mardi 22 juillet 2008

Union pour la Méditerranée: succès du sommet, échec du projet

Le Sommet de Paris vient de lancer, dimanche 13 juillet, l’Union pour la Méditerranée. Le sommet est une réussite incontestable. Au plan symbolique: réunir la quasi-totalité des chefs d’Etat et de gouvernement euro-méditerranéens est un tour de force. Mais aussi au plan diplomatique, avec des avancées sur le Moyen Orient en marge du sommet.

Pourtant, lorsque la poussière médiatique du sommet sera retombée, il restera la réalité concrète de l’Union pour la Méditerranée: et dans ce domaine, le projet est mort-né.
L’Union pour la Méditerranée ne bénéficie d’aucun soutien politique réel au-delà de l’hexagone: s’il a été difficile de réunir les leaders euro-méditerranéens dimanche, il sera impossible de les engager plus avant. La faute à la France: la méthode qu’elle a déployée a été proprement calamiteuse.

La France a lancé l’initiative sans aucune concertation, entraînant la critique des Européens mais aussi la surprise des Méditerranéens. Il est assez contre-intuitif de lancer en solitaire un projet qui prétend réunir 44 pays autour d’objectifs ambitieux. Pire, elle a donné l’impression d’un projet hostile à l’Union.

Piloté par Henri Guaino, le conseiller spécial de l’Elysée dont les préventions eurosceptiques provoquent de vives tensions au sein même du gouvernement, le projet initial écartait la Commission européenne et les Etats-membres non-riverains, au premier rang desquels l’Allemagne: il ne pouvait que susciter un rejet massif de leur part. C’est une tâche indélébile pour l’Union pour la Méditerranée.

Conséquence de cette absence de soutien politique au projet: les résultats du sommet sont squelettiques. L’Union pour la Méditerranée n’est qu’un toilettage du processus de Barcelone. Ce dernier structure le dialogue euro-méditerranéen depuis 1995: exercice largement technocratique, faiblement financé, il ne produit plus rien de concret. Or l’Union pour la Méditerranée, c’est le processus de Barcelone, plus une co-présidence Nord/Sud et un secrétariat partenarial à créer. Un titre et quelques fonctionnaires internationaux. Rien de plus.

L’absence d’engagements financiers est le garant de l’échec annoncé de l’Union pour la Méditerranée. Cette absence n’a même pas pu être masquée, elle est reconnue par le communiqué final du sommet. Il est indiqué que les projets ont vocation à être financés par tous les acteurs, collectivités locales et régionales, entreprises, ONG, fondations… Aucune enveloppe financière nouvelle ne sera dégagée par l’Union.

Réussite du sommet, échec du projet: ce paradoxe est finalement la marque de fabrique du sarkozysme.
Pour Nicolas Sarkozy, l’Union pour la Méditerranée est un plein succès. C’est qu’il n’a qu’un seul objectif, et le sommet de Paris l’a pleinement atteint: cet objectif est médiatique, exclusivement médiatique. Toute son action est annexée à un but de guerre unique: faire le premier titre du journal télévisé.

Pour y arriver, la méthode Sarkozy repose sur trois piliers. Le volontarisme: c’est le point très positif du sarkozysme. Le « cavalier seul »: pour enchaîner les succès médiatiques, il faut tirer la couverture à soi. Au risque d’indisposer ses partenaires. C’est le cas pour l’Union pour la Méditerranée comme sur bien d’autres dossiers - la libération des infirmières bulgares, l’accord sur le traité de Lisbonne… C’est naturellement contre-productif, sur le fond, quand on a besoin de ses partenaires pour avancer.

Enfin, l’excès emphatique. Pour faire la Une, il faut travestir la réalité, lui donner plus d’importance qu’elle n’en a. Tout ce que fait Nicolas Sarkozy est « historique », « unique », « sans précédent ». Cela prête souvent à sourire, parfois même un peu plus. C’est en général sans conséquence – sauf en matière diplomatique, où il s’agit d’un exercice dangereux. La diplomatie demande des équilibres millimétriques, incompatibles avec le principe d’emphase qui gouverne le sarkozysme.

L’attitude de Nicolas Sarkozy pour le Liban est typique. Un grand coup de barre d’un côté, en opérant un transport de la quasi-totalité de la représentation politique française au pays du Cèdre. Suivi d’un grand coup de barre de l’autre côté, en invitant Bachar el-Assad à la tribune officielle du 14 juillet. Au plan diplomatique, deux déséquilibres en sens opposés ne recréent pas un équilibre diplomatique. Mais au plan médiatique, il s’agit de deux évènements « réussis », inatteignables par une diplomatie « classique », discrète et équilibrée.

Réussite médiatique mais échec sur le fond. Telle est la réalité de l’Union pour la Méditerranée. Tel est, aussi, le bilan probable du sarkozysme.

Par Olivier FERRANS - TerraNova - Rue89.com - le 16 juillet 2008

Elisabeth Guigou : "L'Europe comme les pays du Sud ont intérêt à construire une Union plus étroite"

Elisabeth Guigou : "L'Europe comme les pays du Sud ont intérêt à construire une Union plus étroite

Le projet d'Union pour la Méditerranée a été officiellement lancée lors du Sommet de Paris du 13 juillet dernier, sous la Présidence de Nicolas Sarkozy, et en présence de 43 chefs d'Etat ou de gouvernement des pays d'Europe et du sud de la Méditerranée.
Députée de Seine-Saint-Denis et vice-présidente de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, Elisabeth Guigou, dans une publication du 6 juillet dernier, explique pourquoi elle soutient ce projet et précise les conditions de sa réussite.
Le 6 juillet dernier, une semaine avant le lancement officiel à Paris du
Projet d'Union pour la Méditerranée, la Fondation Jean-Jaurès a publié une étude, rédigée par Elisabeth Guigou, députée et vice-présidente de la Commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationale, intitulée "L'Union méditerranéenne : une belle idée à ne pas gâcher"[pdf]. Un texte en faveur de ce projet mais dans lequel l'ancienne Garde des Sceaux rappelle qu'un certain nombre de conditions doivent être réunies pour assurer sa réussite.

"L'alternative est claire pour l'Europe comme pour les pays du Sud : s'unir ou se marginaliser"
"L'Europe, comme les pays du Sud, ont intérêt à construire une Union plus étroite". C'est le constat établi par Elisabeth Guigou dans son étude sur le projet d'Union pour la Méditerranée. Elle s'exprime en faveur de ce projet de coopération entre les
Etats membres de l'Union européenne et les pays du pourtour oriental et méridional de la Méditerranée.La députée de Seine-Saint-Denis explique en effet que la plus-value d'un tel projet est importante, que ce soit pour les Vingt-Sept ou pour leurs partenaires du Sud.
L'Union européenne doit faire face au vieillissement de sa population, et "aura besoin de plus en plus du dynamisme démographique du Sud". Sur le plan économique, elle a de plus "intérêt à ne pas laisser le pétrole, le gaz, les métaux précieux, les marchés du Sud méditerranéen lui échapper au profit des Américains, des Chinois ou des Indiens".

Les pays du sud de la Méditerranée ont de leur côté "besoin d'emplois, de transferts de technologie, de logements, d'écoles et d'universités, de systèmes sanitaires performants". Autant de mesures d'aide que l'Union européenne peut leur importer dans le cadre de ce partenariat.

Elisabeth Guigou constate également que l'Europe comme le Sud de la Méditerranée doivent faire face à des défis importants, et de plus à court terme, comme "la crise alimentaire, le réchauffement climatique, les mouvements migratoires, l'insécurité, la poussée des extrémistes, le terrorisme et la mafia".

Une étroite coopération entre ces deux régions leur permettrait donc de relever ces défis et de "réussir quatre transitions : énergétique, climatique, démographique et politique".La députée socialiste considère donc que non seulement ce projet est une "belle idée", mais qu'il est de plus une nécessité, les deux régions n'ayant qu'une alternative "s'unir ou se marginaliser". S'il réussit, le projet d'Union pour la Méditerranée "peut être un grand projet pour l'Europe du XXIe siècle".

"L'Union pour la Méditerranée doit [développer] des projets concrets"
Elisabeth Guigou rappelle que ce projet de partenariat entre les pays de l'Union européenne a été lancé dès 1995, sous l'impulsion de Jacques Delors et Felipe Gonzalez, à Barcelone. Le processus de Barcelone regroupait 39 Etats en 2005.

Le processus de Barcelone a cependant été globalement insatisfaisant, notamment parce qu'il était trop inégalitaire, privilégiant les pays européens au détriment des pays du sud de la Méditerranée, mais également parce qu'il était trop bureaucratique.
L'auteur reconnaît que "Le Président de la République a eu le mérite de donner une impulsion politique décisive en lançant, en 2007, le projet d’'Union méditerranéenne' et en lui donnant une visibilité et une priorité fortes". Elle considère cependant que "cette belle idée a failli être gâchée".

En effet, Nicolas Sarkozy a, selon elle, commis l'erreur de construire ce projet en rupture avec le processus de Barcelone, et en impliquant seulement les pays du pourtour méditerranéen, les pays du Nord bénéficiant uniquement d'un statut d'observateur. Or "les pays du Sud ne voulaient pas la disparition du processus de Barcelone, ne souhaitaient pas se couper des pays européens du Nord, ni des financements accordés par la Commission et le Parlement européen".

Elisabeth Guigou soutient donc la nouvelle version du projet, présentée en mars dernier par la France et l'Allemagne, et intitulé par la Commission européenne "Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée", qui conserve les acquis de Barcelone, regroupe 44 Etats, et n'entend pas se substituer au processus d'adhésion de la Turquie.
Dans une lettre ouverte aux Chefs d’Etats de l’Union pour la Méditerranée, Elisabeth Guigou et ses co-signataires définissent les conditions du succès de l'UPM, "comme la parité Nord-Sud dans la préparation des projets, des décisions et dans la gouvernance". Ce projet doit également jouer un rôle dans la résolution des conflits au Proche-Orient

"L’Union pour la Méditerranée doit toucher les populations de la rive Sud endéveloppant des projets concrets qui leur soient directement utiles ".

Selon Elisabeth Guigou, certains projets sont prioritaires, comme l’éducation, la mise à niveau des systèmes de santé, l’accès à l’eau et à l’assainissement, la sécurité énergétique, la sécurité maritime etc.

Elisabeth Guigou considère que ces projets peuvent être financés sur fonds privés, publics ou mixtes, "les investissements transnationaux qui, aujourd’hui, portent pour l’essentiel sur des secteurs de rente (tourisme, immobilier) [devant] davantage irriguer le système productif."
Touteleurope.fr - le 17 juillet 2008

Tunisie : 9 banques euro-méditerranéennes s'unissent pour faciliter les transferts d'argent des migrants

Une première dans le monde bancaire Euro-Méditerranéen : 9 banques s'associent pour faciliter les transferts d'argent des migrants
Dans la perspective du premier Sommet des Chefs d'Etat et de gouvernement créant « l'Union pour la Méditerranée » le 13 juillet 2008, à Paris, neuf établissements financiers privés des rives nord et sud de la Méditerranée ont créé ce matin à Paris un groupe de travail, auquel la Banque européenne d'investissement (BEI) ainsi que l'Agence Française de Développement (AFD) ont apporté leur soutien en tant qu'observateurs.
Ce groupe a pour objectif de faciliter et d'abaisser les coûts des transferts d'argent des migrants méditerranéens vivant en Europe vers leur pays d'origine, et de faciliter leur bancarisation dans une optique d'investissement productif, et de promotion de la croissance des PME et du financement de projets d'infrastructures sur la rive Sud de la Méditerranée. La BEI avait réalisé en 2005 la première étude sur ce phénomène des transferts de fonds des migrants d'Europe vers la Méditerranée.
Un protocole d'intention a donc été signé, le 7 juillet, par un premier groupe d'établissements financiers: Al Amana (Maroc) ; Attijariwafa bank (Maroc) ; Bank of Alexandria (Egypte) (1) ; la Banque Internationale Arabe de Tunisie (BIAT – Tunisie) ; la Banque Tuniso-Koweitienne (BTK – Tunisie) (2) ; la Confédération nationale des caisses d'épargne espagnoles (CECA – Espagne) ; le Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH – Maroc) (3) ; le Groupe Caisse d'Epargne (GCE – France) ; Intesa Sanpaolo (Italie).
Ce premier groupe de signataires pourra être rejoint par d'autres établissements soucieux de participer à la construction d'un tel projet.

Chaque année, les transferts réalisés par les migrants présents en Europe vers la rive sud de la Méditerranée représentent plus de 10 Md€, avec une croissance annuelle en volume de près de 15%. Or, pour une grande part, ces flux se font en dehors des circuits bancaires (Sociétés de Transferts d'Argent, Postes, circuits informels) et sont soumis à des tarifs relativement élevés.
Tant les épargnants, que les systèmes économiques des pays bénéficiaires pâtissent de cette situation. Qui plus est, aucun établissement bancaire ne dispose aujourd'hui, à lui seul, de réseaux suffisants des deux côtés de la Méditerranée pour organiser ces circuits à une large échelle. Forts de ces constats, les banques signataires ont décidé d'examiner la manière dont elles vont collaborer afin :
• de développer une gamme de produits bancaires et financiers dédiée aux besoins des migrants vivant en Europe, et de faciliter les virements bancaires de compte à compte entre les clients des banques du groupe de travail,
• de favoriser leur épargne dans une optique de réallocation à des fins productives dans des investissements de moyen et long terme (incluant notamment les projets d'infrastructures) sur la rive Sud de la Méditerranée.
Les établissements financiers signataires affirment ainsi leur volonté d'être parties prenantes et de rendre tangible « l'Union pour la Méditerranée » dans le quotidien des migrants, persuadés que : « sans renforcement des liens entre les économies de la Méditerranée, aucun renouvellement du dialogue politique, propice lui-même au développement des affaires et, au-delà, de la meilleure compréhension des peuples entre eux, ne sera possible ».
Animaweb - le 17 juillet 2008

Dossier presse : Présidence de la République

PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE
DOSSIER DE PRESSE
Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée
Objectifs politiques
L’Union pour la Méditerranée vise à rapprocher les deux rives de la Méditerranée en développant de grands projets de dimension régionale répondant aux besoins des populations.
Les peuples des deux rives ont non seulement des intérêts partagés mais avant tout une destinée commune. Il est urgent de se donner les moyens nécessaires pour relever, ensemble, les défis communs. Telle est l'ambition du projet d'Union pour la Méditerranée.
Entre les deux rives de la Méditerranée existe l’écart de richesse le plus fort au monde entre deux régions contiguës, puisque le PIB par habitant et par an est dans un rapport d'au moins 1 à 10. Cet écart de développement continue de s'aggraver depuis les 15 dernières années et porte en lui de graves risques pour la stabilité des deux rives de la Méditerranée.
Selon l'OCDE, il faudrait créer 40 millions d’emplois dans les quinze prochaines années pour seulement maintenir le chômage à son niveau actuel au sud de la Méditerranée. Le flux d’investissements européens dans la zone est anormalement faible : l’Europe ne réalise que 2 % de ses investissements en Méditerranée, alors que les Etats-Unis et le Japon investissent respectivement 20 % et 25 % de leurs investissements dans "leur" sud. La Méditerranée sera l'une des régions du monde les plus touchées, à court terme, par les conséquences du changement climatique, dont la désertification.
Initié durant la campagne présidentielle de 2007 par le candidat Nicolas Sarkozy, repris lors du discours de Tanger du 23 octobre 2007, et précisé dans «l’Appel de Rome», lancé conjointement le 20 décembre 2007 par la France, l’Italie et l’Espagne, le projet d’Union pour la Méditerranée vise principalement à créer des solidarités de fait entre les deux rives, sur une base paritaire, à travers une gouvernance partagée et la réalisation de projets concrets d’intérêt commun. L’accord franco-allemand du 3 mars 2008 a ouvert la voie à un accord européen sur l’Union pour la Méditerranée.
Le Conseil européen des 13 et 14 mars 2008 a approuvé le principe de ce qui pourrait désormais porter le nom de : "Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée".
Le projet a, en effet, vocation à refonder le processus de Barcelone pour qu’il devienne un véritable partenariat entre le Nord et le Sud.
Du Processus de Barcelone à l'Union pour la Méditerranée
L'ensemble des partenaires méditerranéens et européens s'accordent pour dire qu'il faut faire plus et mieux pour la Méditerranée, considérant que seule une faible part des objectifs fixés à Barcelone a été remplie. L’Union pour la Méditerranée a donc pour objectif d'ouvrir une nouvelle étape de la coopération en Méditerranée, en donnant une nouvelle forme au processus inauguré à Barcelone en 1995.
Elle vise, au-delà de la coopération déjà existante, à instaurer une gouvernance partagée et à créer des solidarités de plus en plus étroites à travers des projets concrets de dimension régionale.
Cette impulsion politique renouvelée en faveur de la Méditerranée, devra se traduire par la mise en œuvre d'un véritable partenariat égalitaire entre les deux rives.
Les 3 principales valeurs ajoutées du projet d'Union pour la Méditerranée au regard de l'actuel Processus de Barcelone consistent donc en :
- une forte impulsion politique au plus haut niveau, avec le principe de Sommets de chefs d'Etat et de gouvernement tous les deux ans dont le premier se tient le 13 juillet 2008 à Paris ;
- une gouvernance partagée pour un partenariat égalitaire et dans un esprit de co-décision entre ses membres, via une co-présidence, assurée conjointement par un pays membre et un pays non-membre de l’Union européenne, et un secrétariat permanent également paritaire. Cette structure de direction, légère et opérationnelle, composée de personnes issues paritairement des pays du nord et du sud de la Méditerranée, donnera corps à ce partenariat ;
- le lancement de grands projets concrets et fédérateurs de dimension régionale. Ces projets seront ouverts à tous les partenaires qui le souhaiteront et seront mis en œuvre selon le principe de la géométrie variable.
Ils impliqueront le secteur privé qui, depuis le début manifeste dans tous les pays méditerranéens son intérêt pour cette initiative. La réalisation de ces projets associera des financements publics et privés, et ne se limitera pas aux financements communautaires.
Le Conseil européen des 19 et 20 juin 2008 a engagé des négociations avec tous les pays appelés à être membres de l’Union pour la Méditerranée afin de définir les règles de fonctionnement et de compétence des nouvelles institutions.
Les projets
Il s'agit d'une nouvelle dynamique, partant de projets concrets, de solidarités de fait, qui doivent contribuer au rapprochement entre pays méditerranéens et pays européens.
Ces projets seront à géométrie variable avec les Etats qui souhaiteront y participer en fonction de leur intérêt propre. Ils ont vocation à être élaborés et mis en œuvre avec le concours de l'ensemble des acteurs intéressés, en particulier les collectivités locales et régionales, les entreprises privées, les associations et ONG, les universités, les centres de recherche et de formation, les fondations, etc.
Le Sommet du 13 juillet donnera la priorité à 6 grands projets :
- l’environnement et le développement durable, axés sur les actions de dépollution en Méditerranée. Le projet "Horizon 2020" déjà identifié va pouvoir être lancé grâce à l'implication de l’Union pour la Méditerranée et les nouveaux financements qu'elle va permettre. Ces actions viseront également à la protection du littoral et des zones marines ;
- les transports avec notamment le plan de développement des autoroutes maritimes reliant Méditerranée orientale et occidentale, notamment par une meilleure connexion des ports et par des actions particulières en faveur de la sécurité maritime;
- un réseau méditerranéen de protection civile qui permettrait de mieux mutualiser les moyens de lutte contre les risques naturels (incendie, tremblement de terre, tsunami), notamment en matière de prévention des risques ;
- les énergies alternatives, en particulier solaire. Les partenaires de l'Union pour la Méditerranée œuvrent également à l'élaboration d'un plan solaire méditerranéen, afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre, de réduire la vulnérabilité du système énergétique et de renforcer l'accès à l'énergie des populations isolées ;
- l’éducation supérieure et la recherche. Des projets portent, par exemple, sur la création d’un espace universitaire et de recherche méditerranéen grâce à la mise en réseau des universités, des centres de recherche et des académies des sciences ;
- une initiative dédiée au développement des micros, petites et moyennes entreprises, qui proposerait des programmes d'assistance technique et l'appui d'instruments financiers.Par ailleurs, de nombreux autres secteurs d'intervention pourront faire l'objet de propositions d'action dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée, dans les prochaines années :
- l’accès et la gestion de l’eau, qu’il s’agisse d’eau potable, d’irrigation ou d’eaux industrielles. 70 % de l’eau consommée en Méditerranée est utilisée pour l’irrigation. La désertification progresse non seulement au sud de la Méditerranée, mais maintenant au nord. Il s'agirait de mettre en place une stratégie de l'eau en Méditerranée avec une gestion efficiente et durable des réserves en eau et une coordination des bailleurs de fonds et des pays concernés ;
- la formation professionnelle valorisant les parcours qualifiants, en trouvant des lieux de stage intégrant les mutations technologiques, en étendant les expériences réussies et en créant des outils de mutualisation et de diffusion interactive des modules les plus demandés ;
- les échanges de jeunes. Le volume actuel des échanges de jeunes dans la région méditerranéenne est extrêmement faible. Il s'agirait de développer des synergies entre les différentes structures existantes, et disposant d’un budget significatif permettant de démultiplier le volume actuel des échanges ;- dans le domaine de la santé, et plus particulièrement la modernisation des services publics de santé en Méditerranée, en développant notamment la télé-assistance médicale ;
- sont aussi concernés l'agriculture, le développement urbain et l'aménagement du territoire, les TIC, la coopération audiovisuelle et cinématographique, les échanges culturels, le tourisme, les questions relatives à la justice et au droit, etc.
Chaque projet devra trouver son propre financement. Les fonds communautaires(Instrument européen de voisinage et de partenariat en particulier) pourront être sollicités dès lors que les projets répondent aux objectifs et conditions de ces dispositifs. Bien d'autres sources de financement, déjà présentes sur la zone, seront également et largement recherchées : bailleurs de fonds internationaux(Banque Européenne d'Investissement, Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement, etc.) et agences de développement (Agence Française de Développement, KFW allemande, agence de coopération espagnole, etc.), secteur privé, coopérations bilatérales, etc.

Projet : Dépollution de la mer Méditerranée .

1. Mettre en œuvre et poursuivre l'initiative "Horizon 2020"
La dépollution de la Méditerranée constitue le principal objet de la Convention de Barcelone de 1975 régissant l'approche collective des riverains dans les domaines de l'environnement et du développement durable, sous l'égide des Nations-Unies.
L’ensemble des populations des pays riverains doit disposer d’un environnement sain. Les coûts annuels moyens des dommages liés à la dégradation de l’environnement correspondent de 2,5 à 5,5 % du PIB suivant les pays (Banque Mondiale, 2004).
La mise en œuvre de l’initiative « Horizon 2020 », lancée lors du 10èmesommeteuro-méditerranéen en 2005, a pour but ambitieux de dépolluer la Méditerranée d’ici 2020. Une étude financée par la Banque européenne d'investissement (BEI),mandatée par la Commission européenne a identifié 43 projets dits "hot spots",pour un coût total évalué à hauteur de 2 milliards d'euros. Horizon 2020 est une initiative incitative.
Il n’y a pas de fonds adossés à Horizon 2020 qui est pourtant l’une des principales initiatives européennes en matière d’environnement pour l'ensemble de la région méditerranéenne. L'impulsion de l'Union pour la Méditerranée pourrait donner à cette initiative une forte visibilité politique et permettre d'orienter divers types de fonds vers ces projets ou des projets complémentaires (fonds communautaires, fonds bancaires, secteur privé, etc.).
Une liste des priorités a été établie de manière paritaire le 16 juin 2008, lors de la réunion des points de contact Horizon 2020 à Tunis, où les pays européens et méditerranéens ont participé sur un pied d'égalité.
Au-delà, en liaison avec le Plan d’Action pour la Méditerranée (PAM), une mise en cohérence de ces projets sera recherchée avec la nouvelle Stratégie de l’Eau en Méditerranée qui sera lancée lors de la conférence ministérielle Euromed sur l’eau de novembre 2008, en Jordanie.
2. Protéger le littoral méditerranéen et développer les réserves et les aires protégées marines
Avec le risque important d'une conurbation complète de la Méditerranée, le littoral, interface entre les milieux terrestre et marin, est un espace convoité du développement, un lieu d’implantation obligatoire ou privilégié pour de nombreuses activités, en même temps qu’un espace fragile et de grande valeur écologique, sociale et culturelle.
Il représente dans ses paysages et traditions façonnés par l’homme depuis des millénaires une identité culturelle unique. Le littoral méditerranéen est aussi un capital de biodiversité d’importance mondiale.
Particulièrement fragile il subira, parmi les premiers, les conséquences des changements climatiques et les coûts sociaux et économiques qui en découleront.
Face à ces défis, à la complexité induite par ces usages multiples, il faut imaginer de nouvelles réponses et réformer les modalités de gouvernance, sous la forme d'un apport d’appui institutionnel et d’expertise à la création d'organismes dédiés à la protection du littoral ou de conservatoires du littoral par leur mise en réseau.
Le Centre d’activité régional du Programme d'Actions Prioritaires (CAR/PAP)situé à Split se configure en Conservatoire du Littoral Méditerranéen pour assurer l'animation d'un réseau des organismes nationaux, puis, à terme, pourrait prendre en charge la gouvernance de la politique méditerranéenne de la protection du littoral.
Son Programme d'aménagement côtier (PAC) sera renforcé. Un nouveau protocole « Gestion intégrée des zones côtières (GIZC) » de la Convention de Barcelone pour la protection du milieu marin et du littoral de la Méditerranée a été signé en janvier 2008, par 14 pays du pourtour. Un colloque sous présidence française de l’Union Européenne se tiendra à Nice les 18 et 19 décembre 2008sur ce sujet et devrait permettre aux pays du bassin méditerranéen de partager un premier retour d’expérience et d’élaborer des recommandations pour la mise en œuvre de ce protocole.

Il est également important de développer les réserves marines et les sanctuaires, en un réseau cohérent et réparti sur l’ensemble de l’espace concerné. Une attention particulière sera portée aux grands mammifères marins qui peuplent la Méditerranée et sont très menacés.
C'est le cas avec le sanctuaire marin pour les cétacés PELAGOS créé par la France, la Principauté de Monaco et l'Italie. Le projet REPCET (réseau de REPort des Positions des grands CETacés entre les navires de commerce) construit un Système d’Information Géographique sur la zone avec l'ambition d'être étendue à l’ensemble de l’aire ACCOBAMS (Accord sur la conservation des cétacés de la mer noire, de la Méditerranée et de la zone atlantique adjacente) à moyen terme.
Les aires marines protégées constituent un laboratoire de connaissance pour les espèces et les effets du réchauffement climatique, ainsi que pour l’impact des diverses activités humaines en mer. Elles sont associées et consultées dans le cadre de la mise en place et de l’exercice partagé des activités économiques en Méditerranée afin que celles-ci soient porteuses de développement durable, préservant la biodiversité marine.
Enfin une vigilance particulière devra être portée aux fonds marins et aux espèces invasives. Le renforcement du réseau MedPAN, des gestionnaires d'aires marines protégées en Méditerranée, est également souhaitable.
Les fonds marins de la mer Méditerranée pourraient être classés en zone protégée.

lundi 21 juillet 2008

Dossier presse : Présidence de la République

Projet : Autoroutes maritimes et terrestres en Méditerranée
1. Une croissance des trafics très supérieure à la croissance démographique
En Méditerranée, la croissance des trafics a été très supérieure à la croissance démographique et économique entre 1970 et 2000: 4,9 % par an pour les passagers et 3,8 % pour les marchandises (hors maritime).
L'accroissement des trafics a été essentiellement celui des déplacements routiers, qui, en 1999, représentaient 88 % des déplacements terrestres de voyageurs et 82 % des transports de marchandises. Le rail (9 % du trafic interne voyageurs) joue un rôle notable en Égypte (47 % du total) et dans les pays de l’Est Adriatique (23 %).
La forte croissance du transport aérien (7,3 % par an) est à relier au développement du tourisme. Le trafic fret maritime a aussi connu une forte croissance (4 % par an) bien que l’on note une sous compétitivité des chaînes de transports euro-méditerranéennes Nord/Sud.
La flotte méditerranéenne est majoritairement soumise à un contrôle réduit et transporte des matières dangereuses. Les flux maritimes de transit représentent près de 40 % du trafic méditerranéen.
A l’horizon 2025, une très forte croissance des pressions est à prévoir: multiplication par 2,6 des trafics de fret terrestres, par 3,7 des trafics fret maritimes, quasi doublement du trafic voyageurs. La motorisation de masse(automobiles) devrait se généraliser au Sud avant 2025.
Cette évolution exponentielle aura de lourds impacts en termes de congestion, de nuisances sonores, d’émissions de gaz à effet de serre, de pollutions locales. Avec la forte croissance des trafics, la mer Méditerranée n’est pas non plus à l’abri d’une catastrophe écologique dont les coûts pourraient être beaucoup plus élevés que ceux enregistrés en Atlantique.
Le trafic maritime en Méditerranée est également vulnérable. Le flux croissant de navires multiplie les risques d'accidents, de piraterie, de terrorisme ou encore d'utilisation frauduleuse, voire de pratiques criminelles, comme le trafic de stupéfiants ou d’être humains, susceptibles de porter atteinte à des intérêts majeurs et de rendre inopérantes certaines infrastructures portuaires.
Aussi, pourraient être retenus des projets contribuant à l’intégration de l’espace méditerranéen, facilitant les échanges tout en préservant l’environnement, et permettant de sécuriser les échanges, tout en répondant aux besoins immédiats de sécurité des populations, ayant les caractéristiques suivantes :
- caractère transnational du projet, nécessitant la coopération de plusieurs pays pour les mener à bien,
- nombre important d’usagers directement touchés et concernés dans leur quotidien ;
- estimation des retombées économiques et sociales,
- logiques de mobilité et de développement durable.
Plusieurs projets ont été répertoriés et présentés en 2005 par le Groupe de Haut niveau (GHN), ou listés dans le Plan d’action régional de transport pour la région Méditerranée (PART, 2007 – 2013), réalisé au sein du Forum Euromed.
Parmi ceux-ci :
2. Le développement des autoroutes de la mer
Le concept d'autoroutes de la mer a émergé au début des années 2000 comme une combinaison de services intégrés de transport de marchandises sur des grands axes de transport comprenant un parcours maritime. Cet ensemble de services modernisés se matérialise tout au long de la chaîne des transports, à la fois sur le parcours terrestre, durant les transits portuaires, aux passages frontières et sur le segment maritime; il vise à assurer une plus grande fluidité du commerce transméditerranéen.
L'Espagne et la France ont relancé courant 2007 un projet de liaisons entre leurs 2 pays, susceptible d’aboutir très prochainement. Au sein de l'Union européenne, des réflexions sont aussi engagées entre l’Italie, la France et l’Espagne, entre la France et le Portugal, pour proposer des initiatives sur le corridor ouest Méditerranée.
Ces autoroutes de la mer répondent à plusieurs objectifs, notamment la réduction des congestions routières engendrées par la croissance très rapide du trafic du fret routier et le renforcement de l'efficacité du système d'exportation. Les intérêts des opérateurs convergent de part et d'autre de la Méditerranée pour fluidifier les acheminements maritimes combinés et accroître la part maritime des échanges commerciaux.
Pour les deux grandes solutions de transport de marchandises générales, en containers ou en remorques, les autoroutes de la mer en Méditerranée doivent pouvoir s'appuyer sur des services maritimes existants, combinés avec des avancées dans les domaines du transit portuaire, du passage frontalier et du transport terrestre. Elles nécessitent de revoir les infrastructures portuaires et de renforcer et d’améliorer la qualité des services existants et l’intégration du parcours maritime dans des schémas de transport combinant mieux le mode maritime et les modes terrestres. Ce projet se place ainsi dans un double objectif de développement durable et de viabilité économique.
Du point de vue opérationnel, les autoroutes maritimes doivent bénéficier de soutiens publics afin de parvenir à :
- opérer dans les ports sur des terminaux spécialisés "autoroutes maritimes" ;
- assurer les interfaces des conteneurs et des remorques routières entre le mode maritime et tous les modes terrestres disponibles (rail, route, voie navigable selon le cas) ;
- mettre en place des structures de partenariats réunissant les transporteurs, les ports et les autres intervenants de la chaîne de transport, afin d'offrir aux marchés des services "autoroutes maritimes" intégrés ;
- disposer de procédures de passage aux ports et aux frontières privilégiées, afin de faire bénéficier les marchandises des meilleures conditions de passages entre la mer, les ports et la terre ;
- engager pour cela les administrations douanières et autres institutions responsables de formalités et de contrôle dans une démarche d'adoption de standards "autoroutes maritimes" ;
- toujours en matière de standards, retenir les normes de sécurité, de sûreté et de protection de l'environnement les plus avancées afin d'aboutir à un label autoroutes maritimes méditerranéennes.
L'idée est de dresser, dans le cadre d'un très large partenariat, la liste des ports intéressés, d'identifier les flux potentiels et d'établir à la fois les bons modes de gouvernance et de partage des tâches pour finir par la réalisation de plans d'affaires. A terme, une conférence des bailleurs pourra être convoquée.

Le PART 2007 – 2013 retient aussi les autoroutes et routes de la mer. Un appel à projets est en cours dans le but de faire émerger des projets pilotes dont les résultats seront connus dans le courant du mois de juillet.
L'objectif est de renforcer les dynamiques d'identification de projets réalisables concernant la Méditerranée du sud et de l'est et de favoriser leur mise en place. Les procédures adoptées seront compatibles avec celles définies au plan communautaire en cas de segment maritime européen. L’objectif est désormais d’accélérer le processus initié à Barcelone, en encourageant la multiplication des initiatives dans les différentes parties du bassin méditerranéen et en facilitant la mobilisation des acteurs et des financements afin de consolider les réalisations déjà en cours sur des axes pertinents du point de vue commercial et logistique et de lancer le développement d'autres axes/liaisons/ports/marchés.
Ces nouveaux projets concrets sur les corridors est et ouest méditerranéen nécessiteront de lourds investissements dans les composantes terrestres, portuaires, maritimes et de modernisation administrative aux niveaux nationaux ettransfrontaliers. Au-delà du financement par les acteurs économiques et de la mobilisation de l'ensemble des agences d'aide au développement et, le cas échéant, des fonds communautaires pertinents, notamment en cas de segment maritime européen, il pourra être nécessaire de construire des logiques nouvelles dans lesquelles les apporteurs de capitaux sont associés à l'ensemble de la chaîne de lavaleur.
3. La modernisation du train "transMaghreb"
Dans le cadre de la promotion des échanges, mais aussi dans une perspective de réduction des émissions des gaz à effet de serre, le transport de voyageurs et de marchandises par fer entre les pays de la rive Sud pourrait être développé. La plupart des pays de la zone Sud ont, à des stades plus ou moins avancés, des projets ferroviaires en cours d’étude et souvent en attente de financement.
De manière ambitieuse, pourrait être affiché comme objectif la réalisation d’une authentique « ceinture ferroviaire » du bassin méditerranéen, avec une liaison allant de Casablanca jusqu’à Istanbul. A plus court terme, une approche plus pragmatique pourrait conduire à retenir des sections transfrontalières jugées comme prioritaires, parmi lesquelles certaines sont bien identifiées dans le cadre du PART comme les liaisons Istanbul –Cerkezköy - Frontière Bulgare, Oujda – Tlemcen ainsi que Port Saïd -Haïfa.
Des projets plus précis sont d’ores et déjà à l’étude : ainsi la modernisation du train trans-maghrébin reliant Tunis-Alger-Casablanca et l'amélioration de ses services, ou l'étude de faisabilité du train maghrébin à grande vitesse TGVM, reliant Tripoli à Casablanca via Tunis et Alger.
4. La sécurisation de l'espace maritime méditerranéen
Le développement des autoroutes de la mer est directement lié à la sécurisation de l'ensemble de l'espace maritime. Son amélioration constitue un levier fondamental du développement économique qui ne peut être efficace et durable dans cette zone partagée que si les partenaires ont l'assurance de bénéficier d’une sécurité suffisante, qui soit vécue par tous comme un bien commun et comme un vecteur de coopération prioritaire.
En effet, les risques sont globaux. Ils impliquent donc un devoir de solidarité entre les deux rives de la Méditerranée.
Dans un premier temps, trois actions concrètes sont proposées :
La lutte contre le trafic de stupéfiants
Le bassin méditerranéen constitue le point de rencontre de toutes les filières d’acheminement des stupéfiants et de leurs précurseurs chimiques. L'activité de ces trafiquants est vécue comme une agression caractérisée par les Etats méditerranéens concernés, comme pour l'ensemble des pays de l'Union européenne.
Depuis deux années, le trafic de cocaïne à destination de l’Afrique a pris une nouvelle ampleur, tant au niveau des quantités déplacées (plusieurs tonnes par opération), qu'au niveau des implantations de trafiquants colombiens dans certains pays d'Afrique de l'Ouest. Certaines ripostes ont déjà été mises en place : plate-forme Caraïbe de lutte contre les stupéfiants (MAOC-N) à Lisbonne, projet de plate-forme en Afrique de l’Ouest. Les actions de certaines marines nationales sont, efficaces mais encore trop dispersées et trop limitées dans le temps pour atteindre de façon déterminante les organisations de trafiquants.
Il paraît urgent de s'unir pour apporter une réponse opérationnelle plus efficace et mieux adaptée, en mutualisant les moyens humains et matériels et les technologies appropriées, dans le cadre d'une structure de coordination, opérationnelle sans négliger celui de l'intervention en mer.
La France propose donc de renforcer très efficacement la coopération opérationnelle en Méditerranée dans ce domaine, par la création d'un centre de coordination de la lutte anti-drogue en Mer Méditerranée (CECLAD-Med). Ce projet pilote, à vocation européenne et méditerranéenne, a d'ores et déjà reçu l’approbation de plusieurs pays du pourtour méditerranéen et un accueil favorable de l’UE.
Afin de renforcer la sécurisation de l’espace maritime méditerranéen, un tel centre, devrait nécessairement être complété par la mise en synergie des principaux capteurs d’information existant en Méditerranée.
Le renforcement des capacités de surveillance et le développement de la coopération entre les acteurs maritimes et portuaires méditerranéens
Les ports constituent, depuis toujours, des lieux stratégiques d’échanges et de transit, tant pour les personnes que pour les marchandises. Ils sont devenus des enceintes sensibles dans un espace internationalisé de plus en plus ouvert à toutes sortes de flux.
Les zones portuaires ne sont pas seulement des vecteurs de l’immigration clandestine, mais aussi le théâtre de trafics en tous genres (véhicules volés, stupéfiants, contrefaçons, armes, personnes recherchées…).
L’amélioration de la sécurité et de la sûreté maritimes en Méditerranée requiert de la part de tous les partenaires européens et méditerranéens, une volonté commune de mettre en synergie tous les moyens disponibles pour :
- assurer et coordonner le secours aux personnes en mer;
- sécuriser les routes de transit;
- prévenir les accidents de mer et les atteintes à l’environnement;
- lutter contre les menaces et les trafics illicites (drogue, immigration irrégulière…);
- préserver les ressources halieutiques;
- améliorer la protection des ports d’intérêt majeur.
Cette volonté commune devrait se caractériser par le renforcement des capacités de surveillance et le développement de la coopération entre les acteurs maritimes et portuaires méditerranéens, tant civils que militaires.

