Un colloque sur les relations entre le Maghreb et l’Amérique du Nord

La Confédération des cadres de la finance et de la comptabilité (CCFC) organisera le 27 mars prochain à Alger un colloque sur les relations entre le Maghreb et l’Amérique du Nord. Ambassadeurs, universitaires, experts et P-DG d’entreprise… prendront part à cette rencontre.

Des thèmes intéressants seront abordés au cours de cette journée. Après l’allocution d’ouverture réservée à Karim Mahmoudi, président de la CCFC, un bilan des relations Maghreb-Amérique du Nord sera établi à travers les communications de leurs Excellences, ambassadeurs du Canada et des USA.
Les initiateurs de cette conférence ont également jugé utile de débattre de la lancinante question de la circulation des biens, des  personnes et des idées. Est-ce  “une nécessité, un objectif ou une utopie ?” s’interrogent-ils.
Au moins cinq conférenciers présenteront leurs exposés à ce propos. L’on cite Me Tarek Sbaï, président de l’instance marocaine pour la défense des fonds publics, Nacer Kettane, P-DG du groupe Beur TV et Robert P. Parks, Ph. D. en sciences politiques et directeur du (CEMA) centre d’études maghrébines, université d’Oran Es-Sénia. La mission de modérateur pour ce sujet a été confiée à Outoudert Abrous, directeur de la publication du quotidien Liberté.
Les partenariats et autres complémentarités attendus des relations entre les deux régions résument l’autre point de discussions inscrit au programme.
Les travaux de ce colloque s’achèveront par la lecture des recommandations notamment les perspectives prévues à l’avenir pour les relations entre le Maghreb et l’Amérique du Nord.

Europe et Méditerranée : vers une nouvelle relation

En ces temps de froid quasi-polaire, il est risqué de s’aventurer dans le "Nord" de la France lorsque l’on est Marseillais… Pourtant, nous avons voulu tenter l’aventure lyonnaise pour aller assister à une conférence sur le thème : "Jeunesses euro-méditerranéennes : de l’indignation à l’engagement". Et les interventions valaient le détour !

Réunissant des universitaires, des professionnels de la jeunesse et des élus, l’évènement était la conclusion de quatre jours de séminaires, sur le campus de la faculté Lumière-Lyon 2, où tous avaient pu échanger et travailler sur cette question complexe : "Comment soutenir l’engagement des jeunes dans la construction d’un nouvel espace de stabilité et de prospérité en Euro-Méditerrannée ?"

Orientalisme occidental
Le Printemps arabe, au cœur de l’actualité depuis plus d’un an maintenant, était le point de départ des débats. "Printemps arabe", "Révolution de jasmin", "Révolutions arabes",… Des termes romantiques qui ont contribué à un engouement occidental teinté d’orientalisme, avec une vision du désir de l’orient que l’on veut toujours reconstruire. "Tout le monde a été amoureux des Révolutions arabes", a-t-on pu entendre à la tribune, peut-être une allusion à la réputation romantique des français !

Toujours est-il que le ton était donné, appuyé par les arguments des "experts" qui nous ont amenés à endosser de nouvelles lunettes pour regarder les évènements. Et des lunettes, ils en avaient justement de différentes par leurs fonctions, par leurs origines et par leurs parcours.

Je mettrai donc l’accent sur leurs interventions, plutôt que sur celles des élus et institutionnels qui ont suivi. En effet, le discours quelque peu franco-français avait des allures de campagne électorale qui pouvaient apparaitre comme déplacées vis-à-vis des délégations étrangères qui avaient fait le déplacement.

Le premier expert à intervenir, François Burgat, directeur de l’Institut Français du Proche-Orient s’est avant tout présenté comme un homme qui vivait depuis plus de vingt ans au Proche et Moyen-Orient, et qui, en parlant l’arabe, a tenté de se rapprocher des peuples de ses terres d’adoption pour mieux les comprendre.

Politique et religion
Il s’est efforcé de remettre en cause "notre vision du Printemps arabe" en la dépeignant comme "un processus perçu au Nord comme libératoire qui a été suivi d’élections de partis (les partis islamistes), perçus comme antinomiques à ce processus libératoire". Mais il a précisé que le statut de ces forces politiques était plus complexe que l’image qu’on leur avait donnée.

Selon lui, le fait que les courants islamistes aient pris une place dans la société ne prédétermine pas les comportements sociaux. Il évoque le retour du "parler musulman", c'est-à-dire l'usage par les citoyens du monde arabe de la terminologie de la culture musulmane, qui autorise une grande variété d'actes, d'attitudes et de comportements politiques, en précisant que "cela invite à la complexité, qui est le bien le plus précieux que nous avons sur terre".

Pour décrypter ses propos, nous ferons référence à l’historien Bernard Lewis qui, dans son ouvrage "Le pouvoir et la foi", explique que contrairement au monde chrétien, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et donc de la foi et du pouvoir, n’est pas si évidente que cela dans le monde musulman, et est inhérente à l’influence récente de l’Occident. Vous avez dit complexité… ?!

La seconde experte que nous présenterons, est Gema Martin Munoz, directrice de Casa Arabe [en espagnol] à Madrid. A la suite des propos de François Burgat, elle nous a expliqué que nos stéréotypes ne nous permettaient pas de voir qu’il existait des mouvements sociaux dans le monde arabe bien avant les Révolutions.

La place des femmes
Ainsi, a-t-elle développé, les Révolutions ont suscité une certaine surprise liée aux visions traditionnelles de l’orientalisme : la surprise de voir ces sociétés arabes se soulever, sociétés que l’on considérait comme figées dans le temps, pré-déterminées par l’islam. Dans cette idée, elle nous explique que nos sociétés sont empreintes de fétichisme, par exemple sur la question des femmes, où notre attention s’est arrêtée au port du foulard, du niqab ou du hijab.

Aussi la participation active des femmes en première ligne des revendications a, selon elle, quelque peu endommagé le cliché de la "femme orientale, musulmane, passive, soumise". Complexité des réalités des femmes dans ces pays en profond changement où les femmes sont dans l’espace public depuis longtemps…

Islamisme, condition des femmes,… vous l’aurez compris, ces professionnels n’ont pas évité les sujets tabous, et ils ont même largement pris position, appuyés par des arguments historiques, sociologiques, voire politiques (en tant que discipline).

