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samedi 10 décembre 2016

L’Algérie à la croisée des chemins, une analyse de J.L Guigou, président du think tank IPEMED

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L’Algérie est en passe de retrouver son destin de grande puissance en Méditerranée et en Afrique" estime Jean-Louis Guigou, président de l’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen (IPEMED), un think tank euroméditerranéen centré sur les questions économiques de la région méditerranéenne. 

Elle emprunte pour cela deux "chemins qui traversent son territoire". 

L’Algérie est en passe de retrouver son destin de grande puissance en Méditerranée et en Afrique. Sans bouleversements intempestifs, l’économie et les mentalités se transforment en profondeur. Se dessine une vision ambitieuse et historique pour les Algériens, mais aussi une vision qui doit parler aux Méditerranéens, aux Africains, et aux Européens. 

L’Algérie emprunte deux chemins qui traversent son territoire. Le premier c’est celui de l’industrialisation du Nord de l’Afrique, de l’Egypte au Maroc, avec l’Algérie au centre. Le second chemin, selon un axe Nord-Sud, c’est celui de la Dorsale Transsaharienne, d’Alger à Lagos, contribuant au développement du Sahel, tout en reliant l’Afrique du Nord à l’Afrique Sub-Saharienne.


Le premier chemin est horizontal. C’est celui de l’industrialisation du Nord de l’Afrique, de l’Egypte au Maroc. En effet, depuis 1980, presque tous les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée s’industrialisent. Ils substituent la production intérieure (voiture, mécanique, biens d’équipements…) aux importations. Sans rupture, le Maroc, la Tunisie, le Liban, la Turquie, et la Jordanie (1) sont devenus exportateurs de produits manufacturés, de machines et d’équipement de transport etc… 

Consciente de son retard, l’Algérie accélère sa diversification économique. Le monde patronal et le secteur privé font de plus en plus entendre leur voix. Le thème de la diversification industrielle est au centre des réflexions et des propositions. Sont désormais considérées comme prioritaires, les industries d’assemblage (automobile et technique), les industries de base (sidérurgie et pétrochimie), l’industrie agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, et l’industrie numérique.

L’Algérie rentre, ainsi, progressivement, avec une place centrale grâce à sa position géographique et à l’abondance de ces matières premières et énergétiques, sur le chemin de l’industrialisation de la rive Sud de la Méditerranée. 

Car, il y a bien un mouvement historique, de grande ampleur, qui positionne le Nord de l’Afrique comme la grande zone industrielle en complément de l’Europe. La Ruhr du XXIème siècle pourrait être Nord-Africaine. Ce mouvement d’industrialisation au Sud est entretenu et accéléré par, tout d’abord, le dynamisme extraordinaire des entrepreneurs locaux qui amènent les allemands (2) à s’interroger « l’Afrique sera-t-elle l’Asie du XXIème siècle ? » .

Ce mouvement d’industrialisation est conforté par les nouveaux comportements des entrepreneurs européens qui commencent à comprendre les bienfaits de la co-production et du partenariat, avec un pied au Nord et un pied au Sud de leur chaine de valeur. Cette stratégie leur permet de bénéficier de la proximité géographique et culturelle d’une part et de la complémentarité entre des pays matures et vieillissants au Nord, et des pays jeunes et émergents au Sud.

Enfin ce mouvement est fortement accéléré par les Chinois qui vont délocaliser 85 millions d’emplois manufacturés en Afrique (3), et se positionner sur la rive Sud de la Méditerranée pour approvisionner l’Europe. Ce mouvement est irréversible - Le capital est à l’œuvre. Voilà pourquoi l’Algérie entend profiter de ce mouvement, tant ses richesses minières et humaines et sa « profondeur » africaine lui attribuent un rôle stratégique. Ce premier chemin d’industrialisation est d’autant plus pertinent pour engager le pays qu’il se croise avec un deuxième chemin Nord/Sud que les Algériens veulent et vont construire.