Dans ce contexte, il pourrait être suggéré de:
- constituer un réseau de contacts opérationnels nationaux, dans chaque pays partenaire, pour améliorer la synergie entre les systèmes de surveillance;
- créer ou renforcer un réseau de surveillance (Vessel Traffic System, radars côtiers, sémaphores…) relié à des centres opérationnels nationaux interconnectés, pour obtenir un meilleur partage d’informations sur les risques susceptibles d’affecter le trafic maritime sur l’ensemble du bassin méditerranéen;
- organiser l’échange d’informations et valoriser les expériences et expertises mutuelles, pour renforcer les capacités d'anticipation, d'identification et de prise en compte des risques;
- favoriser la prise en compte, dans chaque pays, de la norme de sûreté reconnue au plan international et adoptée par l'OMI le 12 décembre 2002 (code ISPS), et rechercher l’élaboration des plans de sûreté portuaire ;
- optimiser l'exploitation des systèmes de détection et d'identification des navires, et promouvoir les procédures et moyens de contrôle techniques, mis en œuvre par les services concourant à la sûreté maritime.
Ces mesures offriraient une réponse aux besoins des populations riveraines et valoriseraient la dimension économique et environnementale pour chacun des partenaires. En outre, elles accentuent la dynamique de coopération entre les acteurs du monde maritime. Ce projet devrait reposer sur des systèmes d’information et des procédures compatibles avec les engagements internationaux de chacun.
Les coopérations existantes dans ce domaine, en Méditerranée occidentale, ont d'ores et déjà ouvert la voie d’une meilleure connaissance et d'une plus grande confiance mutuelles, permettant d’initier des échanges d’informations.
Ces échanges permettraient de déboucher sur une harmonisation progressive des dispositifs maritimes et portuaires, et favoriseront l'adoption de technologies modernes, pour contribuer à élever les standards de sécurité et de sûreté maritimes, en particulier dans les zones de compétence des ports.
La création d'un fonds méditerranéen pour un financement public-privé de la sécurité de l'espace maritime
Le transport et les activités économiques maritimes génèrent en Méditerranée une richesse considérable. 40 % du volume mondial de marchandises et 30% du trafic pétrolier empruntent les routes maritimes du bassin méditerranéen, classé 3ème zone maritime mondiale après l'Asie et l'Europe du Nord. 13 000 navires de haute mer y effectuent annuellement 250 000 escales commerciales dans 500 ports de commerce, alors que 10 000 navires transitent sans s’arrêter à travers la Méditerranée. Par ailleurs, 250 millions de tonnes de produits dangereux transportés par la mer sont traités chaque année par les industries portuaires, alors que 200millions supplémentaires transitent le long des côtes.
La mer Méditerranée est donc exposée à la totalité des risques et ne bénéficie pas, notamment faute de moyens financiers, d’un dispositif coordonné de surveillance et de prévention à la hauteur des besoins du trafic.
Il est donc proposé la création d'une contribution financière, nouvelle pour Gibraltar, le Bosphore et additionnelle pour Suez, dédiée à la sécurité de l'espace maritime méditerranéen. Elle serait perçue en fonction du poids de marchandises transportées sur l'espace maritime délimité par les détroits. Ces derniers matérialisent les accès de cette mer fermée et facilitent le recensement des activités maritimes, ainsi que l'évaluation statistique des volumes d'échange et de transit.
Ainsi, à titre d’exemple, un prélèvement de l’ordre de 1 euro par tonne de marchandise transitant par Suez génèrerait une contribution de 1 million € par jour. Compte tenu de la valeur de la marchandise transportée et du coût induit par le détour de la Méditerranée, ce prélèvement est considéré comme indolore par les transporteurs. Ce projet ouvre ainsi une perspective pionnière, équitable et durable de financement de l'effort partagé de sécurisation de l'espace maritime, impliquant l’ensemble des pays riverains de la Méditerranée.

Dossier presse : Présidence de la République

Projet : Protection civile en Méditerranée
1. Etat des lieux des risques naturels et technologiques
Les pays méditerranéens sont confrontés à des risques de même nature en termes de protection civile. Depuis quelques années, on assiste dans la région, à une forte croissance des sinistres liés à des risques naturels et technologiques.
L’augmentation du risque de catastrophes naturelles ou d’origine humaine nécessite de renforcer les actions en Méditerranée en permettant d'augmenter la capacité des Etats à répondre rapidement à toute catastrophe d'envergure.
Les risques naturels
Les risques sismiques sont très importants en Méditerranée et présents dans l’ensemble de la zone. La zone sismique la plus sensible va de l’Italie à la Grèce, et du Maghreb au Proche-Orient. L’Algérie et le Maroc sont les deux pays les plus touchés ces dernières années par les tremblements de terre.
En Algérie, le tremblement de terre de Boumerdès, le 21 Mai 2003 a provoqué la mort de 2278personnes et fait 10147 blessés.
Au Maroc, le tremblement de terre d'El-Hoceima, le 4 février 2004 a fait 628 victimes.
Les inondations, caractéristiques des pays méditerranéens, sont liées aux averses exceptionnelles. On distingue deux types d’inondations.
L’inondation de plaine, due à une pluie lente et continue ou à la fonte des neiges, peut être anticipée. La seconde, torrentielle, due à de fortes pluies, est soudaine et peut parfois s’accompagner d’autres sinistres: coulées de boue, ruptures de barrages, etc.
L’Algérie a été touchée par ce type de risque naturel (10 novembre 2001: inondation de Bab El-Oued, faisant 771 morts), ainsi que la Tunisie, en 2003 et en 2007, avec des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants.
La sécheresse est le troisième type de risque naturel, la Méditerranée étant l’une des régions les plus chaudes du monde. C’est un phénomène bien identifié dont les conséquences peuvent être graves : destructions de récoltes et de plantations ,risque important de feux de forêt.
Les feux de forêt : il s’agit d’un phénomène majeur, fréquent dans l'ensemble de la zone méditerranéenne. Ses conséquences peuvent être dévastatrices. Avec près d’une centaine de morts et des centaines de milliers d’hectares de végétation anéantis, les incendies de l’été 2007 ont été particulièrement meurtriers dans plusieurs pays du pourtour méditerranéen, principalement en Grèce et en Italie, mais aussi en Turquie, au Liban, en Algérie et au Maroc. En Grèce, le bilan humain a atteint 63 morts, en Italie 13.
Les tempêtes : c'est un phénomène qui se déplace à grande vitesse avec, toutefois, une possibilité d'anticipation, grâce à la surveillance par satellite, en mettant en œuvre des mesures de météo-vigilance.
Les éruptions volcaniques. Plus localisé, le risque volcanique se concentre surtout en Italie. La principale zone à risque couvre le Vésuve (Naples), la cuvette tyrrhénienne, le Vulcano et le Stromboli (Iles Lipari), l’Etna (Sicile). Ce dernier a été particulièrement actif au mois de février 2008, sans provoquer de pertes humaines. Le sinistre se produit soudainement et peut rarement être prévu.
Les risques technologiques
Le transport maritime génère des risques d’autant plus élevés que la Méditerranée est un bassin semi-fermé, qui la rendent très vulnérable aux effets de la pollution. On estime à 50% du trafic les marchandises dangereuses à différents degrés. De plus, 28% du trafic pétrolier maritime mondial transite par la Méditerranée.
En conséquence, la pollution marine par accident doit être considérée, dans le bassin méditerranéen, comme un facteur essentiel de dangerosité. Depuis quelques années, on assiste à une recrudescence de la pollution maritime accidentelle. A titre d’exemple, l’Egypte a été touchée en décembre 2004, le sud du Liban (par fait de guerre) en juillet 2006, avec l’écoulement de plus de 15.000 tonnes de brut, et la Syrie (marée noire) en août 2006.
Accidents chimiques et industriels présentent une probabilité importante de survenance et l’amplitude des sinistres qui les concernent est considérable. Les complexes industriels sont souvent localisés près des espaces résidentiels. Il en découle un risque important d’empoisonnement pour les populations et les animaux, notamment en raison de la pollution des eaux et des sols.
Par ailleurs, la plupart des grands ports possèdent des plates-formes chimiques ou pétrochimiques très vulnérables aux incendies, avec des conséquences dramatiques (comme dernièrement au Maroc, en Algérie et au Liban).
Transport et stockage de produits chimiques. La possibilité d’accident de transport ou de stockage de produits chimiques est également importante. Le fait que le danger soit mobile crée une menace tous azimuts : ports, routes, voies navigables intérieures et extérieures. Le risque pour les populations et les animaux est critique, compris par la pollution de l’eau et du sol.

Accidents de transport. Une majorité d'accidents implique les trains et les avions. Les conséquences de ces accidents sont souvent dramatiques en termes humains et matériels. Par ailleurs, les règles de conduite sont peu respectées, ce qui aggrave les causes d'accidents industriels.
2. Instruments et acteurs existants
• Dans le cadre de l'Union européenne, les programmes Euromed de protection civile, ont permis de renforcer les actions de coopération dans le domaine de la prévention des désastres et de l'information du public. En 2001, a été décidée la création d'un Mécanisme communautaire visant à favoriser une coopération renforcée dans le cadre des interventions de secours relevant de la protection civile.
• Sur le plan opérationnel, la France, l'Italie, le Portugal et l'Espagne ont décidé, à l'été 2006, de créer une Force d'Intervention Rapide Européenne. Elargie à la Grèce, elle accueillera prochainement la Slovénie.
• Par ailleurs, dans le domaine des pollutions maritimes, il convient également de prendre en compte l’Agence Européenne de Sécurité Maritime qui affrète un certain nombre de moyens d’intervention, ainsi que le REMPEC : (REgional Marine Pollution Emergency response Centre for the Mediterranean sea).
Ce dernier est administré par l’Organisation Maritime Internationale, agence spécialisée des Nations Unies. Dans ce contexte, le REMPEC a fourni son assistance technique à UNEP/OCHA dans la gestion de la pollution maritime causée par le bombardement en 2006 des stockages de la centrale de Jieh au Liban
3. Besoins restant à couvrir
Pour ce qui concerne les actions développées au niveau européen, beaucoup reste encore à faire. Il est nécessaire de prendre de nouvelles initiatives, complémentaires des actions engagées jusqu'à présent.
En effet, il est possible de mieux prendre en compte l'activité opérationnelle des pays méditerranéens, en particulier le développement d'actions d'assistance mutuelle et la création d'une structure de coordination et d'assistance en cas de sinistre ou catastrophe dans le Sud de la Méditerranée.
Pour ce qui concerne le financement des actions de protection civile, il convient d'observer d'une part, que les financements Euromed sont liés à des programmes encadrés dans le temps. S'ils peuvent jouer le rôle de "facilitateur" du démarrage du projet, ils ne sont pas prévus pour constituer le support d'un projet destiné à se développer dans la durée.
Il est donc indispensable d'élaborer un mode de contribution et de gouvernance qui soit à même d'assumer cet objectif. Pour ce qui concerne la couverture des risques sur l'ensemble du bassin méditerranéen, seul le champ "pollutions marines" est couvert de façon égalitaire entre États par un seul organisme régional (le REMPEC). Le champ "terrestre" l'est partiellement par le Mécanisme européen de sécurité civile. Quant à l'alerte précoce pour le risque de tsunami, la couverture de la zone méditerranéenne est en cours d'étude sous l'égide de l'UNESCO.
4 - Le projet « protection civile »
Il est proposé de renforcer les liens bilatéraux entre le Mécanisme européen de protection civile (MEPC) et les services de protections civiles des pays du sud de la Méditerranée, ainsi que de développer des programmes d'assistance technique dévolus à la formation et dédiés aux pays de la rive sud.
A la réunion du 5+5 Intérieur de Nouakchott, le 22 mai 2008, la France a proposé un dispositif complémentaire axé sur la création d’un collège méditerranéen de protection civile. Celui-ci permettrait la mise en place de formations communes, et pas seulement spécifiques, la mise en réseau de ces formations, la création d'un dispositif de coordination et d'assistance en cas de sinistre ou catastrophe en Méditerranée et la mutualisation, sur une base volontaire, d'informations, de moyens et de capacités de protection civile des pays méditerranéens.
A terme, l'objectif serait de conduire des interventions communes pour répondre à tous les types de catastrophes. Ce collège aurait vocation à intéresser l'ensemble des pays riverains de la Méditerranée. Dans un même esprit, en s'inspirant de l'exemple de la FIRE 2,pourrait être proposée la création d'une force d'intervention rapide méditerranéenne(FIR-Med) aux pays du sud et aux pays de l’Union européenne qui le souhaitent.
Force d'Intervention Rapide Européenne. Aujourd'hui élargie à la Grèce, et dénommée FIRE 5, elle doit se transformer prochainement en FIRE 6 avec la participation de la Slovénie. D'autres pays riverains de la Méditerranée pourraient s'y joindre prochainement.

Dossier presse : Présidence de la République

Projet : Plan Solaire pour la Méditerranée
1. Une demande d’énergie du Sud et de l'Est de la Méditerranée 4 fois plus élevée qu'au Nord du bassin
A l’horizon 2025, la demande d’énergie primaire pourrait se trouver multipliée par 1,5 en Méditerranée, les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) connaissant des taux de croissance de leur demande énergétique quatre fois plus élevés que les pays du Nord (PNM).
Ils représenteraient alors 42% de la demande d’énergie totale du bassin méditerranéen, contre 29% en 2006. La Turquie pourrait devenir le second consommateur du bassin. Demande d’énergie primaire en Méditerranée Source : Observatoire Méditerranéen de l’Énergie
Les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) totalisent 80% de l’approvisionnement énergétique des pays (94% pour les PSEM, 75% pour les PNM). Quatre pays, Algérie, Libye, Égypte et Syrie, sont exportateurs d’hydrocarbures et fournissent 22% des importations de pétrole et 35% des importations de gaz de l’ensemble du bassin méditerranéen.
Tous les autres pays sont importateurs nets d’énergie. La part des énergies renouvelables, hors hydraulique et biomasse, resterait limitée, passant de2,8% de l’énergie primaire à 3% dans les PSEM et de 3 à 4,2% dans les PNM.
Dans les PNM, c’est le secteur des transports qui a enregistré la plus forte croissance de consommation depuis 30 ans, pour représenter, avec 32% de la consommation d’énergie en 2005, le premier poste.
Dans les PNM, tous les secteurs ont fortement augmenté leur consommation, ceux de l’industrie et du résidentiel étant les plus grosconsommateurs en 2005, avec respectivement 36 et 27% de la consommation d’énergie en 2005.
Un tel scénario tendanciel annonce une croissance des risques et des impacts :
- Les émissions de CO2issues de la consommation d’énergie pourraient augmenter, entre 2006 et 2025, de 55% dans les PNM et de 119% dans les PSEM.
En 2025, les émissions des PSEM, bien que représentant 1,8 fois moins par tête d’habitant que les émissions des PNM, pourraient représenter 47% des émissions du bassin, contre 33% en 2006.
- La dépendance énergétique pourrait s’accroître sensiblement, tant pour les PSEM importateurs (passant de 77% en 2006 à 88% en 2025) que pour les PNM(passant de 68% à 73% sur la même période).
- Les risques sociaux et économiques liés à la hausse des coûts d’approvisionnement et à ses répercutions sur la facture énergétique des pays, des ménages et des entreprises seraient accrus.

2. Le Plan Solaire pour la Méditerranée
Dans ce cadre de forte hausse de la demande énergétique dans le sud et l'est méditerranéen et de la lutte contre le changement climatique, un élément de réponse important pourra être le Plan Solaire pour la Méditerranée :
-Le Plan Solaire pour la Méditerranée pourra prévoir la construction de capacités additionnelles de production d’électricité bas carbone, et notamment solaire dans les pays du pourtour méditerranéen.
-La participation des investisseurs privés et l'exportation d’une partie de la production vers l’Europe pourront être recherchées pour assurer la rentabilité des projets ;
-La consommation d’une partie importante de l’électricité produite par le marché local et des mesures de maîtrise de la demande et d’efficacité énergétique contribueront à satisfaire les besoins domestiques en forte
croissance des pays du sud de la Méditerranée.
3. Un très fort potentiel solaire pour satisfaire des besoins et répondre aux défis énergétiques de la région
Les énergies renouvelables sont encore peu exploitées dans la région Méditerranée, comptant pour seulement 4% du bilan énergétique des pays méditerranéens(hydroélectricité incluse).
Les pays méditerranéens bénéficient pourtant de conditions d’ensoleillement extrêmement favorables et possèdent de vastes espaces libres pouvant accueillir des capacités de production d’électricité de taille importante. La construction de centrales solaires permettra l’accroissement des capacités de production des pays du Sud et la satisfaction d’une partie de la consommation domestique.
Une partie de ces capacités supplémentaires pourrait être destinée à l’exportation vers les pays de l’Union européenne. Le développement de l’énergie solaire et l’augmentation de l’efficacité énergétique entraîneront une diversification du mix énergétique et une réduction de la dépendance et des risques liés au recours massif aux énergies fossiles.
Enfin, dans les pays producteurs, le développement des centrales solaires permettra de préserver des ressources fossiles rares. Cela participera de la pérennisation des revenus d’exportation importants pour le développement national, d’autant que les coûts de production de l’électricité à l’aide de solaire à concentration se rapprochent le plus de ceux des centrales thermiques classiques et pourraient rapidement permettre une production commerciale à grande échelle.
4. L’énergie solaire devrait devenir compétitive entre 2012 et 2020
Certains pays méditerranéens ont déjà une bonne expérience dans le domaine des chauffes eau solaires (Israël, Jordanie, Tunisie).
Le solaire photovoltaïque est aujourd’hui essentiellement utilisé à des fins d'électrification rurale (13 MW installés au sud de la Méditerranée). Les coûts de cette technologie, en dépit d’une baisse rapide, devraient rester élevés jusqu'à l'horizon 2020, mais son rôle est prépondérant pour l’approvisionnement en électricité de zones isolées.
La production d’électricité par concentration solaire (CS) est encore peu développée mais plusieurs centrales sont en projet.
Les coûts de production de l’électricité à l’aide de solaire à concentration se rapprochent le plus de ceux des centrales thermiques classiques et pourraient rapidement permettre une production commerciale à grande échelle. Les prévisions effectuées notamment par les fédérations européennes du secteur et les experts de différents pays méditerranéens permettent de confirmer ces estimations et de situer le potentiel de développement de nouvelles installations de production bas carbone (solaire à concentration, photovoltaïque et autres renouvelables) à 20 GW d’ici 2020.
5. Le secteur du solaire est en voie de structuration industrielle
L’énergie solaire est en phase de structuration et de décollage. Après les déceptions enregistrées à l’origine, c’est une filière nouvelle qui se met en place. Le savoir-faire procède par progrès incrémentaux (centrales à vapeur saturée puis à sels fondus) en partant de technologies basiques éprouvées.
6. Un mode de financement original :
Le système d'échange de certificats d'origine européen pourrait être ouvert aux pays du voisinage européen De manière générale un système d'échange de certificats d'origine permet aux investisseurs potentiels d'investir là où les conditions sont les plus favorables.
Ouvert aux pays de la Méditerranée, ce système permettrait à des investissements d'être réalisés dans des pays non membres de l'Union tout en étant comptabilisés pour la réalisation de l'objectif européen devrait concerner les énergies renouvelables, être réalisé hors de l'UE et produire de l'électricité revendue dans l'UE. Ce type de système permettrait de rentabiliser les investissements en rendant la filière compétitive et pourrait être renforcé par les mécanismes élaborés pour les émissions de CO2.

Dossier presse : Présidence de la République

Projet : Enseignement supérieur et Recherche
Le bassin méditerranéen est riche de 11,45 millions d'étudiants. Les chiffres disponibles montrent le déséquilibre, en matière de formations de haut niveau et de recherche, entre pays européens et pays non européens de la Méditerranée.
Les universités et les centres de recherche des pays du Sud peinent à trouver les directeurs de recherche compétents. Le nombre de thèses soutenues, ainsi que celui des publications et brevets, restent relativement faibles.
Beaucoup d'universités des pays du Sud tiennent plus de lycées supérieurs que d'institutions capables de former des doctorants et deschercheurs.
1. Projets en matière universitaire
Les projets suivants pourraient être promus :
1- le renforcement et l'extension à la totalité des pays partenaires de masters et de doctorats de niveau reconnu dans des domaines de recherche prioritaires : la perspective de l'Union pour la Méditerranée a fait naître des projets nouveaux, en particulier dans le domaine du développement durable, de l'agronomie, du droit et de la santé.
2- l'utilisation des formations à distance et de cours en ligne interactifs, financés par la coopération française ou par des institutions multilatérales — Banque Mondiale, BAD, francophonie —, qui peuvent, par une mutualisation des espaces de formation virtuels installés dans les pays du Sud, dispenser des diplômes et la validation de compétences professionnelles, en relation avec les organismes de formation professionnelle et les entreprises ;
3- la création de ressources bibliographiques en ligne : une bibliothèque virtuelle regroupant les portails et sites scientifiques déjà existants et permettant l'accès au savoir dans les disciplines où doit des développer la recherche ;
4- l'accroissement du nombre de mobilités : les programmes Erasmus Mundus et Tempus, qui ne sont pas dédiés aux seuls pays méditerranéens, sont loin découvrir les demandes et les besoins ; le volet méditerranéen d'Erasmus pourrait être renforcé ;
5- la création d'un label d'assurance qualité lié à un mécanisme d'accréditation reconnu par tous, pour que les formations qui se développent dans les pays du sud en partenariat avec des institutions du Nord puissent être reconnues dans leur qualité et leur relation aux métiers : il existe déjà dans les pays européens des instances nationales reconnues par un système européen de validation, et il importe de fédérer ces instances au sein d'une institution ou agence d'assurance qualité capable d'accorder aux formations du Sud un label conforme aux exigences européennes et internationales.

Ces objectifs sont déjà à l'œuvre par l'intermédiaire de nombreux réseaux de spécialistes de disciplines variées, chercheurs isolés ou laboratoires qui, avec les moyens qu'ils trouvent dans leurs institutions ou à Bruxelles, favorisent les échanges, la réflexion méthodologique, les travaux communs.
Une nouvelle université, née pendant la présidence slovène de l'Europe et en Slovénie, à Piran-Portoroz, envisage de fédérer les institutions innovantes en matière de formations doctorales et de recherche dans les domaines prioritaires que sont la gestion de la biodiversité, l'océanographie, le tourisme durable, le droit maritime et le droit de l'environnement, le dialogue interculturel.
Elle peut devenir un point de Convergence De Séminaires De formation impliquant diverses universités méditerranéennes et européennes.
Par ailleurs, un nombre important de réseaux — réseaux de recteurs et de présidents d'universités, réseaux de directeurs de grandes écoles et de grands établissements, qui tiennent des réunions régulières et associent les ministres compétents à leurs travaux— participent à la mise en commun des objectifs rappelés précédemment. L'un d'entre eux, l'Euromediterranean Permanent University Forum, dans lequel s'engagent depuis peu plusieurs universités françaises, va tenir en France, pendant la Présidence française et avec son soutien, une réunion des recteurs qu'il rassemble.
Il peut concourir, avec l'appui de l'Union Européenne, à l'avancée des orientations communes aux pays européens et non européens de la Méditerranée.
2. Projets en matière de recherche
En matière de recherche, la création récente du programme PARMENIDES, associant les représentants de vingt pays riverains, académies ou centres de recherche, apparaît prometteuse pour la sécurité alimentaire, la gestion et la préservation des ressources marines, la coordination des initiatives relatives au climat et aux changements globaux en Méditerranée.
Le groupement inter académique qui s'est constitué à l'issue des rencontres « Pour un espace méditerranéen de la science » les 24, 25 et 26 juin dernier, se tournera à l'avenir vers les problèmes de santé et en 2009 vers la protectionde la biodiversité. La recherche et la recherche appliquée en Méditerranée devraient se trouver considérablement renforcées par ce programme.

Dossier presse : Présidence de la République

Projet : l’Agence méditerranéenne de développement des entreprises
Les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) représentent quelque 99 % des entreprises et deux tiers des emplois de la région méditerranéenne. Elles constituent une importante source d’attraction pour les investissements, de création d’emplois, de croissance économique et de redistribution des revenus.
Or, même s’il existe actuellement de nombreuses aides financières externes en faveur des entreprises et de l’investissement dans les pays partenaires du sud de la Méditerranée, il apparaît clairement que ces ressources ne sont pas assez facilement disponibles pour les MPME, notamment du fait d’une évaluation et gestion des risques insuffisante, de l’inadéquation des produits financiers proposés, des coûts élevés de transaction des crédits (les coûts de négociation d’un crédit important peuvent être similaires à ceux d’un petit crédit) et d’asymétries de l’information.
L’Agence méditerranéenne de développement des entreprises (Agence Med) est une initiative conjointe de l’Italie et de l’Espagne destinée à soutenir la croissance et le développement économiques dans le bassin méditerranéen. Elle vise à promouvoir la croissance économique et la création d’emplois et de richesses dans les pays partenaires de la région méditerranéenne, tout en renforçant la stabilité sociale, en stimulant le développement et l’intégration des économies sur les deux rives de la Méditerranée, et en facilitant le transfert de technologies et d’innovation.
1. Présentation de l’Agence Med L’Agence Med est une institution de deuxième niveau qui fonctionne, dans chaque pays partenaire, en lien avec les entités existantes opérant dans le domaine des micro, petites et moyennes entreprises.
Elle évalue les besoins, définit les actions à mener et les instruments à mettre en œuvre et fournit aux entités existantes des ressources sous la forme d’une assistance technique et d’instruments financiers. L’Agence entend aider les pays partenaires en fournissant une valeur ajoutée qui leur permette de répondre aux besoins des entreprises locales.
L’Agence agira dans deux domaines principaux : les petites et moyennes entreprises(PME) et la micro finance, qui sont au cœur du développement économique à long terme dans la région. En se concentrant sur ces deux secteurs, et plus particulièrement sur l’accès aux financements, l’Agence Med souhaite maintenir un équilibre entre des mesures à l’appui d’activités génératrices de revenus et des mesures destinées à créer des activités.
L’approche de l’Agence Med repose sur trois piliers :
valeur ajoutée et complémentarité dans les instruments et activités existants, en recherchant les aspects complémentaires des instruments et activités existants, notamment la Facilité euro-méditerranéenne appropriation par les membres, par la mise en place de coopérations avec les agents financiers locaux.
Concernant ce dernier point, l’Agence Med a clairement vocation à l’ouverture, puisque ses deux pays fondateurs espèrent voir d’autres partenaires du nord et du sud de la Méditerranée se joindre au processus, ouvert à la participation des autres États membres, de la Banque européenne d’investissements, de la Commission européenne et des partenaires de la Méditerranée.
L’Agence engagera ses activités dans quatre pays du sud de la Méditerranée : l’Algérie, l’Égypte, le Maroc et la Tunisie, mais elle les étendra, à terme, à l’ensemble de la région.
L’Agence proposera toute une gamme d’instruments et de techniques sur mesure, destinés à faciliter l’accès des PME aux financements des banques et à développer d’autres ressources financières externes telles que l’affacturage, le crédit-bail et l’investissement en fonds propres, qui permettent d’orienter les investissements vers des activités de capital-risque.
Elle présentera également des dispositifs ouvrant l’accès aux marchés de capitaux tels que la titrisation et les marchés d’action locaux. L’Agence est appelée à jouer un rôle essentiel dans l’orientation des ressources vers les PME, puisque la mise en œuvre de Bâle II devrait nécessairement restreindre les financements bancaires du fait des conditions plus strictes régissant les actifs à risques.
En ce qui concerne les micro-entreprises, l’Agence souhaite appuyer les institutions de micro crédit en fournissant une assistance technique, un financement ou un refinancement et en renforçant le rôle des assurances. En outre, l’Agence Med constituerait, pour les représentants des pays européens et du sud de la Méditerranée, un forum leur permettant de décider des modes de financement du secteur et d’échanger leurs expériences et bonnes pratiques.
Le domaine d’action de l’Agence est donc suffisamment large pour en faire un instrument de coordination et de diffusion des bonnes pratiques et des expériences réussies dans le domaine des PME et de la micro finance, qui seront transmises entre les pays européens et les pays partenaires de la région méditerranéenne et dans l’ensemble des pays méditerranéens.
2. Mise en œuvre du projet Le document distribué par la présidence de l’UE en mai 2008 était fondé sur quatre sources d’information principales : une étude initiale des instruments et activités visant à donner aux PME et micro-entreprises un accès à des financements, une réunion de lancement qui s’est tenue à Rome en février 2008, les visites sur le terrain dans les différents pays partenaires et les contributions d’un groupe de travail conjoint constitué de représentants d’Algérie, d’Égypte, d’Espagne d’Italie, du Maroc, et de Tunisie.
L’élaboration d’un rapport final complet comprenant un mandat pour les prochaines étapes de mise en œuvre a été engagée, à l’issue de la réunion qui s’est tenue à Barcelone le 30 juin et à laquelle d’autres États membres, la Commission européenne et la Banque européenne d’investissements étaient conviés, dans un souci d’ouverture.

L’espace méditerranéen de la science

Pour la première fois, 17 grandes Académies, avec les organismes de recherche et les Universités du monde méditerranéen, unissent leurs forces pour créer un Espace méditerranéen de la science. Le dossier est officiellement remis le 14 juillet 2008 au président de la République française, Nicolas Sarkozy. André Capron, membre de l’Académie des sciences, nous en livre les grandes lignes.

Ce projet très ambitieux d’Espace méditerranéen de la science est soutenu par la présidence française de l’Union européenne. Il s’inscrit dans la continuité du Processus de Barcelone (1) et s’inspire de la volonté de renforcer ce processus dans ses dimensions scientifiques.
La pierre fondatrice de ce projet a été posée à l’Institut de France, à l’occasion d’une grande conférence scientifique méditerranéenne, réunissant plus de 120 scientifiques et Académiciens de 20 pays du monde méditerranéen, fin juin 2008.
Ce projet a été rendu possible grâce à l’association constituée par le Groupe Interacadémique pour le Développement (GID) qui réunit pour la première fois de grandes Académies nationales et étrangères.
L’Espace méditerranéen de la science devrait à terme travailler sur les trois thèmes suivants :L’Espace méditerranéen de la science devrait à terme travailler sur les trois thèmes suivants

- l’agriculture et le développement durable
- l’élevage de poissons et l’environnement marin - les impacts du changement climatique et les adaptations.

Académiciens et experts rassemblés ont remis le 14 juillet 2008 l’ensemble de leurs recommandations de stratégie scientifique. Cette rencontre officielle doit préfigurer la création d’un réseau scientifique inter-académique méditerranéen, Parmenides, communauté pérenne d’intérêts, d’ambition et de partage scientifique et technique, favorable au développement durable de la région méditerranéenne.

Qu’est-ce que le Groupe inter-académique pour le développement, GID ?
Les grands objectifs du GID sont de promouvoir le développement scientifique, moteur du progrès économique et social, et d’en favoriser l’appropriation par les sociétés concernées. S’appuyant sur sa capacité unique d’interdisciplinarité, sur la légitimité et l’indépendance des académies, dans le contexte général d’un programme « Sciences, métiers, sociétés », le GID a souhaité agir pour le développement d’un espace méditerranéen de la science et créer, dans ce contexte, pour la première fois, un véritable laboratoire du co-développement.

Liste des Académies et organisations participant au réseau de l’Espace méditerranéen de la science :
Albanie : Academy of Sciences of Albania
Autorité palestinienne : PALAST (Palestinian Ac. for Science and Technology)
Bosnie : Academy of Arts and Sciences of Bosnia and Herzegovina
Chypre : Research Promotion Foundation, Cyprus Institute Croatie : Croatian Academy of Arts and Sciences
Égypte :
Bibliotheca Alexandrina ;
Academy of Scientific Research and Technology
Institut d’Egypte
Espagne : Real Academia de Ciencias Exactas, Físicas y Naturales
France :
Institut de France
Académie des science
Académie des sciences morales et politique
Académie des Inscriptions et Belles Lettre
Académie nationale de médecine
Académie d’agriculture de France
Académie des technologie
GID
Institut du Monde Arabe
Grèce :
Académie d’Athènes
Israël : Israel Academy of Sciences and Humanities
Italie : Accademia Nazionale dei Lincei
Jordanie : Royal Scientific Society of Jordan
Liban : Académie des sciences du Liban
Malte : MCST, Malta Council for S & T (National repr. institution)
Maroc : Académie Hassan II des Sciences et Techniques (académie co-invitante)
Monaco : Institut Océanographique - Fondation Prince Albert Ier.
Montenegro : Montenegrin Academy of Sciences and Arts
Portugal : Academia das Ciencias de Lisboa
Serbie : Serbian Academy of Sciences and Arts
Slovénie : Slovenian Academy of Sciences and Arts
Turquie :
TÜBA (Türkiye Bilimler Akademisý)
TÜBITAK (Türkiye Bilimsel ve Teknolojik Aras tirma Kurumu) en tant qu’observateur
Par André Capron, membre de l’Académie des sciences, président du GID - http://www.canalacademie.com/L-espace-mediterraneen-de-la.html

Angela Merkel se rend en Algérie, où le gaz suscite toutes les convoitises

La chancelière Angela Merkel entame mercredi une visite en Algérie qui fera la part belle aux questions énergétiques, le gaz algérien étant de plus en plus attirant pour l'Allemagne.Mme Merkel doit s'entretenir avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika de la situation internationale et particulièrement au Proche-Orient, lors de sa visite de deux jours, a indiqué la chancellerie à Berlin.
Mais Mme Merkel va aussi en Algérie pour parler affaires: mercredi soir, elle est attendue à la chambre de commerce et d'industrie germano-algérienne, avec dans son sillage une "délégation de personnalités économiques", a fait savoir son porte-parole.
Ce qui intéresse tout particulièrement les entrepreneurs allemands en Algérie, ce sont les hydrocarbures. Gros producteur de pétrole, le pays pointe surtout au "troisième rang des fournisseurs de gaz d'Europe", rappelle à l'AFP Berhooz Abdolvand, chercheur en relations internationales à l'Université libre de Berlin.
Or, l'Allemagne souffre d'une flambée des prix et d'une dépendance très lourde en matière de gaz. Elle achète quelque 40% de son gaz à la Russie et son géant Gazprom. Vient ensuite la Norvège.
Mais "la Russie ne suffit pas, et face à la hausse de la demande, la Norvège ne peut augmenter indéfiniment sa production", fait valoir le scientifique.
"Nous voulons diversifier nos ressources de gaz, s'il était possible que nos projets soient un peu soutenus par Mme Merkel nous serions ravis", a dit la semaine passée Wulf Bernotat, patron du numéro un allemand de l'énergie, EON. "L'Algérie serait un marché intéressant, d'autant plus que nous venons de nous implanter dans des pays proches: l'Italie et l'Espagne", a-t-il ajouté.
EON Ruhrgaz, filiale gazière du numéro un allemand, a ouvert le 3 juin un bureau en Algérie, dont le représentant accompagnera Mme Merkel pendant sa visite.
En ligne de mire: le gaz naturel liquéfié (GNL), dont l'Algérie spécialiste. Moins volatile et moins volumineux qu'à l'état gazeux, le GNL peut être transporté en bateau et sur de longues distances, sans dépendre de gazoducs, limités et coûteux, quand leur construction ne se heurte pas à des enjeux géopolitiques.
EON a calculé qu'en "2020, la part du GNL dans la consommation européenne passerait à 18% contre 10% aujourd'hui."
Les groupes allemands n'arrivent pas sur un terrain vierge. Gaz de France a signé en décembre dernier un accord avec la compagnie publique Sonatrach assurant son approvisionnement en GNL jusqu'en 2019.
L'Italie, elle, a conclu avec l'Algérie un accord pour la construction d'un gazoduc. Gazprom, toujours lui, est en embuscade. Il a ouvert le 16 juin un bureau de représentation en Algérie. En Libye voisine, il a déjà signé en avril un accord avec la Compagnie pétrolière nationale .
Mais le gaz et le pétrole ne sont pas tout.
La première banque allemande, Deutsche Bank, a pris pied en juin sur le marché algérien. Deux cabinets allemands, les architectes "KSP-Engel und Zimmermann" et les ingénieurs "Krebs und Kiefer", ont remporté la compétition pour construire la future mosquée d'Alger, qui doit comporter le plus haut minaret au monde.
"Plus de 140 entreprises allemandes sont déjà représentées en Algérie", selon le ministère allemand des Affaires étrangères.
Marion Mühlberger, économiste de la Deutsche Bank, assure que des "espoirs particuliers reposent sur le transport, le tourisme et le bâtiment", qui bénéficient d'importants programmes de subventions.