Réseaux sociaux
Le troisième expert qui est intervenu, Fadi Salem [en anglais], a apporté une vision de la Syrie dont il est originaire, et de Dubaï où il dirige le programme "Gouvernance et Innovation" de la Dubaï School of Government [en anglais]. Il nous a présenté le rôle des médias sociaux dans le printemps arabe, sous trois angles : the good (le bon), the bad (le mauvais) and the ugly (le lamentable).

Il a exposé une étude [en anglais] sur le rôle des réseaux sociaux dans les révolutions arabes, notamment le rôle de Facebook. Dans le "bon", on retrouve l’usage nouvellement politique qui est fait de ce réseau social, avec des appels à protestation qui ont été lancés sur Facebook et qui se sont traduits dans les faits par des manifestations dans les rues. Mais dans le "mauvais", intiment lié à cette constatation, on retrouve les censures des gouvernements, qui en Tunisie, en Egypte et en Lybie, ont été jusqu’à la coupure complète d’internet, voire même de l’électricité.

Et lorsque l’on bascule dans le "lamentable", on voit des réseaux sociaux qui deviennent le terrain privilégié de propagandes, de campagnes haineuses et des bloggeurs qui font l’objet de pressions et encourent des risques d’emprisonnement.

Ceci n’est qu’un aperçu de ce qui a été dit lors de cette conférence et peut-être permettra-t-il d’ouvrir le débat et de donner à chacun l’occasion et l’envie d’élargir son champ de vision sur l’Euro-Méditerranée et plus largement sur le monde.

Cet article est également à retrouver sur le site du Lyon Bondy Blog.
Par Pascaline

Med Film Factory, un projet de soutien aux réalisateurs semi-professionnels arabes


Grâce à Med Film Factory, mis en œuvre dans le cadre du programme euro-méditerranéen Euromed Audiovisuel III, des réalisateurs et des producteurs semi-professionnels arabes des pays méditerranéens partenaires auront la possibilité d'améliorer leurs compétences créatives et professionnelles. Des séances de formation et de mentorat les aident à réaliser leur projet.

Ces sessions auront lieu selon le calendrier suivant :
- Atelier des réalisateurs (juillet 2012)
- Programme de coaching des producteurs  (décembre 2012)
- Assemblée du film indépendant (printemps 2013)

Les équipes, tuteurs et mentors de Med Film Factory fourniront aux réalisateurs et producteurs un soutien entre les sessions ainsi qu'après la fin du programme afin de renforcer leurs projets et de les développer davantage.

La date limite pour l’envoi des candidatures est fixée au  22 avril 2012.

Initié par la Royal Film Commission (Jordanie), Sud Écriture (Tunisie) et la Huston School of Film & Digital Media (Irlande) et cofinancé par le Programme Euromed Audiovisuel III de l'Union européenne, Med Film Factoryest un programme de formation destiné à des équipes de réalisateurs et de producteurs semi-professionnels de la région du Sud de la Méditerranée.

Le programme Euromed Audiovisual III vise à contribuer au développement et au renforcement de la capacité du secteur cinématographique dans la région Sud de l’IEVP (Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie, Territoire palestinien occupé, Tunisie) et à promouvoir la compréhension mutuelle, le dialogue interculturel et la diversité culturelle, conformément à la Stratégie pour le développement de la coopération audiovisuelle euro-méditerranéenne, qui a été approuvée par les ministres de la culture de la région euro-méditerranéenne à Athènes en mai 2008. 
Par ENPI Info Centre

Pour en savoir plus :
 - Check-list  & Formulaire de candidature
 - Med Film Factory : Site internet

Algérie - Les capitaux arabes occupent la place laissée libre par les occidentaux


Partira, partira pas. Viendra, viendra pas. D’ArcelorMittal à Djezzy en passant par Renault, le débat sur l’investissement étranger qui ne représentent pourtant encore qu’à peine 2% de l’investissement réalisé en Algérie au cours des dernières années, continue de faire la une de l’actualité économique
En dépit des dénégations de la communication gouvernementale, le début de désillusion provoqué par les déclarations récentes du P-DG  de Renault  renvoie  à nouveau aux dégâts causés par l’instabilité chronique qui caractérise le cadre juridique de l’investissement ainsi qu’aux ambiguités de la politique d’ouverture inaugurée au début de la décennie écoulée.

Les annonces qui n’ont pas manqué au cours des dernières semaines permettent sans doute de dessiner les principaux contours et les tendances  de ce que sera le paysage de l’investissement étranger en Algérie au cours des prochaines années. Commençons par le cadre juridique.
Au milieu du mois de janvier dernier, une journée d’étude organisée par le cabinet Ernst et Young n’a pas reçu l’écho qu’elle mérite. Une fiscaliste travaillant pour le compte de ce cabinet d’audit de réputation internationale, Mme Deana Jouany d’Almeida, y disséquait les nouvelles dispositions contenues dans la loi de finances 2012.Elle soulignait en substance que les entreprises à capitaux étrangers, implantées en Algérie avant l’entrée en vigueur de LFC 2009, peuvent désormais “tomber sous le coup de la règle des 51/49  en cas de cession ou d’échanges d’actions entre leurs nouveaux et anciens administrateurs si la valeur desdites actions dépasse 1% du capital social de l’entreprise ainsi qu’en cas de modification dans la répartition du capital social”.

Règle du 51/49 : le gouvernement enfonce le clou…
Ces nouvelles dispositions qui mettent les sociétés étrangères, implantées dans le pays avant la promulgation de la LFC 2009, dans l’obligation d’algérianiser la majorité de leur  capital à la moindre modification dans les statuts ont au moins l’avantage d’indiquer clairement la direction dans laquelle travaille le gouvernement algérien.
Les missions du FMI ont beau souligner que l’Algérie “ne profite pas des flux d’investissements internationaux dirigés de façon croissante  vers les pays du Sud”, les  partenaires internationaux peuvent inviter les autorités algériennes  à plus de “souplesse” dans l’application de leur nouvelle  stratégie. Le gouvernement semble bien décidé à enfoncer le clou.
Les conséquences sont déjà visibles. Un rapport confidentiel établi voici un peu plus d’un an  par une mission d’experts européens en déplacement à Alger  dans le cadre de l’évaluation de l’Accord d’association avec l’Union européenne  avertissait : “Le nouveau régime des investissements  adopté par les autorités algériennes introduit une incertitude dans les décisions d’investissement des entreprises européennes en Algérie, en particulier dans des secteurs clés pour le rééquilibrage de la balance commerciale, comme les biens d’équipement et les biens de consommation. Toutes les enquêtes auprès des entreprises le montrent, le changement de cadre institutionnel affecte gravement l’image et les décisions des investisseurs et très vite ces mesures risquent de se révéler contre- productives”.
L’attentisme qui caractérise actuellement la plupart des investisseurs occidentaux - dont “l’affaire Renault” n’est qu’un exemple - n’est donc pas une surprise pour tout le monde…

