Union pour la Méditerranée : Bienvenue au Souk

Forum de Paris, vendredi 28 mars. 17h30, Paris, XVème arrondissement. Petite foule compacte sur les marches de l’Unesco. Parapluies grands ouverts. Léger vent froid, pluie battante. Tout à l’opposé du climat méditerranéen.
De cette région du globe, nouvel enjeu déclaré de la prochaine présidence française de l’Union européenne. Après le traité de Lisbonne, petite avancée institutionnelle pour grand bras d’honneur à qui croirait encore que l’Europe peut être une construction citoyenne ; après la «relance» médiatique du projet de défense communautaire entre un canonier alsacien et une bombe italienne ; après un Grenelle de l’environnement depuis égaré dans une forêt d’autres dossiers ; après, après, après… Méditerranée, nouvelle marotte présidentielle.
Coquille vide, soulignent déjà certains, journalistes en tête. «Méchants journaleux», leur a répondu à peu de choses près, le lendemain matin, Henri Guaino, porte-plume de l’Elysée : «La première question qui nous a été posée était ‘très bien, mais comment allez-vous financer tout cela ?’ Ce sont les projets qui font l’argent, les richesses. Ce que nous voulons, c’est mettre en avant les intelligences, les créativités.»
Avec l’argent du «marché privé, des entreprises, des pays du Golfe» qui, pour l’anecdote n’ont pas attendu Guaino pour investir massivement dans cette région du monde. Mais bon…
Côté salle, avant Guaino il y eut Albert Mallet, président du Forum de Paris, Nonce Paolini, Directeur Général de TF1-LCI. Discours convenus, sans grand intérêt, option « je déclare ouverte la énième cérémonie des oscars du brainstorming politique…» Soupir(s)…
Puis, en guest star furtive – ne cherchez pas d’interview, l’homme les a toutes rejetées, allant jusqu’à s’éclipser avec une «rare élégance» par une porte dérobée – Jacques Attali. Un bon point : le discours, cette fois, bien moins convenu, pertinent. De ceux qui ne prennent pas de gants avec la réalité. A l’échelle internationale, «le tiers du tourisme, le tiers du commerce maritime, le quart du transit pétrolier sont en Méditerranée», mer qui n’accueille paradoxalement «plus aucun port significatif», à l’exception, peut-être de TangerMed, nouvellement ouvert.
Au sein de cette région, qui s’étend jusqu’aux Balkans, «la démocratie progresse extrêmement lentement», déroule l’homme. «Les guerres y sont de plus en plus nombreuses. La violence ne se calme pas, elle augmente (…) Les pays méditerranéens sont aussi de plus en plus différents. Les écarts de niveau de vie augmentent de l’un à l’autre ; la France, l’Espagne, l’Italie, représentent à eux seuls 80% du PIB méditerranéen (…)
Le statut des femmes, des enfants, de la presse, de la politique, est de moins en moins commun.»
Et puis, poursuit Attali, «comment pouvons-nous dire que cette mer nous est chère quand les pays riverains la polluent : 80% des rejets d’égouts finissent en mer. Nous assistons à une disparition de la flore, de la faune, des réserves poissonnières : rougets, dorades, etc.. La Méditerranée est un modèle réduit du cauchemar qui nous attend à l’échelle mondiale.» Un cauchemar que d’aucuns ne manqueraient pas de qualifier «de Darwin». «Et cela ne peut aller qu’en s’aggravant.
La Méditerranée est une bombe à retardement.» Ne parlons même pas de l’aspect démographique qui, eu égard à tout ce que l’ancien conseiller de Mitterrand a déjà listé, n’ajoute qu’à la noirceur du tableau.
Alors, Guaino, Sarkozy, sauveurs de ce modèle réduit de monde cannibale ? Pas sûr, tant le projet, n’en déplaise au moins au premier des deux hommes, agace par son flou ambiant. Les partenaires européens ont été mis devant le fait accompli. N’ont pas apprécié. Ont déjà riposté, par Merkel interposée. Sont revenus dans le jeu, en partie. La France n’ira pas, ne pourra pas y aller seule.
Pas même accompagnée des seules Italie et Espagne. Voilà pour le décor. Pour le reste, tout semble à faire. Attali lui-même le reconnaît. «Nous n’en sommes qu’au pré-pré-pré projet». Guaino parle. Parle beaucoup, mais les mots ne peuvent tout remplir, qui plus est quand les Etats du Sud n’ont même pas encore été consultés sur ce que le «service marketing» de l’Elysée vend déjà comme un partenariat Nord-Sud gagnant-gagnant.
Il est bien beau de déclarer «que nous ne voulons plus faire de l’aide au développement mais du développement» mais que penser quand un Nasser Kamel, Ambassadeur de la République Arabe d'Egypte en France, lance un «nous n’avons même pas été consultés.
Alors, comprenez qu’il nous est difficile de vous donner une réaction sur un tel projet.» Ou quand un Nassif Hitti, l’Ambassadeur de la Ligue Arabe en France, lâche un «nous avons eu quasiment le même débat avant Barcelone : sommes-nous aujourd’hui dans un Barcelone nouvelle génération ?! On parle de construire ensemble mais cela doit se faire dès le début. Il faut en outre clarifier les relations à venir entre la Politique européenne de Voisinage (PEV), le processus de Barcelone et le projet d’Union pour la Méditerranée».
Flou, trouble, inconsistance. Voilà en gros les caractériques principales de la nouvelle marotte sarkozyste. Ce que l’on sait sur le fond du projet est bien mince et ce n’est pas le refus de dernière minute du président français – pourtant annoncé en ouverture - de préciser son ambition à l’occasion du Forum qui éclairera jusqu’aux potentiels partenaires étatiques du projet… Pas plus que la gêne visible, dimanche à ce même Forum, de Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire d’Etat français aux affaires européennes.
Un Jouyet que d’aucuns ont désigné comme nerveux, très peu à son aise sur un sujet dont on peut commencer à craindre qu’il n’ait d’égal qu’un très shakespearien «Much Ado About Nothing».
Sur le plan institutionnel, un modèle de type Conseil des Etats de la mer baltique, tiendrait la corde, doté d’un secrétariat à parité – dans ses structures dirigeantes – entre le Nord et le Sud. Mais rien n’est moins sûr. Côté missions, celles-ci seraient concentrées autour de l’accès à l’énergie, à l’eau et autres projets environnementaux. Ancien ministre, président de la Fondation Res Publica, Jean-Pierre Chevènement y voit là l’occasion de développer l’énergie solaire, là où Attali, fin octobre souhaitait, depuis Rabat, vendre quelque technologie nucléaire civile.
Mais quid de la vision de Nicolas Sarkozy ? Hubert Védrine, ancien ministre français des affaires étrangères, prévient tout au plus que le premiers projets concrets – et ce n’est là que son analyse personnelle - devront être lancés dans les plus brefs délais pour crédibiliser la démarche. Et quoi de plus utile, de plus évident que de rassembler, au-delà de leurs divisions, les Etats méditerranéens sur l’avenir écologique, donc économique, de leur mer. Un peu, là encore, à l’image du Programme international d’action environnementale pour la mer Baltique, lancé en 1992.Reste, une fois encore, à savoir ce qu’en pense le président français. Comment, en cas d’approbation de celui-ci, réunir autant de pays qu’il est possible pour faire d’un vœu pieux une réalité, d’autant plus que la préservation de l’environnement a ici de forts relents de géostratégie ?
Lutter contre les pollutions, garantir l’accès à l’eau et à d’éventuelles sources d’énergies nouvelles dépasse en effet de très loin le simple cadre écologique. Préserver la faune et la flore marines n’est pas sans intérêt alimentaire, donc commercial et aussi social dans un contexte démographique des plus préoccupants. Multiplier les accès à l’eau ou en créer de nouveaux (désalinisation) pourrait désamorcer des conflits à venir. Créer de nouvelles richesses énergétiques, renforcer l’autonomie des acteurs du Bassin méditerranéen et assurer leur puissance financière.
Les questions ne manquent pas. Les moyens, concrets, si. Et plus encore le chiffrage à long terme. Un chiffrage pas uniquement financier mais humain, moral. Car s’il est une chose connue, assumée par Henri Guaino – donc on suppose par l’Elysée… - et partagée par de nombreux intervenants à l’occasion du Forum, est qu’il faudra laisser la politique où elle est. Bien sûr, Jean-Louis Guigou a sans doute raison de marteler que «si on ne fait rien avec la Méditerranée, la représentation économique de l’Union européenne dans les échanges internationaux passera de 22% à 12% d’ici quelques années».
Mais quel prix la France, l’Union européenne sont-elles prêtes à payer pour inverser la tendance ? Celui instaurant, comme l’assume justement Guaino, que «la démocratie et les droits de l’homme ne doivent pas être un préalable à l’Union pour la Méditerranée» ? Est-ce là toute l’ambition à venir de la présidence française de l’Union européenne ? S’asseoir sur les valeurs fondatrices de l’Europe?
Christophe Nonnenmacher est journaliste. Europeus.org. 31 mars 2008

L’Union pour la Méditerranée verrait le jour le 13 mai à Paris

Un Marocain à la tête du secrétariat général de la rive Sud. Le 13 mai 2008 verra la naissance de l’« Union pour la Méditerranée », lors de la tenue du premier sommet euro-méditerranéen dans la capitale française, sommet qui devrait se conclure par la « Déclaration de Paris ». 43 pays des rives Nord et Sud de la Mare Nostrum devront être invités à cette manifestation, selon M. Alain Leroy, ambassadeur chargé par le président français, Nicolas Sarkozy, de la préparation dudit sommet, outre la présence, en tant qu’observateurs, de la Ligue Arabe, du Conseil de Coopération du Golfe et de l’Union Africaine.
La dénomination officielle de la nouvelle entité sera : « Processus de Barcelone- Union pour la Méditerranée » et devrait avoir une présidence bicéphale, un président européen, qui devrait nécessairement être méditerranéen, et un autre de la rive Sud. D’après des informations qui ont circulé lors du 4ème « Forum de Paris », qui a consacré ses travaux cette année au projet de l’Union pour la Méditerranée, c’est le président français, Nicolas Sarkozy, qui devrait assumer la présidence pour la partie européenne et le président égyptien, Housni Moubarak, celle de la partie Sud. Les présidences seraient tournantes, la durée convenue des mandats étant de deux ans.