En effet, le second chemin, en chantier, est vertical Nord/Sud. C’est celui du transport, de la logistique de la communication, des connections gazières, et du développement du Sahel. Un grand axe est en chantier qui part du nouveau port de Cherchell, à l’ouest d’Alger, en direction de Tamanrasset, en passant par le Niger, le Mali pour aboutir à Lagos (Nigéria).

Encore un grand projet d’infrastructure similaire au port de Hambourg exigeant quelques 3 milliards d’investissement et la coopération des Chinois. Il s’agit d’une nouvelle version de la Transsaharienne mais, cette fois, enrichie de zones industrielles, de zones franches, de technopoles et de clusters industriels. Une vraie dorsale que reliera l’Afrique du Nord à l’Afrique subsaharienne en plein boom économique.

Pour mener à bien ce grand projet géopolitique d’une Algérie à la croisée des chemins – celui de l’industrialisation dans l’espace euro-méditerranéen, mais aussi celui d’un ancrage africain Nord/Sud, trois difficultés sont à surmonter :

La première est de faire revenir «ses» élites algériennes de France, d’Europe et d’Amérique du Nord (Silicon Valley). Le retour de la diaspora a été opportunément utilisé par l’Inde et cela à grande échelle en leur confiant le montage et la gestion des technopoles, des parcs industriels et des zones franches (Bangalore), transformant l’Inde en une immense technopole qui travaille, la main dans la main, avec des entreprises Américaines.

La seconde difficulté est de retrouver le chemin de l’intégration et de la coopération avec les autres pays du Maghreb, et en particulier avec le Maroc. L’Union du Maghreb permettrait ainsi de constituer un bassin économique intégré de 100 millions d’habitants véritable plateforme industrielle et logistique pour aller plus au sud, vers Afrique subsaharienne. 

Enfin, la troisième difficulté, c’est peut-être de réconcilier, enfin, ces deux pays amis – la France et l’Algérie. Comment retrouver les chemins de la confiance si ce n’est en construisant ensemble un grand projet historique qui est celui de « l’Algérie à la croisée des chemins ». Les Algériens et les Français sont à la Méditerranée, ce que les Allemands et les Français sont à l’Europe : des frères ennemis qui doivent redevenir de vrais bons amis capables de construire ensemble leur avenir mais aussi l’avenir au sein d’un ensemble Afrique – Méditerranée – Europe, transformant les relations Nord/Sud en relations de confiance, de co-production, et de mobilité généralisée. 







Par Jean-Louis Guigou (Président de l’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen - IPEMED) - Source de l'article Maghrebemergent

Notes

(1)J-L.Guigou, Michel Gonnet, Thibault Fabre. Etude IPEMED – l’Industrialisation du Nord de l’Afrique de l’Egypte au Maroc compatible avec la ré-industrialisation de l’Europe. Novembre 2016.

(2)- Christian Hiller Von Gaertringen - « Afrika Ist Das Neue Asien- Ein Kontinent im Aufschwung » 2014 Hoeffmann Undcampe

(3) - China’s rise and structural transformation in Africa – Opportunities for Africa from China’s Rise. Oxford Handbook of Africa and Economics: Policies and Practices edited, Celestin Monga, Justin Yifu Lin, 2015.

Maroc-Union européenne : L'Espagne signe un accord pour faciliter l’échange d’énergie électrique d’origine renouvelable

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Le ministre espagnol de l’Énergie, du tourisme et de l'agenda digital, Álvaro Nadal, a récemment signé à Marrakech un accord avec des représentants du Maroc, du Portugal, de la France et de l'Allemagne pour faciliter l’échange d’énergie électrique d’origine renouvelable entre le Maroc et le Marché intérieur européen à travers l’intégration progressive des marchés électriques des deux parties. 

Actuellement, le Maroc s’est uniquement interconnecté avec l’Union européenne à travers l’Espagne et il devient nécessaire de compléter le Marché intérieur de l’énergie pour éliminer les obstacles qui empêchent un plus large échange d’électricité. Pour cela, la déclaration inclut l’établissement d’une feuille de route qui analysera les aspects légaux, techniques, économiques, environnementaux, etc., ainsi que les goulots d’étranglement qui limitent en actuellement l’échange d’électricité entre les deux parties.