L’exception des hydrocarbures
Notons, comme on ne plaisante pas avec les “choses sérieuses”, que les lignes ont déjà commencé à bouger dans le secteur des hydrocarbures.
On sait que les  appels d’offres lancés en 2010 et 2011 dans le cadre de la loi Khelil 2006 ne suscitent pas de bousculade de la part des compagnies internationales. Leur  prise de distance  avait même pris récemment des allures de boycott. C’est dans ce contexte que le ministère algérien de l’Énergie a annoncé dernièrement une prochaine modification de la loi en vue de rétablir un équilibre juridique et fiscal à même de relancer l’attractivité des activités amont en Algérie. Le contrat annoncé la semaine dernière entre Sonatrach qui prend une participation de 40% dans l’exploitation du champ gazier de Reggane et trois partenaires étrangers dont l’espagnol Repsol et l’italien Edison donne certainement des indications sur un  “pragmatisme” qui reste pour l’instant limité au secteur des hydrocarbures. 

Une diversification  sectorielle limitée
La politique d’ouverture à l’investissement étranger mise en œuvre à partir du début de la dernière décennie avaient été marquée par une faible diversification sectorielle de l’investissement qui a peu concerné l’industrie et s’est surtout concentré dans les services ; principalement la téléphonie mobile et dans une moindre mesure le secteur bancaire. Les tendances récentes et les projets annoncés  indiquent que les orientations  de l’investissement étranger devraient continuer à toucher au cours des prochaines années un nombre réduit de secteurs économiques . L’observatoire  méditerranéen Anima signalait dans son dernier rapport  pour l’année 2011 que les principaux  projets approuvés depuis l’adoption de la nouvelle réglementation se concentrent d’abord sur le secteur de l’immobilier de luxe avec les projets Dounya Park  et Émiral  dans la région d’Alger. La sidérurgie pourrait être le deuxième axe de cette orientation des investissements avec l’extension prévue des capacités du complexe ArcelorMittal de Annaba et un projet qui reste à finaliser avec des partenaires qataris sur le site de Bellara. Au total, des projets qui devraient en raison principalement de la réserve manifestée par les investisseurs occidentaux, participer de façon limitée à la diversification recherchée de l’économie algérienne.

Des partenaires “privilégiés”
En raison de l’importance des projets pilotés par un petit nombre d’investisseurs qataris et émiratis, la période à venir ne devrait en outre pas déroger à la règle qui a consisté jusqu’ici dans le choix par les autorités algériennes d’un nombre réduit de partenaires privilégiés, une orientation illustrée au cours des années 2000 par  l’importance prise par le groupe Orascom dans les flux d’investissement étranger. À lui seul, le holding égyptien a représenté près  de 40% des investissement étrangers réalisés en Algérie. Le groupe est présent non seulement dans la téléphonie mobile mais il a pris également une part importante au programme de développement de la pétrochimie algérienne en association avec Sonatrach, ainsi qu’à l’installation  d’usines de dessalement d’eau de mer ou encore à la construction de la plus grande cimenterie du pays. Ce partenariat privilégié va vite se révéler comme un facteur de fragilité. La dégradation des relations entre les deux parties à partir de l’année 2007  a plongé l’ensemble de la démarche d’ouverture dans une période de crise.
Tout se passe comme si le clientélisme, tendance lourde du système politique et économique algérien s’était greffé sur la politique d’investissement en lui imposant sa propre logique fondée sur  un choix ciblé de partenaires et de parrainages obligatoires.
Par : Hassan HADDOUCHE – Liberté Algérie

Selon le Centre marocain de conjoncture : Les opérateurs marocains dans l'expectative

D'après un sondage qualitatif portant sur la réaction et les anticipations des principaux opérateurs économiques marocains face à la crise économique mondiale, au Printemps arabe et la dynamique des réformes que le Royaume connaît, publié dans le N° 20 d'Info CMC, la triennale 2009-2011 a été marquée par trois évènements exceptionnels.

Ainsi, si au plan international et notamment en Europe, le principal fait marquant est constitué par la crise économique et la dette avec leurs effets fâcheux fortement ressentis par les entreprises et par les Etats eux-mêmes, la région du pourtour Sud de la Méditerranée a, quant à elle, vécu des événements d'une autre nature revêtant une grande portée. Qualifiés de Printemps arabe, ces événements ont provoqué d'importantes ruptures. Dans ce contexte, le Maroc a accéléré au plan interne la dynamique des réformes qui a été couronnée par l'adoption de la nouvelle Constitution. Cette nouvelle donne a amené le Centre à procéder à la réalisation d'un sondage d'opinion auprès des grands décideurs économiques privés, l'objectif étant de mesurer la perception par ces opérateurs des impacts ressentis en 2011 ou anticipés pour 2012.

Fort impact de la crise sur le moral des opérateurs
Ce sondage révèle que la perception des impacts par les opérateurs est variable d'un événement à l'autre. D'une part, la persistance de la crise en Europe aurait fortement contrarié le cours normal des affaires en 2011;  c'est le cas des 75% des avis exprimés contre à peine 25% qui sont d'un avis contraire. Ils sont 60% à estimer que cette crise connaîtra une aggravation plus ou moins forte en 2012 contre seulement moins de 40% qui pensent le contraire. D'autre part, les opinions des opérateurs sont nettement plus nuancées s'agissant du Printemps arabe. Ainsi, si pour 40% des avis exprimés, ces événements ont été perçus positivement, quelque 27% sont d'un avis contraire et 33% affichent même une attitude d'indifférence. 
En 2012, l'intensité de ce Printemps arabe faiblirait pour 56% des opinions exprimées, contre 44% qui anticipent que cette intensité se fera sentir avec une acuité plus ou moins forte. Enfin, pour ce qui est du Maroc, l'approfondissement des réformes intervenues en 2011 aurait suscité l'adhésion de 60% des opérateurs contre seulement 40% qui seraient restés dans une attitude attentiste. Les opérateurs sont aussi nombreux à s'attendre à une accélération du rythme de ces réformes en 2012. 
Au total, ce sondage révèle que le sentiment d'attentisme toucherait 80% des opérateurs, attitude qui s'expliquerait principalement par la persistance de la crise dans les pays partenaires du Maroc (55% des opinions) et l'accentuation des rythmes de réformes au plan interne (40%), et très faiblement par le Printemps arabe (moins de 5%).….