Des tractations en coulisses concernant la répartition des postes de responsabilités au sein de la nouvelle entité entre les pays membres se dérouleraient actuellement à Paris. Mais l’on sait déjà que le secrétariat général de l’Union aurait deux directions, l’une européenne, qui serait confiée soit à un Espagnol, soit à un Italien, l’autre de la rive Sud, qui reviendrait à un Marocain.

Le siège de la nouvelle entité devrait être installé à Tunis.
Le secrétariat général de l’Union pour la Méditerranée, qui serait constitué de vingt personnes, aura pour mission de mettre sur pied et d’assurer le suivi des projets décidés par l’Union et de préparer la tenue des réunions au sommet, qui devront avoir lieu tous les deux ans. Hubert Védrine, ex-ministre français des Affaires étrangères, cité par le quotidien « Asharq Al Awsat », a déclaré que la future entité n’aurait de l’union que le nom en l’absence d’institutions telles celles dont dispose l’Union Européenne. Mme Emma Bonino, ministre italienne des Affaires internationales et du Commerce international, a, pour sa part, affirmé qu’il fallait, après la création de l’Union pour la Méditerranée, rapidement lancer des projets. Un certain nombre d’agences doivent, donc, être mises sur pied pour servir d’outils opérationnels à la future entité.

Le projet de création d’une banque méditerranéenne pour le développement et l’investissement, à l’instar de la Banque Européenne pour l’Investissement, n’est cependant pas sûr de voir le jour et il est fort probable que la fonction de récolte des fonds nécessaires au financement des projets de l’Union sera confiée à une agence qui reste à créer.
A. NAJI - L'Opinion.ma - mercredi 2 avril 2008.

L’environnement, priorité de l’Union pour la Méditerranée

Antoine-Tristan Mocilnikar, ingénieur en chef des Mines, responsable de l’environnement et du développement durable pour la mission Union pour la Méditerranée, revient pour le JDLE sur les projets environnementaux.
Pouvez-vous pésenter votre rôle ?
Je travaille pour la présidence de la République depuis octobre au sein de la mission Union pour la Méditerranée, afin d’aider à la préparation du sommet du 13 juillet 2008 (1) concernant les aspects environnementaux et de développement durable.
Mon rôle est de participer, en concertation avec l’ensemble des parties et partenaires, à l’identification et à l’élaboration des projets dans ces domaines qui pourraient être retenus par les chefs d’Etat.. Mais le débat vient seulement d’être lancé.
Comment procédez-vous ?
Nous sommes actuellement dans une phase préliminaire, de consultation et de préfiguration. De manière générale, une des idées fortes de l'Union pour la Méditerranée est de construire une gouvernance à parité mettant les pays partenaires sur un pied d'égalité.
Les projets seront donc tous débattus et élaborés en commun. La France, très mobilisée sur ce dossier, a d'ores et déjà lancé plusieurs pistes de travail dont certaines, essentielles, concernent directement l’environnement.
Nous travaillons ainsi sur le financement de la dépollution de la mer Méditerranée, l’accès à l’eau et la gestion durable de l’eau, les autoroutes de la mer et le développement de l’énergie solaire.
Pouvez-vous en dire plus ?
Concernant la dépollution de la Méditerranée, l’idée est d’accélérer ce qui existe déjà, en partant de ce qui a été accompli au sein du processus de Barcelone lié à l’Union européenne et de la convention de Barcelone de 1976 sur la protection de cette même mer, rattachée quant à elle à l’Organisation des nations unies. 130 sites de dépollution ont été identifiés.
La Banque européenne d’investissement (BEI) a recentré la liste à 43 spots prioritaires. L’idée est maintenant de créer une liste des sites de dépollution les plus emblématiques, après avoir recueilli l’avis de tous les partenaires et bien intégré les principes de durabilité.
Quels seront les financements ?
Nous explorons l'ensemble des pistes et des types de financements. L'Union pour la Méditerranée a pour ambition d'utiliser au mieux l'ensemble des liquidités disponibles dans la zone, notamment issues de la coopération bilatérale, des banques régionales, des fonds souverains ou encore du secteur privé. Des financements proviendront notamment de l’Association française du développement (AFD), de la BEI et de la banque allemande KFW.
Concernant l’accès à l’eau ?
La démarche que nous discutons actuellement avec nos partenaires s’articule autour de trois volets.Nous proposons d’abord de créer un point unique de connaissances, notamment sur la réglementation autour de l’eau, sur son usage par les industriels et les collectivités, et d’identifier 20 à 30 projets exemplaires de récupération d’eaux usées, de captation d’eau douce émergeant dans la mer, d’amélioration des systèmes d’adduction d’eau, etc.
Ces projets doivent bénéficier d’une meilleure visibilité, pour avoir un accès plus aisé aux crédits, et trouver les portes des administrations ouvertes. A plus long terme, il semble nécessaire de fixer un objectif de limitation des fuites d’eau.
Qu’en est-il du développement de l’énergie solaire ?
Les acteurs de la zone estiment nécessaire d'augmenter la quantité d'énergie renouvelable d’origine solaire dans le mix énergétique de la région méditerranéenne, en développant le photovoltaïque, le solaire thermique, le solaire à concentration…
Il faut donner une cohérence aux divers éléments, et les doter financièrement. Nous réfléchissons donc à l'élaboration d'une stratégie mieux coordonnée régionalement.
Cela n’aurait pas été possible via le processus de Barcelone ?
Sans doute pas dans ces proportions, ni pour l'ensemble de ces projets. L'Union pour la Méditerranée vient donner une impulsion politique renouvelée au processus de Barcelone, qui était devenu bureaucratique et auquel les chefs d’Etat ne prêtaient plus autant d’attention. Elle apporte avec elle une dynamique de projets concrets particulièrement pertinente dans le secteur de l'environnement et du développement durable.
Vous parliez d’autres projets en lien avec le développement durable ?
Oui. Deux projets portent sur la coopération en matière de protection civile, en particulier risque d’incendie, et l’espace scientifique méditerranéen. Ces thèmes participent à la stratégie d'adaptation au changement climatique. Quant au projet financier d’aide aux PME, il concerne beaucoup le BTP, et donc l’efficacité énergétique.
Par Claire Avignon - Journal de l'environnement.net -8.04.2008
(1) Sommet au cours duquel l’Union pour la Méditerranée devrait officiellement être lancée

Méditerranée : Les funérailles de Barcelone

« L'essoufflement, pour ne pas dire pis, du processus de Barcelone ». « Echec de Barcelone donc, ou du moins enlisement ». Le constat est sans appel. Il est celui d'Elie Barnavi qui concluait dimanche le Forum de Paris, organisé pour cette édition 2008, sur un thème à la mode depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence : l'Union méditerranéenne.
Euromed agonise. Et sans attendre ses funérailles, la communauté européenne veut lui trouver un successeur que l'on espère plus efficace. Mais avant de l'enterrer définitivement, il serait bon de revenir sur le processus lancé à Barcelone en 1995.

A sa naissance, le partenariat euro-méditerranéen regroupait les membres de l'Union Européenne et douze Etats du Sud et de l'Est de la Méditerranée - Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Israël, Autorité palestinienne, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie, Chypre et Malte aujourd'hui membres à part entière de l'UE.

Objectif : multiplier les rencontres entre tous ces acteurs afin de convenir et d'avancer sur les grands chantiers politique, économique et financier, culturel, social et humain communs aux deux rives de la Méditerranée. Et, in fine, créer une zone de paix et de stabilité fondée sur le respect des droits fondamentaux, former une zone de prospérité partagée et contribuer à une meilleure compréhension mutuelle des peuples de la région.

En 2007, quel bilan en tirer ? A en croire les prestigieux orateurs du Forum le week-end dernier, il est presque nul. « Tout sauf Barcelone », entendait-on même presque dans les couloirs de l'UNESCO.
Bien sûr, le partenariat euro-méditerranéen tel qu'il a été pensé en 1995 a des défauts. Le principal : de ne pas instruire un dialogue entre égaux, ce que veut réparer la future Union. Bien sûr, il n'a pas rempli toutes les attentes qui avaient accompagné son lancement. Mais, dans l'UE, ce genre de constat a posteriori n'est pas rare. Bien sûr, le contexte a changé, les priorités ont évolué et le processus aurait bien besoin de modernisation.

Pourtant, il faut lui reconnaître quelques réussites. Les accords économiques d'association qui ont vu le jour ont permis de développer les échanges entre l'UE et ses voisins méditerranéens. Un bon point pour ces derniers même si, concernant les échanges Sud-Sud, il y a encore fort à faire.

Un peu à la manière de l'OMC, ce renforcement des liens économiques a tout de même permis de dépoussiérer et d'homogénéiser les législations nationales dans les domaines des règles de concurrence, des mouvements de capitaux... Toutefois, l'idée d'une zone de libre-échange à l'horizon 2010 semble définitivement rangée dans les cartons.

Sur le plan diplomatique et politique, les contacts entre voisins se sont multipliés malgré des histoires difficiles et des tensions croissantes alimentées notamment par le regain des extrémismes religieux et communautaires et du terrorisme. Dans ce contexte, on reconnaîtra aisément qu'il ait été laborieux pour ce partenariat de porter des questions sociales voire quasi philosophiques destinées à favoriser la compréhension entre les cultures et les échanges entre les sociétés civiles.