L’objectif est d’atteindre un accord d’application lors de la COP 23 ou, dans un futur proche, même en tenant compte des circonstances de chaque pays.

La signature de cette Déclaration s’inscrit dans la stratégie du gouvernement d’approfondir l’interconnexion du marché espagnol. À cet égard, la déclaration complète les efforts qui ont été fournis pour développer de nouvelles interconnexions espagnoles avec l’Europe, à travers de la France, et qui se sont concentrés au préalable sur l'objectif de réduire les frais du système électrique, favoriser l’intégration de plus de génération renouvelable et améliorer la qualité et la sécurité de l’approvisionnement. 
Le ministre Álvaro Nadal a exprimé sa satisfaction de la participation de l’Espagne à l’élaboration de cette Déclaration et a souligné l’importance que son pays accorde à la relation énergétique avec le Maroc dans le cadre des liens économiques étroits qui unissent les deux Nations. 

Source de l'article Le Matin

Palestine : l’église de la Nativité illuminée en orange afin de marquer la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes



Le représentant de l’UE en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, Ralph Tarraf, et la maire de Bethléem, Vera Baboun, ont rejoint la jeunesse palestinienne pour illuminer l’église de la Nativité en orange dans le cadre de la campagne de l’UE « Enough ». 

Cette campagne est organisée en coopération avec des partenaires et des jeunes palestiniens pour marquer la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (25 novembre).
 
En parallèle, la place Al-Manarah à Ramallah et la place Ibn Rushd à Hébron ont également été illuminées en orange pour marquer la journée. Cette initiative coïncide avec les 16 journées d’activisme de la campagne contre la violence basée sur le genre en Palestine.
 
« La violence à l’égard des femmes et des filles viole un droit humain fondamental. Elle a des implications sociales, politiques et économiques dévastatrices. C’est une cause et une conséquence de l’inégalité entre les genres et de la discrimination fondée sur le genre. L’Union européenne et ses États membres ont choisi d’être en première ligne de la lutte contre la violence fondée sur le genre. Toutes les femmes et les filles devraient vivre sans connaître la peur et la violence, dans l’Union européenne ou partout dans le monde », a déclaré le représentant de l’UE, Ralph Tarraf.
 
Dans le cadre du plan d’action de l’UE sur l’égalité des sexes 2016-2020 dans les relations extérieures, l’UE continue d’investir dans les femmes et les filles dont les droits sont violés à travers le monde. En Palestine, l’UE se tient aux côtés des femmes palestiniennes alors qu’elles travaillent main dans la main avec les hommes palestiniens en vue d’assurer un avenir meilleur. Les projets financés par l’UE en Palestine abordent la dimension de genre dans des contextes différents et contribuent à la lutte contre les inégalités entre les sexes. L’UE soutient l’engagement égal des femmes dans le développement économique et favorise leur participation plus active à la gouvernance aux niveaux local et national. Ces actions viennent s’ajouter à un certain nombre d’actions de la jeunesse et en matière de droits de l’homme où la dimension de genre est une composante essentielle.  
 
L’UE soutient les militants et les organisations de la société civile palestiniens dans leur appel à adopter une nouvelle loi palestinienne qui impose des sanctions contre ceux qui commettent des violences à l’égard des femmes.
 
Pour en savoir plus
EU Neighbourhood Info Centre - Page web sur la Palestine
L’Union européenne et les Palestiniens – Page Facebook
 

Tunisie: tenue d’ateliers sur les défis et enjeux agricoles à l'initiative du programme ENPARD



Suite à la publication des thématiques prioritaires identifiés par le Ministère tunisien de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche (MARHP), programme d'appui à l'Initiative ENPARD Méditerranée, en collaboration avec le Ministère, organisera à Tunis trois ateliers de travail afin que les parties prenantes de l’agriculture tunisienne échangent et débattent des défis et enjeux agricoles ciblés et ainsi lancer la seconde phase du programme d’appui.
Les ateliers de travail seront organisés les 8 et 9 décembre 2016 selon le programme suivant :
 
  • Le 8/12/2016 à 14h : atelier sur "L'impact de l'Accord de libre échange (ALECA) sur l'agriculture";
  • Le 9/12/2016 à 9h : atelier sur "L’évaluation du système d’importation des céréales";
  • Le 9/12/2016 à 11h30 : atelier sur "La revue du système des subventions agricoles".
Chacune des thématiques fera l’objet lors des prochains mois d’une étude collaborative visant à analyser la situation et les enjeux liés à la problématique identifiée et à apporter des recommandations opérationnelles afin d’appuyer les décideurs tunisiens dans la formulation des nouveaux programmes stratégiques agricoles et rurales.
 
