etats de l'UE et les pays riverains du sud. Il sera organisé durant la présidence française de l'Union européenne.
Outre la définition précise des projets de l'Union, se posera une autre difficulté: la question sensible de l'utilisation de fonds européens, qui nécessite l'unanimité des 27.

Le MatinOnline. le 14.03.2008

L'Union pour la Méditerranée rentre dans le rang européen

Les Vingt-Sept ont accepté de soutenir une version très édulcorée de la "vision" méditerranéenne chère à Nicolas Sarkozy. A l'issue de la première journée de leur sommet de Bruxelles, jeudi 13 mars, les homologues du chef de l'Etat français ont accepté de rebaptiser "Union pour la Méditerranée" le processus de Barcelone, qui encadre sans grand succès depuis douze ans les échanges entre l'Union européenne et les dix pays de la rive sud.
"La décision a été prise dans un grand enthousiasme", s'est flatté M. Sarkozy, lors d'une conférence de presse tenue après le dîner des chefs d'Etat et de gouvernement, en estimant qu'il s'agissait d'un "compromis".
"Nous avons simplement pris acte de la nécessité de relancer le processus (de Barcelone). Le moment est venu de le réévaluer", a acté plus sobrement le premier ministre slovène, Janez Jansa, dont le pays assure la présidence de l'Union ce semestre, tandis que la chancelière allemande, Angela Merkel recadrait une nouvelle fois l'initiative française : "Il s'agit du même instrument, et nous devrons nous assurer que les fonds sont correctement utilisés."

Avant de contraindre l'Elysée à réduire ses ambitions, début mars, Mme Merkel ne voulait pas entendre parler d'une initiative susceptible, à ses yeux, de semer la division au sein de l'Europe, et demandait d'associer l'ensemble des Vingt-Sept au projet défendu par Henri Guaino, le conseiller spécial du chef de l'Etat.

Dans le discours de Tanger, au Maroc, où il avait dévoilé ses intentions le 23 octobre 2007, M. Sarkozy avait invité les seuls Etats riverains à créer "une Union politique, économique, et culturelle fondée sur le principe d'égalité stricte entre les nations d'une même mer". "Dans l'esprit de la France, l'Union de la Méditerranée ne se confondra pas avec le processus" de Barcelone, avait précisé M. Sarkozy, déclenchant les critiques de nombreuses capitales et de la Commission européenne.
S'expliquant dans la nuit, le chef de l'Etat a tenté de faire contre mauvaise fortune bon coeur. "Honnêtement, je ne vois pas ce à quoi nous avons renoncé", a-t-il dit, "l'idée doit être très forte pour que tout le monde veuille y participer". Il a aussi reconnu que "tous les problèmes ne sont pas réglés ce soir".

Secrétariat "léger"
En guise de compromis, la France et l'Allemagne ont proposé que l'Union pour la Méditerranée soit ouverte à tous, et dotée d'un secrétariat "léger" d'une vingtaine de personnes.

La présidence du projet sera assurée conjointement par deux ressortissants, du Nord et du Sud, originaires de pays riverains de la Méditerranée. Les contours du secrétariat, qui pourrait être installé à Barcelone, selon les Français, continuaient de susciter des critiques jeudi soir, en particulier de la part de la Commission et de ses alliés dans cette affaire.

"Si les institutions envisagées n'entrent pas en conflit avec celles qui existent déjà, je ne verrais pas pourquoi nous ne lancerions pas la démarche", a prévenu le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker.
Prudents, les Français se sont gardés de préciser leurs vues en matière de projets concrets et de financements, deux questions qui devraient alimenter les débats avant le sommet de lancement, prévu le 13 juillet à Paris. L'ensemble des Vingt-Sept et des dix pays de la rive sud seront invités à cette rencontre, alors que l'idée initiale était de procéder en deux temps pour ne commencer qu'avec les seuls riverains.

"Ce qui est important, c'est que c'est un projet européen : nous ne ferons pas un barbecue pour quelques Etats membres seulement", a ironisé le chancelier autrichien, Alfred Gusenbauer.

Journal Le Monde. 15.03.2008 - Thomas Ferenczi et Philippe Ricard

Mobiliser autour du projet d'Union pour la Méditerranée

Nicolas Sarkozy défendait hier soir son projet d'Union pour la Méditerranée lors du sommet européen. Il poursuit ainsi au pas de charge la promotion et la mobilisation en faveur de son projet, qui apparaît comme un des grands objectifs de politique étrangère du quinquennat. Un projet qu'il définissait ainsi en octobre dernier à Tanger : « Un rêve de paix et de justice et non pas de conquête... un grand rêve de civilisation... un grand rêve capable de soulever le monde. »

Mais bien des écueils restent à franchir pour que ce rêve se transforme en réalité. C'est ce qui ressortait des débats tenus à Marseille à l'occasion de la conférence internationale de l'Institut Aspen qui réunissait une cinquantaine de dirigeants et d'acteurs du monde économique, politique, universitaire et culturel des deux rives de la Méditerranée. Si la quasi-totalité d'entre eux s'est prononcée en faveur d'un ensemble méditerranéen plus et mieux intégré - « L'avenir de l'Europe se joue au sud, sur ce plan Sarkozy a raison », affirme un responsable politique espagnol -, plusieurs voix se sont élevées pour mettre en garde contre un processus institutionnel dépourvu d'adhésion populaire. Un diplomate marocain affirme qu'au lieu de nommer des sherpas pour mettre en oeuvre le projet, il serait plus utile de susciter le soutien et la participation des Parlements nationaux, d'encourager la création d'un forum conjoint des chefs d'entreprise ou la mise en place d'un Erasmus méditerranéen.