Finalement, Barcelone a peut-être pêché par excès, en ouvrant trop de chantiers à la fois. Et les intellectuels qui étaient rassemblés ce week-end semblent bien moins gourmands. Certains se sont même aventurés à conseiller à la future Union d'abandonner le domaine sécuritaire, de ne pas se montrer trop « expansionniste » et d'adoucir les contours de l'épineuse question des flux migratoires. Bref, de revoir totalement les bases posées par le président Sarkozy.

A Toulon, en pleine campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait été plus prolixe, dressant les quatre piliers de sa construction politique : une stratégie écologique avec, entre autres, une gestion commune de l'eau ; une politique commune de co-développement ; la coopération dans la lutte contre la corruption, le crime organisé et le terrorisme et la création d'un « espace judiciaire commun » ; enfin une politique commune d'immigration choisie. Le candidat à l'Elysée parlait alors d'une « Union de la Méditerranée », ouverte sur tout le bassin et laquelle donnerait toute sa place à la Turquie, pays pour le moins délicat.

Ce week-end, à l'UNESCO, l'intitulé avait changé. Une correction non des moindres. On ne parlait plus d' « Union de la Méditerranée » mais d' « Union pour la Méditerranée » : un changement de déterminant destiné à replacer les acteurs au sein de cette construction économique prioritairement, et à éviter toute paralysie qui serait due à une perception technocratique de la chose ou à trop de formalisme institutionnel.
Le défi est de taille : aller plus loin que Barcelone sans tomber dans les mêmes pièges et refaire les mêmes erreurs. « Il faut tirer les leçons de Barcelone, prendre appui sur ses acquis et aller plus loin », concluait dimanche dernier Elie Barnavi.
Alexandra Voinchet - ACDEFI - 03 avril 2008

Henri GUAINO : «l’Union pour la Méditeranée a une portée historique et le Liban doit s'y impliquer»

Un entretien exclusif pour « La revue du Liban », par Zeina el Tibi.

Zeina el Tibi – Depuis la chute de l’ancien bloc soviétique, la construction européenne s’est tournée vers l’Est, en oubliant le Sud. Dans un discours prononcé à Toulon le 7 février 2007, qui a conduit au projet “d’Union pour la Méditerranée”, M. Nicolas Sarkozy a déclaré que “le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen”. En quoi consiste “ce rêve” évoqué par le président Sarkozy et comment le définissez-vous?

Henri Guaino – Malgré Barcelone, l’Europe a négligé la Méditerranée ; elle a eu tort. Vous citez le discours de Toulon, Nicolas Sarkozy a dit qu’en tournant le dos à la Méditerranée, “l’Europe et la France ont cru tourner le dos au passé. Elles ont, en fait, tourné le dos à leur avenir”.
Il ne s’agit pas, seulement, de retrouver un fonds commun, un héritage partagé mais, aussi, une ambition partagée. Il s’agit de regarder ensemble vers l’avenir. C’est, très précisément, l’objectif que se fixe le projet méditerranéen exposé par le président Sarkozy dans son discours de Tanger, le 23 octobre 2007.
Dans une seconde étape, le 2 décembre 2007 à Rome, le président français de la République et les chefs de gouvernement italien, Romano Prodi et espagnol, José Luis Zapatero, ont lancé un appel en faveur de l’Union pour la Méditerranée et ont annoncé la tenue d’une conférence à Paris en 2008.

Le paradoxe c’est que nos civilisations qui ont un extraordinaire héritage partagé, aient abouti à tant d’incompréhension et de divisions. Depuis 1500 ans, une aspiration profonde se manifeste en faveur de l’unité du monde méditerranéen, mais jusqu’à présent elle ne s’est exprimée que par la conquête et la domination. Il y a eu des invasions, des croisades, des colonisations qui ont toutes échoué. Depuis, les peuples se sont émancipés politiquement, mais les rapports de domination n’ont pas tous disparu.

Des formes de néocolonialisme se sont perpétuées dans un dialogue Nord-Sud, fondé sur un rapport très déséquilibré : nous sommes restés dans un rapport du faible au fort, du riche au pauvre, du dominant au dominé. Ce déséquilibre plus ou moins consciemment entretenu, dessine une invisible frontière entre les deux rives. Cela a été, notamment, le cas du processus de Barcelone qui n’a pas permis de développer une coopération équilibrée entre les deux rives de la Méditerranée.
L’échec était d’autant plus prévisible que la priorité de l’Europe était à l’Est. Ce que la France a proposé, rejointe par l’Italie et l’Espagne, c’est de faire de la Méditerranée une priorité et de remplacer cette relation déséquilibrée par une relation de partenariat.

L’objectif est de fonder ce partenariat sur l’égalité de droit et de dignité des pays qui ont la Méditerranée en partage. Dans l’Union pour la Méditerranée, chaque pays aura une part égale de responsabilité. Il ne s’agit pas, pour les pays de la rive Nord, de venir aider les pays de la rive Sud ; il s’agit avec eux d’assumer une destinée commune.
Il ne s’agit pas de leur faire la charité, mais de leur offrir d’être leur partenaire dans le développement, la culture et la paix. Il ne s’agit pas de donner des leçons ou d’imposer un quelconque modèle, mais de construire ensemble l’avenir dans le respect de l’autre.