ENPARD a été conçu pour aider les pays du sud du voisinage de l'UE dans leur développement agricole et rural. L'initiative vise à soutenir la formulation et la mise en œuvre de politiques publiques renouvelés afin de relever les défis de la sécurité alimentaire, la diversification des économies rurales et la gouvernance dans l'agriculture et la gestion des zones rurales.
 
En savoir plus
ENPARD Méditerranée : Site webTwitter et Facebook

Coopération : Les relations euro-tunisiennes sont devenues stratégiques

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« Après la récente visite du président de la République Béji Caïd Essebsi à Bruxelles, les relations euro-tunisiennes sont devenues stratégiques et prioritaires pour l’Union européenne », a affirmé, jeudi, l’ambassadeur de l’Union Européenne en Tunisie, Patrice Bergamini.

« Ces relations ont franchi un nouveau palier », a-t-il assuré lors d’une conférence de presse, au siège de la délégation de l’Union Européenne à Tunis, pour dresser le bilan de la visite effectuée du 30 novembre au 1er décembre 2016 par Caïd Essebsi à Bruxelles.

« Ces relations stratégiques ont englobé tous les domaines de la coopération économique, scientifique, culturelle, logistique, judiciaire, sécuritaire et administrative « , a-t-il précisé.

Selon Bergamini, cette relation va se traduire par un appui massif de l’UE à la Tunisie durant la période allant de l’année 2017 jusqu’à 2020, à la faveur des « annonces » et des « accords » signés par les membres de l’Union européenne, lors de la conférence internationale sur l’investissement « Tunisia 2020 », tenue les 29 et 30 novembre dernier à Tunis.

A ce propos, l’ambassadeur européen a cité l’exemple de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui est prête à investir 2,5 milliards d’euros en Tunisie sur 4 ans.

D’après Patrice Bergamini, la visite de Béji Caïd Essebsi a été marquée par le lancement du partenariat UE-Tunisie sur la jeunesse.

« L’UE a multiplié par 3 les bourses allouées aux jeunes tunisiens pour atteindre les 1500 bourses Erasmus », a-t-il indiqué.

Selon lui, l’UE envisage également l’intégration de la Tunisie dans le nouveau programme « Europe créative »: des centaines de millions d’euros seront consacrés, dans le cadre de ce programme, au renforcement de la diversité culturelle et artistique européenne et de la compétitivité des secteurs concernés.

« La jeunesse sera au cœur de mes priorités pendant mon mandat ici en Tunisie », a-t-il promis.

Les questions migratoires et sécuritaires étaient aussi au menu de la visite de Béji Caïd Essebsi.

D’après Bergamini, les discussions sont toujours ouvertes entre les européens et la Tunisie pour faciliter l’obtention des visas des pays membres de l’UE.

Tout en mettant l’accent sur l’importance de l’accord de libre échange Complet et Approfondi (ALECA), l’ambassadeur européen a tenu à préciser que » l’EU adopte une approche asymétrique du futur accord qui permettra à la Tunisie d’en retirer les bénéfices le plus rapidement possible « .

L’UE veillera également à renforcer la coopération avec la Tunisie dans le domaine sécuritaire à travers un appui financier mais également à travers la formation des forces de la sécurité, a-t-il ajouté.

» La coopération dans le secteur sécuritaire entre la Tunisie et l’UE remonte à un an et demi et s’est manifestée à travers les projets que l’UE a financés en Tunisie surtout après la Révolution du 14 janvier 2011. « a-t-il rappelé.