En attendant les nouvelles règles de Jeu
Toutefois, et au-delà de la dimension purement conjoncturelle de cette démarche, il convient de s'interroger sur la signification profonde des indications chiffrées déduites de ce sondage. Sous cet angle, deux séries d'explication peuvent ainsi être avancées. En premier lieu, ce sondage souligne la forte corrélation entre les réalités économiques et la perception des opérateurs privés. 
Dans ce sens, le poids important accordé à la crise économique s'expliquerait surtout par l'importance de l'Europe dans la réalité de nos échanges extérieurs (plus de 65%), suivie bien loin de l'Asie (quelque 20%) et des Amériques, les échanges avec l'Afrique et les pays arabes de la rive Sud de la Méditerranée revêtant un caractère presque insignifiant. Le faible impact du Printemps arabe est donc conforme à la faiblesse des échanges enregistrés entre les différents pays concernés. 
En deuxième lieu, pour ce qui est des réformes menées au plan interne, le sentiment d'expectative qui prévaut chez la majorité des décideurs privés s'expliquerait par le principe de précaution, attitude normale dans tout contexte nouveau dont les règles de jeu n'ont pas encore été clairement définies. Sous cet angle, deux types d'observations méritent d'être relevés. D'abord, l'accélération du rythme des changements intervenus en 2011 qui est, pour une large part, l'aboutissement d'un processus entamé voilà plus de dix ans, nécessite malgré tout de la part des décideurs privés un délai d'adaptation pour en saisir toutes les implications. Même si, par ailleurs, ces opérateurs sont convaincus de la nécessité de ces réformes pour impulser un nouveau souffle à la croissance économique.
Ensuite, la loi de Finances pour l'exercice 2012, document essentiel dans lequel sont spécifiés les voies et les moyens à mobiliser pour la réalisation des objectifs de politique économique en phase avec les exigences du nouveau contexte, n'est toujours pas adoptée. D'autant qu'au plan global, les indicateurs de performance relatifs à l'exercice écoulé ne semblent pas très encourageants: dépassant les 6% du PIB, les déficits jumeaux des finances publiques et de la balance des paiements seraient synonymes de faibles marges de manoeuvre pour les politiques publiques à venir. 
En définitive, de tels changements institutionnels d'envergure opérés en si peu de temps, un cadre macroéconomique vulnérable, des perspectives de croissance pour 2012 en baisse, tous ces éléments pousseraient les plus avertis des opérateurs à scruter l'horizon avec circonspection.


Tunisie - L’économie se redresse, selon Oxford Business Group


L’économie tunisienne montre des signes de reprises estime Oxford Business Group (OBG) dans une mise à jour optimiste de sa fiche sur la Tunisie. Pour OBG, le principal défi de la Tunisie n’est pas politique mais économique.  Et, explique-t-il, les perspectives de relance semblent prometteuses.
 Un an après la Révolution du jasmin et les bouleversements politiques de 2011, l’économie tunisienne montre des signes de reprise. Selon les estimations du Fonds Monétaire International (FMI), le PIB tunisien enregistrerait cette année une croissance de 3,9%, tandis que la Banque Centrale de Tunisie table sur une progression pouvant atteindre jusqu’à 4,5%. Avec l’appui de partenaires internationaux, le retour des investissements étrangers et un gouvernement qui s’est engagé à encourager le développement d’un climat d’affaires favorable, les perspectives de relance économique semblent prometteuses.
Le climat économique profite déjà de la nette amélioration de la situation politique en ce début d’année 2012. Le mouvement Ennahda, parti islamiste modéré qui a obtenu environ 40% des voix lors de l’élection de l’Assemblée Constituante qui s’est tenue en octobre, a ainsi remporté 89 sièges sur les 217 que compte l’assemblée. Afin d’y obtenir la majorité, ils se sont alliés aux libéraux du Congrès pour la République (CPR) et au parti de centre-gauche Ettakatol. La coalition a trouvé un accord pour le partage du pouvoir dans lequel Hamadi Jbeli, le secrétaire général d’Ennahda, se voit attribuer la fonction de premier ministre ; Moncef Marzouki (CPR) obtient la présidence de la république ; quant à Mustafa Ben Jaafar (Ettakatol), il se retrouve à la tête de l’Assemblée constituante.

Le principal défi est économique
Cependant, le principal défi du nouveau gouvernement sera bien de nature économique et non politique. La coalition a confirmé son intention d’instaurer un climat favorable aux affaires dans le but de stimuler la croissance économique. Le gouvernement a annoncé des projets d’amélioration des infrastructures au niveau national afin d’attirer des investissements étrangers et d’œuvrer à l’élaboration d’un marché commun régional.
L’ancien premier ministre Beji Caid Essebsi a formulé des remarques pessimistes lors d’une conférence économique en décembre, soulignant le rôle crucial que jouera la croissance économique à court terme sur la stabilité politique à venir. Les bouleversements politiques de 2011 ont entraîné une stagnation dans de nombreux secteurs ainsi qu’une baisse brutale du nombre de touristes étrangers, passé de 7 millions en 2010 à 4,5 millions l’an dernier selon les estimations. Le tourisme est l’un des piliers de l’économie nationale tunisienne et les recettes générées par le secteur auraient chuté d’environ 50% en 2011 pour s’établir à 1,2 milliards d’euros.
Par conséquent, les réserves en devises de la Tunisie ont chuté de 20%, c'est-à-dire de 2,4 milliards de dinars tunisiens (1,23 milliards d’euros) entre janvier et novembre 2011. Si l’économie a progressé au rythme de 1,5% au troisième trimestre 2011, le taux de croissance annuel n’a été que de 0,2%. Des facteurs extérieurs, tels qu’une baisse de la demande en provenance de l’UE, le principal partenaire commercial de la Tunisie, ainsi que le conflit qui agite son plus important partenaire commercial dans la région, la Libye, ont contribué à exacerber l’impact négatif sur l’économie.