Zeina el Tibi – Concrètement, qu’est-ce que cela signifie?
Henri Guaino – De sortir de ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui. Dans le cadre du processus de Barcelone, tel qu’il a fonctionné, l’Europe propose et dispose.
Les instances européennes décident de tout ; elles choisissent les projets, les financent et les contrôlent. Bref, on a traité la Méditerranée comme une périphérie de l’Europe. Il faut changer d’état d’esprit. Il faut que le Nord et le Sud réfléchissent et travaillent ensemble.
L’union telle que nous la concevons, ce sont des projets élaborés en commun, financés en commun, réalisés en commun. Contrairement, aussi, à l’esprit de Barcelone où on a fini par passer des accords bilatéraux entre l’Union européenne et chacun des pays méridionaux, l’idée c’est de travailler sur des projets d’intérêts régionaux.
Parfois, tous les pays de la Méditerranée travailleront sur un projet ; d’autres fois, ce sera seulement une partie des pays, mais l’essentiel est de mettre l’accent sur les intérêts régionaux. C’est donc une nouvelle forme de coopération qui veut faire du bassin méditerranéen un laboratoire du co-développement, où le développement se décide et se maîtrise ensemble.
Au lieu de faire de l’aide au développement, nous ferons du co-développement. Le but, est de créer des laboratoires communs de recherche, des universités communes, des pôles de compétitivité communs, de mutualiser les moyens, de fédérer les énergies, les compétences, les imaginations.
Cette coopération ne sera pas qu’économique et fera aussi une large place à la culture, l’éducation, la santé, le capital humain.L’objectif est d’être pragmatique et de résoudre ensemble les problèmes : le développement durable, l’énergie, les transports, l’eau, la sécurité.
Prenons l’exemple de l’immigration. L’Europe ne doit pas imposer aux pays du Sud sa politique d’immigration, ce qu’il faut, c’est réfléchir et concevoir une politique d’immigration commune. Les pays du Nord ne peuvent pas absorber un flux continu et incessant d’immigration massive, mais les pays du Sud ne peuvent pas accepter, non plus, la fuite des cerveaux et le départ de leur jeunesse. Il y a donc des objectifs et des intérêts qui peuvent être partagés. C’est la raison d’être de la proposition française : créer les conditions, les institutions, les règles qui permettent d’inscrire dans la durée un véritable partenariat entre tous les pays qui ont la Méditerranée en partage.
Zeina el Tibi – Qui dit projets, dit financement. Quels seront les moyens financiers?
Henri Guaino – L’union sélectionnera des projets ; elle les labélisera et ira chercher les financements. Ces projets seront présentés à l’Union européenne, à des institutions comme la Banque mondiale ou des banques de développement, à des fonds des pays arabes du Golfe ou encore au secteur privé.
L’expérience prouve que les bons projets trouvent toujours des financements.
Zeina el Tibi – Il semble que la proposition française puis, franco-italo-espagnole, a suscité une certaine méfiance de la part de pays de l’Europe septentrionale, en particulier de l’Allemagne…
Henri Guaino – Les divergences de vues entre Paris et Berlin sur le projet d’Union pour la Méditerranée reposaient sur beaucoup de malentendus. La France appelait à une solidarité des revenus sur un pied d’égalité. La chancelière Angela Merkel n’était pas opposée à une nouvelle dynamique euro-méditerranéenne, mais exprimait l’inquiétude que les pays européens se divisent.
Que l’idée d’une Union méditerranéenne ait provoqué autant de débats, c’est bien la preuve qu’il s’agit d’une idée forte en rupture avec les habitudes du passé.
Finalement, ce débat a révélé un intérêt beaucoup plus grand que l’on aurait pu le penser de tous les pays européens pour la Méditerranée. Personne ne voulait être dehors!
C’est tant mieux. A la suite du débat avec l’Allemagne, nous avons abouti au compromis de Hanovre qui est sans doute la meilleure synthèse entre le point de vue allemand et le point de vue français, ou entre les pays non riverains et les pays riverains de la Méditerranée.
Tous les pays membres de l’Union européenne seront membres de droit de l’Union pour la Méditerranée ; c’est le pas que la France a fait vis-à-vis de la position allemande. En contrepartie, tout le monde reconnaît que le processus euro-méditerranéen de Barcelone n’a pas produit et c’est le moins qu’on puisse dire, les effets escomptés et qu’il courait droit à l’échec.
On convient donc de réformer, de fond en comble, la relation euro-méditerranéenne et de la reconstruire sur cette idée de partenariat qui est, précisément, le cœur du projet d’Union pour la Méditerranée. Le processus de Barcelone devient Union pour la Méditerranée.
L’idée est de faire une sorte de GMed des pays membres. La gouvernance de cette Union sera assurée par les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres ; elle sera coprésidée par un pays riverain du Nord et un pays riverain du Sud, un secrétariat permanent assistera la coprésidence.
Zeina el Tibi – Dans la mesure où l’union associera des pays européens non riverains, pourquoi ne pas associer des pays arabes non riverains qui appartiennent à la même aire socioculturelle, par exemple les pays du Golfe arabe? Après tout, les civilisations méditerranéennes, marquées par les religions monothéistes, trouvent aussi leur origine en Mésopotamie et en Arabie?
Henri Guaino – La Ligue des Etats arabes, qui rassemble tous les pays arabes, participera à l’union. Par ailleurs, nous n’écartons évidemment pas une coopération très poussée avec les pays arabes du Golfe. L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis ou Qatar ont, d’ailleurs, fait part de leur intérêt.
D’une manière générale, tous les pays qui voudront apporter une contribution aux projets portés par l’Union pour la Méditerranée seront les bienvenus.
Zeina el Tibi – Le projet méditerranéen est très ambitieux mais a-t-il des chances d’aboutir?
Henri Guaino – Le meilleur moyen de n’arriver à rien, c’est de rester à ne rien faire et de laisser les autres faire l’Histoire. Le succès sera une question de volonté politique. Evidemment, la volonté politique ne suffit pas à tout faire, mais c’est un moteur puissant.
Il faudra rompre avec les habitudes du passé et transgresser quelques tabous. Et je crois que tout le monde commence à être conscient que le projet d’Union pour la Méditerranée a une portée historique telle que chacun a le devoir de tout faire pour qu’il réussisse.
Si l’Union pour la Méditerranée réussit, ce sera le meilleur service qui pourra être rendu à l’Europe et au monde. En tout cas, le projet sera lancé lors d’un sommet à Paris, les 13 et 14 juillet prochain.
Mais le succès à long terme ne dépend pas que de la volonté des gouvernements. Il dépend, aussi, de notre capacité à mettre en mouvement les sociétés civiles. Le vrai défi politique est là : ce sont les citoyens de la Méditerranée qui feront l’Union pour la Méditerranée.
Zeina el Tibi – Peut-on dire que l’Union pour la Méditerranée qui, selon le président Sarkozy, s’inscrit dans la perspective d’une politique de civilisation, est une réponse à l’idéologie du “choc des civi-lisations”? Est-ce un moyen de promouvoir le dialogue et la compréhension entre elles?
Henri Guaino – Là encore, l’objectif est d’avancer. Le terme de dialogue ne doit pas renvoyer à des discours, certes fort louables, mais confinés à l’espace des conférences académiques. Il faut plutôt parler de compréhension, de respect et de solidarité.
Le temps n’est plus au dialogue, mais est à l’action. Il ne suffit pas de se rencontrer dans des colloques pour parler des différences entre les cultures ou de leurs connivences, le but est de construire ensemble.
Il faut renouer des solidarités actives entre nos civilisations.
Il ne s’agit pas de faire seulement de la Méditerranée un espace de dialogue et un pont entre le Nord et le Sud. Il s’agit d’en faire un foyer de paix, un creuset de développement durable et de culture.
Zeina el Tibi – Ce qui caractérise nos civilisations est qu’elles ont été marquées par les trois grandes religions du monothéisme: le judaïsme, le christianisme et l’islam…
Henri Guaino – Tout en restant fermement attachés à notre conception de la laïcité qui est l’institutionnalisation d’un respect de toutes les croyances, nous ne pouvons oublier que nous sommes dans le cadre d’un espace euro-méditerranéen où se sont développées ces trois religions.
Dans son discours de Riyad, le président Sarkozy a rappelé que, dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose qui vient de la religion.
Sans négliger ce que nous devons à la Mésopotamie, à l’Egypte, à la Grèce, à Rome, nos civilisations sont héritières du judaïsme, du christianisme et de l’islam. La question religieuse n’est pas un mot tabou. Certes, la foi de chacun n’est pas un sujet “politique”, mais les guerres de religions sont un sujet politique, le fondamentalisme religieux est un sujet politique.
La capacité d’un islam moderniste à s’imposer, est un sujet politique. Retrouver les origines communes, c’est-à-dire tout ce qui rapproche les religions du Livre et les civilisations qui en sont issues, renouer des solidarités entre nos civilisations et construire de “nouvelles Andalousies”, c’est un sujet politique.
C’est pourquoi, il faut suivre avec beaucoup d’intérêt les démarches du roi Abdallah d’Arabie saoudite visant à promouvoir le dialogue interculturel et interreligieux. Après sa visite historique au Pape, le roi d’Arabie a proposé, le 24 mars, d’organiser une grande rencontre entre les représentants des trois religions monothéistes. Cette initiative, venant du Gardien des Lieux Saints de l’islam, mérite d’être encouragée.
Zeina el Tibi – Est-il possible de construire solidement une Union pour la Méditerranée sans résoudre les crises politiques qui accablent cette région du monde: le différend algéro-marocain sur le Sahara marocain, l’affaire de Chypre, la crise libanaise et le problème de la Palestine?
Henri Guaino – Attendre peut être un bon prétexte pour ne rien faire. Soyons lucides : si nous subordonnons toute coopération entre les deux rives de la Méditerranée à la solution des crises, nous perdrons encore plus de temps et nous ne réglerons pas des problèmes urgents qui concernent tous les peuples et tous les pays de la Méditerranée.
Il ne s’agit pas d’ignorer les crises, mais d’avoir l’audace et le courage de faire le pari de travailler ensemble sur des dossiers concrets, sur des questions urgentes. Par exemple, le problème de la pollution en Méditerranée ne peut plus attendre, de même que les problèmes de l’énergie, de l’eau, etc...Tous ces problèmes extrêmement importants, ont besoin d’être pris en compte d’une manière urgente.
Le pari c’est qu’en prenant l’habitude de se rencontrer, de travailler ensemble sur des problèmes vitaux avec la volonté de trouver des solutions, nous pourrons créer un désir de vivre ensemble, une meilleure compréhension réciproque qui contribuera à résoudre les crises et à faire avancer la cause de la paix. Travailler ensemble est un bon moyen de tisser des solidarités concrètes de plus en plus étroites entre les peuples, d’apprendre à s’ouvrir les uns aux autres, à mieux se comprendre, à se respecter et, sans doute, au bout du compte, à moins se faire la guerre ou à moins s’affronter.
Ce processus d’ouverture progressive permettra de changer l’ambiance, les mentalités et les comportements en Méditerranée. En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, l’Autorité palestinienne et le gouvernement israélien ont manifesté leur intérêt pour le projet d’Union pour la Méditerranée.
Les réunir autour d’objectifs vitaux pour chacun d’eux est peut-être un moyen de les habituer à construire ensemble, en attendant le règlement définitif d’un conflit qui n’a que trop duré ; c’est-à-dire la création d’un Etat palestinien viable et souverain et la garantie de la sécurité de l’Etat d’Israël.
Zeina el Tibi – Il existe, également, des incertitudes sur la position de la Turquie, d’une part et la participation du Liban et de la Syrie, d’autre part…
Henri Guaino – Il doit être clair que tout le monde est invité à participer au projet. D’emblée, le choix de la France, clairement exprimé lors du discours du président Sarkozy à Tanger, a été de concevoir le projet avec tous les pays riverains, sans aucune exclusive.
Certains disaient qu’il ne fallait choisir que quelques pays qui ont déjà l’habitude de travailler ensemble ; la France a pensé qu’il fallait associer tous les pays, parce que l’objectif final est commun. Bien sûr, un choix différent aurait été plus facile, mais le projet n’aurait pas eu la même dimension. Cela dit, nous n’avons jamais sous-estimé les difficultés.
La Turquie craignait que l’Union pour la Méditerranée lui soit proposée comme une sorte d’alternative à sa demande d’adhésion à l’Union européenne. Les choses sont très claires. L’Appel de Rome (2 décembre 2007) a explicitement déclaré que l’Union pour la Méditerranée ne devait pas interférer “dans le processus de négociation en cours entre l’Union européenne et la Croatie, d’une part, entre l’Union européenne et la Turquie, d’autre part”. La Turquie a évidemment toute sa place dans ce projet.Pour ce qui est des autres, je le répète, la porte est ouverte à tout le monde.
En ce qui concerne plus particulièrement le Liban, on sait le rôle éminent qu’ont joué les Phéniciens dans la construction d’une identité méditerranéenne. Ils ont même été les premiers commerçants de la Méditerranée, comme le rappelle la grande exposition organisée à l’Institut du monde arabe à Paris sur le thème: “La Méditerranée des Phéniciens”.
Dans ces conditions, il est évidemment indispensable que le Liban s’implique dans le projet. Mais, tout le monde connaît la situation dramatique que vit le Liban aujourd’hui.
Une démocratie qui a du mal à fonctionner, le problème des rapports entre le Liban et Israël, le Liban et la Syrie, sans compter le jeu de l’Iran. C’est une autre facette du problème du Proche-Orient et du conflit israélo-arabe. Dans ce contexte, l’indépendance du Liban aujourd’hui n’est pas totale.
La France a tout fait pour aider le Liban à sortir de la crise. Elle a organisé, en juillet 2007, la rencontre interlibanaise au château de la Celle-Saint-Cloud, dans le but de renouer un dialogue constructif entre les différents blocs politiques. La France a tenté de jouer un rôle positif en permettant une reprise du dialogue entre les parties libanaises qui s’ignoraient totalement et en favorisant un consensus sur le nom d’un candidat à la présidence de la République.
Certes, la diplomatie française n’a pas réussi à débloquer la situation et ses tentatives n’ont pas été couronnées de succès, mais aurait-il fallu ne rien tenter? La France suit avec préoccupation la crise politique au Liban et reste naturellement très attentive et très mobilisée. La constante de la politique française est la défense de la souveraineté et de l’indépendance du Liban.
Zeina el Tibi – A Colombey-les-Deux-Eglises, lors de l’inauguration de l’historial Charles de Gaulle aux Invalides ou au plateau des Glières, l’un des grands symboles de la Résistance, le président Sarkozy se place dans la tradition “gaulliste”. Qu’est-ce que le gaullisme?
Henri Guaino – Le gaullisme n’est pas une doctrine ou une idéologie. C’est, bien sûr, une certaine idée de la France et de sa mission dans le monde ; une idée qui a été plus incarnée que théorisée.
Le gaullisme pourrait se définir comme un rapport à la politique, à l’Histoire. Le gaullisme c’est, avant tout, une histoire qui commence le 18 juin 1940 et signifie encore quelque chose pour nous. André Malraux a dit : “C’est la force du non dans l’Histoire”.
On pourrait dire, aussi, que le gaullisme, c’est la conviction que la France reste vivante quand elle l’est encore dans le cœur de quelques hommes qui sont décidés à se battre pour elle. C’est le refus du renoncement, la volonté de surmonter les déterminismes, le refus de la fatalité.
Propos recueillis par Zeina el Tibi (Paris) - Article paru dans «La Revue du Liban», n° 4152 du 5 au 12 avril 2008.