BERLIN (AFP) — le 17 juillet 2008

Guaino : "l'UPM permettra des projets à géométrie variable"

Après le succès du lancement par Nicolas Sarkozy de l'Union pour la Méditerranée (UPM), le 13 juillet dernier à Paris, le projet entre dans sa phase de construction proprement dite. Qui n'est pas la plus simple. Il faut approfondir les projets qui vont être lancés et surtout donner vie aux institutions qui vont les mettre en oeuvre. Conseiller spécial du Président de la République, Henri Guaino a reçu lepoint.fr dans son bureau de l'Elysée pour s'expliquer sur le rôle qu'il compte jouer dans cette deuxième étape de la construction d'une UPM qu'il a portée depuis ses débuts. En filigrane, la volonté de batir sans le frein de l'unanimité ou de la bureaucratie - deux tares du fonctionnement actuel de l'Union européenne au yeux de la plume du président - les ponts qui manquent entre les deux rives de la Méditerranée.
lepoint.fr : Après le succès du lancement de l'Union pour la Méditerranée (UPM), quel est votre état d'esprit ?
Henri Guaino : La satisfaction du devoir accompli après un sommet historique dont beaucoup prédisaient l'échec assuré. Tout le monde est venu, à l'exception de la Libye, et tout le monde a exprimé sa volonté de travailler ensemble. Je pense notamment au retour de la Syrie dans le jeu diplomatique.
Elle a annoncé qu'elle allait ouvrir une représentation diplomatique à Beyrouth, ce qui est historique puisque depuis sa création elle n'a jamais reconnu la souveraineté du Liban. Mais ce succès est surtout une incitation à aller plus loin, à travailler pour que l'UPM, au-delà de cet impulsion extraordinaire qui vient d'être donnée, devienne une réalité quotidienne.
lepoint.fr : Après le sommet du 13 juillet, quel est maintenant votre rôle dans le projet de l'UPM ?
H.G : Il reste le même : faire en sorte, par tous les moyens, que s'accomplisse ce projet auquel tient tant le Président de la République et auquel je suis viscéralement attaché. Il nous reste à accomplir deux révolutions.
La première : partager les responsabilités entre le Nord et le Sud en organisant la coprésidence et le secrétariat permanent.
La deuxième : passer de la logique administrative et bureaucratique à la logique de projet. D'une logique où le budget passe avant le projet et le conditionne à une logique où les bons projets mobiliseront des ressources, comme cela se passe dans la vie normale où l'on commence par avoir des idées, élaborer des projets, avant de chercher partout où l'on peut les moyens de les réaliser.
lepoint.fr : Quels seraient ces projets ?
H.G : Il y a d'abord les grands projets emblématiques évoqués lors du sommet et qui recueillent un consensus comme la dépollution de la mer, l'eau, l'énergie solaire, la sécurité civile... Pour l'avenir il s'agira de fonctionner à géométrie variable, c'est-à-dire que ceux qui veulent porter ensemble un projet puissent le faire sans en être empêchés par quiconque.
Si un petit nombre de pays veulent s'unir pour créer un centre méditerranéen de la recherche scientifique, on les aidera. Il n'est pas nécessaire que tous les pays y participent. Le Liban a proposé que le siège soit à Beyrouth. C'est une institution qui pourrait à la fois favoriser la recherche en commun et la mobilité des chercheurs.
Dix pays ont envie de faire ensemble un politique commune dans le domaine du tourisme il faut qu'on les aide à le faire. D'autres veulent créer une banque de la Méditerranée, on les aidera. On aimerait faire un Erasmus méditerranéen.
On verra qui participe, qui ne participe pas, mais le projet est sur la table. Et puis une université commune, sujet que les Allemands ont évoqué, dont certains départements seraient sur une rive, d'autres sur l'autre. Il y aura aussi un volet sur la sécurité alimentaire. Il va bien falloir réfléchir à l'articulation de ce que va devenir la PAC avec les agricultures du Sud de la Méditerranée.
On ne peut pas accepter les émeutes de la faim en Méditerranée. Il faudra bien aussi réfléchir à une gestion en commun des flux migratoires. En fait, plus il y aura de projets grands ou petits et plus l'Union avancera. Il faut susciter ces projets, les encourager y impliquer les sociétés civiles.
lepoint.fr : N'y a-t-il pas cependant des projets qui demandent la participation de tous ?
H.G : Si, la dépollution de la Méditerranée, par exemple, exige la participation de tous les riverains. Y compris les Libyens. Outre le fait de résoudre un problème écologique très grave, qui a des conséquences économiques, cela oblige tout le monde à travailler ensemble et participe au tissage de solidarité concrètes de plus en plus étroites entre tous les peuples. Ce sont des projets comme cela qui vont nous aider à lancer la dynamique, une fois résolu les problèmes de règles du jeu et d'institutions.
lepoint.fr : Pour l'instant, le seul budget dont on soit sûrs, c'est celui du processus de Barcelone, qui prévoit deux milliards d'euros par an...
H.G : L'UPM, en tant que refondation du processus de Barcelone, pourra solliciter les fonds communautaires, encadrée par les procédures propres à l'Union Européenne. Mais l'UPM ira aussi chercher des ressources ailleurs, projet par projet. Déjà la dynamique politique de l'UPM crée de nouvelles ressources.
Ainsi, la Caisse des Dépôts avec son homologue italienne viennent de lancer un fonds de la Méditerranée, qui devrait rapidement atteindre 600 millions d'euros. Les fonds souverains du Golfe veulent investir en méditerranée. Il y a aussi la Banque mondiale, les Etats riverains, les entreprises...
Tout ce qui concerne le domaine de l'eau intéresse beaucoup d'entreprises. Tout comme le nucléaire ou le plan solaire. Les ressources existent, il y a beaucoup d'épargne en Méditerranée, ce qu'il faut ce sont de bons projets. Le but c'est que la Méditerranée devienne le plus grand laboratoire du monde du codéveloppement et le 13 juillet tout le monde a exprimé cette volonté.
lepoint.fr : Combien seront les membres du secrétariat général, quelles seront leurs fonctions ?
H.G : Le secrétariat sera le plus léger possible en fonction de l'étendue de ses compétences.. L'essentiel est qu'il soit efficace et paritaire : la moitié des membres venant des pays membres de l'Union européenne, l'autre de ceux qui ne le sont pas. Il y a plusieurs candidats pour accueillir le futur siège de l'UPM : Tanger, Tunis, Barcelone, Malte, Marseille.
Et c'est à Marseille que se tiendra en novembre prochains la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Europe et de la Méditerranée. La France a indiqué sa préférence pour une implantation dans un pays du Sud, mais cela se règlera par consensus. La question de la compétence du secrétariat ou de la coprésidence seront plus compliquées à résoudre, parce que c'est là que se joue le partage des responsabilités, si nécessaire pour rééquilibrer les relations Nord- Sud et ne pas reproduire les causes de l'échec du processus de Barcelone.
lepoint.fr : Sur quels projets travaillez-vous en dehors de l'UPM ?
H.G : J'ai une fonction transversale qui me fait m'intéresser à tous les sujets. Il y a des sujets qui me passionnent beaucoup comme le grand Paris, qui est d'abord un projet urbanistique, architectural, culturel, social avant d'être institutionnel.
Ce qui au fond m'intéresse le plus, c'est d'illustrer une politique de civilisation, comme on est en train de le faire pour la Méditerranée, pour Paris ou pour l'école. Je me pose aussi la question de savoir comment nous allons pouvoir positionner toutes les politiques publiques en fonction de ce qui est en train de changer profondément dans le monde. Le monde tel qu'on l'avait imaginé après la chute du mur du Berlin est désormais derrière nous.
Il est en train de passer de l'abondance à la rareté, de la déréglementation à la " reréglementation ", de la déflation à l'inflation.
Il est marqué par le retour de ce que l'on appelait jadis l'ancienne économie, et dans presque tous les pays du monde sauf en Europe, par un retour très fort du volontarisme politique des politiques industrielles, commerciales et puis il y a le climat, l'écologie qui ramène de la politique dans l'économie. Il manque à la France et à l'Europe quelque chose qui pourrait jouer le même rôle que le commissariat au plan dans la phase de reconstruction et des 30 glorieuses. Plus le monde est ouvert, plus il est incertain, plus il change et plus il faut de prospective et de stratégie et non pas moins. La France, l'Europe ont besoin d'une vision et d'une stratégie à long terme qui soit capable d'anticiper et de prendre en compte, dans la durée, les grandes ruptures dans l'économie, dans la société, dans la géopolitique.
Le Point.fr - le 20 juillet 2008

La Méditerranée malade de l'homme

• La Grande Bleue subit une pression humaine sans équivalent sur la planète.
• Résultat: elle accumule agents pathogènes, métaux lourds et polluants organiques persistants.
• La communauté internationale s'efforce depuis 30 ans de redresser la situation.
Mais sans succès.
Eaux polluées, rives bétonnées, espèces animales et végétales fragilisées: destination par excellence de nos vacances, la Méditerranée est malade. Malade de l'homme qui y déverse ses déchets, colonise son pourtour et exploite ses ressources sans vergogne.
Las! Le problème date de plusieurs décennies. Il a été reconnu depuis belle lurette. Et pourtant, année après année, il ne fait qu'empirer.
La «mer du milieu», comme l'appellent nombre des peuples qui l'entourent, subit une pression humaine sans équivalent sur la planète.
Elle est entourée de 22 pays et territoires qui comptent quelque 450 millions d'habitants, dont un tiers, 150 millions d'hommes, de femmes et d'enfants, vivent sur ses côtes. Une population permanente qui double pratiquement chaque année en été avec l'afflux de 135 millions de visiteurs (un touriste sur trois dans le monde!). Enfin, quelque 220000 navires de plus de 100 tonnes, représentant environ un tiers du commerce maritime international, croisent sur ses eaux.

Et cette présence humaine devrait augmenter encore sensiblement à l'avenir. Un rapport de l'Agence européenne pour l'environnement, «Priority issues in the Mediterranean environment» datant de 2005, prédit que la population des pays méditerranéens croîtra de 70 à 120 millions de personnes d'ici à 2030 et le nombre de touristes de 100 à 165 millions.
Une telle pression démographique a de lourds effets sur la Grande Bleue. Le premier est la bétonisation accélérée de ses rives. Agglomérations, routes et aéroports y poussent comme des champignons. Sur le littoral marocain, pour ne prendre que cet exemple, le nombre de petites villes a passé de 2 à 14 et celui de villes moyennes de 16 à 30 entre 1977 et 1994.
Au total, on estime que près de la moitié du bord de mer sera «artificialisé» en 2025, avec tout ce que cela suppose de réduction d'espaces sauvages, de disparition d'habitats et de menaces pour la biodiversité.
La deuxième conséquence est la pollution. Une pollution issue à 80% de la terre ferme, à savoir de rejets industriels, agricoles ou ménagers portant des agents pathogènes, des métaux lourds, des polluants organiques persistants, du pétrole et des substances radioactives.
«Que ce soit par l'eau ou par l'air, toutes les pollutions terrestres arrivent en mer à plus ou moins long terme», avertit Jean-Pierre Feral, directeur du Laboratoire diversité, évolution et écologie fonctionnelle marine de l'Université de la Méditerranée et du CNRS.
Ce mouvement est favorisé par le sous-équipement de nombreuses concentrations humaines. Sur le pourtour de la Méditerranée, «une bonne moitié des agglomérations de plus de 100000 habitants n'ont pas d'usines de traitement des eaux usées et 60% des eaux usées produites dans ces centres urbains sont évacués directement dans la mer», indique un rapport de la Banque européenne d'investissement, «Horizon 2020 - Elaboration of a Mediterranean Hot Spot Investment Programme», publié en janvier dernier.
La pollution restante est causée essentiellement par les navires qui déversent année après année en mer d'énormes quantités d'hydrocarbures. Lors d'accidents comme lors d'opérations de routine tel le déballastage.
«La Méditerranée ne peut plus être considérée comme un habitat naturel pour la faune», s'alarme Marina Gomei, chef de projet à l'Union mondiale pour la nature (UICN). «Il est difficile de livrer un diagnostic précis sur la gravité du mal, commente Andrew Murphy, expert de la Direction générale Environnement de la Commission européenne.
Ce qui est sûr, c'est que cette mer subit de gros dommages et que, si rien n'est fait pour améliorer son sort, elle n'aura plus, tôt ou tard, la capacité de les absorber.» Les 22 pays et territoires de la région collaborent depuis plus de 30 ans sous l'égide du Programme des Nations unie pour l'environnement (PNUE) dans le but de redresser la situation. Avec trois objectifs à l'esprit. Le premier a été de construire du droit. Il s'est concrétisé dans une convention-cadre élaborée à Barcelone en 1975, puis enrichie par une série de protocoles.
Le deuxième a été de lancer un Plan d'action pour la Méditerranée destiné à faciliter la mise en œuvre du texte. Une initiative qui a consisté notamment à créer des bureaux régionaux spécialisés, ainsi qu'un bureau généraliste basé près de Nice, le Plan Bleu. Le troisième a été de créer un mécanisme de financement, le Mediterranean Trust Fund.
Les résultats n'ont pas été à la hauteur des espérances. Pas facile de coordonner les politiques de 22 pays et territoires représentant des niveaux de développement contrastés, appartenant à des espaces géopolitiques différents et peu habitués à coopérer - la Convention de Barcelone est le seul forum où ils se réunissent régulièrement tous ensemble.
Surtout, la question a été traitée jusqu'ici au niveau des ministres de l'Environnement, qui restent des poids légers face à leurs collègues des finances, du transport ou de l'énergie. «Le sommet de l'Union pour la Méditerranée, qui s'est tenu dimanche dernier à Paris, a eu cela d'important pour nous qu'il va non seulement encourager la collaboration dans la région, s'enthousiasme Henri-Luc Thibault, directeur du Plan Bleu. Il a d'ores et déjà porté la question environnementale à un plus haut niveau.» Espoir, espoir...
Par Etienne Dubuis - Le Temps.ch - le 21 juillet 2008

L'Union pour la Méditerranée et la face cachée de l'iceberg

C'est l'Europe qui est en danger au premier chef dans le processus de la mondialisation : elle court le risque pressant non seulement du décrochage par rapport au Etats-Unis, mais encore plus le rattrapage par les pays émergents.
L'initiative de l'Union pour la Méditerranée s'inscrit dans une stratégie globale (dont l'un des volets a été confié à la France) qui devrait éviter notamment le déclassement de l'Europe, donnerait un statut de membre à part entière à l'Etat d'Israël dans l'Union européenne et pourrait être considérée comme une solution à l'incapacité récurrente des pays du sud de la Méditerranée à unir leur destin.
L'enjeu ici n'est pas perceptible immédiatement, car enrobé dans le discours idéologique et de bonimenteur habile distillé par l'équipe du président français et particulièrement par son conseiller spécial. La réaffirmation énergique de la chancelière Angela Merkel que le projet d'Union méditerranéenne s'appellera Union pour la Méditerranée, sera un projet de 27 Etats membres de l'Union européenne naturellement (1). Ce qui est un réajustement stratégique, mais aussi l'évidence d'une concurrence exacerbée que se livrent les Allemands et les Français pour le leadership, en plus d'une opération de séduction en direction tant de l'opinion internationale que nationale.
C'est l'avènement d'une « Europe Monde » (2), comme le dévoile le Premier ministre Gordon Brown, qui sous-tend la constitution en urgence d'une aire régionale géopolitique s'étalant notamment de :
- La mer Baltique (un conseil des Etats de la Baltique est déjà opérationnel sous l'égide de l'Allemagne).
- A la mer Noire (le dragon bulgare, la Roumanie et la Turquie assureront à l'Union européenne la prédominance dans cet espace).
- En passant par la mer Méditerranée (2ème volet de ce plan stratégique confié à la France).
C'est-à-dire la réalisation d'un ensemble géopolitique (ou, à la limite, géo-économique) viable dans un «monde multipolaire» (3).
Mais c'est aussi et surtout l'obtention d'un statut nouveau d'acteur légitime et à part entière pour l'Etat d'Israël dans la future configuration des institutions de l'Union européenne élargie (jusqu'alors postulant pour un statut spécial au sein des Etats de l'Union européenne) (4).
Le choix de l'Egypte comme coprésidente de cet ensemble représentant les pays de la rive sud du fait du poids de sa population (environ 80 millions d'habitants) et de son attitude hégémonique ancestrale sur les pays arabes, n'a d'égal que sa docilité vis-à-vis des Etats-Unis, de l'Union européenne ou d'Israël.
La problématique urgente et première pour l'Europe est: comment rester dans la course en terme de prospérité et d'influence dans la mondialisation ? C'est cela qui est le principal enjeu qui se pose aujourd'hui à l'Europe.
C'est la vision contenue dans la stratégie globale inscrite dans le plan « Euromonde 2015 » (5) du rapport Cohen-Tanugi remis le 16 avril au ministre de l'Economie Christiane Lagarde et à Xavier Bertrand, ministre du Travail et de « l'Europe dans la mondialisation ».
Celle-ci signale l'extrême urgence de la construction d'un grand ensemble régional relativement homogène s'étalant, entre autres, de la mer Baltique à la mer Noire, en passant par la mer Méditerranée (dont c'est le deuxième volet laissé à l'initiative de la France, après celui de la Baltique, lequel a été pris en charge par l'Allemagne, pour se terminer en mer Noire avec les Etats comme la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie).
Cela afin de rendre viable l'ambition européenne d'exister en tant que pôle dans un monde multipolaire de demain.
Ce plan incite les Européens à la mise en oeuvre d'un regroupement régional géo-économique suffisamment fort et capable d'induire une force de gravité grâce au moteur franco-allemand, en mesure de satelliser dans son champ d'attraction une cinquantaine d'Etats.
Cette stratégie globale est de permettre à l'Europe d'atteindre une échelle de grandeur géopolitique suffisante pour être capable notamment:
1 - d'amortir les chocs, les conflits, les tensions Israël- Palestine, Chypre, Kosovo, Sahara Occidental..., sur les droits de l'Homme, l'Etat de droit, la légalité internationale ou encore sur la monnaie de l'euro face au dollar américain, au yuan chinois...
2 - de minimiser les réticences quant à l'admission de la Turquie ou les récalcitrants au traité simplifié: cas de l'Irlande, de la Pologne et de la Tchéquie.
3 - de pousser les pays du tiers méditerranéen (ceux de la rive sud, et même plus par effet d'entraînement) à une intégration verticale voilée (ensemble de projets communs), inductrice de réseaux horizontaux (interconnexion de plus en plus poussée des marchés au dépens des Etats).
4 - de capter les immenses ressources financières notamment des pays du Golfe (1.800 milliards de dollars rien que pour le Qatar...)
5 - de mieux gérer sa dépendance énergétique tant pétrolière que gazière, notamment vis-à-vis des Russes (Gazprom).
6 - de contrer éventuellement le plan américain du Grand Moyen-Orient (GMO) imaginé sur une base plutôt communautaire pour regrouper plus de 22 Etats (islamiques), dont la moitié est située dans la rive sud méditerranéenne. Faut-il y voir une concurrence entre deux modèles de regroupements régionaux opposés ? D'autant que l'exemple européen privilégie la mise en avant de l'intérêt économique. A l'instar de l'euro qui a permis de dépasser de nombreuses contradictions (ethniques, culturelles, historiques...) dans la construction de l'Union européenne).
7- de faire face aux pays émergents tels la Chine (1,3 milliard d'habitants) qui est en passe de supplanter l'Allemagne au rang de 3ème puissance mondiale, et l'Inde (1,1 milliard d'habitants) comme 6ème grande puissance économique avec des croissances économiques à deux chiffres. Lesquels s'avèrent aussi être un risque imminent pour l'Europe qui peine à dépasser le pourcentage de croissance.
Selon le plan « Euromonde 2015 », l'Europe ne devrait plus apparaître comme un nain du point de vue démographique, d'où l'urgence de son expansion vers le nord (Baltique), le sud (méditerranéen) (par exemple au regroupement de la cinquantaine d'Etats-mer Noire).
8 - de s'affirmer comme un pôle du monde multipolaire de demain, avec la mise en oeuvre de ce grand ensemble européen regroupant les pays de la mer Baltique, du tiers méditerranéen et ceux de la mer Noire, grâce à la force centrifuge du couple franco-allemand et la Grande-Bretagne, qui pourrait avoir rejoint l'euro, un tout qui satelliserait autour de l'Europe une cinquantaine d'Etats dans un regroupement économique et politique relativement cohérent.
Cela dépasserait l'initiative des 5 plus 5 dégagée par le (5 5) du processus de Barcelone (1995), et celle de la stratégie adoptée à Lisbonne (2000), ou encore la feuille de route pour une Union méditerranéenne cinq plus cinq, égale trente-deux (5 5= 32) (2007) (5).
En fait, le plan stratégique « Euromonde 2015 » apporte les retouches tactiques successives et les objectifs à atteindre pour répondre aux défis pressants de la mondialisation.« C'est-à-dire une stratégie économique et politique comme ont mis en oeuvre les grandes puissances ».
C'est l'avenir de l'Europe qui est en jeu en priorité (tous les voyants économiques sont au rouge), bien avant celui du tiers méditerranéen.
9 - Enfin et surtout la cerise sur le gâteau, l'Union pour la Méditerranée va faire de l'Etat d'Israël (en attente d'un statut spécial dans les coulisses des institutions de l'Union européenne) un acteur légitime et à part entière de ce nouvel ensemble régional.Le plan « Euromonde 2015 » souligne entre autres que le risque n'est pas seulement du décrochage par rapport aux Etats-Unis, mais surtout du possible rattrapage par les pays émergents (la Chine, l'Inde, les pays d'Asie, le Brésil...).
Sur le plan interne, cette stratégie insiste sur un resserrement notamment du cadre institutionnel (traité simplifié), et sur le plan externe à une attitude nécessairement plus offensive (entre autres dépasser l'étape de Barcelone, relancer Lisbonne, réaliser l'Union pour la Méditerranée..) comme conditions indispensables et nécessaires pour l'avènement d'un avenir européen viable et surtout éviter que l'Europe ne devienne qu'une simple région de l'ensemble occidental sous l'hégémonie du pôle dominant américain. (7)
En ce qui concerne le tiers méditerranéen (ceux de la rive sud), s'ils persistent à ne pas pouvoir s'unir très vite (l'UMA, la Ligue arabe, l'Union africaine...), seul un miracle pourrait leur faire éviter le sort implacable qui les attend: être phagocytés ici ou là (l'Europe, la Chine, l'Inde, le GMO ou autre).
C'est, entre autres, ce que ne nous dit pas le projet de l'Union pour la Méditerranée du président français.
Par Mohamed Réda Mezoui, Professeur de sciences politiques, analyste - Continentalnews.fr - le 17 juillet 2008
1) In magazine Marianne du 31.05.08 au 06.06.08, p. 74
2) Interview Gordon Brown in Le Monde du 23/03/08.
3) A. Mokhtari. In Le Soir d'Algérie. 19.06.08.
4) Thèses monde multipolaire - Waltz Kenneth, »Theory of international politics», N.York Graw Hill 1979. Karl Deutsch et Singer David: »Multipolar powers systems and international stability in world politics», vol 16, 1964.
5) Rapports Cohen-Tanugi, «Euromonde 2015» en prévision de la présidence française de l'Union européenne in Le Monde, 20 et 21/04/2008.
6) Feuille de route pour une Union Méditerranéenne, Cercle des économistes et Hubert Védrine, Ed. Perrin, Paris, 2007.
7) Atlas du monde global, Pascal Boniface et Hubert Védrine, Fayard, Paris 2008, page 34.

La France ambitionne d’étendre son influence en créant l’Union pour la Méditerranée

Le président français Nicolas Sarkozy a présidé dimanche dernier un sommet de 44 dirigeants de pays européens et méditerranéens qui a procédé à la fondation de « l’Union pour la méditerranée ». La plupart des chefs d’Etat présents ont été invités le jour suivant au défilé militaire et aux célébrations marquant la fête nationale du 14 juillet.

Cette nouvelle union est conçue comme une tête de pont politique et économique entre les Etats d’Europe de l’Ouest et les principaux Etats d’Afrique du Nord, des Etats arabes et des Balkans, situés sur la mer Méditerranée. Cette union avait été prévue, à l’origine, par Sarkozy pour être exclusivement dirigée par la France, mais une opposition virulente, notamment du gouvernement allemand, a conduit Sarkozy à accepter un compromis permettant aux 27 Etats membres de l’Union européenne d’y participer.

L’unique pays méditerranéen majeur à ne pas y participer a été la Libye dont le dirigeant, Mouammar Kadhafi, a décliné l’invitation. Les rois du Maroc et de la Jordanie n’étaient pas présents non plus, mettant en avant d’autres engagements, mais ont envoyé des émissaires de haut rang à leur place.

Après le sommet, un certain nombre de délégués ont applaudi l’initiative de fonder cette union. Bien qu’elle ait exprimé en avril dernier son opposition initiale au projet d’union de Sarkozy, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré que cette réunion de trois heures représentait « un très bon début pour une nouvelle phase dans la coopération » entre l’Europe et le Sud.

Les décisions prises lors du sommet et concernant des pays dont la population totale représente 800 millions de personnes, ont incontestablement été maigres. Il n’y a eu d’accord sur aucun objectif politique majeur. Au contraire, de modestes propositions ont été faites concernant l’environnement, le climat, les transports et l’éducation. Les dirigeants se sont mis d’accord pour tenir un sommet tous les deux ans, avec pour objectif de rédiger une déclaration politique et une courte liste de projets régionaux concrets. De plus, les ministres des Affaires étrangères se réuniront tous les ans pour examiner les progrès accomplis, préparer les sommets et approuver les projets.

Les questions d’immigration et de surveillance policière figuraient en haut de la liste de l’agenda de l’union. Il ne se passe pas un jour sans qu’un rapport abominable ne fasse état de groupes d’immigrants africains en rade ou se noyant alors qu’ils cherchaient à atteindre l’Europe, et une des priorités majeures de Sarkozy est de garantir une immigration plus difficile et des contrôles policiers plus stricts afin d’empêcher en premier lieu les immigrants de quitter leur pays.

Malgré l’absence de propositions politiques majeures, l’initiative de Sarkozy a de sérieuses implications au niveau international.
En premier lieu, la conférence de Paris a, dans les faits, mis fin à l’isolement politique du président syrien Bashar al-Assad qui est depuis longtemps considéré comme un paria politique par les Etats-Unis. Assad était assis à la même table de négociation que le premier ministre israélien Ehoud Olmert, ce qui a fait couler beaucoup d’encre.
Bien qu’Assad ait froidement évité tout contact personnel durant la réunion au Palais de l’Elysée, on considère que c’est la première occasion où les chefs d’Etat respectifs de ces deux pays se sont retrouvés dans la même salle. Cet événement fait suite à trois séries de négociations ces derniers mois entre ces deux pays, avec la Turquie pour médiateur.

Samedi dernier, Sarkozy a pu revendiquer un succès de plus lorsque Assad et le nouveau président libanais Michel Suleiman se sont mis d’accord pour ouvrir des ambassades dans leurs capitales respectives. Toujours prêt à exploiter une occasion d’apparaître en photo, Sarkozy a aussi posé à l’entrée de la conférence auprès d’Olmert et du président palestinien, Mahmoud Abbas.

Depuis sa venue au pouvoir il y a plus d’un an, la présidence de Sarkozy a été marquée par un activisme débordant sur la scène internationale. Il y a tout juste une semaine, Sarkozy a pris la présidence tournante de l’Union européenne et annoncé un programme ambitieux pour les six mois à venir avec pour objectif de sauver la constitution européenne qui patauge, ainsi que de nouvelles propositions pour réprimer l’immigration et renforcer la politique sécuritaire.

Le sommet parisien de dimanche dernier avait été précédé par une série répétée de visites et de négociations par le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner et Sarkozy lui-même, avec bon nombre de pays qui y ont participé, notamment Israël, la Syrie et le Liban.

Les motivations de Sarkozy sont loin d’être altruistes. Bien qu’il ait été contraint de reculer sur sa vision originelle d’un monopole politique français sur l’Union pour la Méditerranée, Sarkozy est déterminé à s’assurer que l’organisation constituée ce week-end soit fortement sous contrôle français. Pour la presse conservatrice française, la création de l’union représente le retour de la France à une position proéminente au Proche-Orient. Le Figaro écrit triomphalement : « Le lancement, ce week-end à Paris, de l'Union pour la Méditerranée célèbre en grande pompe le retour de la France au Proche-Orient. La présence à la même table de l'Israélien Ehoud Olmert, du Syrien Bachar el-Assad et du Libanais Michel Sleimane est un premier triomphe pour un projet qui a connu bien des vicissitudes avant de voir le jour…Nicolas Sarkozy va parrainer, aujourd'hui à l'Élysée, l'établissement d'une nouvelle relation entre Damas et Beyrouth. »
Le quotidien poursuit en faisant remarquer les risques encourus à jouer le rôle de « parrain », mais conclut que « cette lourde responsabilité qu'assume le président de la République est à la hauteur des ambitions que notre pays a toujours entretenues pour le Liban et pour la région. »

Dans son propre commentaire sur la constitution de la nouvelle union, le journal allemand Süddeutsche Zeitung insiste sur le fait que Sarkozy cherche à exploiter l’influence déclinante des Etats-Unis au Proche-Orient pour rétablir à nouveau un rôle majeur pour la France :
« Il considère l’Union pour la Méditerranée, ainsi que la présidence française de l’Union européenne (UE) comme une double opportunité pour s’engouffrer dans le vide qui a émergé au Proche-Orient durant le changement de présidence à Washington. Sarkozy espère rétablir un rôle pour Paris dans cette région, qui dépasse celui joué par d’autres Etats de l’UE. »

Dans le dernier Le Monde diplomatique, l’expert en politique internationale Alain Gresh identifie un certain nombre de questions qui marquent une rupture majeure de la part du gouvernement Sarkozy d’avec les principales lignes de politique étrangère adoptées par des gouvernements gaullistes successifs depuis les années 1950.
Gresh fait remarquer : « Depuis son élection à la présidence en mai de l’année dernière, Nicolas Sarkozy concentre dans ses mains la politique étrangère tout en la détournant vers des alignements et des alliances tout à fait à l’opposé de ceux de Jacques Chirac. La politique étrangère est à présent pro-Israël, pro-Etats-Unis et pro-OTAN, alors qu’avant elle les rejetait tous trois ouvertement. » [retraduit de l’anglais.]

Le changement des priorités françaises en matière de politique étrangère sous la présidence de Sarkozy est souligné par le fait que, défiant le protocole traditionnel, l’ancien président Jacques Chirac n’a pas pris part aux célébrations du 14 juillet. Chirac était un ami proche du premier ministre libanais assassiné, Rafiq Hariri, et il s’est montré très critique envers Sarkozy pour avoir invité Assad à prendre part aux cérémonies à Paris.

L’orientation de Sarkozy vers les Etats-Unis et Israël, qui marque une rupture brutale d’avec l’ancienne politique gaulliste, lui a valu des critiques de ses opposants politiques du Parti socialiste disant qu’il est un « un néo-conservateur américain avec un passeport français. »

D’autres voix s’élèvent pour avertir le président français des conséquences d’un rapprochement avec Washington. Thierry Fabre, sur le site Internet Rue 89 met en garde, « Se rapprocher en ce moment de L'OTAN et des Etats-Unis, complètement déconsidérés après l'intervention militaire en Irak et ses effets désastreux, pose un sérieux problème de crédibilité à la France. »

Mais il est clair que Sarkozy n’agit pas simplement en substitut de Washington. L’administration Bush reste hostile à la Syrie et pourtant le président syrien a réussi à exploiter son voyage à Paris, donnant des interviews à la presse française lundi critiquant la politique américaine au Proche-Orient et mettant en garde contre les conséquences d’une guerre contre l’Iran.

Dans une situation d’énormes changements politiques au Proche-Orient, résultant principalement de la guerre en Irak, Sarkozy cherche à mettre le cap dans une direction qui permette à la France d’augmenter son influence politique et économique dans la région. En même temps, il souhaite éviter tout conflit déclaré avec les Etats-Unis.
Les effets de la guerre en Irak, auxquels s’ajoutent des difficultés économiques qui augmentent, ont conduit à une instabilité grandissante au Proche-Orient. Les médias ont noté que les efforts du premier ministre israélien actuellement en difficulté, efforts pour utiliser la conférence de Paris dans le but de détourner l’attention de sa propre crise politique et de souffler la vedette à ses détracteurs, avaient lamentablement échoué. Confronté à une série d’accusations de corruption, Olmert essuie le feu de son propre parti et est considéré comme un dirigeant éclopé et sans aucune crédibilité politique.

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a publié une déclaration avant de quitter Paris dans laquelle il critique sévèrement la France pour son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Les analystes politiques disent que l’unique raison pour laquelle Erdogan a assisté au sommet est sa volonté de se servir de cette occasion pour recueillir le soutien des dirigeants européens et du Proche-Orient dans sa propre bataille contre la Cour suprême turque, qui cherche à bannir son parti.

Celui qui présidait la conférence aux côtés de Sarkozy, le président égyptien Hosni Mubarak est à la tête d’un pays de plus en plus instable qui a été le théâtre, à plusieurs reprises ces derniers mois, d’émeutes de la faim.
Toute tentative par Sarkozy de combler effectivement le vide au Proche-Orient et dans la région méditerranéenne nécessite qu’il s’assure des alliés fermes pour son projet parmi les autres grands Etats européens. A diverses étapes, Sarkozy a fait des avances à la Grande-Bretagne et à l’Allemagne, mais les liens restent hésitants. Des différends ont émergé entre l’Allemagne et la France ces derniers mois concernant un certain nombre de questions économiques, et plus récemment sur la question de la politique financière de la Banque centrale européenne.
Sous la pression allemande, Sarkozy a revu ses projets d’Union pour la Méditerranée. En retour la chancelière allemande a exprimé son approbation pour la réunion de Paris, mais la relation entre ces deux pays reste fragile.
Résumant la conférence, le journal français Les Echos a déclaré que « l'impression sera trompeuse. Car, lors de ce grand raout, ce n'est pas lui, mais Angela Merkel, qui triomphera. En silence. Discrètement, comme à son habitude. Mais avec une belle assurance. Celle des vainqueurs sûrs de leur fait, de leur force tranquille. La chancelière allemande a imposé au président français que l'Union pour la Méditerranée soit sérieusement recadrée... Angela Merkel ne voulait pas d'une Union pour la Méditerranée qui divise les Vingt-Sept. Elle a obtenu gain de cause : Nicolas Sarkozy a dû lui céder pour sauver leur couple... Après les brouilles et les infidélités, le couple s'affiche de nouveau uni. Et harmonieux… Pas question néanmoins de tolérer de nouveaux écarts de conduite. Angela Merkel a passé l'éponge. Mais ne veut pas que l'épisode de l'Union pour la Méditerranée se reproduise. Nicolas Sarkozy reste sous surveillance. »

Merkel a exprimé son approbation pour la conférence de Paris parce qu’à ce stade les initiatives de politique étrangère du président français vont, en grande partie, dans le même sens que celles de Berlin. Cependant, la discorde grandissante entre les principales puissances européennes a été un facteur majeur de déstabilisation de l’Union européenne. Il n’y a aucune raison de penser que le projet de Sarkozy d’une Union pour la Méditerranée aura davantage de succès.

Articles de Stefan Steinberg publiés par Mondialisation.ca - Article original en anglais, WSWS, paru le 16 juillet 2008.

Monaco s'engagera dans la dépollution de la Méditerranée

Après son adhésion au Conseil de l'Europe en 2005, la principauté pourrait franchir, avec la constitution de l'Union pour la Méditerranée (UpM), une étape fondamentale en matière de diplomatie et de politique internationale.
Les enjeux sont de taille. Pour Monaco, c'est certainement l'opportunité exceptionnelle jouer un rôle sur la scène internationale. Le 13 juillet dernier, au sommet des 44 chefs d'État, le prince Albert II a présenté les réalités du pays et ses convictions en matière d'environnement.
Des mots forts qui ont su retenir l'attention.En offrant sa matière grise et son exceptionnelle capacité d'accueil, la petite principauté, neutre politiquement et garantissant la sécurité des personnes, dispose déjà de grands atouts.
À la tête du département des Relations extérieures, des Affaires économiques et financières internationales, Franck Biancheri vient de participer à la Conférence ministérielle euro-méditerranéenne à Paris, aux côtés des ministres des Affaires étrangères des 43 autres pays de l'UpM.
Il explique les enjeux de l'Union pour Monaco.

L'Union pour la Méditerranée : c'est quels enjeux pour Monaco ? L'Union pour la Méditerranée est une grande idée qui doit devenir une réalité. La méthode choisie pour l'UpM est la même que pour l'Europe : la « politique des petits pas », qui vise à créer des solidarités de fait sur des projets concrets. Monaco, par son image internationale et sa neutralité, peut jouer un rôle important.