D’après lui, le bilan de la coopération sécuritaire entre l’Union européenne et la Tunisie sera dressé au cours de la deuxième session du dialogue politique de haut niveau sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme qui se tiendra à Bruxelles le 19 janvier 2017.

Par ailleurs, Bergamini a fait état de l’engagement de l’Union européenne à rénover, à partir de l’année prochaine, 25% des écoles de toute la Tunisie.

Et l’ambassadeur de l’Union Européenne en Tunisie de conclure : « Si tout se passe bien, l’UE appuiera la Tunisie avec un montant de 4,14 milliards de dinars. Ce montant sera versé directement dans le budget tunisien ».

Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, avait effectué une visite officielle de 2 jours (30 novembre – 1er décembre 2016) aux institutions de l’Union Européenne à Bruxelles.

Source de l'article Webmanagercenter

Questions/réponses : De nouvelles initiatives pour l’éducation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, y compris pour les réfugiés


 Egyptian Studio | Shutterstock.com

Dans la deuxième partie de notre entretien, Safaa El Tayeb El-Kogali, chef de service au pôle mondial d’expertise en Éducation de la Banque mondiale, revient sur les initiatives engagées pour améliorer l’enseignement public à tous les niveaux d’étude dans les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), et souligne l’importance pour tous les enfants de pouvoir aller à l’école, surtout dans les pays touchés par un conflit.
 
Question : la Banque mondiale agit-elle en faveur de l’éducation des réfugiés dans la région MENA ?
Réponse : au Liban, nous nous efforçons, avec le gouvernement et nos partenaires, d’augmenter les possibilités de scolarisation des enfants syriens réfugiés. Cela passe par la fourniture de manuels scolaires, de fonds pour acheter du mobilier et réparer les infrastructures, de financements des voyages scolaires et des équipements sportifs et bien d’autres choses qui enrichissent l’expérience scolaire et rendent l’apprentissage amusant. Grâce à cette aide et d’autres formes de soutien, le ministère libanais de l’Éducation a pu ainsi augmenter le nombre d’enfants syriens réfugiés scolarisés dans le système public, de 14 000 en 2011 à 123 000 l’année dernière.
 
Q. Pourquoi accorder tant d’importance à la scolarisation des enfants touchés par un conflit ?
R. Les personnes victimes de conflits ou forcées de quitter leur foyer subissent un stress énorme, encore plus dur pour les enfants qui ont du mal à comprendre ce qui se passe autour d’eux. L’école leur propose un semblant de normalité, un environnement protecteur loin du chaos et, surtout, l’occasion d’apprendre. Selon une recherche sur la scolarisation et les déplacements menée dans la région du Darfour, au Soudan, les enfants âgés de 7 à 9 ans considéraient que l’école leur permettait d’oublier un peu les horreurs de la guerre, constituant une sorte de bulle apaisante — un sentiment partagé par les parents pour qui l’école peut servir d’abri à leurs enfants en cas de problème. C’est aussi un endroit où se préparer à un avenir meilleur. L’éducation redonne de l’espoir aux enfants comme à leurs parents.
 
Q. Et pour les écoles d’autres pays de la région MENA ?
R. Après avoir fait le constat que les élèves n’acquièrent pas les fondamentaux (lecture, écriture et calcul), ce qui freine leur apprentissage et limite leurs capacités à maîtriser, plus tard, d’autres compétences, nous mettons l’accent sur les premières années de scolarisation. En Égypte par exemple, 40 % des élèves de cinquième année sont incapables de lire ou d’écrire. Notre programme, l’Éducation au service de la compétitivité (ou E4C), entend aider les pays de la région MENA à consolider l’acquisition de ces fondamentaux dès les premières années de scolarisation. Nous cherchons également à améliorer les relations écoles/parents, pour renforcer la responsabilité des premières et aider les seconds à prendre une part accrue dans l’expérience scolaire de leurs enfants.
 