Union méditerranéenne - Cadre de coopération multilatérale ou instrument de leadership de la France ?

« Si tu rêves seul, ce n’est qu’un rêve ; si nous rêvons ensemble, c’est le début de la réalité. » Chant populaire sud-américain
Le projet d’union méditerranéenne (UM), dont le président français, Nicolas Sarkozy, s’accorde la paternité et en fait son cheval de bataille depuis février 2007, lors de sa campagne électorale, est présenté comme un espace de coopération multilatérale et de co-développement fondé par et au profit de tous les riverains de la Mare Nostrum, et au-delà des peuples d’Afrique et d’Europe septentrionale. Mais pour saisir les tenants et les aboutissants de ce « rêve de civilisation », l’initiative française doit être appréhendée, sur le plan géopolitique, dans le contexte d’un ordre mondial et régional caractérisé par une double rivalité franco-allemande au sein de l’Europe et franco-américaine à l’échelle transatlantique.
Par rapport à l’Allemagne, et nonobstant le mariage entre Paris et Bonn pour bâtir l’Europe d’après-guerre, la France veut s’affirmer dans son environnement de proximité à travers une union méditerranéenne dont elle sera le leader. Vis-à-vis des Etats-Unis, cette initiative régionale lui permettrait, sur le flanc ouest, de reconquérir le terrain perdu dans sa « chasse gardée » maghrébine, et sur le flanc est, de devenir un acteur essentiel sur l’échiquier moyen-oriental. Cette contribution propose une analyse des desseins inavoués du projet en question comme un axe de la politique méditerranéenne de la France.
Même si le concept d’UM demeure encore insuffisamment clair, on peut néanmoins s’interroger sur les gains escomptés de ses futurs membres et d’évaluer les chances de succès d’une telle ambition non dénuée d’arrière-pensées, à partir d’indices contenus dans les discours de ses défenseurs comme de ses adversaires.

L’idée n’est pas nouvelle
L’idée d’UM attribuée à Sarkozy n’a rien d’original comme le laissent entendre certains discours. Des propositions similaires ont été avancées depuis le milieu des années 1990 par des politiques et intellectuels européens qui ont positionné cette perspective sur le long terme (30 à 50 ans).
On cite à cet égard Jean-Louis Guigou et Dominique Strauss-Kahn, membre du parti socialiste français et actuel directeur général du FMI. Dans un rapport remis le 18 mai 2004 au président de la Commission européenne alors en exercice, Romano Prodi, et intitulé « Construire l’Europe politique - 50 propositions pour l’Europe de demain », Strauss-Kahn répertorie les solutions qui permettraient à l’Union européenne de dépasser sa crise politique issue du rejet néerlandais, danois et français du traité constitutionnel.
L’une de ces propositions a trait précisément à l’idée d’une union euroméditerranéenne (UEM) qui consisterait à ouvrir à terme l’Europe à l’ensemble des pays méditerranéens en commençant par la Turquie dès 2010. Suivraient alors les pays des Balkans et ceux du Maghreb alors que la Russie et l’Ukraine pourraient, eux aussi, rejoindre l’UEM. Cette dernière, qui se ferait selon le modèle du marché unique européen (politique agricole commune, fonds structurels, aide internationale…) serait donc, à terme, une vaste zone de libre-échange de cinquante pays et de plus d’un milliard d’habitants faisant plus de 80% du commerce entre eux, ce qui permettrait de contrebalancer la zone Amérique et l’ensemble Chine-Japon-Asie du Sud-Est à l’horizon 2015.
Ce projet, manifestement improbable, parce qu’il remettrait en cause les acquis de la construction européenne et contrarierait les desseins des pères fondateurs de l’Europe a néanmoins donné des idées plus réalistes à ceux qui veulent bâtir une union forte du vieux continent tout en pensant avoir trouvé une solution acceptable au problème de l’embarrassante Turquie qui frappe encore à la porte de l’UE. Loin de vouloir diluer cette Union européenne au sein d’un espace aussi vaste qu’hétérogène, Sarkozy veut préserver ce que beaucoup considèrent comme un « club de chrétiens », tout en proposant un nouveau cadre de coopération en Méditerranée qui ne supplanterait pas, selon lui, le processus de Barcelone dont tout le monde s’accorde à dire qu’il a, jusqu’ici, échoué.
Moins ambitieuse que le partenariat euro-méditerranéen mais plus réaliste dans ses objectifs, « l’UM sera d’abord une union de projets » à l’instar de ce que fût la Communauté européenne du charbon et l’acier (CECA) en 1951, en tant que premier noyau de l’actuelle UE. Autrement dit, l’UM sera à géométrie variable selon les projets (énergie, transports, sécurité,développement durable...), et doit s’exprimer dans un engagement des chefs d’Etat et de gouvernement sans entraîner, au moins au début, un quelconque aménagement institutionnel.
D’ailleurs, le sommet de la future UM, prévu le 13 juillet 2008 à Paris, au moment où la France reprendra la présidence de l’UE, sera informel et doté d’un léger secrétariat pour préparer les sommets suivants afin de ne pas créer une bureaucratie lourde, comme le précise Alain Le Roy, ambassadeur en charge de l’UM.Il est donc clair dans cette optique que la dénomination « union » paraît en déphasage avec le manque d’ambition institutionnelle du projet sarkozyen. Une véritable « union » entraîne une redistribution du pouvoir en profondeur, donnant lieu à la création d’instances supranationales avec un pouvoir de décision.
Or, l’union méditerranéenne risque de n’être qu’une juxtaposition de projets bilatéraux qui, en tout état de cause, relèvent de la coopération ordinaire entre Etats. Ce qui est palpable à ce niveau, c’est le recul de l’UM par rapport à l’approche multilatérale et globale qui caractérise le processus de Barcelone. Certes, les promoteurs du nouveau projet méditerranéen soutiennent que celui-ci sera complémentaire à l’Euromed, mais le risque du double emploi et de la confusion entre les deux initiatives sera difficile à éviter.
Si bien qu’il est à craindre l’enterrement du processus de Barcelone au profit d’une union souple basée sur le volontariat plutôt que sur l’engagement contraignant des Etats.Pourquoi alors tant d’enthousiasme des Français pour une nouvelle organisation régionale en Méditerranée, au moment où les possibilités offertes par les autres cadres de coopération (partenariat euroméditerranéen « PEM », politique européenne de voisinage « PEV », Forum méditerranéen, 5+5…), n’ont pas été, toutes, explorées ?