Le sommet de Paris, le 13 juillet dernier, était-il une étape déterminante pour asseoir la " légitimité " du pays ?
Lorsque le souverain a pris place à la table des 43 chefs d'État et de gouvernement le 13 juillet dernier, il a résolument fait reconnaître la Principauté comme un partenaire de la communauté internationale européenne et méditerranéenne. C'est une étape importante qui vient d'être franchie dans l'histoire de notre diplomatie.

Quel rôle peut y jouer la Principauté ?
Aujourd'hui, nous sommes en mesure de mettre au service de cette Union toutes nos ressources scientifiques, notre expertise et notre exceptionnelle capacité d'accueil. Grâce à l'engagement du prince Albert II, la Principauté jouit à l'étranger d'un atout de neutralité qui pourra certainement se révéler très utile pour rendre certaines rencontres possibles.

Quels sont les projets pour lesquels Monaco s'impliquera ?
Le souverain a, de plus, solennellement fait part de son implication personnelle pour soutenir activement le projet de dépollution de la Mer Méditerranée. Cette initiative qui porte tant sur la gestion de l'eau que des déchets, est un projet essentiel pour préserver les conditions de vie et de subsistance des populations riveraines. Dans un premier temps, Monaco s'engagera tout particulièrement dans ce projet de dépollution de la Méditerranée.

Quelles sont les prochaines échéances ?
Dans les prochains mois, sous la co-présidence franco-égyptienne, les membres de l'UpM décideront de la mise en place des institutions de l'Union. Nous allons participer à ces travaux. La Principauté sera probablement amenée à préciser le rôle qu'elle souhaite jouer dans ce partenariat qui vient de naître.

L'UPM a-t-il été le premier dossier à traiter en urgence à votre arrivée ?
Le sommet de Paris a exigé une certaine mobilisation de mon département et des services qui lui sont rattachés : nous avons réussi, me semble-t-il, à remplir notre mission dans la continuité de l'impulsion qui avait été donnée par mes prédécesseurs. Avec nos diplomates, nous nous sommes mobilisés pour les réunions préparatoires au sommet, qui ont eu lieu en Slovénie, à Bruxelles et à Paris. »

Par Joëlle Deviras - Monaco-Matin - le 21 juillet 2008

vendredi 18 juillet 2008

L’Union pour la Méditerranée et les nouvelles frontières de guerre de l’Europe

Qu’est-ce que l’Union pour la Méditerranée ? Ce n’est en fait que la nouvelle mouture du projet d’Union euro-méditerranéenne propulsé sur le devant de la scène diplomatique par le Président Sarkozy aussitôt son arrivée à la tête de l’État français… Une initiative qui n’avait pas eu l’heur de plaire à la chancelière allemande, Mme Merkel, jusqu’à refroidir pendant plusieurs mois les relations entre les deux pays.
Aujourd’hui, la copie revue et corrigée pour satisfaire aux exigences allemandes, a été recentrée sur les Vingt-Sept et non plus sur les seuls riverains membres de l’UE. La remonté vers le Nord - vers Bruxelles qui pourrait en accueillir la présidence - du centre de gravité de l’UPM consacre en fait un retour à la case départ, celle du Processus de Barcelone initié en 1995 en vu d’un partenariat centré sur les questions de sécurité entre l’Union européenne et les pays riverains du sud et de l’Est méditerranéen (1) …

À l’origine, l’UPM, a été une initiative toute personnelle du Président français inscrite dès ses premiers jours à l’Élysée en tête des priorités de son mandat à l’instar de l’Eurafrique, celle-ci remisée pour l’instant dans la pile des dossiers en attente. Une précipitation assez déconcertante compte tenu de la multiplicité des problèmes épineux auxquels le pouvoir doit faire face en France dans les circonstances présentes en raison d’une instabilité économique et sociale croissante dans le contexte d’une conjoncture internationale passablement dégradée à tout point de vue…
Sans parler des besoins pressants de consolidation européenne proprement dite (sécurité intérieure et extérieure, sécurité énergétique, sanitaire et alimentaire, etc.), domaine dans lequel tout reste encore à faire… Pour ne pas parler de l’impasse politique où s’enferrent des institutions communautaires dont la légitimité se trouve contestée par l’Europe réelle, à savoir les « citoyens » de l’Union comme le « Non » irlandais du 12 juin 2008 en apporte une fois de plus la démonstration !

Une fragilité de l’édifice européen que vient donc de souligner ce vote sanction, mais l’arbre ne devant pas cacher la forêt, nous devrions plutôt observer que l’Union se trouve pratiquement sans défense collective au moment même où, le Président Bush à l’occasion de sa tournée d’adieu en Europe rappelait à Paris dans sa déclaration finale du 14 juin 2008 – de même M. Gordon Brown le 16 à Londres- à propos de l’Iran que « toutes les options restaient sur la table », en clair, n’excluant pas l’éventualité d’un conflit ouvert ! Car les tensions entre le camp occidental et la République islamique d’Iran ne prennent apparemment pas le chemin de l’apaisement en raison d’abord de l’intransigeance de l’Administration Bush, mais aussi sous la pression de lobbies néoconservateurs qui ne désarment pas.

Or aujourd’hui, la défense européenne demeure particulièrement embryonnaire, voire inexistante ; les armées des États membres ayant soumises à de sévères coupes budgétaires ont été dans tous les cas réduites à l’état de fantômes (2) ; cela signifie que la défense européenne repose à présent, sans équivoque aucune, presque exclusivement sur le bon vouloir de l’Organisation du Pacte atlantique, l’Otan, sous haut commandement américain. Est-ce à dire que l’Europe serait de facto vassalisée ?

Pour clore ici le débat quant à la précipitation ayant prévalu à la mise en chantier de l’Union pour la Méditerranée, remarquons que personne ne semble s’être interrogé a priori sur les tenants et les aboutissants d’un tel projet, sur son origine, sa genèse et sans poser la question de son opportunité immédiate.
Certes il est urgent d’engager une véritable concertation sur la préservation et la dépollution de la Méditerranée sauf à porter la responsabilité d’en faire une mer morte dans les prochaines décennies (3), reste qu’il y a tout à parier que l’affichage des objectifs environnementaux de l’UPM ne soit destiné à masquer les aspects sécuritaires et accessoirement commerciaux qui présideront à la construction d’un partenariat renforcé autour de la Méditerranée. On ne peut en effet que rester perplexe devant tant de hâte.
Pour nous répéter, n’y avait-il en effet rien de plus urgent à entreprendre, par exemple en faveur du redressement économique d’une France en proie à l’inflation, surendettée et au bord de la déconfiture ? Rien à en faveur d’une construction européenne dont l’avenir paraît illisible comme la démontre une fois encore, et de façon cinglante, le « non » irlandais ?

Un projet dont l’opportunité est a priori contestable compte tenu des considérations précédentes, mais surtout dont la faisabilité est loin d’être acquise au regard des héritages anciennement conflictuels de la région : entre États arabes dont les divisions, voire les antagonismes sont une constante géopolitique, et pas seulement en raison du contentieux existant entre les nations arabes et l’État d’Israël à propos du règlement de la question palestinienne, foyer permanent d’instabilité régionale et toujours possible détonateur d’un embrasement général.
Cela malgré quelques signes encourageant tels les discussions récemment ouvertes avec la Syrie, par Israël et avec Paris… Ouverture précaire et déjà contestée comme le montrent les réactions hostiles, dans le camp arabe, à la participation, le 13 juillet 2008, du Président Bachar-el-Assad au défilé du Quatorze Juillet à Paris, sur les Champs-Élysées !

Concernant l’UPM proprement dite, M. Alain Le Roy, ambassadeur français en charge du dossier, expliquait il y a peu qu’il est question pour l’essentiel d’une « union de projets (sic)… entre des pays d’intérêts convergents » (4). Une vision idyllique et une assertion qui laisse songeur si l’on considère l’Est et le Sud méditerranéen pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des foyers récurrents de crises témoignant d’irréconciliables divergences structurelles entre des intérêts souvent antagonistes.
Faut-il à ce sujet conclure, que Paris entendrait, par le truchement de cette Union pour la Méditerrané, participer à la mise en œuvre d’une solution miracle permettant de trouver enfin une issue raisonnable au différend israélo-palestinien ? Et alors même que le gouvernement de M. Olmert annonçait le vendredi 13 juin 2008, une extension substantielle des colonies à Jérusalem-Est ? Compte-t-il apurer la question du Sahara occidental qui oppose l’Algérie et le Maroc depuis 1976, conflit larvé qui traduit la persistance d’antagonismes plus profonds qui pour être discrets n’en sont pas moins profonds ? Ou encore rendre enfin viable l’Union du Maghreb Arabe, mort-née le 17 février 1989 ?

Le propos n’est pas d’entrer ici dans l’évaluation détaillée des chances de succès du projet français, mais plutôt de mettre en évidence des aspects négligés, ignorés ou masqués. Et en premier lieu dans le domaine de la sécurité collective, dimension qui sous-tend de bout en bout l’UPM tout comme elle constituait l’armature du Processus de Barcelone (1995), lequel se proposait d’organiser la sécurité dans l’espace méditerranéen en matière de terrorisme, crime organisé (trafic de drogue et traite d’êtres humains), immigration clandestine. Un processus, on le sait, resté inabouti.

Quant à l’ambitieux projet de la Présidence française, il s’agissait de toute évidence, en associant l’UE à travers ses membres riverains (Espagne, France, Italie), de créer un cadre alternatif à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, d’étendre et de pérenniser - à ciel ouvert - des partenariats normatifs entre Israël et les pays arabes. Liens déjà existant à travers le Processus de Barcelone et via un certain nombre d’accords par le truchement de l’Otan (voir infra), et de parvenir à une coopération active de la rive sud de la Méditerranée dans la sécurisation du trafic maritime, de Gibraltar au détroit des Dardanelles via Suez, et pour la lutte contre l’immigration clandestine… Un projet cependant quelque peu révisé à la baisse sous la pression d’un bloc continental conduit par l’Allemagne.
Celle-ci abonnée à l’Ostpolitik voit à ce titre l’avenir de l’UE en priorité à l’Est, avec l’adhésion de la Turquie, l’achèvement de l’intégration de l’Europe balkanique, en vue d’une extension ultérieure pouvant aller, le cas échéant jusqu’à la Géorgie et l’Ukraine déjà candidate à l’Otan (sans préjuger des réticences de l’UE, dépendante de la Russie pour ses approvisionnements en gaz, à ces deux candidatures ; des réticences dont l’Otan a décidé de ne pas tenir compte en engageant unilatéralement le 16 juin 2008 la procédure d’adhésion de l’Ukraine).

Or, quel que soit le sort réservé, dans les mois et les années qui viennent, au projet d’Union pour la Méditerranée, il est clair que nous assistons à une Grande Transformation, une mutation qui échappe aux peuples et sans doute également aux gouvernements européens eux-mêmes. Dans cet « amas nébuleux » (Védrine) qu’est l’Union européenne, les équipes dirigeantes obéissent pour l’essentiel à la seule logique systémique de la recomposition géopolitique en cours - une logique qui avance selon sa propre inertie - cela sans avoir le plus souvent le réalisme, les capacités de prévision et le volontarisme politique, la présence d’esprit que nécessiterait normalement la gestion d’une telle conjoncture historique et événementielle.
Transformation qui destine par conséquent - tendanciellement et sauf accident de l’histoire - l’Europe, vaste carrefour de libre-échange, à fusionner à moyen terme avec l’Amérique du Nord. Idée et projet non-dit, sous-jacent à toute la politique des États dominants de l’Union (R-U, France, Allemagne) que développe librement, sans l’ombre d’un complexe, l’ancien Premier ministre, proche du nouveau Président, M. Balladur (5).

Maintenant, nous pouvons affirmer ici, sans risque de nous tromper, que la création de cette Union euro-méditerranéenne première appellation, ou l’Union pour la Méditerranée, permettra subsidiairement l’arrimage du Maghreb arabe à l’espace européen avec au final leur intégration dans un ensemble unique. Un projet qui participe de la reconfiguration géopolitique en cours, certes voulue et planifiée, mais difficile à maîtriser et pouvant échapper à tout moment à ses promoteurs ou aux apprentis sorciers qui s’essayent à redessiner la carte du monde…
On l’a vu depuis 2003 avec la tentative catastrophique de transfert du modèle démocratique en Irak, et en ce qui concerne précisément l’UPM, on peut voir dans les hésitations du Libyen Kadhafi et de l’Algérien Bouteflika à s’afficher à Paris le 13 juillet 2008 au côté de M. Olmert, Premier Ministre israélien, pour le lancement officiel de l’Union pour la Méditerranée, les prémices de vraies difficultés à venir.

Que penser cependant des scrupules des deux chefs d’État et la virulente sortie de M. Kadhafi au fugace sommet arabe de Tripoli réunissant le 10 juin 2008 les dirigeants de l’Union du Maghreb arabe (UMA) et de la Syrie, lorsqu’on sait qu’Algérie et Libye ont, sous l’égide de l’Otan et sous la houlette de la VIe Flotte, participé début avril à l’opération Phoenix Express 2008 ? Manœuvres participant de l’intégration sécuritaire de l’espace maritime méditerranéen en marche depuis 1995 avec l’UE et le Processus de Barcelone ; intégration amorcée en 1995 à Barcelone et relancé avec l’Otan en octobre 2001 et l’opération Active Endeavour (6) en réaction au drame du 11/9 .

L’Otan qui étend toujours plus avant sa présence en Méditerranée au moyen d’un maillage serré d’accords croisés que complète l’ «Initiative 5+5 Défense» lancée le 12 septembre 2003 à Lisbonne par le ministre français de la Défense, Initiative qui associe l’Algérie, la Libye, la Mauritanie, la Tunisie, le Maroc, la France, l’Italie, Malte, le Portugal et l’Espagne dans le cadre de l’OSCE ; un dispositif complété en juin 2004 à Istanbul par le Dialogue méditerranéen toujours sous l’égide de l’Otan ; on appréciera ici la dénomination de « Dialogue » pour des partenariats renforcés en matière de sécurité. Lequel « Dialogue » s’est attaché à la redéfinition de missions de contrôle et de coercition maritimes et au partage des rôles entre l’Algérie, l’Égypte, Israël, la Jordanie, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie (7)…

Comment ne pas voir au final la convergence existante entre l’intégration de l’espace géopolitique méditerranéen sous couvert de l’Otan, en vertu d’une politique de sécurité à la mesure de défis globaux, et l’actuelle Union pour la Méditerranée dont l’important volet commercial (voyages du Président français sanctionné par la passation de volumineux contrats industriels et d’armements) ne doit pas masquer l’importance majeure du volet sécuritaire ? Comment enfin ne pas mettre en parallèle l’intégration méditerranéenne et l’avancement de l’Initiative Greater Middle East (8), de l’Atlantique à l’Indus, dont les médias ne parlent plus guère mais qui continue de progresser à bas-bruit… À telle enseigne qu’une éventuelle intégration euro-méditerranéenne – entendons la fusion de l’espace méditerranéen et de l’Union – paraît déjà en marche par le biais de partenariats avancés tels celui déjà passé avec la Turquie ou celui que le Conseil des ministres européens examinait le 16 juin 2008, dans la plus complète discrétion et le silence médiatique, avec l’État israélien ? Ces deux piliers, fondations la future Union euro-méditerranéenne, pourraient alors en constituer la pierre angulaire (9).

Comment de ce point de vue ne pas concevoir que l’Union pour la Méditerranée, sortie tout armée de l’imagination féconde du Chef de l’État français, ne serait finalement qu’un sous-ensemble d’un dessein beaucoup plus vaste et plus ambitieux portant sur la démocratisation et l’intégration de l’aire Islamique et à partir de là englobé dans la sphère d’influence occidentale ?
Une ambition déjà à l’œuvre en Afghanistan et en Irak - hélas, avec le succès que l’on sait - et qui commencerait à se concrétiser par le truchement de la Présidence française de l’Europe ? En tout cas, un agenda coïncidant avec l’actuelle poussée diplomatique en direction de la Syrie (engagement d’un dialogue sur la question du Golan avec Israël, reprise des relations avec la France) et de l’Autorité palestinienne à placer en regard de l’activisme déployé auprès des États du Maghreb pur la préparation du sommet de Paris à la mi-juillet… Tout cela, cependant, dans un réel contexte de confusion et de fragilité qui ne peut qu’engager au scepticisme et à s’interroger sur les intentions véritables des uns et des autres.

Reste que, comme nous venons de le voir, l’intégration du Maghreb, et en grande partielle du Machrek, est déjà bien engagée : a priori par le truchement de l’Otan et d’un maillage d’accords de sécurité de plus en plus étroit et contraignant…
Or si l’on regarde bien, c’est même procédure qui a présidé à la construction européenne ces dernières années, surtout depuis 1999, avec les adhésions massives - la quasi totalité - des pays d’Europe orientale. Des admissions dans l’Union qui avaient eu pour préambule ou pour vestibule le passage obligé et préalable par l’Alliance atlantique (10). Faut-il y voir plus qu’un simple hasard si un tel schéma semble – bis repetita placent - se répéter autour de la Méditerranée ?

Au demeurant cette construction d’une « Union pour la Méditerranée » pourrait constituer à première vue un indéniable facteur de stabilité et servir utilement à la création d’une aire de co-prospérité Nord-Sud. Elle serait aussi pour le moins, lourde de conséquences…
Ce dont nul ne semble vraiment se préoccuper tant le goût des conceptions grandioses, élaborées dans les officines washingtoniennes, semble l’emporter sur tout autres considérations de bon sens. En effet, nul ne s’interroge publiquement sur la signification de l’élargissement – la dilation devrait-on dire – de l’Union sans limites apparentes ou prévisibles, à l’Est et maintenant au Sud. Sauf quelques exceptions notables, par exemple Mme Merkel qui, mezzo voce, le 7 décembre 2007 caractérisait l’Union euro-méditerranéenne comme potentiellement “très dangereuse” en raison du risque de « libération de forces explosives par définition non souhaitables ». Déclarations à placer au regard de l’intervention du Président Sarkozy en clôture du sommet de Rome (20 décembre 2007) où il avait fait endosser, volens nolens, son projet à MM. Prodi et Zapatero : « En Méditerranée se jouera la pire de guerres ou la meilleure des paix…
En Méditerranée se joue une partie de l’avenir de l’Humanité ». Propos à connotation millénariste montrant que nos dirigeants n’ignorent pas, malgré tout, la réalité des enjeux liés, aujourd’hui plus que jamais, à ces grandes manœuvres militaires, économiques et diplomatiques euro-méditerranéennes qui ont pour théâtre d’opérations le sous-continent européen, la Péninsule arabique et l’Afrique du Nord (voir note 2 & 17).

Dans ce contexte « global » faisant intervenir divers projets d’unification géopolitique, l’intégration des espaces européens et méditerranéens au sein d’un vaste ensemble satellite de la Puissance atlantique où les États devenus virtuellement, ou en tout cas politiquement, inexistants au sein de mégas structures fédérales, se verront confier des fonctions essentiellement supplétives. Des fonctions notamment d’ordre militaire au sein de l’Otan en vue d’étendre l’espace euratlantique, euroméditerranéen, eurafricain et au-delà, en terre d’Islam, jusqu’en Asie centrale.

Ceci n’est évidemment pas une vue de l’esprit, l’Europe étant aujourd’hui en guerre, aux côtés de son mentor nord-américain, en Afghanistan ! De ce point de vue, l’intégration euro-méditerranéenne avec les partenariats avancés de la Turquie, et de façon imminente, avec l’État hébreu, repousse les frontières de l’UE aux abords des champs de bataille proche-orientaux.
En liant son destin, au-delà des accords déjà existants, à celui d’Israël l’UE prend le risque d’être partie prenante dans le conflit israélo-palestinien dont rien n’indique vraiment une issue prochaine, lequel constitue toujours l’amorce potentielle d’un embrasement plus large… Surtout si l’on tient d’avantage compte de la sociologie politique régionale que des positions prises par des gouvernements fort peu représentatifs.

Pour nous résumer, faut-il plus amples démonstrations pour établir les équations géostratégiques suivantes : l’Union européenne = l’Otan ; l’Union pour la Méditerranée = l’Otan ; l’Otan = guerres de normalisation pour l’expansion et le contrôle de la sphère d’influence occidentaliste (terme pris d’HubertVédrine). L’Union européenne, ensemble mou, diffus et confus, en divorce avec l’Europe réelle qui la sanctionne à chaque consultation référendaire (France, Hollande, juin 2005, Irlande en juin 2008) est à la fois intrinsèquement dépendante de l’Alliance atlantique pour sa sécurité collective, et pire, s’attache à faire une constante de sa politique extérieure de se faire le relais de,la politique des É-U dans ses aspects les plus contestables.

Ainsi, lorsque les eurocrates faisaient du slogan « l’Europe c’est la paix », leur argument clef pour faire adopter en 2005 le projet de Traité constitutionnel rebaptisé par la suite Traité de Lisbonne, ils nous invitaient à un déni de réalité : le démantèlement de la Fédération yougoslave aura coûté sept année de guerre et de malheur à l’UE entre 1992 et 1999 avec en bouquet final 78 jours de frappes sur la Serbie (58 700 missions de bombardements)…
Une première guerre intra-européenne depuis la Seconde Guerre mondiale, avec pour agresseur du fort au faible, l’Otan, alliance officiellement défensive ! Et en conclusion, l’indépendance de la province du Kossovo le 17 févier 2008 remettant en cause le principe irréfragable d’intangibilité des frontières, ouvrant par là même la boîte de Pandore de toutes revendications communautaristes présentes et à venir en Europe et ailleurs…

Une indépendance obtenue au prix fort (en vertu d’un calendrier international surchargé – l’accélération de l’Histoire ? - le 15 juin 2008 marquait l’entrée en vigueur de la constitution kossovare) qui n’est en rien un facteur de stabilité dans les Balkans, au contraire, comme on a pu le voir lors des élections législatives accompagnées de violences en République de Macédoine le 1er juin 2008.
Ces élections rejouées partiellement le 15, montrent s’il en était besoin que la question des minorités albanophones est loin d’être encore réglée. Nous avons là, par conséquent dans l’Union européenne, ce qu’il convient d’appeler une frontière de guerre intérieure, où, malgré et à cause de l’indépendance du Kossovo, subsiste un foyer persistant de déstabilisation (11) faisant écho, en Moldavie, aux revendications sécessionnistes la Transnistrie…

Ajoutons à ce sombre tableau balkanique tracé à grands traits, parmi les candidats à l’Otan et potentiellement aspirant à l’adhésion européenne, la Géorgie dont les territoires d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie réclament à cor et à cris leur indépendance… Sans oublier le Haut-karabakh en Azerbaïdjan, celui-ci membre du Conseil de l’Europe !
Des conflits gelés selon la terminologie consacrée, qui, apparus dans les années 90 avec l’implosion de l’Union soviétique, relèvent tous peu ou prou de la politique de voisinage de l’UE. Des conflits au demeurant pas si gelés que ça si l’on considère les actuels déploiements de troupes en Abkhazie, les drones d’observation abattus et les attentats d’Ossétie du Sud.

À l’Est de l’union, de la Mer noire à la Caspienne, s’égrène ainsi une chaîne de conflits latents non résolus. Plus grave, l’entrée dans l’Union de la Turquie, que des voix autorisée annoncent aujourd’hui devoir se faire suivant des délais raccourcis, apportera à l’Europe trois authentiques frontières de guerre : avec l’Iran d’abord que l’Occident semble éprouver un malin plaisir à mettre le dos au mur…
Mais l’analyse de la « crise iranienne n’a pas sa place ici ! Une guerre que l’ancien ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, M. Joschka Fischer, ne semble pas devoir exclure a fortiori lorsqu’il déclare fin mai 2008 “He [Bush] seemed to be planning, together with Israel, to end the Iranian nuclear program — and to do so by military, rather than by diplomatic, means” (12), autrement dit l’hypothèse de frappes sur l’Iran demeure vraisemblable et celles-ci pourraient le cas échéant intervenir avant même la fin du Président américain ; analyse reprise récemment à mots couverts dans les matinales de France Culture par l’ex-ministre français Hubert Védrine.

Qui peut en fin de compte vouloir ignorer que l’Otan, c’est-à-dire l’Union européenne sous commandement américain, livre depuis l’hiver 2001 une guerre sans fin en Afghanistan sous couvert d’une mission de stabilisation à laquelle participent des forces européennes et françaises dont il est prévu pour ces dernières qu’elles s’étofferont prochainement d’un contingent supplémentaire de 700 hommes appelés à monter en première ligne dans la province de Kandahar ?
M. Gordon Brown, Premier britannique, vient aussi, pour sa part, de faire ce 16 juin encore, l’annonce d’un envoi similaire de troupes à l’occasion de la visite à Londres du Président américain (13). Notons au passage l’habituel habillage de mots et le travestissement orwellien des réalités : les guerres contemporaines sont rebaptisées mission de stabilisation, opération humanitaire pour la paix…

Les chiffres de l’engagement Union européenne/Otan en Afghanistan, dans les Balkans, au Liban (14) où il avait été prévu durant l’été 2006 qu’après l’arrêt de l’offensive israélienne des forces de l’Otan seraient déployées sous mandat de l’Onu ou simplement eurafricaine au Darfour (15), zone de combat (une offensive en cours ce 16 juin avec l’avancée de colonnes rebelles au Tchad) où l’Otan (16) est déjà discrètement à l’œuvre.
Une Union européenne servant de paravent comme au Liban (voir note 14 & 16) et au Darfour ou l’Otan assure la logistique des forces de l’Union africaine… Des chiffres et des faits suffisamment éloquents pour asseoir l’idée d’une Europe entièrement asservie – au sens d’au service – à la politique américaine sur toutes les zones de fracture ouvertes par le déclenchement de « la guerre sans limites » officiellement engagée par le Président des États-Unis au lendemain du 11 Septembre 2001.
Hostilités tous azimuts à l’encontre des verrous de souveraineté pouvant contrarier la politique d’expansion et de contrôle des zones d’intérêt vital pour les É-U du point de vue géoénergétique, géoéconomique, géostratégique. Une situation qui a cependant le mérite de nous donner une image d’une grande netteté du monde à venir, un monde dominé tout à la fois par le commerce et la guerre.

On aura compris que les frontières réelles de l’Europe se trouvent être celles ou l’Europe combat ou est appelée à combattre directement ou indirectement aux côtés des troupes américaines en tant que force supplétive intégrée sur les marches orientales de l’empire nord atlantique. Notons que les mots ne doivent pas faire peur, le mot d’empire pas plus qu’un autre ; nulle grandiloquence dans son usage car il est tout à fait approprié à la chose qu’il nomme. En se refusant à utiliser les mots exacts, on se refuse de voir les choses dans leur réalité, autrement dit dans leur vérité.

De ce point de vue, il est d’une grande urgence aujourd’hui que les yeux se dessillent, ceux des politiques comme ceux du citoyen lambda. L’Union européenne contrairement à l’idée que l’on s’en fait, à commencer par la majorité des européistes, n’a pas vocation dans le schéma global à un développement autonome, à l’exercice d’une quelconque souveraineté politique, au libre choix de son destin…
Des faits de plus en plus contraignants sont là pour nous le rappeler sans cesse : l’horizon visible de l’Union est celui de la guerre, instrument de reconfiguration géopolitique dans un monde en cours de globalisation. La guerre qui est aussi depuis 1939 - depuis que le spectre de la Grande dépression est revenu hanter l’esprit des dirigeants américains – un outil permanent de régulation économique… Un fait que la Guerre froide et l’affrontement des Blocs Est et Ouest a certainement occulté, mais qui est actuellement plus qu’un exutoire aux crises cycliques du système, une constante de régulation de l’hypercapitalisme moderne…

Les derniers conflits, la guerre du Golfe en 1991, la Serbie, en 1999, l’Afghanistan en 2001, l’Irak en 2003 ne peuvent donc se comprendre en dehors du schéma économique dominant… Or, il est un nouveau mur de Berlin qui menace de s’écrouler, le $… Quelles pourraient être les conséquences de sa chute ? Quelles décisions interviendront à très court pour tenter d’arrêter le cours inéluctable des logiques systémiques ? La guerre comme moyen de régulation est une réponse évidemment possible…
À ceux qui s’interrogent encore pour savoir où s’arrête l’Europe, nous ne pourront apporter aucune réponses qui n’appartiennent déjà à l’histoire et à la géographie . En revanche pouvons-nous maintenant dire où l’Europe s’achève. Les frontières de l’Union se trouvent quelque part au sud de Kaboul dans les steppes afghanes, sur la Terre des Fours, dans les Balkans, la Vallée de la Bekaa, au Sahel ou dans les banlieues d’Alger….(17).

Par Jean-Michel Vernochet - Géostratégie.com - le 16 juin 2008
Dernier ouvrage publié « Manifeste pour une Europe des peuples » Éditions du Rouvre. Disponible chez
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NOTES :
1 • Hors le Processus de Barcelone, les relations Méditerranée-UE sont réglées à travers le partenariat Euromed et la politique européenne de voisinage. Le partenariat Euromed comportait des accords d’association ainsi que des actions régionales de coopération. La PEV quant à elle est une politique unilatérale de l’UE qui propose à un certain nombre de pays dits de voisinage, dont les riverains de la Méditerranée, un partenariat fondé sur des plans d’action négociés bilatéralement.
2 • Paris annonçait le 16 juin 2008 (Livre blanc de la Défense) une réduction de 54 000 personnels de ses effectifs militaires (terre-17%, air-25%, mer-11%) au cours des années à venir. Coupes qui s’inscrivent de façon complémentaire plutôt que contradictoire, dans la perspective affichée par M. Sarkozy d’œuvrer à la mise sur pied d’une amorce de Défense européenne pendant la présidence française de l’UE entre juillet et décembre 2008. Une défense collective destinée à compléter le dispositif Otan… Sans doute suffit-il pour en être convaincu de se référer aux propos de Mme Victoria Nuland, ambassadrice des É-U à l’Otan, et épouse du néoconservateur Robert Kagan, dans lesquels elle apporte tout son soutien au Président français en vue d’établir « a stronger, more seamless relationship between the EU and NATO ». En effet, l’accroissement des dépenses de défense en France (actuellement 2,3% du Pib) est directement lié à l’engagement de la France aux côtés des É-U, notamment au PO. Ainsi dans le Golfe où les forces françaises apparaissent aujourd’hui comme sous-traitantes : le 15 janvier 2008 était décidé l’installation d’une base navale à Abou-Dhabi venant s’ajouter à une présence militaire plus ancienne à Qatar. Une Défense européenne plus étoffée est de cette façon éminemment souhaitée à Washington en ce qu’elle permettra, par le truchement de l’Otan, d’accroître la présence européenne sur les divers théâtres d’opération suscités par la politique d’expansion des É-U (voir infra) à commencer par l’Afghanistan. Le 17 juin 2008 pour lever toute équivoque à ce sujet, le Président Sarkozy annonçait officiellement la rentrée de la France dans le commandement intégré de l’Otan, mettant ainsi de facto les forces françaises à disposition du Bloc atlantique.
3 • Déjà en Méditerranée les thons rouges se raréfiant (un domaine où la France s’illustre par ses pratiques de sur-pêche et ses trafics de quotas revendus entre autres à des pêcheries turques), la Commission européenne vient le 13 juin 2008 de suspendre sine die la pêche industrielle de cette espèce jugeant les quotas de prélèvement été atteints. Déjà menacée par la pollution, la Méditerranée est aujourd’hui mise en coupe réglée notamment les industries japonaises de pêcheries, lesquelles traquent les bancs par satellite et font un usage extensif de filets pélagiques dérivants souvent longs d’une centaine de kilomètres (100 Km) !
4 • Al-Ahram Hebdo 26 déc. 2007 - 1 janv. 2008. M. Alain Le Roy : entretien « L’Union pour la Méditerranée est une union de projets ».
5 • M. Édouard Balladur, par ailleurs Président de la commission pour la réforme constitutionnelle, co-dirigée par M. Jack Lang qui fait subrepticement évoluer le régime de la Ve vers la VIe République, a publié en novembre 2007 (Fayard) un texte plaidant sans équivoque « Pour une Union Occidentale avec les É-U ».
6 • En juin 2008, d’après les informations fournies par l’Otan, plus de 75.000 navires avaient été soumis à un contrôle de sécurité et une centaine de bâtiments suspects arraisonnés. Y participent : les Forces navales permanentes déployées par l’Otan en Méditerranée dans l’Atlantique ; la Grèce, l’Italie, l’Espagne et la Turquie, contribuent directement à l’opération, en mettant à sa disposition des moyens navals ; Allemagne, Danemark et Norvège y sont également impliqués… Mais la liste n’est pas limitative : depuis 2004 l’Alliance Atlantique s’est donné pour objectif d’associer ses partenaires de dialogue méditerranéen à ses missions en Méditerranée dans le cadre d’Active Endeavour : début juin 2008 on annonçait ainsi la participation du Maroc aux opérations de en particulier pour le contrôle du détroit de Gibraltar où quelque 3000 navires de commerces transitent par jour.
7 • Le Dialogue pour la Méditerranée associe les 26 membres de l’Otan (dont la Turquie) à la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte, la Jordanie et Israël. À partir de 1994, l’Otan avec ses partenaires du Dialogue méditerranéen assure la surveillance de l’espace maritime méditerranéen de la Mer Noire à Gibraltar. Aujourd’hui les forces navales algériennes et marocaines sont ainsi progressivement intégrées au dispositif Otan, notamment dans le cadre d’accords passés avec Ankara dont l’alliance stratégique avec Tel-aviv remonte à avril 1996.
8 • Présentée pour la première fois lors du Forum de Davos en janvier 2004 cette Initiative est officialisée en juin de la même année pendant le Sommet du G8 à Sea Island (Georgie). Il s’agit d’un vaste programme transcontinental censé encourager l’extension du système démocratique à la quasi-totalité de l’aire islamique, du Maroc au Pakistan.
9 • Le 16 juin à Luxembourg, le conseil des ministres des affaires étrangères des Vingt-Sept devait entériner un partenariat avancé avec Israël. Ce qui signifie une intégration quasi complète au sein du marché unique, dans les institutions européennes avec la participation des ministres israéliens dans les conseils européens et des experts dans tous les programmes et groupes de travail ! « Ce qui équivaudrait à conférer à l’Etat juif un statut de quasi-membre de l’UE » comme le souligne le journal Le Monde dans son édition du 7 juin.
10 • La Pologne, la Hongrie et la Tchéquie intègrent l’Otan, en 1999, en mars 2004 ce sont les pays baltes, Estonie, Lettonie, Lituanie, et la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie en 2004… La cartographie des adhésions à l’Otan donne une image parfaitement fidèle de l’extension progressive de l’UE à l’Est. L’Otan réunit 24 pays européens et 2 États Nord-américains, mais quasiment tous les pays de l’ancien bloc de l’Est, à l’exception de la Russie, y ont adhéré, ont coopéré avec elle ont fait acte de candidature. Ainsi, le 6 mars 2008 les ministres des Affaires étrangères de l’Alliance atlantique ont avalisé les candidatures de l’Albanie et de la Croatie. Les candidatures de la Géorgie, de la Macédoine et de l’Ukraine sont pour l’heure en attente malgré la forte pression de Washington. Le secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer a déclaré : “L’OTAN salue les aspirations euro-atlantiques de l’Ukraine et de la Géorgie”, candidatures qui seront réexaminées fin 2008.
11 • Le Kossovo est aujourd’hui reconnu comme État indépendant par 42 pays dont les Etats-Unis et une majorité d’États membres de l’Union européenne. Réunie à Bruxelles, l’OTAN a annoncé le 13 juin 2008 la création d’une nouvelle force de sécurité, baptisée KSF forte de 2 500 hommes et destinée à épauler la KFOR dans ses missions de protection civile (entendre par là éviter l’épuration ethnique des derniers Serbes du Kossovo). 600 militaires britanniques viennent de rejoindre les 16.000 hommes de la KFOR déjà en place. L’UE prévoit également une mission judiciaire et policière (EULEX) de 2.200 hommes pour aider les autorités du Kosovo à garantir l’Etat de droit et les droits de la minorité serbe. Toutes dispositions qui parlent d’elles-mêmes quant à la paix régnant 9 années après la fin des bombardements massifs de l’Otan.
L’UE entretient par ailleurs l’EUFOR-Althéa, Force multinationale de stabilisation en Bosnie-Herzégovine qui se compose actuellement de 2 455 militaires, dont 347 Allemands, 333 Italiens, 130 Français, 74 Néerlandais et 18 Britanniques, ainsi qu’une mission policière dans ce pays (167 agents de police et civils originaires de l’Union.
12 • Publié dans le « Daily Star», quotidien libanais de langue anglaise.
13 • Les chiffres ci-dessous donnent une idée de l’engagement de l’Europe en Afghanistan – membres de l’Union et non membres en gras - que l’on peut qualifier à ce titre de « guerre européenne » sous commandement américain. 70 000 hommes sont présents sur le terrain au sein des deux forces multinationales, la Coalition–Opération Enduring Freedom et la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) de l’Otan sous commandement américain qui comporte quelque 52 700 soldats (contre 36.000 il y a 16 mois) appartenant à 40 nationalités dont 23 500 Américains. L’ISAF souligne sur son site que les chiffres au 10 juin 2008 ne reflètent pas le nombre exact de militaires sur le terrain. Dispositif qu’un nouveau contingent de 3000 Américains devrait renforcer en 2009, sans compter les troupes supplémentaires promises le 16 juin par M. Gordon Brown.
Allemagne: 3.370 hommes – Belgique : 375 - Bulgarie: 420 - Canada: 2.500 - Danemark: 690 - Espagne : 800 - Estonie: 120 - Etats-Unis: 23.550 – France : 2.200 (dont un renfort de 700 soldats et un détachement de forces spéciales annoncé en avril) - Royaume-Uni : 8.530 - Grèce: 150 - Hongrie : 205 - Islande: 10 Italie : 2.350 - Lettonie: 75 - Lituanie: 200 – Luxembourg : 9 – Norvège : 580 – Pays-Bas : 1.770 – Pologne : 1.140 – Portugal : 165 –Tchéquie : 370 – Roumanie : 570 – Slovaquie : 70 – Slovénie : 70 – Turquie : 760Contingents des pays non-membres de l’Otan : Albanie: 140 - Australie: 1.100 - Autriche: 2 - Azerbaïdjan: 45 - Croatie: 210 - Finlande: 65 -Géorgie : 1 – Irlande : 7 - Jordanie: 90 - Macédoine: 140 - Nouvelle-Zélande: 160 - Singapour: 2 – Suède : 250 - Ukraine: 3.
Croissance des effectifs de l’ISAF depuis sa création : août 2003: 5.581 hommes - août 2004: 8.065 - juillet 2005: 9.685 - septembre 2006: 19.597 - novembre 2007: 31.267 - mars 2008: 47.332 - juin 2008: 52.700.
14 • À l’issue du conflit israélo-libanais de juillet-août 2006, l’Otan n’a pas été conviée à participer aux opérations de maintien de paix. Avec l’arrivée du destroyer USS Cole au large des côtes du Liban le 28 février 2008 les choses changent, la marine de guerre affectée à la FINUL, - composées d’une dizaine de bâtiments détachés des maries italienne, grecque, turque, allemande, espagnole – passe sous commandement mixte Onu/Otan. À partir du 29 février les navires italiens, français, espagnols, relèvent de la Force maritime européenne, l’Euromarfor, une entité encore semi-virtuelle tant que le Traité de Lisbonne ne sera pas entré en vigueur (le non irlandais bloquant aujourd’hui le processus de ratification). En l’état actuel, l’Euromarfor peut être activé soit au titre de l’article 5 du Traité de Bruxelles modifié (Union de l’Europe Occidentale - UEO), soit au titre de l’article 5 du Traité de Washington (Organisation de l’Atlantique Nord - Otan). Ici c’est l’Otan qui est intervenu. Déjà l’Euromarfor participait durant l’automne 2002 à l’opération Coherent Behavior en Méditerranée orientale dans le cadre d’Enduring Freedom ; en outre l’Euromarfor contribua à la surveillance du trafic maritime dans l’Océan indien entre février 2003 et décembre 2004, puis à partir d’août 2005.
15 • La résolution 1778, votée le 25 septembre 2007 par le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies, a autorisé l’Union européenne à déployer aux frontières tchadienne et centrafricaine du Darfour 3 000 hommes placés sous commandement irlandais. La Force européenne (Tchad-RCA) est actuellement positionnée dans l’est du Tchad alors que le détachement multinational de Birao (RCA) est d’ores et déjà sous commandement de l’EUFOR.
16 • Voir « Maghreb-Machrek » n°193. octobre 2007 « Le Darfour, de la crise politique au choc pétrolier » par Jean-Michel Vernochet. Depuis juillet 2005, l’OTAN a aidé à acheminer au Darfour et à rapatrier quelque 24 000 soldats « de la paix » et plus de 500 policiers civils originaires des pays africains fournisseurs de troupes pour l’Union africaine.
17 • On sait que le Darfour n’est au fond que l’un des aspects des guerres qui émaillent d’un arc de crise qui va grosso modo de Djibouti à Nouakchott ; une bande sahélienne comprenant en priorité le Tchad, le Niger, le Mali, l’Algérie et la Mauritanie, et qu’englobe la PSI américaine, la Pan Sahel Initiative, laquelle relève depuis 2007 d’un commandement spécifique pour l’Afrique. Initiative qui justifie la présence des forces spéciales américaines au Sahel où elles encadrent et forment des unités locales de lutte contre les éléments supposés des Groupes salafistes pour la prédication et le combat (GSPC puis Al Qaïda au Maghreb en janvier 2007).
Quelques rappels éclaireront l’état des lieux :
le 4 janvier 2003, peu avant l’arrivée à Alger d’une délégation militaire américaine, un groupe du GSPC attaquait un convoi près de Batna, tuant quarante-trois soldats. Le coup d’envoi était donné à l’intensification de la coopération américano-algérienne pour la sécurité dans la bande sahélienne. Sur le même modèle, survient en juin 2005 une affaire spectaculaire qui sera présentée par les services algériens et l’Administration américaine comme la preuve tangible de l’implication d’Al Qaïda, via le GSPC, en Afrique du Nord.
Le 4 juin 2005, un groupe d’une centaine d’hommes fortement armés, disposant d’une douzaine de véhicules, attaque une caserne de l’armée mauritanienne à Lemgheity près de la frontière algéro-malienne. L’attaque fait dix-huit morts et vingt blessés parmi les soldats mauritaniens, cinq des assaillants sont tués. Dans un communiqué Al Qaïda revendique l’opération… Coïncidence remarquable, cette revendication intervient deux jours avant le début en juin 2005, au nord du Mali et du Niger, de manœuvres conjointes baptisées Flintlock 2005 impliquant 3 000 soldats de 8 nationalités africaines et 700 hommes des forces spéciales américaines ; des manœuvres organisées par ailleurs dans le cadre de la Trans-Saharian Counter-Terrorism Initiative par le commandement des forces américaines basé en Europe.
Aujourd’hui les armées mauritanienne, malienne et nigérienne, algérienne et libyenne se voient engagées, à travers la lutte dite anti-terroriste, dans un processus de normalisation leurs armes, de leurs moyens et procédures de défense sur le modèle américain.
N’avons-nous pas vu que l’unification géographique et politique d’une région commence par l’intégration des armes et des armées selon normes Otan, et que l’unification des structures de l’État du reformatage des forces armées prélude – toujours – à des reconfigurations ou fusions géopolitiques ?
Aujourd’hui, entre la vague d’attentats meurtriers qui touche l’Algérie et les violentes manifestations contre la malvie qui secouent le Maroc et la Tunisie, beaucoup se posent la question de savoir si le Maghreb n’est pas en passe de s’embraser ?
L’éventualité d’une irakisation de l’Algérie est à ce propos clairement évoquée : dimanche 8 juin 2008 un double attentat visant les employés d’une société française fait 13 morts ; le 11 juin l’agence Reuters annonce la mort de 20 personnes dans la ville de Bouira dans un attentat ; le jeudi 5 à Cap Djinet, à l’est d’Alger, 6 militaires sont tués par une explosion visant leur convoi, la veille deux attaques simultanées avaient ciblé une caserne de la garde républicaine à Bordj el-Kiffan….
Alors, l’Union européenne devra-t-elle faire face le cas échéant à un chaos algérien faisant échos aux drames irakien et afghan comme l’énoncé de ces faits pourrait le laisser imaginer, supposer ou prévoir ?
En quoi le projet d’Union pour la Méditerranée peut-elle, dans un contexte d’instabilité régionale croissante, constituer l’amorce d’une solution à des problèmes structurels nationaux, inhérents à l’histoire du Maghreb et aux régimes qui le gèrent depuis les indépendances… Problèmes aggravés par une crise internationale qui se manifeste par l’inflation, les pénuries alimentaires, les effets désastreux de la survenue avec vingt ans d’avance du pic de production pétrolière ?