Perspectives d’amélioration
Cependant, des perspectives d’amélioration se dessinent pour 2012, notamment grâce au soutien d’un grand nombre de partenaires commerciaux et de partenaires de développement du pays. Les gouvernements de l’UE ont annoncé le 14 décembre leur décision d’ouvrir des négociations commerciales avec le nouveau gouvernement tunisien.
Cette coopération accrue vise à soutenir la transition démocratique en réduisant les barrières commerciales et en stimulant la croissance économique. Le résultat de ces négociations pourrait signifier pour la Tunisie un élargissement des accords commerciaux actuellement en vigueur à de nouveaux secteurs, comme l’agriculture ou les services, et pourrait contribuer à établir une coopération régionale. Des fonctionnaires de la Commission européenne ont déclaré à Reuters que ces négociations iraient au-delà des accords actuels sur les tarifs douaniers et prendraient en compte des questions réglementaires, concernant par exemple les marchés publics et la protection des investissements.
La Tunisie cherche également à consolider des relations commerciales avec des partenaires autres que ses partenaires principaux. Lors d’une récente visite du ministre des Affaires étrangères Rafik Abdessalem en Turquie, les deux pays ont souligné leur désir d’accroître leur coopération économique. En janvier également, la Tunisie et les Pays-Bas ont annoncé le lancement d’un programme visant à développer le partenariat et l’investissement bilatéral. Ce programme prévoit la mise en place d’un fonds de 250 000 euros, qui pourrait aller jusqu’à 1,5 million d’euros, pour aider les entreprises des deux pays à créer des partenariats.

Retrouver le chemin de la croissance
Le gouvernement prévoit également d’augmenter les dépenses en 2012 afin de revigorer l’activité économique. Selon des responsables du budget, le déficit budgétaire serait en augmentation et représenterait 6% du PIB contre environ 4,5% en 2011. Le budget 2012 a été fixé à 22,94 milliards de dinars tunisiens (11,8 milliards d’euros), soit une augmentation de 7,5% par rapport à 2011. La presse nationale a rapporté que le déficit courant serait maintenu au taux particulièrement élevé de 5,4% du PIB en 2012.
Le gouvernement espère pouvoir circonscrire le déficit budgétaire à 6% afin de ne pas risquer une dégradation de sa note de dette souveraine. Si les dépenses publiques visant à augmenter les salaires et les subventions devraient avoir des effets bénéfiques à court terme, une hausse de la productivité doit y être associée pour assurer une croissance continue. Avec des signes de reprise de l’activité industrielle locale et le soutien de ses partenaires internationaux, la Tunisie devrait retrouver le chemin de la croissance économique.

Par Oxford Business Group

L'Union européenne envisage un "allègement de la dette" de pays d'Afrique du nord

Les gouvernements des pays de l'Union européenne envisagent un "allègement de la dette" de pays d'Afrique du nord tels que l'Egypte, ont déclaré mercredi soir à l'AFP des sources européennes et gouvernementales.

"Les Etats membres (de l'UE) vont examiner les possibilités d'utiliser un allègement de la dette comme signal d'un changement" à l'égard de pays du sud de la Méditerranée, selon des conclusions qui seront soumises au sommet de l'UE des 1er et 2 mars.


Ce projet apparaît à peine 24 heures après que les pays de la zone euro eurent adopté un plan de soutien sans précédent à la Grèce pour l'aider à faire face à sa dette.
C'est avant tout le gouvernement français qui cherche à promouvoir ce projet qui doit être discuté une première fois pendant une réunion jeudi matin des ambassadeurs des 27 pays membres de l'UE, selon des diplomates. Il faut s'attendre à "une vive discussion", a estimé un haut responsable de l'UE à propos du projet, qui prévoit qu'un allègement de dette pourrait être accordé en échange de réformes démocratiques et de concessions commerciales.
A l'occasion de la réunion de jeudi, il s'agit de voir "qui d'autre montre de la résolution sur ce sujet, qui est neutre à ce stade et qui va manifester de l'opposition" au projet, a-t-il expliqué. L'idée est de s'inscrire dans la foulée du "printemps arabe", l'UE demandant des "progrès rapides" dans des négociations sur des accords de libre-échange entre les Européens et leurs "voisins du sud" de la Méditerranée, selon ce responsable de l'UE.
Selon l'UE, les pays concernés sont: l'Algérie, l'Egypte, la bande de Gaza et la Cisjordanie, Israël, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Syrie et la Tunisie.
Les dirigeants européens ont des plans ambitieux pour intégrer totalement cette région dans le plus grand espace de libre échange de biens et de services du monde et l'aider à relancer une croissance économique stagnante.
Si le projet est adopté, l'allégement de la dette incitera ces pays à adopter les normes européennes avec la menace d'une suspension de l'aide pour ceux qui seront accusés d'oppression ou de graves violations des droits de l'homme.
Un responsable gouvernemental d'un pays membre a indiqué qu'il ne s'agissait pas à ce stade de parler de chiffres d'un éventuel allègement de dette et que la Commission européenne n'en avancerait pas avant avril, mais que "des milliards de dollars" pourraient être en jeu.
L'Egypte et la Tunisie ont été à elles seules les plus grandes bénéficaires à ce jour des prêts de la Banque européenne d'investissements (BEI) dont le site internet indique que chacun des deux pays a reçu près de 4 milliards d'euros avant le début des révoltes il y a un an. La BEI a suspendu ses prêts à la Syrie qui ont atteint près de 2 milliards d'euros en 2010.
L'Egypte, le pays qui a connu la plus importante révolte du "Printemps Arabe", est confrontée à d'importantes diminutions de ses reserves de devises étrangères et les autorités de transition s'apprêtent à signer un protocole d'accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt d'un montant d'environ 3 milliards de dollars qu'elle avait refusé dans un premier temps.
L'agence de notation financière Standard and Poor's (SP) avait annoncé le 10 février qu'elle abaissait la note de l'Egypte de "B+" à "B" en raison du "fort déclin de ses réserves en devises" et de l'instabilité politique.
La presse égyptienne a affirmé ces jours derniers que l'UE pourrait prêter 500 millions d'euros à l'Egypte.
Par AFP & LeParisien.fr