Un contrepoids à la centralité de l’Allemagne
Le forcing diplomatique de l’Elysée à l’effet de « vendre » son projet d’UM n’a d’égal que les dividendes escomptés en matière économique, sécuritaire et politico-stratégique. Au-delà des gains économiques (accès aux matières premières, garantie de débouchés…) et sécuritaires (lutte contre l’immigration clandestine provenant du Sud) qui sont incontestables, l’UM se présente, sur le plan politico-stratégique comme un instrument de leadership régional de la France.
Ce pays dont les ambitions impériales sont toujours vivaces, veut « (re)-méditerranéiser » l’Europe afin de faire de la Mare Nostrum le centre de gravité du vieux continent. « Tout se joue en Méditerranée » qui constitue « un enjeu pour notre influence dans le monde » déclarait le candidat Sarkozy dans un discours-programme prononcé à Toulon le 7 février 2007. « Je veux être le président d’une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification après douze siècles de divisions et de déchirements », martela-t-il à la même occasion.
Se faisant, le projet de l’UM permettrait de dépasser les lacunes d’un processus de Barcelone tiré vers l’Est, région où l’Allemagne est prépondérante. Avec la fin en 1989 du rideau de fer qui divisait l’Europe en deux blocs opposés, puis la dislocation de l’URSS en 1991, l’Allemagne recouvre non seulement son unité, mais aussi un rôle stratégique accru grâce à une centralité que lui envient d’autres puissances occidentales. Entourée désormais du groupe des pays d’Europe centrale et orientale (PECO), ayant rejoint le giron européen après s’être débarrassée du joug soviétique, l’Allemagne est en train de prospérer grâce aux nouveaux débouchés de l’Est.
Ce qui lui permet par ailleurs d’accentuer sa spécialisation dans les technologies de pointe. Puissance économique et technologique incontestable en Europe, l’Allemagne est en quête d’un nouveau rôle politique international que les pesanteurs historiques l’ont empêchée de jouer jusqu’ici. En revendiquant un siège permanent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, Berlin veut renforcer la position stratégique qu’elle occupe à l’échelon européen. Cette perspective inquiète des pays comme la France qui veut substituer une centralité de la Méditerranée à la centralité de l’Allemagne, perçue comme une espèce d’« hégémonisme » germanique par rapport à « l’humanisme latin ». A travers sa politique méditerranéenne, Paris cherche désormais un rééquilibrage de l’Europe au sud, quatre ans après l’avant-dernier élargissement de l’UE qui a nettement déplacé le centre de gravité vers l’Est.
De même que l’Allemagne a été le moteur de l’ouverture aux PECO, la France cherche à entraîner ses homologues méditerranéens vers un processus dont elle serait le leader. La persistance de cette rivalité latino-germanique peut surprendre aujourd’hui quand on sait que l’UE a été bâtie sur le socle du tandem franco-allemand. Mais, depuis l’effondrement du bloc de l’Est, c’est la crise permanente dans les relations bilatérales. Alors que l’Allemagne réunifiée tente de poursuivre une politique autonome, la France a toujours voulu modeler l’Europe et la Méditerranée à son image. Le dilemme du couple franco-allemand est que, d’une part, celui-ci sert à contrer la poussée de l’atlantisme incarnée par l’hégémonie américaine, et d’autre part, l’axe méditerranéen voulu par Paris se trouve, de fait, dirigé contre les prétentions allemandes au leadership.
En fait, entre Paris et Berlin, on assiste à la résurgence d’un nationalisme contraire à l’esprit du couple, puisque chaque Etat réagit en fonction de ses intérêts étroits. Le scepticisme de la chancelière allemande, Angela Merkel, par rapport au projet de l’UM en est une illustration. Bien que la future UM n’exclut pas les pays non-méditerranéens qui souhaiteraient y adhérer, force est d’admettre que le statut qu’aurait un pays comme l’Allemagne en son sein sera naturellement relégué au second plan.
Malgré ses liens méditerranéens à travers notamment la Turquie et Israël avec lesquels elle a une relation spéciale, l’Allemagne craint d’être marginalisée au sein d’une union qui serait dominée par la France et les pays de l’arc latin. Le risque du retour aux zones d’influence n’est pas une simple vue de l’esprit en Europe, l’Allemagne brandissant la menace de créer une union de la mer Baltique qui serait le pendant de l’UM telle qu’esquissée par Sarkozy.
En tout cas, la diplomatie française doit se montrer extrêmement habile pour convaincre Berlin et les pays nordiques de l’UE, que le projet d’UM ne s’inscrit pas dans une logique de recherche d’une zone d’influence mais dans celle d’une coopération multilatérale et solidaire non concurrente des autres processus existants. Le même effort diplomatique doit être entrepris en direction de la Turquie qui redoute que la nouvelle offre française ne soit qu’un ersatz à sa demande d’adhésion à l’UE.

Un ersatz à l’entrée de la Turquie dans l’UE ?
Ce n’est un mystère pour personne que la perspective d’adhésion de la Turquie au sein de l’UE a beaucoup d’opposants dans le vieux continent. Sarkozy en est un des plus farouches et il le fait savoir. Pour lui, « la Turquie n’a pas sa place dans l’Union européenne parce qu’elle n’est pas un pays européen ».
C’est donc dans la perspective de l’union méditerranéenne que les relations euro-turques doivent être envisagées selon le président français.
L’argument avancé est que l’Europe qui a une identité à préserver ne peut s’élargir indéfiniment, au risque de se diluer, surtout lorsqu’il s’agit d’accueillir un pays musulman, avec ses 67 millions d’habitants vivant sur un territoire, dont 97%, y compris la capitale Ankara, est situé en Asie. Sarkozy pourra-t-il donc contourner l’écueil de l’adhésion de la Turquie à l’UE en lui proposant l’UM ? Ankara a d’ores et déjà rejeté cette idée qui, il faut le souligner, a été depuis l’été 2007 soigneusement éludée dans les sorties publiques du président français pour ne pas fâcher un grand pays méditerranéen.
Les adversaires de l’entrée de la Turquie au sein de l’UE ne peuvent cependant pas nier le fait que la Turquie est un Etat à régime laïc depuis les réformes engagées par Mustapha Kemal Ataturk en 1923 et qu’elle est candidate à l’entrée dans l’UE depuis 1986. Ils ne peuvent non plus ignorer le fait que la « vocation européenne » de la Turquie, affirmée par de Gaulle et Adenauer en 1963 a été confirmée à maintes reprises par les Etats membres de l’UE comme ce fut le cas en 1999 lors du sommet européen de Helsinki, lorsque ce pays s’est vu accorder officiellement le statut de candidat à l’adhésion.
Par conséquent, le processus d’intégration de ce pays au sein de l’UE paraît inéluctable nonobstant le désir français de lui proposer autre chose que l’adhésion.La Turquie n’est pas au bout de ses peines pour autant. Elle doit poursuivre des réformes profondes,conformément aux critères de Copenhague que lui prescrit l’UE avant son accession réelle et faire en sorte que le projet méditerranéen, au cas où il était accepté, ne retarderait pas davantage son entrée dans l’Union européenne qui demeure un objectif prioritaire.
En outre, Ankara se trouve face à un dilemme : jouer la carte française afin d’aider au déplacement du centre de gravité européen en Méditerranée où elle peut se targuer d’un rôle de puissance régionale, ou s’opposer au projet de l’UM afin de préserver toutes ses chances de rejoindre le plus tôt possible la grande famille européenne. Même si « la question turque est désormais distincte du projet méditerranéen » à en croire un diplomate français de haut rang, les Turcs craignent que cette initiative les décentre de leur projet européen.
EL WATAN - 06.04.2008 - L’auteur est : Maître de conférences en Sciences politiques, université de Batna, chercheur associé au CREAD (Alger) et à l’IREMM (Aix-en-Provence)

L’Union pour la Méditerranée a de beaux jours devant elle

La Croix : Le projet de l’Union pour la Méditerranée a suscité maintes controverses. On a même évoqué son abandon. Existe-t-il toujours ?
Alain Le Roy : Le projet n’est pas enterré. Il n’est pas question de le retirer. Il a même de beaux jours devant lui. Il a généré trop d’attentes. Au Maroc, en Algérie, en Tunisie et sur tout le pourtour méditerranéen.
En Grèce, par exemple, aura lieu jeudi 21 février une grande rencontre des entreprises pour commencer à proposer des projets dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée. Comme à Chypre où je me suis rendu dernièrement.
Avec l’Italie et l’Espagne, la France a lancé le 20 décembre l’Appel de Rome, qui précise bien que « l’Union pour la Méditerranée aura pour vocation à être le cœur et le moteur de la coopération en Méditerranée et pour la Méditerranée ».
Je vais peut-être vous surprendre mais des pays, des sociétés civiles, des entreprises se disent : « Il ne faut pas rater ça ! » Déjà 22 pays sur 25 ont déclaré être « pour ». Nous sommes en attente de la réponse du Liban et de celle de la Syrie. Les autorités turques nous ont récemment déclaré que cela les intéresse.
Dans les 25 pays, il y a trois autres états, le Portugal, la Jordanie et la Mauritanie, non directement riverains mais qui se considèrent comme quasi riverains de la Méditerranée. Il y a donc un vrai intérêt pour le projet.

Même du côté de l’Europe du Nord ?
C’est vrai, il y a des réticences des Européens du Nord, avec au premier plan l’Allemagne. Il nous faut nous rapprocher. Il y a une volonté réelle à Paris et à Berlin en ce sens.
Il y a un peu plus d’un mois, la chancelière allemande, Angela Merkel, ne s’est-elle pas affirmée « très optimiste sur le fait qu’en ce qui concerne les questions où il n’y a peut-être pas 100 % d’accord, comme celle de l’Union méditerranéenne, nous trouvions là aussi une voie commune » ? Il n’a jamais été question que l’Allemagne soit ou se sente exclue de l’Union pour la Méditerranée.
Le premier sommet, qui doit avoir lieu à Paris les 13 et 14 juillet, au début de la présidence française de l’Union européenne, ne peut avoir lieu sans l’Allemagne. Il doit se faire avec tous.

Que reproche l’Allemagne à l’Union pour la Méditerranée ?
L’Allemagne reconnaît, comme nous tous, qu’il y a un grand écart de développement qui ne cesse de s’accroître entre la rive sud et la rive nord de la Méditerranée. Elle sait qu’il y a un très fort déficit d’investissement sur le versant sud de la Méditerranée. Elle reconnaît aussi que le processus de Barcelone, qui existe depuis 1995 comme partenariat euro-méditerranéen regroupant 27 pays du nord, et 10 États du sud et de l’est de la Méditerranée, n’a pu achever nos objectifs communs.
Pour l’Allemagne, il faut que cette nouvelle union soit parfaitement articulée avec les processus européens existants. Nous comprenons cette réflexion. Nous en parlons ensemble, d’autant que nous avons tous le rêve d’une rive sud de la Méditerranée apaisée et développée.
Chacun reconnaît que la Méditerranée n’est pas seulement notre passé. Elle est aussi notre futur. Tout ce qui se passe dans le sud de la Méditerranée nous touche affectivement, les tremblements de terre à Alger comme les terribles incendies de forêts de l’été dernier dans le Péloponnèse.
C’est « mare nostrum » (« notre mer »), y compris pour nos amis allemands qui y ont de très gros intérêts : il y a 3 millions de travailleurs turcs en Allemagne et les accords de coopération de Berlin avec l’Égypte sont de première importance. Il faut donc trouver ensemble la bonne articulation avec les processus européens. Nous allons trouver des solutions.