jeudi 17 juillet 2008

Pour le Président Wade, derrière l’UPM, il y a des visées sur le pétrole et le gaz

Pour le président Wade, les pays d’Afrique du Nord doivent choisir entre l’UPM rt l’UA Derrière l’initiative de l’Union pour la Méditerranée (UPM), il y a des visées qui crèvent les yeux : le pétrole et le gaz de l’Algérie et le pétrole libyen, a souligné le président sénégalais, Abdoulaye Wade, dans une déclaration publiée mercredi à Dakar par le quotidien gouvernemental "le Soleil".


Dans sa déclaration il indique avoir "essayé d’attirer l’attention de mes collègues sur l’événement majeur que constituait l’UPM et ses conséquences sur l’Afrique au sud du Sahara, l’Afrique noire", lors du 11ème sommet de l’Union africaine (UA) qui s’est déroulé à Charm el-Cheikh, en Egypte, du 30 juin au 1er juillet,
Selon lui, le lancement de l’UPM, lundi à Paris, en France, ne sera pas sans conséquences pour l’Afrique au sud du Sahara, tant au point de vue économique que politique, estimant que c’est la construction de l’avenir de l’Afrique qui sera remodelé.
Il demande aux Africains de tirer, dores et déjà, "les conséquences du départ éventuel de certains Etats de l’Afrique du Nord de l’Union africaine vers l’Europe", l’UMP posant pour lui "le premier acte de ce départ sans préavis".
Le président sénégalais reste convaincu que des pays de l’Afrique du Nord iront nécessairement vers l’Europe qui les " phagocytera bien un jour". "Car l’Europe, ajoute-t-il, est condamnée à rajeunir sa population, ce qui ne peut se faire que par l’apport de sang nouveau. Cela explique pourquoi l’Europe est à la recherche d’immigrants assimilables, par l’absorption de 80 millions de citoyens d’Europe centrale".
Concernant les pays du sud de la Méditerranée, Me Wade a salué le fait que la Libye ait rejeté l’UPM sans ambages. "Pour ce pays, l’africanité ne fait pas de doute, tout au moins avec Kadhafi".
Pour le Maroc, le président Wade souligne que "ce pays lâché par l’Union africaine dans l’affaire de la virtuelle République arabe sahraouie aurait toutes les raisons d’aller là où elle est au moins désirée, précisant que les chefs d’Etat se rendent compte, de plus en plus, qu’ils ont lâché la proie pour l’ombre, le réel contre le virtuel".
Mais révèle-t-il, "le Maroc a opté pour le groupe des vingt nations qui à Charm el-Cheikh, ont décidé de constituer immédiatement le premier noyau des Etats unis d’Afrique, en mettant en place, en ce qui les concerne, le gouvernement continental".
A propos de l’Algérie, "la présence de ses nombreux ressortissants en Europe fait que son choix ne sera pas facile", estime le président Wade.
Quant à la Tunisie, "elle est déjà partie courageusement sans raser les murs", fait observer le président sénégalais qui s’interroge sur la position que l’Egypte va adopter. "Il est inimaginable que la plus ancienne civilisation du monde que nos ancêtres ont créée, parte avec nos pyramides et laisse derrière Abu Simble et la Nubie", affirme- il.
"Moubarak (Hosni, le président égyptien) ne devrait pas avoir d’état d’âme pour rester avec nous (Union africaine) puisqu’il qu’il fait partie du groupe des vingt nations favorables au gouvernement africain", a-t-il ajouté.
Pour le président Wade, les pays d’Afrique du Nord doivent choisir clairement, car ils ne peuvent pas appartenir à deux unions à la fois. Par ailleurs, le président Wade dénonce aussi la coopération à double vitesse, à deux étages même, introduite par les Européens avec le lancement de l’UPM. "L’Europe leur offre des infrastructures, routes et trains régionaux, tout ce que l’Afrique a réclamé en vain depuis longtemps", a-t-il dit.
"Le désert du Sahara deviendra ce que nous étions en train de combattre, un mur séparant politiquement notre continent en deux parties", a ajouté le président Wade.
Face à cette situation, le président sénégalais demande à l’Afrique noire "d’ouvrir les yeux" sur ce qui se passe actuellement autour d’elle, estimant qu’il ne restera aux Africains que les Etats unis d’Afrique". "Il faut que les chefs d’Etat se départissent de leur micro nationalisme aveugle et regardent loin devant", a-t-il soutenu.
Malgré tout, le président Wade note que "finalement, l’Union pour la Méditerranée pourrait bien, après tout, accélérer le processus de la véritable unité africaine".
Par Panapress - le 16 juillet 2008

Union pour la Méditerranée : oasis en construction ou fata morgana ?

Paris, le 15 juillet (Nouvelle Solidarité)—Deux mots viennent à l’esprit en songeant au lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Oasis, d’abord, qui désigne une zone de végétation dans un désert, autour de laquelle l’homme construit une vie. Proches d’une source d’eau où les voyageurs peuvent se rafraîchir, les oasis ont toujours été, historiquement, des plaques tournantes commerciales pour le transport de marchandises et de voyageurs. Puis, cet autre mot, Fata Morgana qui, à l’opposé de cette source de vie, désigne un phénomène optique pur, une véritable invention de l’esprit. Ce type de mirage fut constaté pour la première fois par des croisés qui avaient prétendu avoir aperçu de fantastiques châteaux dans la brume, près du détroit de Messine, dans la Méditerranée.
Tels sont les deux chemins possibles pour l’Union pour la Méditerranée, dont la fondation ce weekend dernier à Paris, le 12 et le 13 juillet, a parfois pris le caractère grandiose des événements qui marquent durablement l’histoire. Pas moins de 43 chefs d’Etats se sont réunis autour d’une même table pour parler des projets économiques conjoints et de paix, et parmi eux, les dirigeants des pays impliqués dans les conflits les plus durs et les plus longs de notre histoire contemporaine : Israël, l’Autorité palestinienne, Hamas, le Liban, la Syrie.
Conçue au départ comme un projet économique inspiré par l’Europe de Jean Monnet, fondée autour de grands projets d’intérêt commun, in fine, ce sera peut être le volet politique, ajouté à la demande des pays arabes, selon le président syrien Bachar el Assad, qui pourrait avoir le plus grand impact. « Au départ, l’initiative était essentiellement économique », a déclaré le président syrien dans un entretien diffusé le 12 juillet par « Géopolitique », une émission de Richard Labevière sur RFI. Mais « cette approche s’est révélée irréaliste. Nous avons donc demandé en tant que partenaires arabes, à ce que le volet politique soit considéré comme central. »
Le fait de rassembler à Paris les principaux acteurs de la paix au Proche Orient, au moment où l’Angleterre, déchaînée sur la scène internationale, profite du vide crée par la fin de l’administration américaine pour tenter avec ses alliés de l’administration Bush, de lancer une dernière guerre contre l’Iran, a constitué un signal très fort en faveur de la paix. A ce sujet, répondant dans le même entretien à une question sur l’imminence d’un tel danger, Bachar el Assad a mis en garde contre « une administration américaine dont la politique est fondée sur la guerre et qui cherche [ensuite] des prétextes pour déclencher des opérations militaires. »
Au-delà de la langue de bois des sommets, les multiples rencontres bilatérales en marge de l’événement, semblent avoir fait progresser tous les dossiers en cours. La présence du Premier ministre Turc, Erdogan, a permis à Bachar el Assad de poursuivre les négociations indirectes avec le Premier ministre israélien, Ehud Olmert. Les tête-à-tête entre le président égyptien Hosni Moubarak et Bachar el Assad d’un côté, et entre ce dernier et Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, contribueront entre autres à rebâtir l’unité palestinienne, vue l’influence exercée par la Syrie sur Hamas, dont le siège est à Damas.
La « forte détermination » de Bachar El Assad a échanger des ambassadeurs avec le Liban met fin à l’ambigüité qui règne depuis 60 ans, date des indépendances, quant à la volonté syrienne de reconnaître l’indépendance du Liban, et la première rencontre entre Bachar el Assad et le nouveau Président libanais, Michel Sleimane, depuis l’élection de celui-ci à la présidence du Liban, contribue également à cette normalisation. Signe aussi d’un dégel général, le Liban et Israël ont procédé à un échange de prisonniers et de dépouilles des combattants de chaque camp : parmi eux des Libanais détenus dans les prisons israéliennes depuis des années ont été libérés et les dépouilles des deux soldats israéliens capturés en 2006 par le Hezbollah qui avaient servi de prétexte à la guerre d’Israël contre le Liban en 2006, ont été rendus à Israël.

Un sommet est aussi l ‘affaire de grands mammouths de la politique, et l’occasion d’apprendre les derniers potins sur les relations excellentes qu’entretien Nicolas Sarkozy avec Hosni Moubarak, malgré l’état de santé difficile du dernier, et le courant qui ne passe toujours pas entre la Syrie et Bernard Kouchner d’où le fait que les négociations entre les deux pays passent donc par le Secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant.

Une relation franco-syrienne forte

Surtout, les deux faits marquants du volet politique du sommet, sont le nouveau rôle central de la Syrie, incontournable dans l’ensemble de ces dossiers, et un partenariat stratégique entre la France et la Syrie qui va bien au-delà d’un simple rétablissement des relations. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs annoncé son intention de se rendre lui-même en Syrie avant la mi-septembre, rencontre qui sera préparée par la venue en France du vice-Premier ministre syrien, Dardari, et par le déplacement deKouchner en Syrie, tout persona non grata qu’il soit.

Au cours de la conférence de presse conjointe avec Nicolas Sarkozy et Michel Sleimane, Bachar el Assad a aussi proposé à la France de co-parrainer, avec les Etats-Unis, le processus de paix Syro-Israélien. Insistant sur le fait qu’il ne pourrait pas y avoir d’accord entre les deux pays, sans le parrainage des Etats-Unis, Bachar el Assad a souligné le rôle complémentaire que la France par rapport aux Etats-Unis : « la France a travers sa connaissance de notre région et ses relations historiques avec elle (…) peut aider les américains à élaborer une vision. Les Etats-Unis sont éloignés de cette région et il est difficile pour eux de comprendre le détail de beaucoup d’événements qui s’y produisent. Là intervient le rôle de la France non pas en tant que simple intermédiaire mais plutôt en tant que partenaire des Etats-Unis dans le parrainage du processus de paix au moment des négociations directes. »*

Autre préoccupation majeure de la Syrie qui fera l’objet de négociations prochaines avec la France, la situation économique désastreuse du pays, en particulier sur le front de l’agriculture et des produits alimentaires, renchéris à l’extrême par la hausse des prix du carburant. La Syrie serait à la recherche des accords pétroliers à de taux préférentiels, et contemple aussi la nécessité d’établir une raffinerie sur place pour exploiter ses propres réserves pétrolières. C’est dans ce contexte qu’il faut voir l’arrivée prochaine de Christian de Marjorie, PDG de Total, à Damas, Total qui a déjà par ailleurs des investissements importants en Syrie. Bachar el Assad a également évoqué le « le transport de pétrole entre la Syrie et l’Irak, sur un axe nord-sud entre la Turquie et le Golfe, et est-ouest jusqu’à la Méditerranée ». Le dégel est déjà bien entamé, mais Bachar el Assad n’a pas poussé sa chance au-delà du raisonnable en demandant des technologies nucléaires, préférant ironiser que lorsque Damas construira des centrales, ce sera le signe que « tous les pays du monde auront recours à l’énergie nucléaire ».

Accalmie au milieu de l’orage

Face à cette contribution en faveur de la paix, où la France a démontré une fois de plus ce qu’elle peut accomplir lorsqu’elle retrouve son sens de mission internationale, les sceptiques se plaisent à souligner qu’au fond, tout cela n’est que des mots, et qu’aucun des dirigeants n’a annoncé de mesures précises ou de calendriers concrets. Mais même en appréciant le côté positif de choses, on ne peut pas se voiler la face sur toutes les menaces qui pèsent sur cette initiative que de multiples facteurs pourraient faire capoter, à commencer par la chute d’Ehud Olmert dont personne ne peut dire, à ce stade, s’il pourra aller au bout de son engagement pour la paix.
Même si l’Etat major israélien et le Mossad, ne sont pas favorables à une nouvelle guerre contre l’Iran, Netanyahou et le Likoud restent sur le pied de guerre, tout comme leurs parrains aux Etats-Unis et en Angleterre. Le Liban est sorti de l’ornière avec la formation de son gouvernement d’unité nationale, très favorable à l’opposition, mais les troubles financés par l’Arabie Saoudite à Tripoli et ailleurs, persistent via les Salafistes, et la majorité reste en embuscade.

Le mirage de l’Union pour la méditerranée

Mais c’est sans doute le volet économique de cette politique qui risque de s’enliser profondément dans les sables de la Méditerranée, comme les châteaux fantastiques imaginés par les croisés. Soulignons une fois de plus combien ce fut une erreur de capituler aux diktats d’Angela Merkel et d’accepter de faire revenir cette organisation dans le giron du processus de Barcelone de l’Union Européenne et d’adopter une fois de plus son agenda.
Une Union pour la Méditerranée, indépendante de l’Union européenne, rassemblant uniquement les membres des deux rives et dirigée par eux, auraient pu décider de façon souveraine des projets à lancer, en fonction de leur intérêt commun. Des responsables marocains, tunisiens et algériens, pour ne parler que de ceux-là, se sont publiquement émus que cette institution ne traite pas des graves problèmes économiques du moment : la crise alimentaire, le problème de la génération d’eau en quantité suffisante pour tous les besoins, la nécessité de développer l’énergie nucléaire face au prix pétroliers actuels, le besoin de chemins de fer rapides longeant les côtes et des ponts liant les deux rives !

Or, les 6 projets retenus – dont la dépollution de la Méditerranée, les autoroutes de la mer (ferries pour acheminer les camions entre les deux rives), un plan énergie solaire, et une association pour favoriser le développement des PMI/PME – sont non seulement minimalistes en matière de technologies mais ils ne s’adressent pas du tout à ces questions urgentes.
Même Jean Louis Guigou, président de l’IPEMED (Institut de prospective économique du monde méditerranéen) qui a été l’une des sources d’inspiration pour ces projets et dont les propositions restaient timorées en matière de haute technologie, s’est déclaré déçu, dans un entretien sur France Info le 14 juillet, par le fait qu’on ait retenu la liste élaborée par l’Union européenne.
La dépollution de la Méditerranée est « un projet pour riches », a-t-il lancé, notant amèrement que nulle part on ne parle d’objectifs essentiels, tels l’électrification ou la génération d’eau.
D’autre part, certains éléments du processus de Barcelone vont à l’encontre des objectifs affichés par l’Union pour la Méditerranée. C’est le cas notamment de la vaste zone de libre échange qui devrait voir le jour en 2010 qui, avec l’ouverture des frontières aux produits et aux personnes des deux rives, provoquera dans les circonstances actuelles une aggravation du taux de chômage et une baisse du niveau de vie des populations. Or, l’une des principales raisons invoquées pour la création de l’UPM est le besoin de contrôler les flots migratoires grâce à une nouvelle croissance et de réduire, par la même, la délinquance.

Dans une période de stabilité économique, qui n’est pas celle que nous vivons actuellement, une vraie vision économique pour la région aurait envisagée la création d’une Banque pour le développement de la Méditerranée, émettant du crédit public à bas taux d’intérêt pour des projets de développement dont certains hautement technologiques – transports rapides, énergie, eau – et donc générateurs d’emplois et de richesse physique. Les fonds souverains du Golfe auraient pu s’inscrire, effectivement, utilement dans une telle perspective de développement trouvant là matière à investir à long terme dans un processus productif.

Mais en plein krach du système financier international, le projet d’Union pour la Méditerranée risque d’être balayé par le vent, comme les sables qui ont constitué le seul lègue à la postérité de ce pauvre roi Ozymandias immortalisé par le grand poète Shelley.
* Entretien diffusé le 12 juillet par « Géopolitique », une émission de Richard Labevière sur RFI - Par Christine Bierre - Solidarités & Progrés - le 16 juillet 2008

Vu de Croatie : Union pour la Méditerranée et intégration européenne

L’idée française de créer une Union pour la Méditerranée (UPM), si longtemps annoncée, a trouvé un début de réalisation, avec un premier sommet des Etats membres de l’UE et des pays du bassin méditerranéen, le 13 juillet à Paris. La Croatie est officiellement devenue membre de l’Union, avec les autres Etats méditerranéens de la région : l’Albanie, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine. L’Union pour la Méditerranée devrait faciliter l’adhésion de ces pays à l’UE, espère-t-on à Zagreb.
Loin de se substituer au partenariat euroméditerranéen connu sous le nom de « processus de Barcelone », lancé en 1995, la nouvelle Union est présentée comme une contribution au développement de ce processus. En effet, le forum de Paris a été organisé sous le titre « Processus de Barcelone – Union pour la Méditerranée ».

Le Président croate Stjepan Mesić, qui conduisait la délégation croate à Paris, estime que l’idée est claire, et qu’il est logique d’établir une coopération entre les États de la Méditerranée, qui collaborent depuis le Moyen Age.
Le Président français Nicolas Sarkozy a souligné le caractère historique du processus : l’Union réunira les représentants d’Israël et ceux des pays musulmans du Proche-Orient. Le forum devrait donc jouer un rôle positif dans la résolution du conflit entre Israël et la Palestine. Nicolas Sarkozy en a parlé avec le Premier ministre israélien Ehud Olmert et le Président palestinien Mahmoud Abbas. Cette réunion à trois a été suivie d’une déclaration indiquant que la paix au Proche-Orient n’avait jamais été aussi proche.

L’intérêt de la Croatie, dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée, est de partager de nombreux défis communs à tous les pays du Bassin méditerranéen. C’est la première Union qui associe tous les pays de la Méditerranée avec les pays membres de l’UE.

Le Sommet de Paris a aussi lancé un message important : la participation à l’Union pour la Méditerranée ne remplace pas l’adhésion à l’UE. Au contraire, l’Union peut aider sur leur voie européenne les États candidats à l’adhésion comme la Croatie, ou les candidats potentiels comme l’Albanie, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine.

D’un point de vue économique, la région méditerranéenne est très diversifiée. La Turquie a exprimé un certain scepticisme depuis le début, de crainte que la France n’essaie de trouver une alternative à une pleine adhésion de la Turquie à l’UE. Le Président français Nicolas Sarkozy a rencontré le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et il a clairement indiqué que l’Union n’était pas une alternative à l’adhésion à l’UE.

L’élargissement de l’UE n’était pas à l’ordre du jour du Sommet, mais de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement ont exprimé leur souhait que la Croatie accélère les négociations et devienne bientôt membre de L’UE.
Le ministre des Affaires étrangères français Bernard Kouchner a précisé que son pays multiplierait les efforts pour de rapides progrès de la Croatie durant la présidence française de l’UE.
Le Courrier des Balkans - le 17 juillet 2008

Henri Guaino : "Les peuples riverains de la Mediterranée doivent s'unir pour assumer leur part de destin commun"

L'Union pour la Méditerranée sera un projet phare de la Présidence française de l'Union européenne. Le principe d'une Union pour la Méditerranée a été approuvé par les 27 Chefs d'Etat ou de gouvernement lors du Conseil européen des 13 et 14 mars derniers. Suite au sommet, la Commission européenne a présenté des propositions le 20 mai 2008 pour définir les modalités de cette Union.

Une "Union des peuples riverains de la Méditerranée"
Interrogé par Touteleurope.fr sur la genèse et les orientations de l'Union pour la Méditerranée, Henri Guaino rappelle que ce projet, porté par le Chef de l'Etat français, a "pris naissance pendant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy". Le projet a pour objectif "l'Union des peuples riverains de la Méditerranée" afin qu'ils puissent "assumer leur part de destin commun".
Pour Henri Guaino, "le Processus de Barcelone n'a, jusqu'à présent, pas permis de résoudre les problèmes de la Méditerranée".
Il rappelle que l'idée du projet initial de Nicolas Sarkozy, "a évolué" puisque selon certains Etats membres, elle risquait de diviser les Européens". Le projet initial a donc débouché sur l'accord franco-allemand qui vise à impliquer tous les pays européens dans cette Union.
L'Union pour la Méditerranée vise à donner un regain de vitalité et de visibilité au processus de Barcelone. Le projet consiste en effet à "refonder le processus de Barcelone sur une base nouvelle, avec un partage égal des responsabilités entre les pays du Nord et les pays du Sud". Les deux rives de la Méditerranée seraient donc "copropriétaires" du projet.

"Refonder le processus de Barcelone"
Le projet d'Union pour la Méditerranée a-t-il été édulcoré par le compromis franco-allemand intervenu en mars 2008 ? Pour Henri Guaino, il n'a pas été décidé de "rattacher ce projet [initial] au processus de Barcelone", mais de "refonder le processus de Barcelone à partir des principes qui guidaient ce projet".
L'idée est donc de "changer la manière dont Barcelone fonctionne, sa philosophie et son ambition". Barcelone "cesse ainsi d'être un outil par lequel l'Europe aide le sud, pour devenir un instrument commun de coopération entre le Nord et le Sud". "Davantage de compréhension, de solidarité, de respect" seraient ainsi développés.

"Une initiative politique et non pas bureaucratique"
"L'ambition première" du projet est de "faire en sorte que les problèmes de la Méditerranée qui nous concernent tous, puissent trouver des débuts de solution". "Si le projet réussit, cela va contribuer à transformer l'Europe" estime Henri Guaino. Le conseiller du Président insiste sur le fait que ce projet est "une initiative politique et pas bureaucratique". L'Union pour la Méditerranée agirait dans le cadre de projets concrets concernant, par exemple, l'énergie et la sécurité énergétique, l'environnement, la protection civile et les transports.

"Toutes les raisons d'échouer sont aussi toutes les raisons d'agir"
A quelques semaines du lancement de l'Union pour la Méditerranée, Henri Guaino se veut rassurant sur l'avenir du projet. Des pays comme la Turquie ou le Maroc sont très favorables au projet. Le conseiller souligne qu'il existe quelques réticences de la part de certains Etats, en raison des problèmes évidents comme les tensions libano-syriennes, des difficultés avec la Libye ou l'Algérie, ou autour de Chypre ou du Sahara occidental.

La présence des dirigeants de la rive Nord et Sud de la Méditerranée au sommet inaugural de l'Union pour la Méditerranée 13 juillet 2008, sous Présidence française, sera pour Henri Guaino "un acte politique important". Toutefois, il rappelle que "toutes les raisons d'échouer sont aussi toutes les raisons d'agir". Il faut ainsi faire "de la coopération partout où c'est possible et nécessaire, malgré ces crises et ces tragédies".

"L'Europe du Sud est certes européenne, mais tout autant méditerranéenne"
Parallèlement au projet d'Union pour la Méditerranée, la Pologne et la Suède viennent de lancer le projet d'un "partenariat oriental". La France aurait-elle ouvert une "boite de pandore" ? Pour Henri Guaino, "le problème n'est pas de savoir si on a ouvert la boite pandore, le problème est que la question méditerranéenne (…) et l'avenir du processus de Barcelone étaient posés".

Le conseiller estime qu'il n'est pas davantage choquant que les "pays de la Baltique aient envie de resserrer leur coopération, que le fait que l'Europe du sud s'intéresse particulièrement à la Méditerranée". "L'Europe du Sud est certes européenne, mais tout autant méditerranéenne". Henri Guaino prend l'exemple de la France qui est engagée dans la francophonie ou l'Espagne qui bénéficie de relations particulières avec le monde hispanophone.

"Ce projet ne préconise pas une politique d'immigration restrictive" mais "une politique d'immigration maîtrisée"
Pour lui, la maîtrise des les flux migratoires "ne peut pas se faire seulement avec les pays d'accueil". Henri Guaino souligne que "ce n'est pas une politique d'immigration restrictive, c'est une politique d'immigration maîtrisée". Il plaide pour une politique européenne "cohérente et commune" vis-à-vis du problème de l'immigration. L'Union pour la Méditerranée sera ainsi "un cadre dans lequel nous allons pouvoir essayer avec les pays de la rive Sud de gérer ensemble les flux migratoires".
"La position de la France : c'est l'accord franco-allemand"
Souvent l'objet de commentaires dans la presse qui fait état de divergences entre le conseiller du président et certains membres du gouvernement, Henri Guaino, explique qu'il s'agit là de "débats", comme il y en a "partout" en raison de sensibilités et d'histoires différentes. Cependant, il ajoute que "depuis l'accord franco-allemand, la position de toutes les parties prenantes est claire et homogène" et que "tout le monde agit dans la même direction". "La position de la France : c'est l'accord franco-allemand"

La Commission européenne a proposé la création d'un secrétariat chargé d'assurer le développement et le suivi des projets ainsi que d'un comité permanent de représentants européens et méditerranéens. Elle souhaite également la tenue de sommets bisannuels des chefs de gouvernement et la mise en place d'une coprésidence chargée de gérer ces sommets. Le choix des institutions de l'Union pour la Méditerranée sera une des questions sur lesquels les Chefs d'Etat ou de gouvernement des deux rives de la Méditerranée se pencheront lors du sommet du 13 juillet à Paris.
Par Touteleurope.fr - le 13 juillet 2008

Union pour la Méditerranée, c'est aussi l'affaire des peuples

Le lancement ce dimanche à Paris de l’Union pour la Méditerranée aura au moins le mérite d’ouvrir un débat sur l’avenir des relations entre les divers pays du pourtour méditerranéen et la place des opinions publiques nationales dans l’évolution des rapports au sein de cet ensemble géographique bigarré et sujet à une instabilité chronique.
Il est à regretter, dès à présent, que certaines puissances européennes non méditerranéennes, dont l’Allemagne, se soient substituées dès le départ aux pays méditerranéens pour imposer leur diktat au sujet des contours de cet ensemble, dilué à bon escient dans un espace européen s’étendant jusqu’au cercle polaire.
Pourtant, l’expérience précédente d’association issue du processus de Barcelone a été un échec patent dont on n’a pas cherché à tirer les conséquences.
C’est la raison pour laquelle règne un profond scepticisme quant à la capacité de la future union à dépasser la conception européocentriste des relations nord-sud, perçues d’abord comme un instrument de perpétuer la suprématie des plus forts sans remettre en cause l’héritage post-colonial.
C’est la raison pour laquelle cette entreprise soulève peu d’enthousiasme chez les peuples du pourtour méditerranéen qui, au nord comme au sud, doivent faire face aux conséquences destructrices de la mondialisation ultralibérale qui laisse peu de place à l’initiative régionale et à la prise en compte des intérêts nationaux.
C’est dire que la tâche des concepteurs de cette union et de ceux qui assumeront la responsabilité de la gestion de ses institutions ne sera pas facile, tant est qu’ils aient réellement la volonté d’en faire un véritable instrument de coopération entre les pays du pourtour méditerranéen.
Et d’abord pour œuvre à l’éclosion d’un climat de confiance et de compréhension mutuelle pour pouvoir dépasser les blocages qui menacent la stabilité et la paix dans la région, à commencer par la question palestinienne. Si pratiquement l’ensemble des pays arabes ont bien accepté de prendre part au sommet de Paris, aux côtés du représentant israélien dont le pays continue à occuper les territoires palestiniens et le Golan syrien et à étouffer les libertés du peuple palestinien soumis à un blocus inhumain, c’est pour donner la preuve de leur disposition à tout mettre en œuvre pour faciliter la solution définitive du conflit israélo-palestinien et ouvrir la voie à une ère nouvelle porteuse d’espoirs pour tous les peuples de la région.
Il est donc de la plus grande importance pour la crédibilité de la future union pour la Méditerranée qu’elle se dote de moyens en mesure de contribuer à faire avancer le processus de règlement de ce conflit et d’éviter de faire la politique de l’autruche en laissant aux seuls Etats-Unis d’Amérique le soin de régenter la région.
Cependant, il appartient aux forces démocratiques dans les divers pays de l’UPM d’agir pour impulser une orientation progressiste à ce regroupement tricontinental afin qu’il puisse, un tant soit peu, faire évoluer la situation des relations entre ses Etats dans le sens de privilégier le dialogue, la coopération mutuellement avantageuse et le respect des valeurs d’humanisme et de démocratie.
Encore faudrait-il que certaines «têtes pensantes» du Nord, qui se croient investies d’une mission civilisationnelle, abandonnent leur attitude arrogante de vouloir dicter leur modèle sans tenir compte des réalités qu’ils ignorent le plus souvent, comme c’est le cas pour l’affaire du Sahara marocain où une certaine gauche, prisonnière de ses préjugés anti-marocains, continue à contrecarrer les efforts de la communauté internationale pour la mise en œuvre des résolutions onusiennes soutenant l’initiative marocaine d’une autonomie des provinces sahariennes.
Il faut regretter d’ailleurs, que l’instance de coordination des parties de gauche de la Méditerranée constituée depuis une dizaine d’années ait restreint ses activités et ne soit pas parvenue à mettre en œuvre son ambitieux plan d’action en faveur du développement des liens d’amitié, de solidarité et de coopération des peuples du pourtour méditerranéen.
C’est peut-être le moment d’y penser.