L'esprit visionnaire du traité Ceca et des premières étapes du traité de Rome peut fournir un modèle : « Qu'est-ce qui sera le charbon et l'acier de l'Union pour la Méditerranée ? », s'interroge un haut dirigeant d'une institution européenne, insistant sur la nécessité de concentrer les efforts sur quatre à cinq projets concrets qui résonneront pour les opinions publiques. Les propositions abondent : secteur bancaire et financier intégré, coopération urbaine, infrastructures permettant à la Méditerranée de retrouver la fonction de « carrefour » telle que l'avait définie Braudel, protection et valorisation de la mer... Sans oublier la dimension politique du projet et les obstacles interculturels : au cours des dernières années, la Méditerranée s'est plus caractérisée par la montée des ressentiments, de murs psychologiques que par l'émergence d'un système ouvert.
« L'Europe doit avant tout valoriser l'attrait et les bénéfices de son «soft power», en contraste avec le radicalisme des va-t-en-guerre », recommande une universitaire marocaine. Et il y a nécessité d'aller vite : il y a aujourd'hui 20.000 Chinois à Alger, qui réalisent 14 des 16 barrages en construction et le chantier d'autoroute entre la Tunisie et le Maroc !

Les options sont nombreuses. D'où la nécessité d'identifier les priorités qui entraîneront le soutien des populations. Ici encore la transposition avec le processus communautaire peut s'avérer utile : à l'instar du Comité d'action pour les Etats-Unis d'Europe créé par Jean Monnet en janvier 1956, les promoteurs de l'Union pour la Méditerranée seraient bien avisés de mettre en place un processus ouvert et inclusif, reflétant la diversité des points de vue et dégageant un consensus pour l'action.

Mais la priorité pour l'Union pour la Méditerranée est de favoriser l'émergence d'un leadership éclairé, de combler la fracture grandissante entre les élites et les sans-voix. Des leaders formés aux bienfaits de la citoyenneté, de l'ouverture internationale, ayant mené une réflexion sur les valeurs. Des dirigeants qui aient le courage et la volonté de mener le peuple, de favoriser le partage des responsabilités, d'investir dans la jeunesse, les femmes. De permettre à tous, au-delà de leur communauté, au-delà des frontières de leur pays, de s'exprimer, de se reconnaître, et de créer une identité partagée. Sans quoi tous les efforts menés seront vains.

Assurément, le projet d'Union pour la Méditerranée voit juste et loin. Le véritable enjeu est de parvenir autour de grands thèmes mobilisateurs à créer ce bouillonnement, cette mobilisation des acteurs économiques, culturels, associatifs qui se reconnaîtront et voudront aller ensemble vers une véritable Union.
Journal les Echos - Idées & débats - 14.03.2008
JEAN-CHRISTOPHE BAS est vice-président de l'Institut Aspen. JEAN-MICHEL DEBRAT est directeur général adjoint de l'Agence française de développement. FATHÏA BENNIS est présidente de Maroclear.

Union pour la Méditerranée: le «oui mais» des Vingt-Sept

SOMMET EUROPEEN. Le projet a reçu le feu vert, mais il sera passé au crible par la Commission.
José-Manuel Barroso peut être satisfait. A l'issue du sommet européen de printemps, la Commission qu'il préside se retrouve en position de pilote de la future Union pour la Méditerranée dont Nicolas Sarkozy avait fait une priorité. «Il a fallu trouver un compromis», a reconnu le président français qui, après avoir exposé concrètement ses projets devant ses pairs, a remis le bébé dans les bras de Bruxelles. Parmi les initiatives évoquées figurent la dépollution de 130 sites «sales» du pourtour méditerranéen ou l'amélioration de l'accès à l'eau potable.
La Commission, qui supervise l'actuel processus de Barcelone lancé en 1995, et la politique de voisinage avec les pays de la Méditerranée, présentera au Conseil européen de juin ses propositions pour les «modalités de gouvernance» de la future Union, ainsi qu'une liste de projets susceptibles de démarrer rapidement, sur financement communautaire, nécessitant donc l'unanimité des Vingt-Sept et l'approbation de l'Europarlement. Le compromis en question était un test. Angela Merkel avait à plusieurs reprises dit son refus de voir naître de nouvelles structures, susceptibles de dupliquer avec les dispositifs existants.
La chancelière allemande a donc obtenu gain de cause à Bruxelles. Tandis que Nicolas Sarkozy, lui, peut repartir en affirmant, comme il l'avait fait pour le nouveau Traité européen, avoir «donné l'impulsion».
«Le projet français a le mérite de souligner l'existence, autour de la Méditerranée, d'un potentiel de risques que nous ne pouvons pas ignorer. Nous venons en fait d'avaliser un Barcelone Plus», a estimé le premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker.
La question des blocages du processus de Barcelone, en raison de l'opposition entre Israël et les pays arabes, a toutefois été esquivée. On sait juste que la Jordanie fera partie des pays de l'Union pour la Méditerranée, dont l'appellation finale devra être décidée avant le 13juillet, date du sommet euro-méditerranéen fondateur à Paris, sous présidence française de l'UE.
Riverains de la Baltique? Ce flou institutionnel inquiète en revanche l'équipe du haut représentant pour la politique extérieure de l'UE, Javier Solana, très discret sur le sujet. «Plusieurs programmes d'aide européens se superposent dans cette région. Faire le tri, réorganiser tout cela et réaffecter les budgets ne sera pas chose facile», juge un de ses conseillers.
L'idée de Nicolas Sarkozy risque aussi de faire des émules géographiques. La Pologne a ainsi évoqué, lors du sommet, la nécessité pour l'UE de se doter d'un programme spécifique d'assistance aux pays riverains de la mer Baltique.
Journal le Temps - Richard Werly, Bruxelles - Samedi 15 mars 2008