La présence d’Israël au sein de l’Union pour la Méditerranée n’est-elle pas aussi contestée par une partie des pays arabes ?
Que je sache, Israël est un pays riverain de la Méditerranée, déjà présent au sein du processus de Barcelone, comme l’Autorité palestinienne, et ce depuis plus de douze ans. Israël siège aux côtés du Maroc, de la Syrie, de l’Algérie (deux pays qui n’ont pas reconnu l’État d’Israël), de la Tunisie, de l’Égypte.
Même la Libye a rang d’observateur dans le processus de Barcelone. Je ne vous dis pas que le dialogue y est toujours facile, mais il existe. Il se poursuivra au sein de l’Union pour la Méditerranée.
Sur un sujet comme la dépollution de la Méditerranée qui intéresse tous les pays, pensez-vous qu’il puisse y avoir problème ? Je ne le crois pas. Il y a un intérêt commun vital pour la région, y compris pour le tourisme.

Mais ne faut-il pas que les projets que cette nouvelle Union défendra aient l’aval de tous ?
Ce sont les pays qui eux-mêmes planchent en ce moment, comme nous, sur les projets dont ils vont débattre lors du premier sommet à Paris. Ce qui leur plaît dans cette Union, c’est qu’ils se retrouvent tous, du Nord ou du Sud, sur un pied d’égalité, ce qui est à leurs yeux d’une importance capitale.
Et les projets, accès à l’eau, énergie solaire, par exemple, seront à géométrie variable. À trois, à cinq ou encore à dix ! Dans le domaine de l’énergie, autre exemple, il faudrait terminer le bouclage électrique de la Méditerranée.
Entre l’Europe et le Maghreb, cela va seulement jusqu’à l’est de la Tunisie... L’Égypte travaille en ce moment sur un rêve commun, celui d’autoroutes maritimes en Méditerranée occidentale et orientale : relier Alexandrie au Pirée, à Tanger, à Barcelone, à Marseille. Tout cela aura bien sûr un coût.
Nous avons en projet une agence financière, avec un volet dédié aux PME ainsi qu’un fonds spécial pour les infrastructures. Nous comptons nous appuyer sur la Banque européenne d’investissement (BEI), sur le secteur privé et si possible sur les fonds des pays du Golfe.
Ces derniers ont désiré être observateurs au sein de l’Union pour la Méditerranée...
Par Julia FICATIER - Journal La Croix - 19.02.2008

La singularité et la modernité du message du Maroc donneront de la profondeur au partenariat euro-méditerranéen

M. André Azoulay, Conseiller de SM le Roi, a affirmé, dimanche soir à Paris, que la singularité et la modernité du message envoyé par le Maroc à la communauté des Nations donneront du sens et de la profondeur au partenariat euro-méditerranéen.
En prenant la présidence de la Fondation Euro-Méditerranéenne Anna Lindh, j'ai pleinement conscience de la singularité et de la modernité du message que mon pays, le Maroc, envoie à la Communauté des Nations à partir de l'espace euro-méditerranéen", a souligné M. Azoulay devant un parterre de plus de 1.500 personnes, dont des ministres français et étrangers, ambassadeurs, experts, politiques et universitaires, tous réunis pour le 4ème Forum de Paris consacré au projet de l'Union pour la Méditerranée.
"Un message attendu, crédible et juste qui allume le clignotant de tous les possibles s'agissant du périmètre idéologique et politique qui donnera demain du sens et de la profondeur au partenariat euro-méditerranéen", a ajouté M.Azoulay.
Pour M. Azoulay, "quoi qu'il arrive désormais et quelle que soit l'appellation qui lui sera consentie à l'arrivée, le projet d'Union pour la Méditerranée a donné une inflexion historique et nouvelle au partenariat euro-méditerranéen".
Le président de la "Fondation Anna Lindh" a fait remarquer qu'en faisant sienne cette initiative lancée depuis Paris, l'Union européenne en a validé l'opportunité et le président Nicolas Sarkozy a vu sa proposition adoubée par ses pairs, même si le périmètre et les modalités du projet initial ont été substantiellement amendés.
"Chacun sait maintenant que l'Union qui se profile des deux côtés de la Méditerranée n'exprime pas seulement une aspiration affective, généreuse ou naïve", a-t-il relevé, notant que "c'est un projet stratégique dont les composants sont à la fois politiques, idéologiques, économiques et culturels".
M. Azoulay a également insisté sur le fait que ce projet met au coeur de ses préoccupations la question de la parité, de la co-appartenance et de la destinée partagée avec comme postulat central, et défend l'égalité de traitement et des règles du jeu qui additionnent en les respectant, les identités et les cultures de tous pour en faire demain une ou des civilisations communes.
"C'est cette logique inclusive qui fera bouger les lignes jusqu'ici conventionnelles du partenariat euro-méditerranéen, en donnant à cette construction ambitieuse le sens politique qui lui a fait défaut, tout en permettant chemin faisant de cicatriser les blessures mémorielles de l'histoire", a-t-il précisé, indiquant que "l'Union Méditerranéenne à laquelle nous avons réfléchi ce week-end, n'est pas en contradiction avec le processus de Barcelone et elle n'a pas vocation à s'y substituer".
Cette Union, a-t-il poursuivi, s'inscrit au contraire dans la continuité, la complémentarité et les acquis du processus euro-méditerranéen lancé en 1995 dans la capitale catalane.
"Je récuse pour ma part la théorie confortable largement mais injustement partagée, d'une Union Euro-Méditerranéenne qui pour exister aurait nécessairement à se construire à partir de l'échec du processus de Barcelone qui aurait failli", a-t-il dit. Selon M. Azoulay, la réalité objective et incontestable des chiffres, des flux et l'analyse lucide des changements profonds qui depuis 1995 ont remodelé le paysage euro-méditerranéen, confirment "le saut qualitatif, quantitatif et institutionnel à mettre à l'actif du processus de Barcelone".
L'Union pour la Méditerranée pour aller loin et vite, a-t-il souligné, devra prendre appui sur les acquis accumulés depuis 1995 en apportant au processus de Barcelone la dimension qui lui a manquée, celle de l'appropriation commune et d'un partenariat conçu et voulu entre pays égaux en droits, en responsabilités et en exigences.
"La perspective exaltante qui s'est dégagée de nos débats pendant ces deux journées ne laisse pas de place à la frustration ou à la frilosité", a-t-il constaté, ajoutant qu'"ensemble, il nous faudra ainsi résister à la tentation de mettre entre parenthèses, même si c'est tactique ou provisoire, les dossiers politiques qui déterminent la crédibilité et l'adhésion de nos sociétés civiles à ce grand chantier de l'Union Euro-Méditerranéenne".
"Je pense d'abord à cet égard à une paix entre Palestiniens et Israéliens, conçue et voulue par les deux peuples et pour les deux pays, à partir de la même éthique, des mêmes obligations et des mêmes exigences", a-t-il rappelé. "Il a été dit parfois pendant ce Forum qu'il ne fallait pas que l'Union pour la Méditerranée soit l'otage du conflit entre Palestiniens et Israéliens.
Cette théorie est illusoire, irréaliste et en contradiction avec l'éthique et les valeurs qui inspirent et déterminent les fondements politiques, régionaux et historiques de cette Union", a-t-il poursuivi, avant de relever que le "processus de Barcelone, ne l'oublions pas, est né de la dynamique créée par le sommet pour la paix au Moyen-Orient, réuni en 1994 à Casablanca".
"Il s'est inscrit aussi dans le prolongement des espoirs nés des accords d'Oslo", a-t-il ajouté. Pour M. Azoulay, "en faisant d'une autre paix à inventer au Moyen-Orient l'un de ses objectifs prioritaires, l'Union pour la Méditerranée sera confortée et gagnera en légitimité et en adhésion du plus grand nombre".
Le Forum de Paris, présidé par le franco-marocain Albert Mallet, a réuni responsables politiques et économiques, experts et acteurs sociaux français et étrangers qui, trois jours durant, ont dressé le cadre et les contours de cette future Union. Le Maroc a été représenté à ce forum par plusieurs personnalités, dont MM.André Azoulay, Conseiller de SM le Roi, Hassan Abouyoub, ambassadeur itinérant, Fathallah Sijilmassi, ambassadeur du Royaume en France, Mustapha Bakoury, directeur général de la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), Fathallah Oualalou, ancien ministre des Finances et Mme Bouthayna Iraqui Houssaini, présidente de l'Association des femmes chefs d'entreprises au Maroc (AFEM). Outre le débat d'idées, le Forum de Paris, un Think Tank, se positionne comme "une force de proposition, de réconciliation et de construction ou de reconstruction".
Yawatani.com - 31 mars 2008

Le processus de Barcelone, ''un échec'' d'après Jacques Attali

Le processus de Barcelone a été "un échec" dans la mesure où il était intimement lié à des négociations politiques sur un conflit particulier, a affirmé l'économiste et écrivain français Jacques Attali.
Introduisant, vendredi soir au siège de l'UNESCO, le 4-ème Forum de Paris organisé du 28 au 30 mars sous le thème "Une Union pour la Méditerranée, pourquoi faire et comment?", l'ancien conseiller du président français François Mitterrand a fait remarquer que l'expérience "apprend qu'aucune relation internationale ne doit être fondée sur l'octroi par l'un aux autres", soulignant à cet égard que le processus de Barcelone est justement basée sur l'octroi par le Nord au Sud.