Par Ahmed ZAKI - Al Bayane.Maroc - le 15 juillet 2008

Méditerranée : Le temple de vers de Salah Stétié

On parle beaucoup de Méditerranée, et peu de ses poètes. Salah Stétié en est l’un des plus grands. Nostalgique d’un Liban fraternel.
"C’est à partir de son Sud que l’Europe a pris naissance, – en partant de la Méditerranée des origines. Comme un papier buvard sur une grande tache d’encre, elle s’est faite en absorbant le bleu. Bleu philosophique, bleu prophétique."
On l’aura compris à la justesse des mots, à leur couleur, l’homme qui écrit ces lignes n’était pas au Grand Palais pour le lancement en fanfare de l’Union pour la Méditerranée le 13 juillet. La poésie n’empêche pas la lucidité. C’est ce qui fait le miracle des textes de Salah Stétié, et de ses conversations.
Poète et diplomate libanais, approchant à pas feutrés les quatre-vingt années, sa parole sage et irradiante se déploie en ces jours d’été comme autant de soleils aux rayons des librairies : la revue Nunc lui consacre un numéro spécial, les éditions Gallimard rééditent Les Porteurs de feu (1972), l’un de ses ouvrages les plus marquants, tandis que sortent Mystère et mélancolie de la poupée (Fata Morgana) et Culture et violence en Méditerranée (Actes Sud), d’où est extraite la citation ci-dessus.
Enfin, Salah Stétié sera fidèle au rendez-vous des Voix de la Méditerranée, à Lodève (34) du 20 au 27 juillet. Une fausse nouvelle s’est diffusée ces derniers jours : l’Union pour la Méditerranée serait en train de voir le jour. Mais elle existe déjà bel et bien ! On en trouve des traces, chaque année, du côté de Lodève, justement : l’Union des poètes de la Méditerranée.
Les grandes intentions et petits cadeaux entre monarques et présidents auront beau faire, elle seule détient une part de vérité. Eux seuls, les poètes, peuvent rendre compte avec précision de la subtilité de cet ensemble, de son horlogerie fine, oscillant entre violences brutes et raffinement culturel.
Diplomate
Sa vie durant, Salah Stétié s’est confronté à cette insaisissable Méditerranée, il en a fait son miel et ses duels.
Poète et diplomate.
Né à Beyrouth dans une famille arabophone sunnite, son père avait tracé sa voie. « Il avait étudié le droit en Turquie pour avoir un poste dans l’administration ottomane, raconte Salah Stétié, installé dans le rouge velours des salons de l’Hôtel Lutétia, sans doute un reste de réflexe diplomate, notre homme étant par ailleurs d’une simplicité et d’une gentillesse peu communes.
De retour au Liban, la Turquie était vaincue et le pays sous mandat français. Mon père décida que s’il avait un fils, il en ferait un diplomate. » Études au collège protestant français de Beyrouth, puis chez les jésuites, avant d’entrer à l’École pratique des Hautes Études, où il a pour professeur Louis Massignon : « Je lui dois mon retour à la poésie arabe et mystique. »
Son père aussi est poète. Il a une certaine renommée. La maison, depuis le plus jeune âge de Salah Stétié, est un temple de vers. Une passion est née. Elle se concentre surtout sur les poètes français. Salah Stétié connaît aujourd’hui encore des centaines de vers par cœur. À Beyrouth il devient professeur d’université et rédacteur en chef de L’Orient littéraire et culturel.
Quand le gouvernement décide de créer un poste de conseiller culturel du Liban en Europe occidentale, c’est lui qui est choisi. Son pays est alors un modèle d’entente et de dialogue entre cultures et religions. « On parlait de libanisation, et le terme était très élogieux, positif. Le contraire de la situation actuelle. Si ce modèle avait survécu, il aurait pu apporter la modernité au monde arabe.»
Salah Stétié est nommé ambassadeur du Liban à l’Unesco puis aux Pays-Bas et au Maroc. Il s’inscrit dans la tradition des écrivains-ambassadeurs, citant lui-même Saint-John Perse, Claudel, Morand, Octavio Paz ou Pablo Neruda – ces deux derniers étaient ses voisins de bureau à l’Unesco… Il y a cinq ans, « tellement fatigué par la fréquentation de la Méditerranée et de sa violence », il décide de couper les ponts, change de rivage et publie un grand-livre qui fera date sur… Kyoto.
Poisson aveugle
Les conflits, les guerres, les régressions, il les a vécus de l’intérieur. Il en discerne plusieurs causes. La mondialisation : « un équarrissage par la base économique qui met en cause le dialogue des cultures ». Les États-Unis : « ce poisson aveugle qui gouverne le monde ». On lui a rapporté cette anecdote : quand la dernière guerre a éclaté entre Israël et le Liban, George Bush aurait appelé un chef d’État en le prévenant, affolé : « Armaggedon tombe sur Israël ». Son interlocuteur, moins coutumier des lectures bibliques, a dû solliciter un conseiller lettré pour la traduction.
Folie et inculture. Et la poésie, que peut-elle ? quelle fonction ? « Aux origines, la poésie s’est substituée à l’émotion religieuse pour dire l’ici, le réel, éclairés par la profondeur du rêve et de la douleur de l’homme, confie Salah Stétié. Elle est devenue la serveuse obscure du sens. »
Oui, mais… « elle est aujourd’hui occultée, comme tout ce qui relève de la vie intérieure ». Alors un message, délivré avec douceur et nostalgie : « les textes poétiques sont faits pour le partage à quelques-uns, le silence, le retrait, qui sont en fait les vrais transmetteurs, ce que ne sont pas les médias ; c’est par ces transmetteurs que le plus profond de nos civilisations sera sauvé ».
Par Luc Chatel - Témoignage Chrétien - le 16 juillet 2008

Algérie - Allemagne : La sécurité énergétique contre l’engineering germain

La Chancelière allemande, Angela Merkel entame, aujourd’hui, une visite de deux jours en Algérie qui fera la belle part aux questions énergétiques, le gaz algérien étant de plus en plus intéressant pour l’Allemagne.
L’Allemagne sous la dame de fer Angela Merkel passe ainsi à la vitesse supérieure en voulant se ressaisir sur un nombre important de dossiers d’ordre stratégique après des années d’hésitation. La réussite de Henkel Algérie est pour beaucoup dans ce retour de la machine allemande, véritable poumon de l’industrie européenne et mondiale. Sous la houlette de la dynamique chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie AHK, les relations entre les deux pays ont connu depuis un véritable bond en avant, avec des échanges commerciaux qui ont atteint près de 2 milliards de dollars en 2007.
Aujourd’hui, quelque 140 entreprises allemandes sont présentes en Algérie avec un volume d’investissement qui frise les 350 millions d’euros. On cite, notamment, les plus en vue à l’instar de ZF, Siemens, Knauf, Man, Deutz, Messer, Liebherr et BASF. Le retour de la compagnie aérienne Lufthansa et les activités très enrichissantes des fondations Friedrich Ebert, Konrad Adenauer et Friedrich Neumann ne sont pas des moindres, puisqu’ils ont permis, en un laps de temps, de rehausser l’image et la destination Algérie sur le plan international.
Certes, l’appréciation allemande de la situation financière de l’Algérie a aidé pour beaucoup dans ce rapprochement stratégique lorsqu’on sait qu’actuellement l’Algérie devient un fournisseur important pour l’Allemagne, notamment en hydrocarbures, mais surtout en gaz au moment où la RFA opte pour la diversification de ses sources d’approvisionnement afin de réduire sa dépendance du gaz russe.
Et là, l’Allemagne se hisse au rang de 4e fournisseur de l’Algérie. Elle est son 13e client en 2006. En outre, l’attrait allemand pour le marché algérien n’est pas seulement pour sa sécurité énergétique, à long terme, mais aussi pour son engineering reconnu de par le monde.
En s’imposant comme étant le meilleur prestataire de services à valeur ajoutée notamment dans les domaines de l’industrie pétrolière et gazière, pharmaceutique et chimique, de l’eau et des télécommunications, du bâtiment, des automatismes dans l’industrie et dans l’informatique.
L’expertise allemande s’intéresse également aux énergies renouvelables en l’occurrence le solaire et dans l’engineering militaire ainsi qu’au segment de la formation continue en management et de mise à niveau des PME, avec la mise en place d’une académie pour cadres algériens qui stimule la création de réseaux d’entreprises au sein d’un même pays. D’autant plus que Berlin considère l’Algérie comme un « pouvoir régional en Afrique et dans le monde arabe ».
En tous les cas, l’axe franco-allemand vers l’Algérie se renforce à la lumière d’un nouveau partenariat l’Union pour la Méditerranée (UpM) où de grands projets structurants sont attendus dans les jours qui viennent entre ces deux pays pivots de l’Union européenne et les pays de la rive Sud notamment l’Algérie. Les Allemands emboîtent le pas à leur vis-à vis Français, et jetteront la lumière sur des questions jusque-là mises à l’écart, mais présentant un potentiel d’affaires juteuses. Une sorte de deal gagnant-gagnant.
Le rachat dernièrement par la Deutsch Bank du cabinet d’études algérien Stratégica confirme cette orientation vers les banques d’affaires et les sociétés de leasing. Une orientation qui ambitionne d’accompagner la croissance de l’économie algérienne pour entamer de grandes réformes structurelles, notamment bancaires et financières. Dans cette optique, l’axe algéro-allemand se tourne vers le partenariat et l’investissement avec la prise de participation dans les capitaux algériens.

Abed Tilioua — La Voix de L’Oranie - le 16 juillet 2008

mercredi 16 juillet 2008

Etat des lieux de la pêche en Méditerranée

La dimension socio-économique, humaine et culturelle de la pêche, bien qu’importante, est souvent ignorée. Beaucoup de pêches méditerranéennes sont de type artisanal, local et font partie d’un style de vie établi depuis longtemps. Récemment, les pressions et changements économiques ont engendré un nouvel environnement pour la communauté de la pêche en Méditerranée dont l’avenir est difficile à évaluer en raison du manque d’informations et de connaissances concernant ce processus.

C’est pourquoi, il est nécessaire de prendre plus en considération les facteurs économiques et sociaux et de les intégrer à la gestion et aux prises de décisions. Il est indispensable d’avoir une meilleure compréhension des facteurs économiques et autres qui influencent le secteur de la pêche et son succès financier. En outre, l’importance de la pêche dans un pays ne peut pas être mesurée qu’en termes de volume et de valeur des débarquements ; il faut également tenir compte du fait que les ressources et les produits de la pêche constituent des composantes fondamentales de l’alimentation des hommes et de l’emploi.
Les activités liées à la pêche en Méditerranée assurent le revenu d’un grand nombre de personnes dans les régions côtières. Il existe toutefois un manque d’informations fiables sur la plupart des aspects fondamentaux de l’industrie de la pêche, comme notamment sur les caractéristiques socio-économiques essentielles et les marchés.
Sur le plan social, on estime actuellement à environ 300 000 le nombre de pêcheurs en Méditerranée auquel vient s’ajouter un nombre significatif de pêcheurs à temps partiel. En présupposant que chaque emploi en mer génère 3 emplois sur terre (commercialisation, industrie de la farine de poisson, administration, recherche et formation, etc.), on peut estimer qu’environ 900 000 personnes travaillent dans les différents domaines du secteur de la pêche. En conséquence, si l’on compte un minimum de 3 à 4 personnes par famille, il n’est pas exagéré de dire qu’environ 3 millions de personnes dépendent des activités de la pêche pour leur subsistance, c’est-à-dire 2 % de la population des régions côtières de la Méditerranée.
Sur le plan économique, dans la partie portant sur la pêche d’une analyse diagnostique transfrontalière méditerranéenne réalisée par le Secrétariat technique de la CGPM, la valeur des quantités débarquées en Méditerranée a été estimée à quelque 3 800 millions de dollars par an. Cette analyse a aussi estimé que si l’effort de pêche était ramené au niveau correspondant aux conditions de production maximale équilibrée, il en résulterait une augmentation du revenu de l’ordre de 451 millions de dollars et que si l’effort de pêche continuait à encore diminuer jusqu’au niveau correspondant au rendement économique maximal, le revenu augmenterait encore d’environ 790 millions de dollars par rapport aux conditions de production maximale équilibrée.
En fait, la tendance générale à la modernisation et à la construction de bateaux plus grands et plus efficaces dans une course aux poissons aboutit à une augmentation constante de l’effort de pêche. Les stocks de poissons sont limités et ne peuvent pas par conséquent augmenter en taille par l’accroissement des intrants, comme dans le cas de beaucoup d’autres activités. En Méditerranée, l’effort de pêche est supérieur au minimum requis pour atteindre la capacité de pêche ciblée, c’est-à-dire la quantité maximale de poissons pouvant être produite par une flottille de pêche lors de son utilisation maximale. Cela aboutit à une situation de surcapacité.

En outre, le manque de contrôle des intrants et des extrants, les méthodes de gestion non durable des pêches et les subventions contribuent aussi à la surcapacité. Les subventions des États qui contribuent directement à dépasser la capacité de pêche ciblée sont cataloguées comme « mauvaises ».
Les subventions qui pourraient être considérées comme « bonnes » sont celles qui contribuent à atteindre la capacité ciblée (par ex. certains programmes de rachat de permis de pêche). Toutefois, les « bonnes » subventions deviennent « mauvaises » lorsqu’elles sont indûment prolongées.

Source Agroline.com et les notes d’analyse du CIHEAM N°3 - La pêche en Méditerranée

L’agriculture pour nourrir le futur de la Méditerranée

Le retour de la question agricole Depuis quelque temps, tout se passe comme si on assistait à une redécouverte de l’agriculture : autrefois perçue par beaucoup comme un secteur appartenant au passé, elle semble aujourd’hui faire l’objet d’une attention croissante de la part des institutions internationales, à l’image de la Banque mondiale qui en fait un impératif de développement, et d’une opinion publique plus que jamais sensible aux enjeux alimentaires et environnementaux.
Cette évolution consacre en fait le travail de sensibilisation opéré par les spécialistes qui expliquent régulièrement que l’agriculture est stratégique pour toutes les sociétés, étant donné le lien complexe mais néanmoins direct existant entre la ferme et la fourchette. C’est ce que l’on nomme souvent par le terme de « système agro-alimentaire », afin d’expliquer que tout est interdépendant entre les choix de production, les modes d’exploitation, les normes commerciales, les campagnes marketing, les pratiques alimentaires, la surveillance écologique, l’aménagement du territoire et la situation sanitaire…
Il faut dire que les conjonctures politique et économique donnent actuellement l’occasion de se pencher à nouveau sur l’importance fondamentale de l’agriculture. L’Union européenne prépare les réformes de sa politique agricole commune, le cycle de Doha à l’Organisation mondiale du Commerce piétine car les questions agricoles bloquent les négociations tandis que les marchés financiers s’emballent autour des matières premières et que les prix alimentaires sont à la hausse. C’est d’ailleurs ce dernier point qui rend aujourd’hui cette question très prégnante dans les sociétés, tandis que les crises sanitaires l’y avaient installée dans les années 1990.
En Méditerranée, le caractère stratégique de l’agriculture paraît mieux perçu par les populations car elle en est à la fois un puissant vecteur identitaire et une réalité économique et paysagère incontournable. Et l’alimentation, acte final de tout itinéraire agricole, constitue un moment privilégié dans la vie quotidienne des populations méditerranéennes, servant à la fois de tissu social et de convivialité familiale.
Or, à l’aune des tendances observées depuis la fin du XXème siècle et au regard des mutations considérables qui s’opèrent aujourd’hui dans le Monde, l’agriculture en Méditerranée doit non seulement faire face à des défis de plus en plus délicats mais également répondre à des questions déterminantes pour l’avenir de la région toute entière.
C’est dans cet esprit que le CIHEAM a réalisé un travail de prospective [
1] pour dresser un panorama de la situation agricole, alimentaire et rurale en Méditerranée, qui permette ensuite d’identifier des chantiers prioritaires pour lesquels il conviendrait d’agir si l’on souhaite choisir, dans le champ des futurs possibles concernant l’agriculture en Méditerranée à l’horizon 2020, celui qui permettra de servir les intérêts du plus grand nombre et des générations futures.

Les dynamiques à l’oeuvre
L’aire méditerranéenne est marquée par une croissance démographique sur les rives méridionale et orientale, tandis que la population se stabilise et vieillit au Nord. Cette augmentation globale n’est pas sans incidence sur la demande alimentaire (la Méditerranée devrait compter 530 millions d’habitants en 2020), d’autant que l’urbanisation conduit aussi à son accroissement ainsi qu’à des changements dans les habitudes de consommation.
Mais si la population s’urbanise et se littoralise (avec les problèmes d’approvisionnement en eau que cela pose), le monde rural n’est pas déserté pour autant, surtout dans les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) où l’augmentation de la population rurale et agricole tend à diminuer la surface agricole moyenne par exploitation, ce qui oblige à une diversification des activités dans ces zones, et entrave la capacité d’investissement et donc la capacité productive.
Du fait qu’elles n’ont pas fait l’objet d’une attention suffisante, les ressources, aussi bien les sols, la biodiversité que l’eau ont été affectées par les dynamiques démographiques et économiques. Les sols font face au bétonnage et à des pratiques agricoles érosives, tandis que les exploitations connaissent un morcellement du foncier au gré des héritages.
Déjà en proie à des conditions climatiques défavorables, les pays de la zone, surtout les PSEM, ont vu aussi leur dotation en eau diminuer, en dépit des grandes politiques d’équipements hydrauliques. Ainsi, la Méditerranée concentre la moitié de la population pauvre en eau de la planète (moins de 1000 mètres cubes/an/habitant) et près de 30 millions n’auraient pas accès à l’eau potable. Dans ce contexte de grande précarité hydraulique, l’irrigation qui absorbe jusqu’à 80% des ressources en eau dans certains PSEM, est soumise à une forte pression, les besoins en eau potable augmentant et les populations urbaines pesant de plus en plus politiquement. La modernisation de l’irrigation apparaît de ce point de vue un enjeu majeur, et plus largement, c’est toute une gestion de la demande en eau qui doit se conforter dans la zone, et ce d‘autant plus que les prévisions d’évolution climatiques laissent percevoir plus d’irrégularité et d’aridité au moins au Sud et à l’Est du bassin.
La fracture hydraulique et foncière en Méditerranée s’accompagne aussi d’une certaine fracture cognitive et technique. Les outils de recherche, les appareils de formation et l’accès aux technologies de la connaissance se voient répartis de façon très clivée dans l’espace méditerranéen et le fossé ne semble pas voué à se combler très rapidement. Ce clivage dans le champ de la recherche et de la formation renvoie à une question politique puisqu’elle souligne en creux la différence d’accompagnement de la part des Etats. La recherche et la formation n’ont pas fait l’objet du même niveau d’investissements au Nord et au Sud, et cette différence de soutien concerne plus largement le secteur agricole. A ce sujet, si l’Europe a mis en place une politique agricole commune, à grands renforts de soutiens et d’orientations, les PSEM ont dû remettre en question leurs politiques agraires (l’Egypte), hydrauliques et sociales (Tunisie, Algérie, Turquie, Egypte notamment) sous la pression des plans d’ajustement structurel.
Et ce clivage politique n’a pas été compensé par une plus grande implication de la société civile dans le développement agricole et rural. Cependant, on note aujourd’hui, dans certains PSEM, l’émergence de nouvelles organisations agricoles et rurales (associations de producteurs, associations d’irrigants, syndicats) qui peuvent être des facteurs de changements, à condition qu’elles sortent d’une certaine précarité souvent financière et organisationnelle.
Les fractures foncière, hydraulique, démographique, cognitive et politique ont des contreparties commerciales évidentes. Les PSEM sont devenus de grands importateurs de produits agricoles alors même qu’ils avaient une balance positive dans les années 1960. L’Union européenne est de loin leur plus grand fournisseur et leur principal débouché. En revanche, si l’UE est importante pour les PSEM ces pays ont une faible importance pour les pays européens, tant pour les exportations que pour les importations de ceux-ci. Le commerce euro-méditerranéen est donc profondément asymétrique. En outre, les PSEM s’ouvrent de plus en plus sur le marché mondial : deux-tiers de leurs approvisionnements proviennent de zones extra-européennes et la moitié de leurs exportations se dirigent en dehors du marché européen. Seul l’accès au marché agricole mondial permet ainsi à ces pays d’assurer, non sans difficultés parfois, la sécurité alimentaire pour leurs populations.
En revanche, la sécurité alimentaire qualitative est souvent mise à mal. Les PSEM comptent encore beaucoup de maladies d’ordre alimentaire (d’origine microbiologique ou nutritionnelle) qui concernent 55% des décès, sans compter que l’obésité se développe, en particulier au Maghreb où 20% des moins de cinq ans en seraient affectés. Cette obésité traduit une évolution des modes de vie qui affecte plus généralement le mode alimentaire méditerranéen. L’urbanisation, la décohabitation familiale, le travail féminin, l’offensive de la grande distribution tendent en effet à faire reculer les pratiques alimentaires traditionnelles au moment où elles sont pourtant reconnues au niveau international. Derrière ce problème se profilent sans doute d’importants défis en terme de santé publique pour les pays du pourtour méditerranéen.
Quels scénarios pour la Méditerranée ?
Le rapport Mediterra 2008, fruit d’un travail ayant mobilisé des compétences pluridisciplinaires et de nombreux experts méditerranéens, a identifié quatre grands scénarios possibles pour l’agriculture en Méditerranée à l’horizon 2020, qui sont ici décrits de manière très succincte.
Une Méditerranée sans convictions, tel est le premier scénario que l’on pourrait qualifier de tendanciel, au sens où il prolonge dans le temps les dynamiques actuellement à l’œuvre. L’environnement se dégrade, les clivages territoriaux se durcissent et la production agricole se fragilise tandis que les modes de consommation se transforment et que la croissance démographique se poursuit. A l’instar de l’économie en général, le secteur agricole méditerranéen s’adapte difficilement aux nouvelles réalités, complexes et pénétrantes, qu’induit la mondialisation des échanges. L’heure est à la mise en place de corridors de libre-échange agricole entre l’UE et certains PSEM, sans que soit instaurée l’armature institutionnelle capable d’encadrer politiquement ce processus. Mais, les PSEM, déjà handicapés par des contraintes naturelles exacerbées (manque d’eau et pertes de terres agricoles) voient leurs marges à l’export se rétrécir compte tenu du développement de la normalisation sanitaire pour échanger. A l’inverse, la libéralisation des échanges profitera considérablement aux grandes industries alimentaires européennes sur les produits dont les PSEM sont déficitaires. L’agriculture, cloisonnée dans les simples périmètres de l’économie et de l’agronomie, demeure insuffisamment présente dans les enceintes de coopération régionale.
Le second scénario décrit une Méditerranée concentrant toutes les tensions que la mondialisation économique et la recomposition géopolitique engendrent. Les convoitises s’accroissent sur les ressources hydriques et foncières alors que la sécurité alimentaire redevient stratégique dans un contexte de renchérissement des produits agricoles. Le changement climatique pèse sur l’agriculture méditerranéenne : désertification des terres, sécheresses ou inondations récurrentes, diffusion de zoonoses… A cela s’ajoute une série de facteurs qui handicapent le développement de la Méditerranée : inégalités sociales exacerbées, montée des communautarismes, mouvements migratoires accrus et fossé grandissant entre espaces littoraux mondialisés et zones rurales pauvres et enclavées. Ce paysage méditerranéen là n’augure donc pas d’un avenir meilleur pour la coopération régionale. Pendant que de grands pôles régionaux s’organisent à travers le globe, l’Europe et la Méditerranée font le choix de s’ignorer. C’est la marche à reculons du projet euro-méditerranéen
En vue de promouvoir un modèle de développement agroalimentaire et rural plus durable et plus responsable en Méditerranée, la prospective du CIHEAM a porté son attention sur cinq chantiers qui pourraient servir à infléchir les deux premiers scénarios décrits précédemment. Il s’agit d’une part de rationaliser l’utilisation des ressources naturelles (eau, sols, biodiversité), à la fois rares et fragiles. D’autre part, il importe de promouvoir la sécurité alimentaire quantitative et qualitative. Ce chantier est considérable puisqu’il renvoie à l’agriculture elle-même, à l’industrie mais aussi au commerce. De même, les Etats sont des protagonistes essentiels de ce chantier dont l’un des objectifs est de conforter un modèle de consommation méditerranéen reconnu dans le monde en même temps qu’il peut être un réel facteur d’identité pour les peuples du Bassin.
Derrière les productions interviennent de très nombreux producteurs dont la difficulté est souvent de vendre à des prix rémunérateurs. Ceci suppose des initiatives organisationnelles mais également un partenariat associant tous les acteurs de la filière de la production à la distribution. Ce troisième chantier de la structuration des filières est d’autant plus important que la mondialisation les expose à une concurrence de plus en plus vive.
Mais favoriser les filières de production, c’est aussi promouvoir les espaces qui les portent. Dans des territoires très reculés ou enclavés, pour lesquels la gamme des activités est étroite, l’enjeu est d’autant plus important. Plus largement, alors que les villes méditerranéennes et les littoraux se saturent, les territoires ruraux doivent faire l’objet des plus grandes attentions pour prévenir un exode déstabilisant au Sud ou pour accompagner harmonieusement un « désir de campagne » au Nord.
Bien sûr, ces quatre chantiers nécessitent un effort de renforcement et de mutualisation des capacités de formation et de recherche dans le secteur agricole et alimentaire. Dans ce domaine, les PSEM ont un effort encore plus soutenu à opérer pour combler au moins partiellement une fracture cognitive et technologique avec la rive septentrionale. Mais sur ce chantier comme sur les autres, la coopération entre les rives peut être un facteur évident de confluence.
Simultanément mis en œuvre, ces chantiers pourraient alors déclencher deux autres grands scénarios d’avenir pour l’agriculture méditerranéenne.
Un troisième scénario identifié ainsi par le CIHEAM serait celui d’une Méditerranée éclatée mais réactive. Ce scénario voit se déployer la recherche d’opportunités de coopération dans le but de faire face à des défis devenus trop globaux pour prétendre les résoudre unilatéralement ou dans l’objectif de s’agréger par petits groupes, de sorte à maximiser des potentiels économiques, politiques ou naturels. C’est un avenir où la Méditerranée se construit à la carte, au gré des circonstances et selon des logiques politiques fondées sur la primauté de l’intérêt bien compris. Mais malgré les dynamiques encourageantes qu’il enclenche, ce scénario est toutefois contraignant en terme de prospective, car on est avant tout dans le réactif. La diplomatie de circonstances et les coopérations renforcées priment. Malgré un foisonnement de bonnes intentions, traduites occasionnellement par des résultats très concrets, cet avenir là ne dessine aucune intégration en Méditerranée. Résultat, seuls risquent de compter les espaces utiles mondialisés, c’est-à-dire les centres urbains des villes littorales et les sites touristiques. C’est donc un avenir ouvert à la concrétisation de plusieurs Méditerranées, tantôt complémentaires, tantôt concurrentielles.
Un quatrième scénario peut enfin se dessiner à moyen terme si le soin est pris de déclencher dès à présent sa construction : celui d’un avenir en confiance, où l’Europe et la Méditerranée font le pari de s’associer stratégiquement pour ne pas s’affaiblir séparément au fil du temps. Et ce scénario d’une Euro-Méditerranée réinventée puise dans les sources de mobilisation dont la région recèle, à commencer par son potentiel agro-alimentaire et territorial. Une politique agro-alimentaire et environnementale euro-méditerranéenne aurait pour mission de répondre aux objectifs majeurs suivants : assurer l’indépendance et la sécurité alimentaire de la zone euro-méditerranéenne, contribuer à la lutte contre les changements climatiques, participer à la préservation de l’environnement et de la biodiversité, façonner de nouveaux équilibres socio-économiques entre les territoires ruraux et les mondes urbains. Tout ce contexte participerait au rayonnement de la diète méditerranéenne, qui fera l’objet d’une réappropriation de la part des consommateurs. Fort de ce cadre législatif et politique, inhérent à une coopération soutenue, un milieu économique et organisationnel se conforterait, le partenariat encourageant les organisations de producteurs à se structurer, les transformateurs à investir, la distribution à s’approvisionner dans les territoires. Toutes ces perspectives conjuguées permettent en outre de proposer un cadre concret à la coopération régionale entre l’Europe et la Méditerranée, tout en démontrant par des preuves et des faits, concernant le quotidien des individus, la santé des économies, le développement des territoires, la sécurité alimentaire, combien la question agricole donne du sens au concept de développement durable.

Conclusion
Au moment où le débat politique sur la Méditerranée semble être relancé, on doit poser la problématique de l’agriculture méditerranéenne comme terrain propice pour concrétiser des solidarités dans la région. La sécurité alimentaire, la gestion durable des ressources hydriques ou le développement responsable des territoires ruraux sont des pistes assurément stratégiques qu’il conviendrait d’explorer, à travers la mise en place d’actions fédératrices capables d’influer sur le quotidien des populations. C’est bien là que se situe l’avenir de la convergence ou non des deux rives de la Méditerranée. A ce titre, le rapport du CIHEAM ne vise pas à prédire l’avenir, mais simplement à proposer une réflexion transversale pour pouvoir le construire et non le subir. Cette ambition n’a finalement d’autre objectif que de poser en des termes nouveaux la triple question sur le futur de la Méditerranée, de sa relation avec l’Europe et de la place que l’agriculture est à même de jouer pour articuler stratégiquement ces deux ensembles géographiques au destin lié.
Par Sébastien ABIS et Pierre BLANC - Confluences Méditerranée - le 15 juillet 2008
Pour plus d’informations sur ce rapport
:
Mediterra 2008
NOTES
1- Lire « Mediterra 2008, Les futurs agricoles et alimentaires en Méditerranée », Rapport annuel du CIHEAM, Les Presses de Sciences-Po, Paris, avril 2008. Informations et renseignement sur
http://www.ciheam.org/

Sarkozy : "Dans la Méditerranée, on gagnera tout ou on perdra tout

Le président Nicolas Sarkozy a déclaré que "dans la Méditerranée, on gagnera tout ou on perdra tout" et "la France va s'engager pour qu'on gagne tout", mercredi dans un discours prononcé lors de la pose de la première pierre des futures salles des arts de l'islam au Louvre.
"Dans la Méditerranée (...), on gagnera tout ou on perdra tout. La France va s'engager pour qu'on gagne tout, c'est-à-dire d'abord la paix, ensuite la prospérité, et enfin le respect et le dialogue des cultures", a affirmé M. Sarkozy.

Dimanche s'est tenu à Paris le sommet de lancement de l'Union pour la Méditerranée, auquel ont assisté une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement, dont de nombreux pays arabes.
Le chef de l'Etat s'exprimait devant le prince Alwaleed Bin Talal Bin Abdulaziz Al Saud d'Arabie Saoudite (donateur et neveu du roi Abdallah), les présidents de Lafarge (Bruno Lafont) et Total (Thierry Desmarest), deux entreprises mécènes du projet.
"La France est l'amie des pays arabes. La France veut la paix, la France ne veut pas du choc des civilisations entre l'Orient et l'Occident" car "l'affrontement entre l'Occident et l'Orient serait une catastrophe pour le monde", a-t-il ajouté.
Selon lui, les salles consacrées aux arts islamiques seront "l'occasion pour les Français et tous les visiteurs du Louvre de voir que l'islam, c'est le progrès, la science, la finesse, la modernité et que le fanatisme au nom de l'islam est un dévoiement de l'islam. Tuer au nom de l'islam, c'est bafouer l'islam. Ne pas respecter les droits de la femme au nom de l'islam, c'est bafouer l'islam", a-t-il ajouté.
"Quand on revendique son identité, on n'a pas besoin d'être agressif à l'endroit de l'identité des autres. Quand on revendique son attachement à la Nation, on n'a pas besoin d'être nationaliste, quand on revendique comme une puissance publique la nécessité de protéger ses concitoyens, on n'a pas besoin d'être protectionniste", a-t-il dit également.
L'ouverture des salles est prévue pour décembre 2010. Le coût total du projet est de 86 millions d'euros, dont 20 ME de la France, 17 ME de la part du prince Alwaleed Bin Talal, 8,5 ME de la part de Total et Lafarge.
AFP & Le Monde.fr - le 16 juillet 2008

Dorothée Schmid: «J'émets des doutes sur l'utilité de cette “Union”»

EurActiv.fr: Que peut-on attendre du Sommet de Paris qui va se dérouler ce week-end ?
Dorothée Schmid: Le Sommet de Paris est l’étape de socialisation autour du projet d’Union pour la Méditerranée (UPM). Cet évènement montrera donc s’il y a un minimum de mobilisation politique des pays sollicités. Apparemment le niveau de participation sera plutôt bon. On va tester une forme d’intérêt, mais il est probable que ce soit un intérêt politique et qu’il ne se passe pas grand-chose au Sommet en lui-même.
Les grandes décisions sur la structuration institutionnelle de l’UPM vont être remises à plus tard. De même que celles concernant le financement des projets, car je ne pense pas que nous aurons les plans de financement à cette échéance. Or aujourd’hui, personne ne sait comment les projets évoqués vont pouvoir être développés à cause des problèmes de financement.

Quels sont les projets qui existent déjà ?
Il a été assez difficile de sélectionner des projets qui soient à la fois nouveaux, fédérateurs et réalisables. Les domaines dans lesquels on peut pousser la coopération multilatérale en Méditerranée ne sont pas si nombreux.
La Commission a présenté une communication sur la dépollution de la Méditerranée il y a quelques mois. Les sites à dépolluer ont été identifiés, ainsi que le coût de l’opération : 2 milliards d’euros, ce qui est énorme. La principale question ici est celle du montage d’un consortium capable de prendre en charge financièrement un projet d’une telle ampleur.
La protection civile est à développer même si des coopérations bilatérales existent déjà entre certains Etats, plutôt au nord de la Méditerranée – je pense par exemple à la problématique de la lutte contre les incendies sur le littoral de l’Europe méridionale.
Des programmes d’échanges universitaires fonctionnent déjà et il est important de les renforcer, mais on bute ici immédiatement sur le problème des visas.
Le projet d’une agence de financement des PME dénote un réel pragmatisme mais il est évidemment moins ambitieux que la banque pour la Méditerranée qui avait été initialement évoquée.
Le projet des « autoroutes de la mer », destiné à mieux gérer le potentiel du cabotage maritime, a aussi été initialement porté par la Commission européenne.
L’idée d’un « plan solaire » méditerranéen semble de bon sens au vu des conditions climatiques régionales, et pourtant elle n’est pas si facile à mettre en pratique dans un cadre de coopération multilatérale qui valorise les compétences de différents partenaires – surtout au moment où la France met systématiquement en avant son savoir-faire dans le domaine du nucléaire.

Comment ces projets vont-ils être financés ?
Par la Commission, la Banque européenne d’investissement et des fonds privés, mais pour le moment, personne n’en sait guère plus. Le gouvernement français fait l’exercice à budget constant, et compte depuis le début capter une partie des fonds de la politique de voisinage de l’Union européenne, mais la Commission a déjà annoncé que l’on ne pourrait pas mobiliser plus de 10 % de cette enveloppe pour financer de nouveaux projets.
En outre, en ce qui concerne les fonds privés, nous ne savons pas encore qui va s’engager. Ce n’est pas évident de faire venir le secteur privé sur des projets de développement structurants à long terme, qui par nature mobilisent plutôt des fonds publics.

Les institutions de l’UPM vont-elles donner leur légitimité au projet ?
Cela va donner un aspect concret au projet. Créer des institutions est ce qui permet de laisser une trace. Et puis cela fait des années que l’on discute d’un rééquilibrage entre le nord et le sud dans les institutions de la Méditerranée. C’est une idée qui est largement partagée sur le fond, mais dont on sait qu’en pratique, elle est difficile à faire vivre.

Pourquoi ?
Tout d’abord parce que nous ne savons pas très bien comment cette coprésidence méditerranéenne va s’organiser juridiquement. La Commission insiste pour que cela soit une présidence européenne, et non pas une présidence élue dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée spécifiquement.
Ensuite, nous ne savons pas ce qu’implique concrètement cette coprésidence, ni sur quoi elle va décider. Les réunions devront-elles se tenir dans les pays qui ont la coprésidence? Si c’est le cas, nous retomberons fatalement sur l’éternel problème de la présence simultanée d’Israël et de représentants arabes en terrain arabe.
Un secrétariat est en outre demandé par beaucoup d’acteurs d’Euromed depuis le début. Jusqu’ici la Commission gérait le tout avec un sous effectif flagrant. Le gouvernement français souhaiterait que ce secrétariat ait un rôle plus politique, mais la Commission souhaiterait le limiter à un rôle plus technique. Or apparemment ce débat n’est pas tranché et ne le sera pas le 13 juillet non plus.
Des questions restent également en suspens sur le « comité permanent euro-méditerranéen », qui serait basé à Bruxelles et composé de membres nommés par les Etats membres de l'UPM. Cet organe serait théoriquement chargé de préparer les sommets et les réunions ministérielles et d'assurer le suivi des décisions des organes politiques.
Selon Benita Ferrero-Waldner, il devrait « garantir un véritable partage de prise de décision grâce à l'intensification du dialogue ». Dans l'esprit de la Commission, il superviserait en fait de Bruxelles le travail du Secrétariat, qui serait chargé de la conception et de la réalisation des projets. Le fonctionnement d'un tel comité, à 43 ou 44 Etats, et étant donné le faible niveau de consensus entre eux sur certaines questions, risque d'être assez difficile. »

Que vont devenir les institutions de l’Euromed comme l’assemblée parlementaire ?
Cette assemblée sert à des échanges de vue politiques ponctuels, essentiellement car l’asymétrie institutionnelle est très forte entre les différents pays du partenariat Euromed. Les pays du sud de la Méditerranée n’ont pas tous des régimes parlementaires. C’est même plutôt l’exception. Rassembler des députés qui n’ont pas du tout la même compétence juridique, ni la même liberté d’expression politique, fausse d’emblée le dialogue.

Les Turcs ont longtemps laissé planer l'incertitude sur leur venue. Sont-ils opposés à l’UPM ou les relations avec la France sont-elles trop mauvaises ?
Les deux arguments sont valables. Les Turcs ne s’intéressent pas vraiment à la question méditerranéenne et n’ont pas fondamentalement envie d’être inclus dans ce périmètre méditerranéen. Ils ont toujours dans l’idée que ce projet leur a été présenté au départ comme une alternative à l’UE. Et puis les relations bilatérales franco-turques sont mauvaises. Donc les Turcs n’ont pas vraiment intérêt à faire des cadeaux aux Français.
Et puis ils ont bien conscience que les Français essayent d’effacer le mot adhésion de pratiquement tous les documents officiels et de rendre la perspective de l’adhésion de plus en plus floue. Le projet ne les intéresse qu’à partir du moment où il redevient européen.