Q. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le programme E4C ?
R. Trois grands principes régissent l’initiative E4C : une perspective régionale mais reposant sur des solutions locales à des enjeux clés ; des partenariats élargis et approfondis pour mettre en œuvre les réformes et les activités ; et l’identification d’interventions novatrices et porteuses de transformations. Pour concevoir ce programme, nous avons organisé avec la Banque islamique de développement de larges consultations afin de bien comprendre comment les citoyens, les décideurs, les enseignants et les étudiants perçoivent les grands enjeux de l’éducation dans la région MENA. Nous avons ensuite classé ces différentes questions en cinq grands thèmes : développer l’offre dans la petite enfance ; renforcer l’apprentissage des fondamentaux dès le plus jeune âge ; promouvoir la responsabilité à travers l’information ; améliorer les perspectives et les services d’orientation professionnelle ; et mettre l’accent sur les compétences et les valeurs du 21e siècle.
 
Q. Vous parlez de perspectives. De quoi s’agit-il ?
R. Le quatrième thème s’attache par exemple à la transition entre l’école et le monde du travail, pour proposer des services d’orientation professionnelle et offrir des débouchés dans la région. Je pense ainsi à un projet de plateforme destinée aux élèves du secondaire et du supérieur où ils pourraient glaner des informations utiles pour leur carrière. Nous réfléchissons également à la création d’un programme régional de stage pour assurer un contact avec le monde du travail. Vu la taille restreinte du secteur privé dans chaque pays, une approche régionale permet de multiplier les options. Nous espérons ce faisant aider les pays à renforcer les services d’orientation au sein des écoles. Notre dernier axe de travail porte sur l’acquisition de ces compétences autres que techniques (qualités humaines, relationnelles, etc.) qui sont indispensables pour obtenir et conserver un emploi au 21e siècle.
 
Q. Pouvez-vous me parler du réseau d’universités oeuvrant pour améliorer l’éducation ?
R. Le projet de mesure de la gouvernance des universités des pays MENA est un réseau qui rassemble plus de 150 établissements dans huit pays de la région. Il s’agit d’évaluer l’efficacité des établissements en la matière et de partager les meilleures pratiques à l’échelle nationale et régionale. La toute dernière conférence annuelle du réseau était consacrée aux expertises à réunir pour améliorer l’employabilité des diplômés. Le projet de positionnement permet à chaque université de mesurer périodiquement ses avancées, au sein d’un maillage partenarial qui favorise l’implication active de chaque établissement, des organismes publics de tutelle et des organisations internationales concernées.


Par Safaa El-Kogali - Source de l'article Le Blog Banque Mondiale

Questions/réponses : L’importance du développement de la petite enfance au Moyen-Orient et en Afrique du Nord


 Egyptian Studio / Shutterstock.com

Alors qu’une nouvelle année scolaire démarre dans les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), des millions d’enfants se préparent activement à faire leur rentrée. 

Certains, piégés par les conflits, risquent de ne pas aller du tout à l’école ; d’autres commenceront cette année dans un pays voisin du leur. En temps de paix comme en temps de guerre, dans toute la région MENA, il convient de privilégier davantage l’éducation et les soins prodigués pendant la petite enfance. Safaa El Tayeb El-Kogali, chef de service au pôle mondial d’expertise en Éducation de la Banque mondiale, est co-auteur d’une étude sur le développement de la petite enfance parue en 2015, qui a fait le constat qu’à quelques exceptions près, les pays de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) sont en retard en la matière.

