La «renaissance» égyptienne

L’Egypte apparaît comme un allié précieux de la France, offrant de nouvelles perspectives économiques.

La Terre des pharaons s’apprête à faire une découverte archéologique majeure en ouvrant une nouvelle tombe royale, peut être celle de Néfertiti, ainsi qu’en «scannant» les grandes Pyramides grâce à des drones. Ces événements mettent en lumière le retour de l’Egypte sur la scène internationale depuis l’accession au pouvoir, en janvier 2014, de Abdel Fattah al-Sissi.

Résultat de recherche d'images pour "France Egypte"L’Egypte a souvent été à l’avant-garde des évolutions du monde arabe. Elle fut la terre de naissance des Frères musulmans, en 1928, puis du nationalisme arabe et de l’alliance soviétique avec Nasser, avant qu’Anouar el-Sadate défende un renversement d’alliance avec Washington. En février 2011, le printemps arabe se propagea en Egypte, provoquant le renversement de Hosni Moubarak, avant de s’étendre au monde arabe. La démission de Mohammed Morsi, le 3 juillet 2013, premier président élu issu des Frères musulmans, a marqué l’interruption du printemps arabe et la reprise en main par l’armée. A l’aune de ces violents soubresauts, le chemin parcouru par l’Egypte depuis deux ans est remarquable, même si les défis, y compris sécuritaires, restent nombreux, tout particulièrement dans le Sinaï ou en Haute Egypte.

L’Egypte a, en effet, entrepris de gigantesques projets d’infrastructures et de modernisation. En mars 2015, lors de la Conférence sur le développement économique, l’Egypte a récolté plus de 34,5 milliards de dollars de promesses d’investissement. Le Président Sissi ambitionne, pour désengorger Le Caire et ses 18 millions d’habitants, de construire une nouvelle capitale à l’Est. Le 6 août, le Président Sissi a inauguré le doublement du canal de Suez, travaux réalisés en un an alors que tous les experts prévoyaient un chantier de plus de trois ans. Le Caire souhaite renforcer la position du canal de Suez dans la mondialisation en permettant une circulation croisée des navires, ce qui doit aboutir à un doublement du trafic maritime.

L’Egypte est également en passe de se transformer en puissance énergétique. Le groupe pétrolier BP, et son partenaire russe DEA, ont signé un contrat de 11,4 milliards d’euros pour développer un champ gazier à l’Ouest du delta du Nil. Le groupe italien ENI a découvert, en août, les plus importantes réserves de gaz en Méditerranée. De plus, un accord entre les présidents égyptien et russe prévoit la livraison d’une centrale nucléaire et d’une usine de désalinisation à l’Ouest d’Alexandrie.

L’Egypte engage enfin une modernisation accélérée de son armée grâce aux financements saoudien et émirati. Après avoir conclu le premier contrat d’exportation des Rafale, en février, Le Caire a racheté les deux bâtiments Mistral qui étaient initialement destinés à la Russie. Ces navires doivent sécuriser l’entrée et la sortie du canal de Suez, tout en offrant une nouvelle capacité de projection aux militaires égyptiens.

En conclusion, l’Egypte apparaît comme un allié précieux de la France, offrant de nouvelles perspectives économiques. Certes, cette renaissance est fragile, alors que la région connaît de nombreux soubresauts. Mais l’Egypte compte désormais parmi les puissances émergentes, forte d’un Etat structuré et millénaire, s’affirmant comme une des principales puissances arabes.

Par Laurence Daziano (maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du Conseil scientifique de la Fondapol et auteur de « Les pays émergents, approche géo-économique » (Armand Colin, 2014). 
Source de l'article Les Echos

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