Mais c’est le cas…
C’est effectivement devenu officiellement le cas depuis mars dernier. Même si le premier ministre turc a confirmé sa venue, il ne faut pas perdre de vue que les questions intérieures turques sont plus importantes pour Erdogan (ndlr, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan) que l’UPM en ce moment.
Rappelons que bon nombre de partenaires ont hésité jusqu’au dernier moment sur leur participation et leur niveau de représentation (je pense à l’Algérie ou à la Jordanie).

La présence des Libanais et des Syriens montre-t-elle leur adhésion au projet ?
Je pense que la configuration somme toute assez exceptionnelle que l’on aura sous les yeux à Paris – les dirigeants israéliens, libanais, syriens et palestiniens réunis – tient surtout à une amélioration subite de la conjoncture politique régionale. La France s’est réconciliée avec les Syriens depuis que la situation au Liban s’est débloquée. Nicolas Sarkozy, qui s’est rendu tout récemment en Israël, rêve également de parrainer une poignée de main Olmert-Assad.
Les Syriens, tout comme les Israéliens, ont finalement une vision très tactique du projet. L’Union pour la Méditerranée est instrumentalisée politiquement par l’ensemble des partenaires. Les Israéliens voient que c’est un moyen de rentrer dans une communauté dont ils sont exclus en général et les Syriens considèrent que leur présence à Paris le 12, le 13 et peut-être le 14 juillet est un gage de reconnaissance politique important.

Nous sommes loins de l’Union pour la Méditerranée ?
Le problème est là. Si nous voulons avoir un projet de coopération à l’échelle méditerranéenne, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur l’ensemble de ces équilibres politiques très fragiles. Le grand défaut de l’ensemble du projet depuis le départ a été de croire que nous pourrions parvenir à lancer la dynamique de coopération en Méditerranée alors que nous connaissions probablement les plus mauvaises circonstances politiques de ces 15 dernières années.
En 1995 nous étions quand même sur l’élan d’Oslo, sur l’idée que le processus de paix allait aboutir. Aujourd’hui la conflictualité en Méditerranée est relancée. La relation algéro-marocaine a plutôt tendance à se dégrader. Le problème de Chypre est devenu encore plus difficile à régler depuis l’adhésion d’une partie de l’île à l’Union européenne ; pour les Turcs, c’est devenu un dossier stratégique de premier plan dans leurs négociations avec les Européens. Nous sortons à peine de la crise libanaise et faisons face à la décomposition politique accélérée des territoires palestiniens. Enfin le niveau de coopération multilatérale dans la région est proche de zéro.

Les relations commerciales dans la région sont quasiment nulles, comment l’UPM va-t-elle pouvoir changer la situation ?
Depuis un an, j’émets des doutes sur l’utilité de cette « Union », qui a déjà changé plusieurs fois d’appellation et de contenu. Ce positionnement critique s’appuie sur des éléments qui n’ont pas bougé depuis 10 ans.
Il y deux niveaux de critiques. Tout d’abord, je pense que ce n’est pas le bon moment pour relancer une initiative de coopération multilatérale majeure en Méditerranée : au-delà de l’aspect rhétorique du projet, les conditions de base pour monter en puissance ne sont pas réunies. Ensuite, nous nous y sommes mal pris; la diplomatie française a ramé à contre-courant pendant des mois sur le sujet.
Nous avons fonctionné sur fond de désaccord franco-français assez important. Il y avait d’un côté l’Elysée qui continuait à porter ce projet avec sa dimension très idéaliste, mais aussi irréaliste. Et de l’autre, le Quai d’Orsay, qui devait assurer l’ingénierie du projet et qui a finalement défendu la ligne européenne. L’équipe française qui a travaillé pour rendre viable l’UPM n’était pas forcément rompue au départ aux arcanes de la coopération méditerranéenne. Il a fallu fournir un énorme effort diplomatique pour re-socialiser l’ensemble des partenaires. Au bout du compte, il restait peu de temps pour travailler sur les projets concrets, qui tiennent tant à cœur au président.
Aujourd’hui, après des mois de tractations intra-européennes, j’ai le sentiment que les Français n’ont pas encore tranché sur le fait d’intégrer ce projet dans un cadre européen où pas. L’administration française continue d’envoyer des messages contradictoires. Bernard Kouchner déclarait encore fin mai en Algérie que « le projet d'Union pour la Méditerranée doit être différent et sera différent de ce qu'on a appelé le processus de Barcelone », alors qu’il a été précisément acté que le projet s’appelait "Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée". Tout ceci me semble ambigu, à tout le moins pas très clair. Henri Guaino, le conseiller principal du président Sarkozy, continue aussi de défendre une ligne très nationale et très critique vis-à-vis de Barcelone.

La méthode n’était pas la bonne ?
Nous avons commencé par régler les conflits, que nous avions nous-mêmes suscités, avec l’ensemble des partenaires. Il a fallu ensuite essayer de faire émerger très rapidement de nouveaux projets, ce qui n’est pas évident car beaucoup de choses se font déjà en Méditerranée, sans réelle coordination. La sélection des projets n’est donc pas terminée.
Il semble que le bras de fer se poursuive aujourd’hui entre les institutions européennes et l’administration française. En novembre dernier l’équipe en charge du projet au Quai d’Orsay nous avait dit qu’il s’agissait d’un faux problème car la Commission serait pleinement intégrée dans le processus, et que le projet serait donc européen. A l’époque nous lui avions répondu qu’il fallait prendre en compte les contraintes de l’Union politique. Et comme nous l’avions imaginé, les Espagnols, les Italiens et les Allemands ont réagi.
Début 2008, Espagnols et Italiens ont laissé la main aux Allemands pour « recadrer » le projet français. Puis les Allemands ont passé le relais à la Commission, qui a travaillé sur le fond, et donc ralenti le débat, pour finalement suggérer que l’ensemble des décisions institutionnelles soient prises à l’automne.Dans le dialogue tactique qui l’oppose aux institutions européennes, la France compte probablement aujourd’hui sur la marge de manœuvre politique que va lui donner le nombre de participants au sommet du 13 juillet.
Si l’Elysée parvient à faire venir à Paris un nombre suffisant de chefs d’Etat arabes après des mois de tergiversations et de menaces d’absence, cela voudra dire que la France compte, qu’elle peut faire la différence sur la Méditerranée et qu’il faut donc l’écouter. Mon sentiment reste cependant que la présence de tous ces chefs d’Etat repose sur un bricolage diplomatique à court terme – certes brillant - et que cela ne signifie pas grand-chose en termes de projet collectif.
Le vrai problème qui n’a pas été élucidé est la question de l’articulation juridique entre l’Union pour la Méditerranée et l’Union européenne. Comment l’UPM va-t-elle s’insérer dans les structures de l’Union européenne si ce projet devient véritablement européen? Personne ne le sait. Le fonctionnement des futures institutions de l’UPM est encore assez mystérieux. Personne n’a encore exploré si les coopérations renforcées peuvent s’appliquer dans ce cadre là.
Il faudra ensuite voir si l’agenda méditerranéen peut réellement s’insérer dans les priorités politiques de la présidence française de l’UE, et à plus long terme si un consensus émerge entre partenaires européens sur une nouvelle méthode de travail. Sinon on continuera à fonctionner sur les principes du processus de Barcelone tel qu’il existait avant avec quelques innovations de projets locaux ou régionaux.

Entretien avec Dorothée Schmid, chercheuse sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales (IFRI) pour Euractiv.fr - le 11 juillet 2008

Allocution du Président Ben Ali au Sommet de Paris

Allocution du Président Zine El Abidine Ben Ali Président de la République Tunisienne au Sommet de Paris - (Paris, le 13 juillet 2008)

Excellences, Mesdames, Messieurs,

Il m'est agréable d'exprimer mes plus vifs remerciements et ma haute apprréciation à Son Excellence, M. le Président Nicolas Zarkozy, et au Gouvernement français, pour avoir bien voulu organiser notre présente rencontre et assurer les meilleures conditions à sa réussite.

Nous attachons une grande importance à l'initiative de mise en place d'un partenariat méditerranéen solidaire et équilibré, dans le cadre du projet "Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée". Nous avons, dès le début, apporté notre soutien à cette initiative, tant nous sommes convaincus qu'elle répond aux principes auxquels nous croyons dans ce domaine.

En présentant, aujourd'hui, la vision des pays de la partie sud-méditerranéenne pour la protection de l'environnement, nous partons de notre conviction que la dimension environnementale est d'ordre stratégique, non seulement pour la garantie du développement durable et de l'avenir de notre planète, en général, et de notre région méditerranéenne, en particulier, mais aussi pour consacrer le droit de l'être humain à la vie dans un environnement sain.
Notre pays a toujours été au premier rang des pays soutenant toute initiative régionale et internationale destinée à assurer la protection de l'environnement en tant que plate-forme de base d'une prospérité partagée et équilibrée entre les nations.

La Tunisie s'est également engagée à mettre en œuvre les recommandations du Sommet mondial de la Terre, les objectifs du Millénaire et les projets inclus dans la nouvelle initiative euro-méditerranéenne de lutte conre la pollution en Méditerranée, et a accordé une attention particulière aux législations relatives à la protection de l'environnement et aux mécanismes qui permettent d'assurer cette protection. Nous avons pu parcourir des étapes majeures et réaliser des résultats encourageants à cet effet.

Tout en prenant acte, avec satisfaction, de la prise de conscience accrue au niveau mondial, de la gravité de la situation écologique, du fait de l'accentuation des changements climatiques, de l'aggravation de l'effet de serre et de la fréquence des catastrophes naturelles, qui provoquent tant de victimes et de disettes et engendrent une détérioration de l'environnement et les fondements d'une vie saine, nous nous devons, aujourd'hui, de souligner les grands dangers qui menacent l'écosystème dans le Bassin méditerranéen, compte tenu des dommages portés à la bio-diversité, de la détérioration qui affecte le littoral méditerranéen, et de la pollution qui sévit actuellement en Méditerranée en raison de certaines activités économiques, industrielles et commerciales; compte tenu, également, de la désertification rampante du Sud au Nord de notre Bassin, de l'accumulation des déchets et de la crise de l'eau dans l'ensemble de notre région méditerranéenne, un phénomène, qui, à lui seul, nécessite, de notre part, une attention particulière concernant les questions du dessalement de l'eau et des énergies nouvelles et renouvelables.

Du haut de cette tribune, nous appelons à la nécessité de conjuguer les efforts de l'ensemble de nos Etats pour mettre en place une politique commune qui puisse conférer à l'environnement la place stratégique qui doit être la sienne dans notre région méditerranéenne et nous permettre de renforcer notre coopération et notre solidarité, à la faveur de projets pratiques susceptibles de préserver le Bassin méditerranéen des graves dangers qui le guettent.

Les réalités confirment, aujourd'hui, le besoin d'instaurer des programmes unifiés, dotés d'objectifs et de mécanismes clairs, pour édifier une zone de développement durable en Méditerranée, tenant compte des normes internationales en vigueur en matière de protection de l'environnement.
Dans le but de garantir plus d'efficacité à notre action commune, nous suggérons la création d'une agence méditerranéenne de protection de l'écosystème et du littoral, avec pour mission essentielle d'assurer la coordination entre tous les projets et initiatives qui s'insèrent dans ce cadre.

Nous sommes persuadés que la lutte contre la pollution en Méditerranée et la prévention des divers types d'accidents maritimes impliquent, pour nous tous, une coopération plus efficace et une solidarité plus agissante, afin que nous puissions préserver ses eaux, ses fonds et ses côtes, et y protéger les activités économiques et, tout particulièrement, les activités de pêche côtière, et les aspects sociaux qui s'y rattachent.
A cette fin, nous suggérons de créer un Observatoire méditerranéen appelé à se doter d'un mécanisme d'alerte rapide, à assurer la coordination des efforts de toutes les parties et à favoriser une intervention efficace, en cas de besoin.

Dans le contexte de l'escalade continue des prix des hydrocarbures, nous sommes appelés à rechercher une solution efficace qui puisse permettre d'en atténuer les effets, et qui comporte, entre autres, la promotion des technologies de production d'énergies nouvelles et renouvelables. Il nous plaît de saluer, à cet égard, l'initiative allemande concernant l'adoption d'un "Projet méditerranéen d'énergie solaire".

Nous sommes confiants que l'espace de cette Union nous offfrira de réelles opportunités pour le transfert des technologies en direction des pays du Sud et la mise en place de mécanismes financiers adéquats, à des conditions préférentielles qui puissent en faciliter la mise à profit. C'est pourquoi nous préconisons la création d'un Centre méditerranéen pour le transfert technologique, tout particulièrement en matière d'énergies nouvelles et renouvelables, de dessalement de l'eau de mer et de nano-technologie.

Excellences, Mesdames, Messieurs,
Nous comptons sur nos efforts collectifs pour propager une culture écologique globale et efficiente dans notre région méditerranéenne, une culture qui se traduise au niveau du comportement quotidien de nos citoyens et des agents économiques. Dans ce contexte, il nous est indispensable d'instaurer, en matière de protection de l'écosystème de notre région, un partenariat pluridimensionnel qui puisse nous permettre de contribuer à la protection de nos peuples et à la sauvegarde de notre planète, face aux dangers des changements climatiques.
Nous insistons, à cette occasion, sur la nécessité de dynamiser le principe de solidarité entre nos pays, d'autant que, dans l'absence de cette solidarité, notre Union ne sera pas en mesure de réaliser des projets concrets qui puissent renforcer la capacité des pays méditerranéens les plus vulnérables à lutter contre les changements climatiques.

A notre sens, la Méditerranée ne peut et ne doit être qu'un espace de solidarité.

Nous ne devons pas ignorer, à cet égard, le rôle vital dévolu aux composantes de la société civile qui opèrent dans le domaine écologique, dans nos pays, pour soutenir les efforts de nos Etats en la matière, ce qui nous incite à les aider, à les encourager et à leur accorder la place qu'elles méritent dans les programmes et projets que nous mettons en œuvre.

La Tunisie et l'ensemble des pays de la rive Sud confirment leur ouverture et leur volonté d'aller de l'avant dans l'édification d'un avenir commun pour les pays de l'espace euro-méditerranéen, sur la base du respect mutuel, du dialogue constructif, des intérêts réciproques et du partenariat solidaire, avec, pour référence constante, une approche globale du développement durable dans laquelle le volet de l'environnement bénéficie de la sollicitude de toutes les parties.
Je vous remercie de votre attention.

Infotunisie.com -le 14 juillet 2008

Afrique: Pour une réconciliation des états riverains de la 'grande bleue'

Lancement en fanfare pour l'union pour la méditerranée
Une quarantaine de pays représentant 800 millions d'habitants réunis à Paris : Nicolas Sarkozy a lancé en fanfare dimanche son Union pour la Méditerranée, dont il espère rien moins qu'une réconciliation de tous les Etats riverains de la 'Grande bleue'. Reste à savoir si, au-delà du succès du sommet de Paris, l'Upm fera mieux que le processus de Barcelone lancé en 1995 et dont elle s'inspire largement.

Les 43 pays européens et méditerranéens ont adopté 'à l'unanimité' une déclaration créant l'Upm à l'issue de quatre heures de réunion au Grand Palais. 'Nous en avions rêvé. L'Union pour la Méditerranée est maintenant une réalité', s'est réjoui Nicolas Sarkozy. 'Il fallait quelqu'un qui prenne des risques et puis le cercle vertueux s'engage', a-t-il espéré. Co-présidée par Nicolas Sarkozy et le président égyptien Hosni Moubarak, l'Upm réunit la totalité de l'Union européenne et les Etats de la rive sud de la Méditerranée, dont l'Algérie, le Maroc, Israël, la Syrie ou le Liban, ainsi que l'Autorité palestinienne. Seule la Libye a refusé d'y participer. Si le mandat du co-président de la rive Sud a été fixé à deux ans, celui du co-président du Nord reste flou, alors que l'Ue est dans un no man's land juridique depuis le rejet du traité de Lisbonne par les Irlandais. L'Upm tiendra un sommet tous les deux ans. Le lieu où siègera son secrétariat sera fixé lors d'une réunion des ministres en novembre.

Les Etats-membres sont tombés d'accord sur six premiers projets concrets 'à géométrie variable' : l'implication de tous les Etats n'est pas automatique, chacun restant libre de décider de participer ou non à l'un ou l'autre. Pour le reste, l'Upm reprend largement les acquis du processus de Barcelone. Son nom officiel est d'ailleurs 'processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée', alors que cette structure était dans l'impasse en raison des conflits régionaux. Mais il y a 'deux nouveautés', a insisté Nicolas Sarkozy : 'une volonté d'égalité entre le Nord et le Sud' symbolisée par la co-présidence et 'une volonté de se retrouver autour de projets concrets'.

Le président français a qualifié ce sommet de 'succès', alors que la chancelière allemande Angela Merkel saluait un 'très bon départ' pour l'Upm. Nicolas Sarkozy a surtout insisté sur la présence à la même table de la quasi-totalité des pays arabes concernés, dont le président syrien Bachar el-Assad, et du Premier ministre israélien Ehoud Olmert. 'Pendant quatre heures (...) personne ne s'est levé pour partir (...) Il n'y a pas eu d'éclats de voix'.

Certes, mais le président syrien n'était pas présent pour le discours du Premier ministre israélien Ehoud Olmert lors de la séance plénière, selon deux représentants du gouvernement israélien. Il a été 'très présent tout au long de l'après-midi', a rétorqué le président français. 'Personne n'a fait d'incident ou quoi que ce soit', a-t-il assuré. 'Si M. Assad a par exemple des pourparlers, s'il a des choses à faire à l'extérieur de la salle, où est le problème?', a estimé de son côté Hosni Moubarak.

Israël et la Syrie ont récemment repris des discussions indirectes de paix sous la médiation de la Turquie mais le président syrien a laissé entendre que des discussions directes n'étaient pas encore pour bientôt. De poignée de main entre MM. Assad et Olmert, il n'a jamais été question à Paris et il n'y a eu aucune photo de famille du sommet. Le roi du Maroc Mohammed VI était quant à lui absent, ce qui lui a évité de côtoyer le président algérien Abelaziz Bouteflika. Mais 'le Maroc était représenté', a insisté Nicolas Sarkozy.

Le succès de l'Upm dépendra surtout de l'avancée des discussions de paix dans la région. 'Pour nous, la priorité, c'est la paix, et il ne pourra y avoir de coopération économique efficace sans elle', a d'ailleurs prévenu Bachar el-Assad. La question du financement des projets reste aussi posée. 'Il y a beaucoup d'argent disponible pour le processus de Barcelone qui n'a pas été dépensé jusqu'à maintenant', a souligné Angela Merkel, en évoquant une somme de 13 milliards d'euros. Mais pour Abdelaziz Bouteflika, 'il est tout à fait clair que les difficultés auxquelles se heurtera l'Union pour la Méditerranée se situeront d'abord au niveau du financement des actions projetées'. 'Nous allons travailler sur le financement' d'ici le mois de novembre, a assuré Nicolas Sarkozy.

En attendant, la quasi-totalité des dirigeants présents assisteront lundi au défilé militaire du 14-Juillet. A la tribune présidentielle siègeront donc à la fois Bachar al-Assad, Ehoud Olmert et le président de l'Autorité palestienne Mahmoud Abbas.

Naissance de l'union pour la méditerranée : L'Upm est fondatrice d'un ordre 'régional rénové', assure le Roi du Maroc
Le Roi du Maroc, Mohammed VI, un des grands absents, dimanche, au sommet de Paris qui a signé l'acte de naissance de l'Union pour la Méditerranée (Upm), a tenu à assurer le président français, Nicolas Sarkozy, de son soutien, qualifiant son initiative de 'louable' et de 'fondatrice d'un ordre régional rénové'. C'est une 'initiative louable, fondatrice d'un ordre régional rénové et génératrice d'une dynamique partenariale vertueuse dans cette région, berceau des religions monothéistes et creuset des civilisations ancestrales', a estimé le souverain chérifien dans un message remis au chef de l'Elysée par son frère, le Prince Moulay Rachid, qui le représente à ce sommet.

'Le Royaume du Maroc, qui a soutenu votre initiative, depuis son lancement, a été très sensible au choix que vous aviez porté sur la ville de Tanger pour y prononcer, en octobre dernier, votre discours historique. Par ce geste fort, vous aviez conforté l'engagement méditerranéen constant et indéfectible du Royaume', lit-on en substance dans le texte, hautement 'significatif', aux yeux des observateurs dans la capitale chérifienne. 'La démarche pragmatique adoptée, le mode de gouvernance paritaire préconisé et l'ouverture projetée sur de nouveaux acteurs territoriaux ou de la société civile, ont suscité notre pleine adhésion au projet et justifié notre active et constructive implication dans les différentes phases de son élaboration', a encore précisé le Roi Mohammed VI, dont l'absence a surpris les observateurs au regard du rôle joué par le Maroc pour la mise en route de ce projet. Les relations entre la France et le Maroc sont 'au beau fixe', a indiqué une source de l'Elysée citée par la presse officielle marocaine en allusion à l'absence du souverain chérifien. Le Roi Mohammed VI était, fin juin dernier, en visite privée en France durant laquelle il a rencontré le président Sarkozy, rappelle-t-on.
C'est dans la ville marocaine de Tanger (nord) que le président français, Nicolas Sarkozy, a lancé, le 23 octobre dernier, ce projet qui se veut une plateforme 'idoine' de coopération multidimensionnelle entre le Nord et le Sud via notamment les pays qui se partagent le pourtour méditerranéen. C'est dans la ville impériale de Fès (nord est du Maroc), en juin dernier, que le projet a été mûrement réfléchi en présence d'un florilège d'experts des deux rives de la Méditerranée pour notamment éviter les blocages et dépasser les hésitations.
Wal Fadjri Sénégal -le 14 juillet 2008

Tunisie: La Méditerranée, espace de solidarité et de paix

Participant au Sommet de Paris sur le «Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée» qui s'est tenu hier dans la capitale française, en présence de 40 chefs d'Etat et de gouvernement, le Président Zine El Abidine Ben Ali a prononcé un discours dans lequel il a réitéré le soutien de la Tunisie à l'initiative du Président français Nicolas Sarkozy.
Un soutien au projet de l'Union pour la Méditerranée (UPM) qui tire son essence de la foi et de la détermination de la Tunisie à ériger la Méditerranée en un espace d'échanges, de codéveloppement, de solidarité, de paix et de prospérité partagée.
Partant du principe que «la Méditerranée ne peut et ne doit être qu'un espace de solidarité», comme l'a souligné hier le Chef de l'Etat au Sommet constitutif de l'UPM, la Tunisie n'a cessé de soutenir tous les projets et de prendre des initiatives afin de faire du «mare nostrum» un véritable pont entre les deux rives, pour l'édification d'un avenir commun et l'instauration d'un partenariat solidaire et efficient.
Cette volonté commune est, certes, partagée par les pays riverains du sud et du nord de la Méditerranée. Mais encore faut-il la concrétiser à travers des mécanismes et des programmes efficients, de nature à lui insuffler une dynamique véritable et irréversible.

La Tunisie, qui a affirmé son adhésion à l'édification d'un espace euroméditerranéen prospère, dès 1995, en étant le premier pays de la rive sud à signer l'accord d'association, réitère aujourd'hui son soutien à l'initiative française relative à l'UPM, en tant que nouvelle étape pour la réalisation d'un projet collectif de partenariat, de développement économique, de paix, de solidarité et de prospérité partagée.

Un développement et une prospérité qui seront le fruit d'un partenariat efficient et mutuellement bénéfique, mais qui se fondent aussi sur «la dimension environnementale qui est d'ordre stratégique», ainsi que l'a indiqué hier le Président Ben Ali. Aussi, les initiatives et les propositions présentées par le Chef de l'Etat traduisent-elles une préoccupation partagée par les pays riverains. Les menaces écologiques de diverses formes auxquelles la Méditerranée est exposée imposent ainsi de renforcer la coopération et la solidarité, «à la faveur de projets pratiques susceptibles de préserver le bassin méditerranéen des graves dangers qui le guettent», et d'édifier une zone de développement durable.
L'instauration d'un partenariat pluridimensionnel en matière de protection de l'écosystème de la région s'impose ainsi comme un impératif et un volet important de la coopération efficiente entre les deux rives.

La Tunisie, qui a manifesté sa préoccupation vis-à-vis de la situation environnementale en Méditerranée et de l'impératif d'un partenariat efficient, se prévaut sur ce point de l'approche du développement durable et qu'elle n'a cessé de promouvoir depuis plus de deux décennies.
Journal La Presse.tn - le 14 juillet 2008

The Med’s moment comes

Globalisation is bringing a wave of money to the Mediterranean
Look southward from the southern tip of Spain, across the strait of Gibraltar. There, only 14km (nine miles) away through the slight sea haze, arises the vast construction works of a new seaport to the east of Tangier in northern Morocco. Tanger Med (pictured) opened its first docks last July. Handling 3.5m containers a year, it is already as big as Felixstowe, Britain’s biggest port. A second terminal opens this summer, and within seven years its annual capacity will rise to 8.5m. It will be the largest container port in the Mediterranean, not far behind Europe’s biggest, Rotterdam (although merely one-third the size of the Asian giants of Singapore, Shanghai and Hong Kong). Similar ports are being finished in Algeria, Egypt, Malta and Tunisia.
One-third of the world’s container traffic already passes through the Mediterranean, bringing manufactured goods from China and South-East Asia to Europe and the east coast of America. The Moroccans, spending some €3.5 billion ($5.5 billion) on Tanger Med, and others along the coast hope that if they build, a big slice of global commerce will come to their shores. Goods will arrive to be broken down into smaller loads and sent around Europe. Manufacturers will set up factories in tax-free zones planned around the docks, bring in components for assembly and serve the huge market across the water.
Already there is substance in the haze. The Mediterranean’s southern and eastern coasts are pulling in huge quantities of foreign direct investment, on a scale second only to China among emerging economies (see chart 1). The wave started about five years ago, and now private-equity groups and large investment funds from the oil-rich Gulf states are joining in. Tanger Med is but one mighty symbol that something is stirring along the coastline.
This is not the story usually told about the Mediterranean’s poorer coasts. The MEDA ten (a group of southern and eastern economies) have an average income per head of only $6,200, putting them roughly where western Europe was in 1950 and Romania was in 1975. Even though the gap in GDP per head has been closing, thanks to falling fertility rates as well as relatively faster economic growth, at today’s pace it would take almost 160 years for the MEDA ten to catch up with the European Union average. Unemployment is probably between 20% and 30%, even though official figures say it is around 12%.
This last figure helps to explain why Europeans have tended to see the other side of the sea as more of a threat than an opportunity: a source of immigrants, often young and illegal, mainly Muslim and frequently unwelcome. In Italy, Spain and tiny Malta, illegal arrivals are of especial concern. Another reason is nervousness about the region’s political health. Work your way around the map below and you will find few true democracies and much instability, actual or potential.

Yet commerce is scarcely a novelty in the Mediterranean. Centuries ago, the Middle Sea was a hub of world trade: to the Romans, it became mare nostrum—“our sea”—surrounded by the empire. Now the inflow of foreign direct investment may be reversing a long relative decline in the fortunes of the southern and eastern shores. The MEDA economies have managed to step up their growth rates to 4.4% since the turn of the century. A summit to be held in Paris this weekend may give the Mediterranean’s revival a further push.
Tanger Med is a point of arrival for foreign investors. The leading shipping and port companies, such as Maersk and DP World will have terminals there. This February Renault and Nissan started preparing the ground for a huge car factory costing €600m. The Franco-Japanese alliance aims to build low-cost cars and vans not just for Europe but for markets around the world, mostly in emerging economies where the basic Renault Logan has already proved a winner. Annual output will start at 200,000 vehicles, but will double within a few years.
Twenty years ago, Europe’s car industry stopped building new factories in low-wage Spain and Portugal, and turned to eastern Europe, including Turkey. The step across the Med, to a country where wages are one-fifth of what they are on the northern shore, is of great significance. Competitors will watch and may follow. Morocco has already attracted car-parts firms such as Leoni (from Germany), Valeo (France) and Clarcor (America). For 50 years Europe’s car factories have shipped in labour from Turkey and north Africa to their factories in Germany and France, and invested little to the south. Now the capital is moving to the labour: the mountain is moving to Muhammad, if you will


Things have been stirring on the poor side of the sea since 2000, albeit painfully slowly. In 1995 the EU started what is known as the Barcelona Process, intended to forge a Mediterranean free-trade area by 2010. By and large, that is happening through bilateral agreements between the southern countries and the EU. Sadly, the southerners’ political conflicts and lack of will to act in concert—they do not even trade much with each other—meant that each country was dealing alone with the Europeans. That has cost them. For example, industrial products can move across the sea tariff-free, but agricultural products from countries such as Morocco are still subject to EU tariffs
Piecemeal as it is, the political and economic partnership offered by the EU has prompted change to the south. According to Bénédict de Saint-Laurent, director of ANIMA, a network of inward investment agencies for the MEDA countries, it has prompted economic, financial and fiscal reforms which have made their economies much more open and more transparent. Inflation has come down from an average above 20% to around 5%. Debt has come down from 80% of GDP to around 60%, budget deficits from 5% to 3%. This has been fuelled by rises in receipts from tourism and remittances from migrant workers in Europe, as well as oil and gas revenues. The fiscal squeeze may not have done much for the region’s poor, but for the first time governments have the means to build better roads and houses, which are much needed.
Europe has also injected capital into the MEDA countries: around €8.7 billion between 1995 and 2006, plus loans worth €15 billion from the European Investment Bank and partners such as the World Bank under a programme known as FEMIP (Facility for Euro-Mediterranean Investment and Partnership). Between 2007 and 2013 another €14.9 billion is due to be sent as EU aid, with €8.7 billion from FEMIP. If that seems generous, an analysis by ANIMA suggests that at €8.30 per person up to 2006 and €12 up to 2013, it is minuscule compared with the hundreds of euros per person showered every year on eastern European countries before they joined the EU, and tinier still next to the structural funds lavished on Ireland, Greece and Portugal. But the EU’s involvement could be about to rise.
On taking office last year the president of France, Nicolas Sarkozy, launched his own plan for a Union for the Mediterranean. This was sold as a way of resuscitating the Barcelona Process—although its true purpose may have been to offer Turkey a consolation prize instead of membership of the EU. At first Germany’s chancellor, Angela Merkel, took a dislike to it, seeing in it a new club without the EU’s northern members but paid for with EU (ie, mainly German) money. Now it is within the purview of the EU, Ms Merkel seems more at ease with Mr Sarkozy’s scheme, which has been diplomatically renamed “The Barcelona Process: Union for the Mediterranean”. This weekend in Paris Mr Sarkozy, whose country now holds the European presidency, will hope to put more flesh on his idea.
The EU’s clout and money are probably necessary to get the new union going. But there is a risk that European governments will concentrate on immediate questions of security and migration rather than on measures to boost the economies of their southern neighbours (which in turn may improve security and limit northward migration). In June Benita Ferrero-Waldner, the EU’s commissioner for external relations, told the European Parliament that real projects were needed to bring about economic solidarity. But she could cite only the promotion of fast sea-routes and a motorway linking the Maghreb (in the west) with the Mashrek (Egypt and the eastern shore). This weekend’s meeting, however, may produce a plan for closer integration. Despite the Franco-German row, observers such as Mr de Saint-Laurent credit Mr Sarkozy with breathing life into the flagging Barcelona Process.

Follow the money
Whatever happens at a political level, the economic signs are encouraging. There is a groundswell of foreign direct investment in the region. According to figures collated by ANIMA, the southern and eastern shores of the Mediterranean are now attracting more investment than other emerging economies such as India, Mercosur or southern Africa; only China catches more. That raises three questions: where is it coming from; where is it going; and who is investing?
For the first time the MEDA countries as a whole are punching their weight in terms of inward investment: they have about 4% of the world’s population and are now getting a slightly higher share of investment flows. Inward investment has grown sixfold in six years.
The leading recipients have been Turkey, Israel and Egypt. The prospect of entry into the EU has fuelled Turkey’s five-year inward investment boom, though political difficulties and the slow pace of adhesion to Europe may explain a recent slowdown. Israel, with its hyper-educated technical workforce, boosted by arrivals from the former Soviet Union, has been a happy, high-tech hunting ground for American investors. Renault have moved in too, to make electric cars. Egypt’s political stability and economic reforms since 2004 have attracted investment too—notably the €12.9 billion purchase in December last year of Orascom Cement by Lafarge of France, paid for in Lafarge shares. Behind these leaders, Algeria and Morocco have each seen inward investment grow tenfold since 2002.
To be sure, there are downs as well as ups: the dotcom bust curbed American investment in Israeli technology; and first estimates for 2007 show a fall of about $8 billion across the region, caused by fewer mega-projects in tourism and property, a slowing of privatisation and fewer purchases of Israeli firms by American ones. A plan by Agrium, a Canadian company, to build a $1.2 billion fertiliser factory in Egypt was halted by local business rivals and environmental protests. Even so, says ANIMA, the number of investment projects is still running at around 800 a year.
Behind this groundswell lie several factors. The boom in energy and raw materials has brought in oil and gas explorers but also investors in petrochemicals, fertilisers and cement. The maturity and saturation of European markets is another reason to look south. Privatisation of banks and telecoms firms has also attracted investors, notably from the Gulf. The recent strength of the euro against the dollar should help too. Safran, a French aeronautical firm, is directing investment to Morocco to escape the pain of the strong euro. It is a big supplier to Airbus, which has made it clear that it expects its suppliers to price in dollars. EADS Socata, another subsidiary of Airbus’s parent company, has also invested directly in Morocco for the same reason.
The source of the funds has changed in the past five years (see chart 2). Europe still accounts for about 40%, but North America’s share has shrunk from 25% to around 10%. Meanwhile the portion coming from the oil-rich Gulf states has risen from 16% to over 30%. More intriguingly, the share of emerging economies such as Brazil and India has climbed from 8% to around 20%.
Although energy is an important draw for investors, it accounts for less than one-sixth of the whole (see chart 3). Banking (led by European banks) has not been far behind. Industries such as telecoms, chemicals, metalworking, tourism and car parts continue to attract dozens of deals a year across the region. Europeans have been buying homes by the thousand. Many are long-term residents rather than tourists.

The inward investors can be grouped into four types, according to Mr de Saint-Laurent. The first might be called “offshore” investors. These are firms attracted by deposits of oil and gas in places such Algeria, Libya, Morocco and Tunisia. They are offshore in that they ship in all their labour, equipment and supplies. They pay the state for the resources they extract, but have little further effect on the local economy. The second group consists of European companies, led by the French but also including the Spanish and Italians. Reflecting their colonial histories, the French and Spanish tend to be found in the west, the Italians farther east. These investors usually form joint ventures or buy local small and medium enterprises, if only because such partners are needed in the Islamic Arab cultures of the region.
Third comes a new group, the Gulf funds. Their billions tend to go to the huge resorts springing up along the coast. Investors from Dubai have a €10 billion project in southern Tunis, a €3 billion development in Algeria and €600m site in Morocco. With them come Spanish builders, such as Sacyr Vallehermoso, which see on the southern shores of the Mediterranean an opportunity to recreate the old boom on the Costas back home. These investors have something in common with the offshore oil-and-gas brigade: often, not much spills over into the local economy besides low-paid jobs for cleaners and waiters.
The fourth group, also newcomers, are perhaps the most interesting: investors from emerging markets. Several Indian companies have set up shop in the region. Tata has invested in motor manufacturing and outsourced information-technology work in Morocco. Wipro Technologies, a computer-services firm, also does IT work in the region. Ranbaxy Laboratories, a drugmaker, has factories there. Gujarat State Fertilisers and Coromandel Fertilisers from India are investing in a Tunisian factory to make phosphoric acid from the rich local reserves of phosphorus. South Korean investors also pop up, for instance with a car-parts factory in Tunisia and hotels in Syria. These industrial investors have no qualms about taking over local companies with thousands of employees—meaning that they are thoroughly integrated into the local economy, and their activities have a big knock-on effect.
The region’s boosters would also like to attract more money from a fifth group of increasingly interested investors: private-equity funds. The rapid increase in foreign direct investment flows is encouraging, because they indicate the region’s attractiveness to international capital: the export markets it can serve, wage costs and so forth. Increased interest from private-equity groups in small and medium enterprises would be a measure of these investors’ confidence in the entrepreneurship on offer around the Mediterranean.
In 2007 private-equity funds had a remarkable year in emerging markets, with 204 funds raising $59 billion, about 80% more than in 2006. Around 140 funds are reckoned to operate in the south and east of the Mediterranean, plus another 181 in Israel (which is a case apart, because of the virtual integration of its economy with America in general and Silicon Valley in particular). But the funds are starting to spread throughout the region, with 18 in Morocco ($846m invested), ten in Egypt ($611m), nine in Tunisia ($64m) and nine in Turkey ($1.2 billion). The trend, however, has been to go for project finance rather than investments in smallish companies.