Question : Que fait la Banque mondiale pour améliorer le développement de la petite enfance dans la région MENA ?
Réponse : Le développement de la petite enfance bénéficie d’une attention accrue depuis quelque temps au sein de l’institution. L’étude que j’ai réalisée en collaboration avec Caroline Krafft a permis de souligner l’importance de cet enjeu et la situation des différents pays à cet égard. Nous avons communiqué les conclusions de nos recherches aux gouvernements, à des ONG et à des partenaires de développement lors d’une manifestation de haut niveau organisée à Rabat en mai 2015. Nous avons traduit en arabe notre rapport, intitulé Expanding Opportunities for the Next Generation (a), et publié un certain nombre de billets de blog et de notes d’information en anglais, en arabe et en français, qui ont été largement diffusés sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, le développement de la petite enfance est l’un des axes majeurs de notre initiative phare, « l’Éducation au service de la compétitivité » (ou E4C), qui a pour ambition d’aider la région à mettre en place un développement de la petite enfance de qualité puis de travailler avec les gouvernements nationaux dans ce but.
Q. La Banque mondiale intervient-elle sur d’autres fronts ?
R. Un certain nombre d’opérations sont en cours de préparation, avec notamment des activités visant spécifiquement à renforcer l’apprentissage dans la petite enfance. Nous collaborons pour cela avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) autour de programmes régionaux. En Tunisie, nos deux organisations aident ainsi le gouvernement à élaborer sa stratégie de développement de la petite enfance. Un projet en cours de préparation pour le Liban a été l’occasion de travailler avec les autorités nationales et des partenaires comme le DfID, du Royaume-Uni, pour améliorer l’accès des enfants vulnérables, qu’ils soient libanais ou réfugiés, à une scolarisation préprimaire de qualité. Des projets de ce type sont en cours de discussion pour l’Égypte, la Jordanie et le Maroc.
Q. Parlez-nous un peu plus de l’initiative E4C
R. Cette initiative est née d’une discussion entre le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, et Ahmed Ali, président de la Banque islamique de développement. L’un et l’autre évoquaient la piètre qualité de l’éducation dans la région et sont tombés d’accord pour dire que si la région voulait gagner en compétitivité, elle devait impérativement améliorer la qualité de l’éducation. Et c’est ainsi qu’est née l’initiative Education for Competitiveness (E4C) pour aider les pays à améliorer leurs systèmes d’éducation et de formation et contribuer ce faisant à l’obtention de résultats socioéconomiques plus satisfaisants, notamment sur le plan de la productivité, de la croissance, de la cohésion sociale et de l’inclusion. La Banque islamique de développement et la Banque mondiale ont collaboré étroitement pour concrétiser cette initiative.
Q. Pourquoi mettre l’accent sur la qualité de l’éducation ?
R. Alors que les gouvernements et les ménages investissent des masses d’argent dans l’éducation, le niveau d’apprentissage des enfants des pays MENA reste insuffisant et leurs performances scolaires sont très médiocres par rapport aux écoliers du reste du monde. Et la qualité pâtit de la hausse massive régulière des taux de participation. Après la priorité accordée par les gouvernements à l’accès et à la démocratisation de l’éducation, le moment est venu de privilégier la qualité et la pertinence. La Banque mondiale œuvre en ce sens en travaillant en partenariat avec des pays MENA et des institutions régionales. Ce souci de la qualité n’est pas récent puisque cela fait des années que nous nous efforçons de répondre aux besoins des pays de la région.
La deuxième partie de cet entretien s’attache à l’importance de l’éducation des enfants réfugiés.


Par Safaa El-Kogali - Source de l'article Le Blog Banque Mondiale

Noor Hariri, la première lauréat du concours « Une mer de mots 2016 »

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Le jury international du concours littéraire euro-méditerranéen a annoncé aujourd'hui à Barcelone les trois premiers lauréats de la neuvième édition d' "Une mer de mots". 

La syrienne Noor Hariri a remporté le premier prix avec l'histoire Reasons and names, tandis que la tunisienne Souha Bakhta(pour And then smiled the almond tree) et l’italienne Valeria Mingolla (avec Chicca is running) ont obtenu le deuxième et troisième prix.

A la cérémonie de remise des prix, à laquelle ont assisté les quinze jeunes des pays européens et méditerranéens qui ont été sélectionnés comme les auteurs des meilleurs récits de l’édition 2016, l’écrivaine catalane Najat El Hachmi a prononcé la conférence « La voix qui perdure ». 

Organisé depuis 2008 par l'IEMed et la Fondation Anna Lindh, le concours voulait dans cette édition réfléchir à comment combattre toutes les formes de violence contre les femmes. 

Demain, les 15 jeunes lauréats, accompagnés des membres du jury, participeront à un atelier littéraire et feront une visite culturelle à Girona le 9 novembre. 
Source de l'article IEMed