Tour d’horizon de l’engagement de la BEI-FEMIP au sud de la Méditerranée

À la suite de la conférence annuelle de la Banque européenne d’investissement (BEI), son vice-Président Philippe de Fontaine Vive, également « patron » de la Facilité euro-méditerranéenne de financement et d’investissement (FEMIP) fait le point sur les engagements de la BEI-FEMIP en 2011 auprès des pays partenaires Sud et Est-méditerranéens













LeJMED – À la réunion des Ministres des Finances du « Partenariat de Deauville », à Marseille le 10 septembre 2011, la BEI a confirmé son engagement à accroître ses financements à la Tunisie, à l’Égypte, au Maroc et à la Jordanie pour soutenir la transition démocratique en Méditerranée. Il fut annoncé que les quatre pays recevraient 7,5 Mds USD de la BEI-FEMIP d’ici à la fin 2013. Mais en 2011, pour l’ensemble des paysFEMIP du sud méditerranéen, c’est seulement un milliard d’euros qui a été engagé. Et les prévisions de prêts annoncés pour 2012 se situent au même niveau de 1 Md €. On est donc en dessous des prévisions, non ?
Philippe de Fontaine Vive  Oui, le calcul fait à Marseille, c’était de parvenir à un rythme de 2 Mds € par an, donc aux 7,5 Mds USD, sur trois ans. Les événements historiques des printemps arabes qui se sont produits en Méditerranée en 2011 ont amené des changements de gouvernements et d’administrations, donc tout un bouleversement chez nos partenaires. Concernant la Tunisie et le Maroc, après cette année de changements, de nouveaux gouvernements issus d’élections et des administrations sont déjà en place, donc les projets ont pu avancer.
En revanche, depuis cette déclaration de septembre 2011, nous nous trouvons devant une situation bien plus complexe au Proche-Orient. En Égypte, pour l’instant, nous n’avons pas d’interlocuteurs en capacité de souscrire des engagements durables. En Syrie, comme vous le savez, l’Europe a engagé un processus de sanctions vis-à-vis du régime. Pour ce qui concerne le Proche-Orient, il est donc peu vraisemblable que nous atteignions les montants énoncés en septembre 2011 à Marseille. En revanche, si l’on se réfère au seul Maghreb, nous ne sommes pas loin de la moyenne de marche, avec 503 M € de signatures en 2011…
Justement, au Maghreb, évoquons le cas particulier de la Tunisie, « où tout a commencé ». Dès le 19 janvier 2011, quelques jours après la fuite de Ben Ali, vous avez affirmé que l’UE et l’UpM devaient apporter « un soutien renforcé à la Tunisie ». Où en sommes-nous ?
Philippe de Fontaine Vive – La FEMIP a tout mis en œuvre pour apporter une réponse concrète aux attentes exprimées par le Printemps arabe. Ainsi nous avons intensifié notre concours à des projets créateurs d’emplois, notamment pour les jeunes, au Maroc, en Jordanie, et bien sûr en Tunisie. Vous observerez que le Maghreb a été le premier bénéficiaire de l’action de la FEMIP en 2011, avec 503 millions d’euros de signatures, dont 303 M € pour la Tunisie, accordés dès les mois de juin et de septembre, et 200 M € pour le Maroc.
Le premier prêt accordé à la Tunisie, de 163 M €, visait la création d’emplois en finançant la rénovation de l’ensemble du réseau routier du pays, y compris les routes rurales, ainsi que l’amélioration de la sécurité routière.
Le second prêt, de 140 M €, permettra concrètement l’implantation d’un projet industriel de grande dimension, grâce à la construction d’une usine d’engrais sur le site de M’dhilla par le Groupe chimique tunisien, quatrième producteur mondial de phosphate. Ce projet aura une incidence positive forte sur l’activité économique locale, puisqu’il permettra la création d’emplois dans la région de Gafsa, touchée par un taux de chômage élevé.
Dans le cadre du Partenariat de Deauville, dont l’objectif est justement le soutien aux pays méditerranéens en « transition démocratique » – Tunisie, Égypte, Maroc, Jordanie – avez-vous commencé à travailler avec vos partenaires, notamment avec la BERD ? On a pu entendre dire que le Partenariat de Deauville serait par trop hétérogène, avec des institutions qui ne partagent pas les mêmes savoir-faire, ni parfois, les mêmes valeurs…
Philippe de Fontaine Vive – Les différentes institutions internationales n’ayant ni les mêmes actionnaires, ni les mêmes statuts, ni les mêmes expériences, il va de soi qu’elles n’ont pas les mêmes métiers, ni les mêmes priorités. C’est pourquoi, d’ailleurs, le Partenariat de Deauville nous a demandé de nous coordonner le plus efficacement possible, chacun apportant son expertise. Par exemple, la BEI-FEMIP est plutôt l’expert des prêts aux PME, du financement des infrastructures en eau, des transports, des télécommunications, du gaz, etc., tandis que la Banque islamique est plutôt habituée au cofinancement, et selon des procédures d’appels d’offres différentes des procédures européennes.
La BERD, qui va développer sa propre activité, est plus spécialiste des prises de participation, elle est plus à même d’apporter des lignes de financement du commerce, expérience qu’elle a développée. Chacun a donc un savoir-faire différent. Il en surgira une très intéressante complémentarité.
Un exemple de partenariat engagé avec la BERD ?
Philippe de Fontaine Vive – Il est encore trop tôt pour donner un exemple. Pour l’instant, la BERD ne peut pas encore intervenir en Méditerranée. Elle doit pour cela modifier ses statuts, et la procédure de ratification est en cours, avec le passage devant le parlement de chacun de ses États actionnaires. C’est lorsque ses statuts modifiés auront été validés qu’elle pourra accorder des prêts ou prendre des participations. Pour l’instant, elle ne peut intervenir que via le fonds fiduciaire qu’elle a constitué, doté d’environ 70 M €.
Mais, déjà, la BERD est dans une phase qu’on peut qualifier d’investissement humain, pour bien comprendre les besoins de la région. Elle a commencé de recruter des équipes, et recherche des bureaux pour les installer, notamment à Casablanca et à Tunis. D’ailleurs, nous avons proposé de les accueillir dans nos propres locaux de la BEI-FEMIP, mais finalement l’idée a été abandonnée, car ils seront trop nombreux, nous n’aurions pas eu suffisamment de place… Nous espérons en tout cas pouvoir coopérer étroitement, pour devenir aussi complémentaires que possible.
Que devient le projet de la Banque de la Méditerranée, telle que la préconisait le Rapport Milhaud ?
Philippe de Fontaine Vive – Je pense qu’actuellement il n’y a pas de demande, ni en Europe, ni au sud de la Méditerranée, pour créer une institution nouvelle. Parce que le défi lancé à la BEI, à la BERD, à la Banque mondiale, à la Banque islamique de développement et à la Banque africaine, via le Partenariat de Deauville, c’est de suffisamment bien travailler ensemble pour que l’on soit capables, ensemble, de répondre aux besoins des pays de la Méditerranée.
Où en êtes-vous avec votre initiative de favoriser les partenariats public-privé (PPP) en Méditerranée, annoncée lors de votre Déclaration de Casablanca, en mai 2011, et à laquelle avaient d’emblée adhéré quatre pays – Égypte, Jordanie, Maroc et Tunisie ?
Philippe de Fontaine Vive – À l’issue d’une étude sur les PPP et sur l’ensemble de la région, que nous avons en effet rendue publique à Casablanca en mai 2011, les Ministres des finances européens et méditerranéens ont décidé en juillet 2011 de faire bénéficier les quatre pays ayant adhéré à la Déclaration de Casablanca, et du Partenariat de Deauville, de l’accès au réseau européen des experts de PPP – réseau que fait vivre la BEI – pendant une phase pilote de dix-huit mois. Nous reverrons donc tout cela début 2013.
Très concrètement, les quatre pays adhérents sont en train de désigner leurs experts, qui seront les correspondants des nôtres, et très concrètement aussi, le Maroc est en train, avec notre assistance technique, de finaliser un projet de loi réformant les partenariats public-privé, ce qui lui permettra de développer ce mode de financement au Maroc, compte tenu des programmes importants d’investissements publics en cours. La Tunisie aussi est en train de placer ce sujet parmi ses priorités ; nous avons donc également un dialogue avec les experts tunisiens.
En janvier 2011, à Barcelone, vous avez signé un Mémorandum d’accord (MoU) avec le Secrétariat général de l’Union pour la Méditerranée (UpM), afin d’établir une étroite collaboration dans les domaines économique, social et du développement durable. Où en êtes-vous ?
Philippe de Fontaine Vive – Nous avons une coopération très étroite avec le Secrétariat général de l’UpM. En application de l’accord signé, que vous citez, nous avons mis deux agents expérimentés à disposition, sur place à Barcelone, l’un auprès du Secrétaire général, l’autre auprès du Secrétaire général adjoint chargé de lever les financements pour les projets en Méditerranée.
Nous sommes donc déjà totalement coordonnées au quotidien. Ceci a déjà débouché sur l’adoption par l’UpM des critères d’éligibilité des prêts pour le développement urbain, que nous avons rédigés avec nos amis de l’Agence française de développement, et que les ministres compétents ont validés lors de leur réunion de novembre 2011, à Strasbourg. Nous espérons maintenant préparer avec le Secrétariat général une nouvelle réunion des Ministres du développement urbain, à l’automne 2012, pour concrétiser ce partenariat. Le même travail est en cours pour le Plan solaire méditerranéen, le PSM. Il est important que les premiers projets du PSM sortent de terre. Le premier d’entre eux devrait se concrétiser au Maroc, à Ouarzazate, dès juin de cette année – ainsi d’ailleurs que j’ai eu l’occasion de l’évoquer il y a quelques jours avec le nouveau Secrétaire général élu de l’UpM, Fathallah Sijilmassi.
Fathallah Sijilmassi, le diplomate marocain qui fut notamment Ambassadeur à Paris, s’est toujours exprimé très positivement en faveur de l’UpM. Son élection comme Secrétaire général de l’UpM est donc une bonne nouvelle… ?
Philippe de Fontaine Vive – Oui ! Je suis très heureux de sa récente élection à l’unanimité des Ambassadeurs représentant les 43 pays auprès de l’UpM.
Vous dirigez la FEMIP depuis sa création, il y a dix ans, et vous avez accumulé une expérience unique au contact des partenaires du Sud. Quels enseignements tirez-vous de cette expérience pour les relations nord-sud en Méditerranée ?
Philippe de Fontaine Vive – Je crois que l’Europe n’a pas suffisamment conscience de la richesse de son expérience. Pas seulement financière, mais aussi de savoir faire technique, de consultation des populations, d’arbitrage entre les préoccupations environnementales et de création de valeur… Grâce à la FEMIP, depuis dix ans, cette expérience a commencé à être partagée avec les pays méditerranéens, car nous nous sommes placés dans une situation de dialogue, d’écoute et de soutien, et pas dans une posture de donneur de leçons, comme cela fut trop souvent le cas avec l’aide traditionnelle au développement.
Je crois que nos pays partenaires méditerranéens, tout au long de ces dix années d’existence de la FEMIP, ont apprécié que nous les ayons associés aux décisions de la FEMIP, et cela même si juridiquement il n’avaient pas à influer. Mais, notre optique a toujours été d’opérer avec eux en pleine concertation, en invitant les ministres des pays partenaires méditerranéens à dialoguer d’égal à égal avec les ministres européens.
Et c’est se qui se concrétisera encore à Chypre en septembre 2012. Car justement, pour montrer son engagement méditerranéen, la présidence chypriote a souhaité inviter tous les ministres concernés à échanger librement à l’ECOFIN informel de septembre, afin d’apprécier, justement, quelles leçons tirer de ces dix années, et relancer le partenariat.