Med revival
The falling away of the countries on the Mediterranean’s southern and eastern shores from their European neighbours has been sad and wasteful. Algeria once was the breadbasket of the Roman empire; today it is the biggest wheat importer in Africa. Many things hold the region back, not least bad infrastructure, poor education and dysfunctional politics. The new economic hope is not evenly spread: foreign direct investment is swallowed disproportionately by Egypt, Israel and Turkey.
The boom in energy and raw materials should give many countries a start in building their economies up. If foreign investors do no more than harvest the oil and gas and leave, the region may simply stall again. What is needed is more of the joint-ventures and industrial projects represented by firms such as Safran and Renault-Nissan. But the real test will be whether the region’s economy can be broadened and deepened. Then clearer shapes may emerge through the haze across the strait.
The Economist - le 13 juillet 2008

The Mediterranean economy : Club Med

The Mediterranean, north and south, is forming a single economic unit : Europe should make it a powerful one.
Under imperial Rome, the roads in cold, wet Britannia were no straighter than those in sweltering north Africa. The same sestertius could buy a lampful of oil. Across the southern Mediterranean and northern Europe alike, Latin was the lingua franca—1,500 years before anyone had coined the term. Under the Treaty of Rome, however, the European Union has behaved as if the Med were a frontier, rather than an organising principle. As often as not, it has turned its back on the crescent that stretches from Morocco to Turkey, as a cradle of instability and terrorism. Sometimes the southern Med’s main export has seemed to be boatloads of illegal immigrants.
This weekend at a summit in Paris France’s president, Nicolas Sarkozy, wants to heal the rift. Some 40 heads of state and government from the EU and the southern and eastern Mediterranean will meet to create a new club, called the Union for the Mediterranean. Despite Mr Sarkozy’s bombast, Club Med will have a modest start: the French propose a secretariat, which they will jointly head with Egypt, and money to help finance ventures on solar energy, anti-terrorism and the inevitable cultural exchanges.
Beyond the platitudes and projects lies the germ of a brilliant idea. Something is stirring around the Med as globalisation takes root. Growth and investment have leapt. There is a new openness to trade and foreign money. The members of Club Med no longer need to glower across the table at each other. Instead, there is the prospect of the youth and vigour of the southern Mediterranean combining with a rich, ageing north. Despite the recent surge, the southern Med still takes less than 10% of all the FDI from the EU. This offers a tantalising prospect—though one reason why Club Med matters is that it is fraught with dangers.

Dido’s cement
The EU has looked south before, in an initiative called the Barcelona Process, which dates back 13 years and failed to live up to its promises. Hopes are higher today, however, because the politicians gathering in Paris are following a path that is increasingly well trodden by business (see article). FDI in the countries along the Mediterranean shore, from Morocco to Turkey, has grown six times since the turn of the century, to $59 billion in 2006—ahead of Latin America’s Mercosur ($25 billion) and not far short of China ($69 billion). At the same time, the growth in the region’s GDP is running at 4.4% a year—slow by China’s standards, admittedly, but it has been accelerating as Europe has slowed.
Although Turkey, Israel and Egypt still dominate, most of the region has shared in this prosperity. Oil and gas are partly to thank, but investment is spread among financial services, telecoms, retailing and construction. Look at the car factory Renault and Nissan are planning in Morocco. Or the new container port outside Tangiers that will soon be bigger than Long Beach, on America’s west coast. Much of the money comes from Europe, as did the €8.8 billion ($12.9 billion) France’s Lafarge invested in Egyptian cement. But Americans are making aerospace parts; Arabs are spending petrodollars on property and construction; Brazilians are investing in fertilisers and textiles; Indians in IT and pharmaceuticals.
There is strength in such diversity, and there needs to be. The resurgent Med has a lot still to overcome. With exceptions, notably Israel, the region is plagued by poor infrastructure, an ill-educated workforce and unemployment. Unlike eastern Europe, which built trading links under communism, the Med countries barely trade with each other, so they lose the benefits of specialisation. And then there is the politics. The Europeans are right to look askance at the looming crisis of succession in Egypt, beleaguered Israel, unborn Palestine, divided Lebanon, fundamentalist Islam in Morocco, bombs in Algeria, Muammar Qaddafi’s bizarre Libyan autocracy, the risk that the Turkish courts declare the ruling party unconstitutional. That unfinished list is already depressingly long.
The EU is not free of troubles either. Those who favour Turkey’s membership of the EU fear that Club Med is designed to fob it off with second-class citizenship. At first Mr Sarkozy schemed to include only the EU countries with a Mediterranean coast—a ploy to create a French-dominated counterbalance to the apparently German-dominated east. After a vicious row with Angela Merkel, Germany’s chancellor, Mr Sarkozy agreed to include the entire EU. That was right, if only because Germany pays much of the EU’s bills.
Sunday’s summit matters, because it is a step towards healing such wounds—and because it sets the tone. Will the Mediterranean union seize the moment, or will it be strangled by southern politics and European squabbles?
Mare nostrums
The first test is whether Mr Sarkozy is willing to see Club Med as more than a scheme to burnish French glory. If he wants the new union to thrive, he will have to accept that it is for everyone’s benefit, and let business do its work. This means a free-trade area that opens the EU to goods and services from the south—including the farm produce that France is making a fuss over in the world trade talks.
The second is for the EU to use its patronage to boost spending on infrastructure, promote trade in the region and clean up politics. One lesson from eastern Europe is that, with incentives, countries will start to sort themselves out. For the Mediterranean, those incentives should include access to funds and markets. The logic of enlargement is that it could even include the faint possibility of membership of the EU itself (if the union were to admit non-Europeans). But none of that will count for much unless the southern Med chooses prosperity.
The world sometimes writes off Europe as the old continent, well past the vigour of youth and doomed to gentle decline; at the same time it condemns many of the teeming economies of the southern Med as chaotic backwaters. Old and young can make a powerful combination. The creation of the Union for the Mediterranean is hardly the rebirth of imperial Rome, but it may just be the start of something exciting.
The Economist.com - le 15 juillet 2008

L'Union pour la Méditerranée ? Oui mais à quel prix ?

Portée sur les fonts baptismaux le 13 juillet, l'Union pour la Méditerranée encourt les mêmes travers que d'autres projets français à vocation universaliste, comme l'Europe ou l'euro.

Depuis le VIIe siècle, la Méditerranée, qui jusque là, en dépit de sa diversité ethnique avait été une communauté politique et culturelle, en particulier au sein de l'Empire romain, est devenue une frontière entre le monde européen et chrétien au Nord et le monde musulman au Sud.
Même la période coloniale qui vit pourtant durant cinquante ans les mêmes pouvoirs régner sur les deux rives ne réussit pas à abolir la césure. Loin de nous l'idée que le monde serait voué à la guerre des grandes aires culturelles et religieuses, à un inévitable «choc des civilisations».
Mais entre le bon voisinage et le mariage, il y a un pas que le sens des réalités interdit de franchir. En un sens le projet d'Union méditerranéenne, qui prétend faire tomber les barrières entre les cultures de la Méditerranée, est encore plus utopique que celui de l'Union européenne dont l'ambition était «seulement» de surmonter les différences nationales ! Au demeurant la méthode envisagée n'est pas très différente de la méthode Monnet qui devait faire avancer l'Europe supranationale : rapprocher les peuples au moyen de coopérations concrètes, principalement économiques, conduites au travers d'institutions de plus en plus contraignantes.
Une diplomatie coûteuse
Malgré ces réserves, l'Union méditerranéenne, après tout, pourquoi pas ? Pourquoi pas si la France, première puissance méditerranéenne, doit s'en trouver renforcée. Il est vrai qu'à cet égard, le projet est déjà largement plombé par la prétention des vingt-sept, Allemagne en tête et Finlande comprise, d'y participer. C'est un ministre français, Jean-Pierre Jouyet, illustre membre du groupe de Bilderberg, qui aurait remonté les Allemands contre le projet de Nicolas Sarkozy, comme c'était Jean Monnet qui avait remonté une partie du Bundestag contre le traité d'amitié franco-allemand du 23 janvier 1963. Dans les deux cas, le motif est de préserver l'Europe supranationale – et sans doute les intérêts américains.
Il est vrai que Jean Monnet, lui, n'était pas ministre en 1963 et que, s'il l'avait été, le général de Gaulle, qui savait se faire respecter, n'aurait pas toléré qu'il le demeurât. Pourquoi pas l'Union méditerranéenne, à condition que pour faire avancer sa «grande idée», la «grande nation» ne sacrifie pas, une fois de plus, ses intérêts moraux et matériels comme elle le fait chaque fois qu'elle veut promouvoir une nouvelle lubie. Comme ses élites ont, chaque fois qu'elles l'ont cru nécessaire, sacrifié les intérêts français, sous le regard narquois de nos partenaires, pour faire aboutir les projets européens, à commencer par la monnaie unique, projet français d'emblée aligné sur le mark au mépris des intérêts de l'économie française ou encore EADS où, en partie par idéalisme européen, la France a, sans contrepartie, partagé son savoir-faire aéronautique.
A voir ce qui se passe depuis un an, ce risque apparaît bien réel : nous nous sommes ridiculisés à recevoir Kadhafi à Paris dans les conditions que l'on sait, un Kadhafi qui finalement ne marche pas : «Oignez vilain, etc.» ! N'allons nous pas, pour continuer sur cette voie, reconnaître de facto la tutelle de la Syrie sur le Liban ? Triste spectacle en tous cas que celui du président Assad fils assistant au défilé du 14 juillet quand on sait la responsabilité de son régime dans l'assassinat de notre ambassadeur Louis Delamarre, grand artisan de paix s'il en fut, le 4 septembre 1981 et celui de 58 soldats français lors de l'attentat du «Drakkar» le 23 octobre 1983 !
De même avons nous été conduits à donner un douteux satisfecit en matière de droits de l'homme au président Ben Ali, à consentir une semi-repentance à l'Algérie, et pour avoir trop cherché à séduire celle-ci, à nous aliéner le Maroc. Pendant ce temps étaient mises en veilleuse les réserves électorales du candidat Sarkozy vis-à-vis de l'entrée de la Turquie dans l'Union. Sur le plan économique, on ne peut que craindre que quelques uns de nos intérêts ne soient aussi mis à mal pour faire aboutir ce grand projet qui pourrait s'avérer in fine n'être que du vent.
Le gaullisme, un idéalisme... réaliste
Mais, dira-t-on, n'est ce pas en cela que Nicolas Sarkozy est fidèle au génie de la France tel qu'il fut incarné le général de Gaulle : promouvoir de grandes idées, mettre de l'idéalisme donner de l' élan, dépasser la froideur de rapports internationaux ? Justement non.
Car si le général de Gaulle avait le souci de la grandeur de la France, il n'ignorait pas que le premier devoir des dirigeants, avant de faire briller leur pays, est de défendre le pain quotidien des dirigés. Ce qui impliquait, pour ce pourfendeur infatigable de ce qu'il appelait les « chimères », de savoir conjuguer les grandes idées avec le plus froid des réalismes. Jamais il ne sacrifia les intérêts des agriculteurs français sur l'autel de l'Europe : bien au contraire, sa politique intransigeante sauva le marché commun agricole qui nous était très favorable.
Ses attaques contre le dollar, si mai 68 ne les avait empêchées d'aboutir, auraient enrichi la France qui avait accumulé des réserves en or. Ses réticences à l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun étaient aussi fondées sur des raisons d'intérêt : il ne voulait pas que nous ayons à payer les «balances sterling». T
oujours ardent à coopérer, il sut ne pas le faire quand l'avance technique française était en jeu, comme dans le nucléaire. L'idéalisme bien français des grands projets est destructeur – on le voit bien avec l'euro – quand il n'est pas accompagné de ce réalisme terre à terre qui conduit préserver non seulement nos intérêts matériels et moraux, mais aussi nos amitiés, partant notre honneur et notre crédibilité.

Par Roland Hureaux - Marrianne2.fr - le 13 Juillet 2008

Union pour la Méditerranée : Washington apporte un soutien timide à l’Europe

Les Etats-Unis ont salué l’initiative européenne de créer l’Union pour la Méditerranée mais attendent de voir les résultats que produira ce projet.
Le département d’Etat américain a fait part hier de ses premières impressions suite au Sommet de Paris pour la Méditerranée, qui s’est tenu dimanche dernier et qui avait pour objectif, de favoriser le dialogue et les partenariats entre le Nord-Sud (énergie solaire, sécurité civile, autoroutes maritimes, universités…), mais aussi de faire progresser les négociations de paix au Moyen-Orient.
"Nous n’avons pas eu d’observateurs là bas. Nous n’avons pas eu de siège à la table des négociations. Mais je pense que de manière générale, c’est un effort que nous pouvons pour le moins soutenir" a déclaré le porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack.
"Nous allons voir quelles seront les avancées spécifiques de ce groupe, nous allons voir. Mais il semble qu’ils ont eu une bonne première rencontre" a t-il ajouté.
Après sept années de blocage, Palestiniens et Israéliens ont entamé des négociations de paix lors de la conférence d’Annapolis (Etats-Unis) qui s’est tenue en novembre 2007, avec l’ambition de parvenir à un accord en 2008. Néanmoins, depuis cette rencontre, aucune annonce ni aucun signe fort n’ont pu laisser croire que le processus de paix s’accélèrera.
De plus, les récents chantiers d’immeubles israéliens en territoires palestiniens, viennent mettre à mal l’hypothèse d’une sortie de crise prochaine.
P.G. - Fenetreeurope.com - le15 juillet 2008

Union pour la Méditerranée : la Turquie en embuscade

L'Union pour la Méditerranée est une manœuvre pour tenir la Turquie hors de l'Union européenne, juge le quotidien turc Milliyet. Mais Ankara pourrait tirer son épingle du jeu en profitant de l'initiative française.
L'Union pour la Méditerranée est une manœuvre pour tenir la Turquie hors de l'Union européenne, juge le quotidien turc Milliyet. Mais Ankara pourrait tirer son épingle du jeu en profitant de l'initiative française.
Il n'aura pas échappé à bon nombre d'Etats européens qu'avec ce projet d'Union pour la Méditerranée (UPM) la France voulait détourner Ankara de sa vocation européenne en l'orientant vers une adhésion à une autre organisation. L'Union européenne n'a d'ailleurs pas particulièrement apprécié que Paris tente par ce projet d'orienter à son avantage les équilibres en jeu dans la région de la mer Méditerranée.
C'est la raison pour laquelle l'Allemagne a contribué quelque peu à diluer ce projet. Il importait dès lors pour Sarkozy de sauver les apparences. Pour autant, la façon dont ce sommet – que la presse européenne a qualifié de "Club Med" – va prendre forme reste très vague.
Il semble ainsi qu'à l'instar du président algérien Bouteflika les chefs d'Etat sont surtout venus à ce sommet pour ne pas laisser la place à d'autres. Dès lors que l'objectif à atteindre n'est pas très clair, il n'y a de toute façon pas grand monde parmi ces chefs d'Etat pour manifester un véritable engouement vis-à-vis de ce projet.
Il n'y a vraiment qu'Israël pour s'enthousiasmer à l'égard de cette UPM, ce qui suffit d'ailleurs à semer le doute dans le monde arabe. La tentative de la France d'organiser une rencontre à Paris entre Bachar El-Assad et Ehoud Olmert – en s'appuyant sur les acquis des pourparlers entre Syriens et Israéliens réalisés grâce à la diplomatie turque – est tombée à l'eau.
Malgré cela, Sarkozy a encore réussi à sauver plus ou moins les apparences. Les diplomates français savaient en effet pertinemment bien que si la Turquie n'avait pas participé à ce sommet celui-ci aurait perdu de son âme. En effet, une UPM sans la Turquie n'aurait aucun sens. Comme l'a expliqué le ministre des Affaires étrangères turc, Ali Babacan, la France avait d'abord envoyé trois lettres d'invitation et dépêché trois envoyés spéciaux à Ankara avant que Sarkozy en personne ne soit finalement obligé de téléphoner à Erdogan. C'est dans ce contexte que les Turcs ont décidé de participer à ce sommet.
Quant à Bachar, qui avait refusé de rencontrer le Premier ministre israélien Ehoud Olmert, il a tout de même fait un cadeau à Sarkozy, fut-il minime, en acceptant d'officialiser des relations diplomatiques avec le Liban, empêchant par là que ce sommet ne fasse l'objet de caricatures trop sévères.
De toutes ces impressions, il ne faut pourtant pas en conclure que l'Union pour la Méditerranée est un concept vide de sens. Il s'agit effectivement d'une zone qui cumule de nombreux problèmes nécessitant une coopération accrue. Néanmoins, il semble difficile que la France, qui suscite davantage le doute que l'enthousiasme dans la région, puisse porter un tel projet. La Turquie a par contre beaucoup plus de chances de réussir dans ce genre d'entreprise.

Semih Idiz - Journal
Milliyet - Courrierinternational.com -le 15 juillet 2008

mardi 15 juillet 2008

Lancement de l'Union pour la Méditerranée

Une quarantaine de pays représentant 800 millions d'habitants réunis à Paris: Nicolas Sarkozy a lancé en fanfare dimanche 13 juillet son Union pour la Méditerranée, dont il espère rien moins qu'une réconciliation de tous les Etats riverains de la "Grande bleue". Reste à savoir si, au-delà du succès du sommet de Paris, l'UPM fera mieux que le processus de Barcelone lancé en 1995 et dont elle s'inspire largement. Les 43 pays européens et méditerranéens ont adopté "à l'unanimité" une déclaration créant l'UPM à l'issue de quatre heures de réunion au Grand Palais. "Nous en avions rêvé. L'Union pour la Méditerranée est maintenant une réalité", s'est réjoui Nicolas Sarkozy. "Il fallait quelqu'un qui prenne des risques et puis le cercle vertueux s'engage", a-t-il espéré. Coprésidée par Nicolas Sarkozy et le président égyptien, Hosni Moubarak, l'UPM réunit la totalité de l'Union européenne et les Etats de la rive sud de la Méditerranée, dont l'Algérie, le Maroc, Israël, la Syrie ou le Liban, ainsi que l'Autorité palestinienne. Seule la Libye a refusé d'y participer.
Un sommet tous les deux ans
Si le mandat du coprésident de la rive Sud a été fixé à deux ans, celui du coprésident du Nord reste flou, alors que l'UE est dans un no man's land juridique depuis le rejet du traité de Lisbonne par les Irlandais. L'UPM tiendra un sommet tous les deux ans. Le lieu où siégera son secrétariat sera fixé lors d'une réunion des ministres en novembre. Les Etats-membres sont tombés d'accord sur six premiers projets concrets "à géométrie variable": l'implication de tous les Etats n'est pas automatique, chacun restant libre de décider de participer ou non à l'un ou l'autre. Pour le reste, l'UPM reprend largement les acquis du processus de Barcelone.
Son nom officiel est d'ailleurs "processus de Barcelone: Union pour la Méditerranée", alors que cette structure était dans l'impasse en raison des conflits régionaux.
Mais il y a "deux nouveautés", a insisté Nicolas Sarkozy: "une volonté d'égalité entre le Nord et le Sud" symbolisée par la coprésidence et "une volonté de se retrouver autour de projets concrets".
Aucun incident
Le président français a qualifié ce sommet de "succès", alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, saluait un "très bon départ" pour l'UPM. Nicolas Sarkozy a surtout insisté sur la présence à la même table de la quasi-totalité des pays arabes concernés, dont le président syrien Bachar el-Assad, et du Premier ministre israélien Ehoud Olmert.
"Pendant quatre heures (...) personne ne s'est levé pour partir (...) Il y a pas eu d'éclats de voix". Certes, mais le président syrien n'était pas présent pour le discours du Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, lors de la séance plénière, selon deux représentants du gouvernement israélien. Il a été "très présent tout au long de l'après-midi", a rétorqué le président français. "Personne a fait d'incident ou quoi que ce soit", a-t-il assuré.
"Si Bachar el-Assad a par exemple des pourparlers, s'il a des choses à faire à l'extérieur de la salle, où est le problème?", a estimé de son côté Hosni Moubarak. Israël et la Syrie ont récemment repris des discussions indirectes de paix sous la médiation de la Turquie, mais le président syrien a laissé entendre que des discussions directes n'étaient pas encore pour bientôt.
De poignée de main entre Bachar el-Assad et Ehoud Olmert, il n'a jamais été question à Paris et il n'y a eu aucune photo de famille du sommet. Le roi du Maroc Mohammed VI était quant à lui absent, ce qui lui a évité de côtoyer le président algérien, Abelaziz Bouteflika.
Mais "le Maroc était représenté", a insisté Nicolas Sarkozy.
Challenges.fr avec AP - le 14 juillet 2008

« Sommet » de Paris de l'Union pour la Méditerranée : une grande fête sans lendemains ?

Les chefs d’Etat ou de gouvernement de 43 pays de l’UE et du pourtour méditerranéen, y compris des Balkans, seront à Paris le 13 juillet pour un « sommet » destiné au lancement de l’Union pour la Méditerranée (UpM).
L’ambition initiale était grande mais le risque est que le projet ne soit plus qu’une « coquille vide ».


Le projet d'Union Méditerranéene, lancé en février 2007, durant la campagne électorale française, portait l’ambition - française - de créer une Union de tous les pays riverains.
Mais le président Sarkozy a dû, graduellement, réduire la dimension de cette Union et accepter de changer la dénomination pour en faire une Union pour la Méditerranée.
L'UpM risque, en l'état de n'être qu'une « coquille vide ».
L’hostilité manifeste des uns, les réserves sourdes des autres, les manœuvres tactiques, adroites, de la Commission européenne, les divisions classiques entre les pays partenaires ont eu raison du projet du président Sarkozy.
Son seul mérite, à l’heure actuelle, est d’avoir placé la Méditerranée au centre du débat méditerranéen et imposé - théoriquement - les notions de parités et de coresponsabilité. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.
La seule vraie question est, non pas, de savoir si l’Union entre Méditerranéens est réaliste mai s’il est possible d’envisager la fin de la désunion des pays de la rive Sud. Sans cela, tout projet ne serait que chimère.
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Le bal du 13 juillet

Le 13 juillet sera un grand jour pour la France, du moins pour son président.
La veille de la fête nationale, le président Sarkozy réunira les chefs d’Etat ou de gouvernements de 43 pays de l’UE et du pourtour méditerranéen, y compris les Balkans: Monténégro, la Bosnie, la Croatie et l’Albanie seront parmi les invités à la table en tant que membres de plein droit.
La Serbie et la Macédoine (ARYM/FYROM) ne seront pas de la fête car, elles ne sont pas explique-t-on, riveraines. La Jordanie, du Portugal et la Mauritanie sont pourtant dans le même cas.
Il faut sans doute y voir le risque de soulever la question du Kosovo et celle aussi de heurter la Grèce qui milite pour l'isolement de la Macédoine dont le nom lui parait historiquement inadéquat
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Les présents et les absents
Ces retrouvailles seront grandioses, si l’on constate la formidable mobilisation diplomatique et celle aussi des medias français lesquels, malgré leurs doutes ou même la raillerie exprimée au départ, ne veulent pas rester en marge de la grande fête. Ils sont maintenant en totale communion avec l’Elysée.
De Paris, on assure que tous les invités seront présents. Tous, sauf Mu’ammar Kadhafi qui a annoncé sa défection voyant dans l’Union pour la Méditerranée une machine de guerre contre les « solidarités » arabes et africaines.
Le souverain jordanien ne sera pas présent. Son agenda lui impose un voyage à Washington. Son absence ne serait cependant pas innocente. Il aurait pu dégager la fin de la journée du 13 juillet s’il avait accordé de l’importance au projet.
Le président Bashar el Assad sera, en quelque sorte, l’invité d’honneur du "sommet". Du moins, le plus visible, l’inespéré, voire, pour certains, le non souhaité.
Le chef de l'Etat syrien ne pouvait ester absent d’un tel rassemblement, mû par son besoin de sortir de la marginalité où il a été placé pour son rôle au Liban et pour des liens avec l’Iran que l’Occident, uni, cherche à distendre avant d’éventuelles réactions aux provocations d’Ahmadinejad.
L’ouverture de pourparlers avec Israël avait aussi facilité l‘octroi de son visa pour Paris et a fait oublier, aux yeux, de ses détracteurs, en premier lieu la France, la nature de son régime. Cette ouverture est à remarquer alors que l’accord d’association avec l’UE demeure remisé dans les tiroirs.
Le premier ministre turc entretient le doute et parait ne pas vouloir s’impliquer outre mesure dans un projet qui avait été présenté comme une alternative à son adhésion. Son pays avait manifesté un début de mauvaise humeur mais a cédé vraisemblablement plus par désintérêt que par conviction.
Le premier ministre israélien, les présidents tunisien, mauritanien, libanais et égyptien paraissent les plus sûrs soutiens du président Sarkozy mais après avoir pris soin de ne pas se couper de la Commission européenne.
Tunis espère obtenir le siège du secrétariat même si son ardeur a été attiédie par deux faits imposés dans la négociation de la déclaration finale. L’une est que l’UE ne versera pas un sou pour les rétributions des membres et du personnel du secrétariat. L’autre est que la décision n’interviendra pas de sitôt. Peut-être en novembre à la faveur de la session ministérielle (affaires étrangères) ordinaire au sein du processus de Barcelone, à Marseille.
L'Espagne est cependant sur les rangs et estime que le choix de Barcelone serait le meilleur
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Première entorse à la parité
L’Egypte sera sans doute le principal gagnant. Hosni Moubarak s’est vu offrir sur un plateau d’or la charge de premier « co-président » de l’UpM. Il ne serait pas compréhensible, ni envisageable, qu'il puisse bouder une conférence qui lui accordera une responsabilité gratifiante alors qu’il doit affronter dans son pays une grogne grandissante liée à sa succession.
Il est à souligner qu'il a été pratiquement désigné par son homologue français.
Les autres pays de la rive sud avaient renâclé à cette première entorse au principe de la co-décision et de « l’ownership » dont le président Sarkozy avait lui-même fait l’argument principal en faveur de son projet. Ils ont dû céder au rite du consensus, en usage au sein de la Ligue arabe, notamment parce que nul parmi les autres chefs d’Etat n’aurait pu assumer ce rôle qui obligeait à parler directement au chef du gouvernement israélien. Pour le reste, il faudra attendre de constater les présences à Paris même.
L’Elysée parait cependant avoir la certitude que presque tous seront au rendez-vous, y compris le roi du Maroc bien que des rumeurs laissent envisager plutôt la venue de son frère ou du premier ministre. Le Maroc a été soucieux de distinguer son propre rôle et qu'il devra jourer dans le cadre de l’UpM. La cour pressante faite par Paris au chef de l’Etat algérien pour qu’il accepte de faire le voyage n’était pas pour plaire à Rabat. Mais les Marocains comptent obtenir le poste de secrétaire général et ne feront rien qui les laisserait en marge.
Le coup d’éclat est venu du président algérien qui avait tiré à boulets rouges sur l’UpM. Son revirement spectaculaire, annoncé à Toyako (Japon), en marge du G8, sans doute sur la promesse qu’il n’y aura pas de « photo de famille » en compagnie d’Ehud Olmert, a laissé désemparée sa presse qui, unanime, critique sa réponse positive à Paris.
Il y a manifestement, à quelques jours du « sommet » une confusion sur la liste des présents.
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Un produit "génétiquement modifié" ?
Cette confusion couvre aussi la dénomination officielle, qui ne laisse pas deviner s’il s’agit d’une nouvelle institution paritaire ou d’un « Barcelone+ ».
Le choix d’une telle appellation a été le point focal des derniers marchandages sur le contenu de la déclaration finale tel que négocié lors de sessions au niveau de hauts fonctionnaires convoquées à un rythme intensifié au cours des dernières semaines.
Une ultime réunion était envisagée à Paris la veille du « sommet ».

Dans la matinée du 13 juillet, les ministres des affaires étrangères devraient mettre la dernière main à ce texte d’une tonalité générale – mis à part une liste de projets qui seront non pas décidés mais mis à l’étude - qui renforce le sentiment, résumé par un journal algérien, que le grand rendez vous de Paris ne sera qu’une « coquille vide ", une simple « messe », selon un autre media.
Plusieurs sources témoignent que la négociation du texte a peu porté sur des questions de fond mais a été focalisée sur la question, déjà citée, de la dénomination et sur le chapitre lié au processus de paix.
Les deux sujets en fait liés. Des pays arabes s’étaient montrés réticents au terme « Union » l’estimant peu approprié dans un cadre impliquant Israël. Ils se sont finalement rangés à l’avis commun et accepté ce que des érudits ont baptisé le « binomen ».
Ce nom à deux volets - « processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée » - a été l’innovation majeure produite par le Conseil européen de mars qui avait avalisé, dans un texte d’une grande concision, le projet français. Il en avait fait, surtout, une initiative communautaire dont la mise en forme – l’enterrement, disaient alors clairement des ambassadeurs maghrébins déçus de voir le projet d’origine « dénaturé » - était confiée à la Commission européenne.
La solution trouvée par le Conseil européen indiquait qu’elle était le fruit d’un compromis laborieux au terme de l’abandon progressif des prétentions initiales de l’Elysée, depuis le discours de Toulon, en février 2007, en pleine campagne électorale, jusqu’aux ultimes tractations crispées avec une Allemagne ouvertement hostile, en passant par la déclaration tripartite de Rome (France, Italie et Espagne), le 20 décembre 2007.
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Angela Merkel a imposé ses vues
Le président français avait dû admettre auprès de la chancelière allemande la nécessité d’inclure dans son projet tous les Etats membres de l’UE et pas seulement les pays riverains.
Il avait déjà accepté à Rome de modifier le label : l’Union « pour » la Méditerranée remplaçait celui, ambigü, d’Union méditerranéenne. L’Espagne et l’Italie ont joué un rôle crucial dans cette évolution de l’initiative française. Ces deux pays et sans doute aussi la Grèce et, avec plus de tiédeur, les autres pays riverains (le Portugal et Malte), ont montré un enthousiasme embarrassé. Heureux que la région ait été ainsi replacée au centre du débat européen, ils n’approuvaient pas la mise à l’écart des pays du Nord de l’UE.
Pratiquement, tous les Etats membres reconnaissaient la nécessité de redonner un second souffle au processus de Barcelone qui, en quatorze ans, a perdu de sa vigueur, victime à la fois du blocage du processus de paix et de méthodes de travail auxquelles manquaient les dimensions, importantes, de parité et de co-responsabilité.
C'est le constat de ces défaillances qui a, précisément, motivé l’initiative du président Sarkozy. Mais il oublie lui-même cependant d’y recourir en omettant de consulter ses partenaires potentiels. Cela lui a été reproché dès le départ par des dirigeants de la rive sud comme ils lui reprocheront par la suite d’avoir lui-même choisi le co-président de l’autre camp, au mépris de la parité. L’essentiel est finalement, selon la formule d’un des Hauts fonctionnaires, que tout le monde a « fait contre mauvaise fortune bon cœur », convaincus que cela n’ira pas plus loin que le 14 juillet.
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Tactique: ne pas contrer mais remettre sur les rails
La Commission européenne s’est visiblement inscrite d'emblée dans cette logique en optant non pas pour la confrontation directe avec un projet qui visait à la dessaisir de ses prérogatives sur le processus de Barcelone mais à l’accompagner et à «l’adoucir » graduellement pour le réduire à sa plus simple expression : une rencontre diplomatique, loin de l’ambition première d’un « sommet » fondateur d’une Union nouvelle.
Le projet de déclaration finale le signifie avec netteté en ne paraissant plus n'être qu’un catalogue de « bonnes intentions ». Il comporte l’énoncé de principes déjà affirmés à Barcelone il y a quatorze ans, y compris un chapitre - âprement marchandé - sur la question du Moyen Orient. La primauté de la sécurité d’Israël et du lien puissant qui la relie à l’Europe – en est l’axe central.
L’UE y rappelle aussi avec force son engagement pour une solution négociée et la fin du calvaire (économique surtout) des Palestiniens. Au plan économique général, les principaux objectifs de la coopération déjà engagée (zone de libre échange à partir de 2010, appui aux intégrations régionales, dialogue politique et droits de l’Homme, etc.) y sont confirmés.
Une liste de projets est présentée et sera mise à l’étude par les structures conjointes à mettre en place. Elle couvre la dépollution de la Méditerranée, des autoroutes maritimes et terrestres, les énergies alternatives, en particulier le solaire, des programmes de protection civile, l’éducation, la recherche et l’université, et un encadrement de l’activité des entreprises.
Les deux points encore ouverts concernent le choix de co-présidents et la création d’un secrétariat et d’un comité conjoint permanent basé à Bruxelles. Hosni Moubarak est assuré d’obtenir un mandat de 2 ans, malgré quelques premières réserves, turques notamment mais vite levées.
En revanche, pour le co-président européen – et ce sera de toutes façons, le locataire de l’Elysée, en tant qu’initiateur de l’UpM et président en exercice de l’UE – la durée de son mandat sera toutefois limitée aux six mois de sa présidence européenne, conformément aux traités.
Sur le secrétariat, le jeu demeure ouvert. Tunis et Rabat sont en concurrence pour le siège de cette structure dont le mandat serait limité à l’administration des projets communs. Mais le pilotage général du processus sera confié au comité conjoint qui ne serait qu’un avatar de l’actuel Comité de suivi ou, officiellement, le « Comité EuroMed ».

Par Fathi Bchir - MedAfrique.info - le 14 juillet 2008

L'UPM lancée dans un climat d'espoir, mais sa route reste semée d'embûches

Lancée en grande pompe sous le signe de la paix, l'Union pour la Méditerranée doit encore régler de nombreuses questions-clé de fonctionnement et démontrer qu'elle peut répondre aux défis d'une région aux écarts économiques considérables et aux profondes divisions politiques.

"Nous en avions rêvé, l'Union pour la Méditerranée est maintenant une réalité", s'est félicité dimanche le président français Nicolas Sarkozy, hôte du sommet qui a réuni 43 pays, tout en reconnaissant qu'il y a encore "beaucoup de travail".

Son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a salué un "événement magnifique". Mais il a déploré que la rivalité israélo-palestinienne, qui a déjà plombé ces dernières années la coopération euro-méditerranée, ait provoqué un "blocage de dernière minute" dans la rédaction de la déclaration finale.
Les questions institutionnelles devraient occuper une bonne part des travaux de mise en place de l'UPM dans les prochains mois.

Le choix d'un site pour le secrétariat général, que se disputent le Maroc, la Tunisie, Malte et l'Espagne, reste à régler. Les ministres des Affaires étrangères de l'UPM doivent se retrouver en novembre pour tenter de résoudre ce point.
La question du financement des projets régionaux destinés à donner un contenu concret à l'UPM (environnement, transports, protection civile etc.) n'est pas non plus verrouillée.

M. Kouchner a reconnu que pour faire avancer l'UPM "il faudra trouver des idées et des moyens" et promis que "toutes les voies seront explorées".
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a toutefois estimé que la dynamique créée par l'UPM allait aider à dégager des "ressources additionnelles".
Reste également à démontrer que le lancement de projets de coopération ciblée suffira à combler l'immense écart de développement de cette région, où le revenu moyen par habitant est de 26.000 dollars au nord, contre 7.000 dollars par an au sud.

Le président égyptien Hosni Moubarak a souligné dimanche que la population des pays du sud méditerranéen allait augmenter de 100 millions de personnes d'ici 2030. Un défi de taille pour une Europe à la démographie poussive, confrontée à une forte pression migratoire venue du sud.

Le chef de la diplomatie suédoise Carl Bildt a salué "une approche plus ambitieuse" pour la coopération euro-méditerranéenne, mais a prévenu que le lancement de l'UPM "ne vas pas changer le monde" du jour au lendemain.
L'UPM risque aussi de se heurter aux mêmes écueils que le processus de Barcelone, lancé en 1995 pour tenter de relancer la politique méditerranéenne de l'UE, victime notamment des tensions israélo-arabes.

La querelle de fin de sommet entre Israéliens et Palestiniens sur la dénomination "d'Etat national" pour qualifier Israël a une nouvelle fois montré la difficulté de traduire en pratique les envolées sur les espoirs de paix.
A Beyrouth, le quotidien As-Safir a estimé que "le rêve de Sarkozy pourrait connaître le même sort" que "la Déclaration de Barcelone qui a achoppé sur le conflit arabo-israélien".

Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes, souligne quant à lui que l'UE reste comme avant confrontée à la difficulté de travailler avec une rive sud minée par ses rivalités internes, dominée par "des dirigeants plus soucieux de sanctuariser leurs régimes que de développer leurs pays".
L'UPM pourrait encore pâtir de la volonté affichée de certains pays européens de renforcer la coopération avec l'Europe de l'est et caucasienne.

"Cette année est une année méditerranéenne, alors l'année prochaine sera une année orientale", a prévenu le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra, dont le pays remplacera en janvier 2009 la France pour la présidence de l'UE.
L'Express.fr - le 14 juillet 2008

Une Union pour la Méditerranée censée « mener vers plus de paix »

L'Union pour la Méditerranée (UPM) a été officiellement lancée dimanche, à Paris, lors d'un sommet réunissant plus de quarante pays, a annoncé le président français Nicolas Sarkozy à la fin des travaux qui ont lancé les premières pistes. Quelques avancées restent néanmoins nécessaires.

« Nous en avions rêvé, l'Union pour la Méditerranée est maintenant une réalité », s'est enthousiasmé le président de la République, dimanche soir. Une réalité, malgré « un dernier moment de blocage entre les Israéliens et Palestiniens qui a fait que le texte doit être encore un peu corrigé », a expliqué Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères.

Plus de quarante dirigeants d'Europe et de la rive sud du bassin méditerranéen ont participé au premier sommet de l'UPM, dont ceux d'Israël et de la Syrie notamment (voir aussi la Question d'actu page 35) . Ce sommet constitutif a officiellement lancé six projets autour de la dépollution de la Méditerranée, les autoroutes de la mer, la protection civile, l'énergie solaire, la création d'une université euro-méditerranéenne et le développement des entreprises.
« Nous sommes certains que de nouvelles pages dans cette coopération s'ouvriront qui pourront nous mener vers plus de paix », a commenté le coprésident de l'Union pour la Méditerranée, le chef d'État égyptien Ho