Et comment se présentent les relations avec les partenaires du Sud, plus précisément depuis un an, à la suite des chambardements issus du printemps arabe ?
Philippe de Fontaine Vive – Depuis un an, en Tunisie, j’ai eu le plaisir et l’honneur de travailler avec trois Premiers ministres successifs : Mohamed Ghannouchi, qui a eu le courage de ne pas user de son pouvoir pour en tirer un quelconque bénéfice personnel, et est sorti la tête haute de la première phase si délicate du processus de transition ; ensuite, Béji Caïd Essebsi, qui a assuré la transition vers les élections réussies de novembre 2011, et avec lequel nous avons développé un partenariat de très grande qualité pour essayer de soutenir la prospérité en Tunisie sans attendre l’entière stabilisation politique – d’ailleurs, comme je l’ai dit, nous avons prêté 303 M € en 2011 à la Tunisie, ce qui en fait le premier récipiendaire des pays FEMIP, et cela montre bien que nous avons soutenu la transition démocratique.
Enfin, dès novembre dernier, avant même la proclamation du nouveau gouvernement, j’ai pu rencontrer le nouveau Premier ministre issu des élections, Hammadi Jabali. Tout de suite, il a fait preuve d’une grande attention à la technicité que nous pouvions apporter, et nous avons fait montre d’une grande écoute de sa légitimité politique afin de voir avec lui comment continuer de soutenir mieux encore le développement économique et social tunisien, avec des partenaires que nous connaissions d’ailleurs déjà bien, certains ministres de l’actuel gouvernement étant d’anciens hauts fonctionnaires ou chefs d’entreprise avec lesquels nous avions déjà travaillé.
Cette confiance, au moment de forts changements politiques, est une véritable satisfaction pour les Européens, qui se sentent toujours aussi bien accueillis en Tunisie. Au Maroc voisin, il est tout aussi remarquable de constater qu’à peine investi par l’Assemblée nationale, le Premier ministre Abdelilah Benkirane s’est rendu au Sommet de Davos, pour expliquer à la communauté des investisseurs internationaux que le développement économique et social du Royaume était sa première priorité, et qu’il comptait sur ses partenaires…
C’est à Tunis que vous avez choisi de tenir le 8 mars prochain la Xe Conférence annuelle de la FEMIP, en présence du premier ministre Hammadi Jebali. À quelle thématique sera-t-elle dédiée ?
Philippe de Fontaine Vive – Cette Xe Conférence FEMIP de Tunis est dédiée au financement et au soutien des PME qui, en Méditerranée comme en Europe, sont les premiers créateurs d’emploi. L’idée centrale de la conférence, c’est comment éviter aux PME de subir la crise financière, cette crise qui réduit les capacités de prêt des banques commerciales à leur égard. Il s’agit donc de faire masse de notre expérience dans l’ensemble des pays de la région, puisque nous avons développé un peu plus de 50 fonds d’investissements dans ces pays. Pour la plupart d’entre eux, ce sont success stories qui permettent de voir comment de bonnes initiatives ont pu, à un moment donné, permettre à des entrepreneurs de décoller, comment des institutions de microcrédit ont pu permettre à des chômeurs de créer leur propre entreprise. C’est cela, le thème de cette conférence.
Vous venez d’évoquer l’importance du microcrédit, au Sud de la Méditerranée… et au Nord aussi, puisque lundi 20 février, à Marseille, vous avez signé un engagement de financement au bénéfice d’une institution de microcrédit…
Philippe de Fontaine Vive – Tout à fait. Nous avons tiré de notre expérience dans les pays sud méditerranéens et dans les pays de l’Afrique sub-saharienne, la leçon selon laquelle, pour sortir du chômage et permettre à de toutes petites entreprises de se développer, il est nécessaire d’avoir, à coté des réseaux bancaires, des institutions de micro crédit dédié.
Ce constat, nous l’avons partagé avec la Commission et le Parlement européens. Il fut ainsi décidé en 2011 d’élaborer un programme spécial de développement du microcrédit au sein de l’Union européenne, pour conforter les associations et les institutions de microcrédit qui ont commencé de se développer au côté du secteur bancaire.
Effectivement, lundi à Marseille, nous avons procédé à la première signature de financement d’une institution de microcrédit en France, Créa-Sol, via notre Fonds Européen d’Investissement (FEI). Créa-Sol est garantie par deux Caisses d’Épargne, celle de Provence et celle d’Alpes Côte-d’Azur. Cela signifie que la gestion et le savoir-faire sont le fait de Créa-Sol, mais que s’il devait y avoir des difficultés du point de vue de la solvabilité, les parrains que sont les deux Caisses d’Épargne régionales se portent garantes de notre prêt de 1 million d’euros – ce qui représente un changement de dimension pour l’institution Créa-Sol, et c’est un montant très significatif pour ce type prêts, qui se comptent en milliers d’euros.
Cet exemple sera observé de très près, pour voir s’il pourrait être généralisé à l’ensemble du territoire, car les micro-entreprises sont un vecteur important de création d’emplois, notamment lorsqu’il s’agit de reconversion de travailleurs ou de création de nouvelles activités.


Où en est le fonds Inframed, dédié quant à lui aux investissements importants pour le financement des infrastructures en Méditerranée, que la BEI a contribué à créer, en mai 2010, et qui semble marquer le pas, puisque sa dotation initiale de 385 M € est restée inchangée à ce jour, alors que l’objectif d’Inframed visait 1 milliard d’euros ?
Philippe de Fontaine Vive – Il est clair que la montée en puissance d’Inframed, avec nos partenaires fondateurs marocain, italien, égyptien et français n’a pas pu se concrétiser en 2011, du fait des changements historiques en cours dans la région. Nus sommes toutefois satisfaits qu’à la fin de l’année 2011, un travail est venu à maturité, qui ne pouvait pas jusqu’ici être exposé au public, mais nous allons voir très bientôt aboutir les premiers projets financés, très vraisemblablement en Turquie et au Maroc, pays qui offrent à l’heure actuelle le plus de sécurité et d’ampleur financière.
L’année dernière, en avril, vous avez aussi participé à la création de l’OCEMO, l’Office de Coopération économique de la Méditerranée et de l’Orient, également installé à Marseille, et dont vous êtes le co-Président, avec l’ancien ministre turc des finances, Kemal Derviş, maintenant vice-Président de la Brookings Institution. Vous vous étiez assigné comme priorité l’emploi des jeunes et les régions. Où en êtes-vous ?
Philippe de Fontaine Vive – Nous sommes dans la situation où il faut faire masse de toutes les bonnes volontés pour développer la Méditerranée. Ainsi nous avons estimé qu’à côté de la BEI et de la Banque mondiale, déjà présentes à Marseille, il était utile de fédérer les instituions non étatiques dans cet Office de Coopération économique de la Méditerranée et de l’Orient. Il réunit des universités, des agences d’investissement, des écoles de commerce… au total 167 entités de 27 pays, et des entreprises, afin de fédérer des initiatives purement économiques. L’OCEMO rendra public dès ce printemps un premier programme de travail.
Entrevue réalisée par Alfred Mignot à Bruxelles, le 16 février 2012