L'expérience a montré également qu'aucun processus ne peut fonctionner s'il est seulement politique et s'il ne concerne pas les sociétés civiles, la paix associative et l'entreprise, a relevé M. Attali dans sa conférence inaugurale intitulée "La Méditerranée ou l'ultime utopie".
Le conférencier a plaidé d'emblée pour des projets simples et concrets en vue de construire en commun l'ensemble méditerranéen, mettant l'accent sur l'importance particulière que revêt le développement des projets "ville à ville", entre les cités de la rive Nord et celles de la rive Sud.
Il s'est aussi prononcé pour un projet méditerranéen qui soit "un véritable projet de maintien d'un développement de valeurs et d'abord de la liberté individuelle".
Tout en appelant de ses voeux à une Méditerranée "plus humaine", M. Attali a fait observer qu'en 2025, la population des pays de la rive Nord va s'accroître seulement de cinq millions d'habitants, alors que celle de la rive Sud va augmenter d'au moins 100 millions d'habitants.
Auparavant, le président du Forum de Paris, le Franco-Marocain Albert Mallet, avait souligné l'urgence particulière de ce thème qui est sans doute l'un des choix majeurs qui se posent aux peuples et aux pays des deux rives.
Après avoir relevé l'importance de l'initiative du président français Nicolas Sarkozy, il a indiqué que le Forum de Paris "ne pouvait pas rater ce rendez-vous" dans la mesure où l'Union pour la Méditerranée (UM) est précisément la raison d'être du Forum.
La France, qui est à l'initiative de ce projet, est le seul pays d'Europe à être à la fois pleinement continental et pleinement méditerranéen, a-t-il ajouté, estimant que cette UM "est une grande idée et les grandes idées ne meurent jamais", "finissent toujours par s'imposer" et "sont indispensables".
"La solidarité entre les deux mondes méditerranéens n'est pas seulement un commandement moral, c'est la condition d'un avenir acceptable pour tous", souligne M. Mallet.
Cette rencontre réunit des responsables politiques et économiques, des experts et des acteurs sociaux français et étrangers qui, trois jours durant, essaieront de dresser les cadres d'un développement partagé rendu nécessaire à l'aune de la mondialisation.
Le Maroc est représenté à ce forum par plusieurs personnalités, dont MM.
André Azoulay, conseiller de SM le Roi, Hassan Abouyoub, ambassadeur itinérant, Fathallah Sijilmassi, ambassadeur du Royaume en France, Mustapha Bakouri, directeur général de la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), Fathallah Oualalou, ancien ministre des Finances et de la Privatisation, et Mme Bouthayna Iraqui Houssaini, présidente de l'Association des femmes chefs d'entreprises au Maroc (AFEM).
Outre le débat d'idées et d'échanges, le Forum de Paris, qui est une institution permanente, se positionne comme "une force de proposition, de réconciliation et de construction ou de reconstruction
".
Menara.ma - 30 mars 2008

Projet de l’Union pour la Méditerranée : la vision discordante de l’Algérie

Deux visions sur la teneur du projet de l’union pour la Méditerranée se sont opposées hier au forum organisé sur le même thème à l’Unesco. Celle de Paris, expliquée par Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, et celle d’Alger, défendue par Missoum Sbih, ambassadeur d’Algérie en France.
Si le premier a utilisé le langage des chiffres et des accords, le second a choisi, plutôt, de mettre la dimension humaine au cœur du projet.
M Hortefeux, qui a reconnu l’échec de toutes les politiques d’intégration françaises, a indiqué qu’il s’apprêtait à signer des accords d’immigration avec le Maroc et la Tunisie, semblables à ceux paraphés déjà avec de nombreux pays d’Afrique noire. Mais point de discussions pour le moment avec l’Algérie qui semble manifester une certaine réticence à leur contenu (accord).

Le discours de M. Sbih était très critique vis-à-vis de la version actuelle du projet de l’union pour la Méditerranée. L’ambassadeur a dénoncé le fait que les frontières soient ouvertes aux marchandises et aux capitaux, mais pas aux personnes. « Une approche novatrice impliquerait de ne pas parler désormais de ‘‘maîtrise concertée de flux migratoires’’, mais de la dimension humaine des rapports entre l’Europe et les pays du Sud ; dimension qui doit être au cœur même de la problématique de l’union pour la Méditerranée », a-t-il d’emblée expliqué dans son intervention. Et de poursuivre : « On ne peut pas, comme le faisait le processus de Barcelone, continuer à prôner la libre circulation des biens, des capitaux et des services, et en même temps, multiplier les restrictions, donnant ainsi aux populations impliquées le sentiment d’être exclues d’un processus qui les concerne au premier chef. » Critiquant le « glissement sémantique » qu’a subi le projet pour l’union de la Méditerranée, le représentant officiel algérien a qualifié de « vague » la notion de codéveloppement contenue dans le projet de l’union pour la Méditerranée et sujette à toutes les instrumentalisations politiques. Il a plaidé pour la mise en place d’un « Schengen méditerranéen » et d’une préférence « euroméditerranéenne » à la place de la préférence « communautaire ».

Le point de vue algérien a été conforté par Sijil Massi, ambassadeur du Maroc en France, qui a abondé dans le même sens. M. Massi a averti que « limiter le débat sur l’immigration clandestine peut s’avérer dangereux ». Tout en reconnaissant l’échec de tous les processus euroméditerranéens mis en place pendant trente années, le représentant du Maroc a proposé la création d’un observatoire des populations euromaghrébines pour peaufiner les analyses et construire un discours commun entre les deux rives. « Je ne peux plus parler de flux migratoires, a-t-il dit. Je suis obligé de m’intéresser aux flux humains. Il (le flux) existe, c’est une réalité sociologique qui doit être la base de départ. »

Idem aussi pour l’historien Benjamin Stora qui, tout en saluant le nouveau « coup de barre » de l’Europe vers sa rive sud, a remarqué que les Etats sont en retard sur l’évolution historique de la Méditerranée. « Des millions de personnes se sont déjà fabriquées cet espace de Méditerranée, mais il y a une absence totale de sa traduction sur le plan politique. » Concernant spécifiquement l’Algérie, l’historien a souhaité que cette inflexion en direction du Sud puisse permettre d’être une nouvelle occasion pour surmonter les blessures de l’histoire… Pour rappel, deux jours entiers sont consacrés au thème de l’union pour la Méditerranée.

Plusieurs questions seront débattues avec d’éminents spécialistes et hommes politiques de premier plan. On peut évoquer, entre autres, « Les enjeux de l’union pour la Méditerranée » par Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères français, « La sécurité en Méditerranée », « La Méditerranée, un enjeu stratégique » avec Michel Barnier, ministre français de l’Agriculture et de la Pêche, « L’Etat de droit en Méditerranée » avec Mohamed Arkoun, philosophe et professeur d’université, mais aussi « Quelle institution pour quelle union » présentée par Alain Le Roy, ambassadeur chargé du projet de l’union pour la Méditerranée, et tant d’autres problématiques.
Yacine Farah - El Watan.30 mars 2008

Union pour la Méditerranée Les pays du Sud déplorent une consultation entre seuls Européens

L'Union pour la Méditerranée n'en finit pas de faire débat. Le «compromis» franco-allemand a donné l'impression que plus rien n'hypothéquait la naissance du nouveau-né des relations multilatérales. Dans les faits, le chemin est loin d'être entièrement balisé.
D'ici la tenue du sommet constitutif de Paris en juillet prochain, le projet du président français pourrait susciter des avis contrastés.
Un colloque international à Paris en a donné un avant-goût. Des acteurs avertis du monde méditerranéen ont laissé entendre que la partie ne sera pas de tout repos.
Si l'agrément du projet ne fait désormais plus de doute à leurs yeux, des problèmes de différents ordres risqueraient de peser sur les premiers pas du processus. Invités par le «Forum de Paris» à débattre de l'idée chère à Nicolas Sarkozy, des personnalités des deux rives de la Méditerranée ont passé au crible la question sous toutes ses facettes. Les présents s'attendaient à des discussions sur divergences entre européens, le débat a valu par les points de vue de la rive sud.
Peu entendus jusque-là sur l'Union méditerranéenne, les pays du Sud ont profité de la tribune de l'Unesco - institution hôte du Forum - pour donner de la voix.

Premier à intervenir, l'ambassadeur d'Egypte à Paris, Nasser Kamel, a épinglé la manière dont le projet s'est décliné jusqu'à présent. Les pays du Sud «n'ont pas été consultés», s'est-il plaint, le ton dépité. Le diplomate fait allusion au fait que la «consultation institutionnelle», classique dans ce type d'initiatives multilatérales, «n'a pas eu lieu». Sans contester la justesse du projet français, il a regretté une discussion limitée aux Européens qui a confiné les Méditerranéens du Sud dans le rôle de «spectateurs». Le représentant du Caire a également pointé le peu d'intérêt de l'Europe pour la Méditerranée, lui reprochant d'entretenir avec cette région les «relations les moins intenses» au chapitre des rapports Nord-Sud. Il en veut pour illustration le verdict indéniable des chiffres. «L'Europe ne consacre que 3 à 4 % de ses investissements étrangers aux pays du sud de la Méditerranée». Une part insignifiante comparée aux 18 % destinés par les Etats-Unis en direction des pays de l'Amérique centrale et aux 20 % du Japon au profit du Sud-Est asiatique.

L'ambassadeur d'Algérie à Paris égratigne, lui aussi, un projet né d'un «accord négocié exclusivement entre pays européens». Mais plus que cela, Missoum Sbih évoque une certaine illisibilité de l'Union pour la Méditerranée. «On a parfois du mal à saisir sa réelle portée», affirme-t-il. Vu du sud, observe le diplomate algérien, le projet suscite moins d'interrogations par sa finalité que par son contenu et les conditions de sa mise en oeuvre. Les pays du Sud s'interrogent «sur la place et le rôle qu'ils seront appelés à jouer effectivement» dans la nouvelle entité géopolitique.
Affirmant être sur la même longueur d'ondes que son homologue algérien, l'ambassadeur du Maroc, Fathallah Sijilmassi, ne cache pas son irritation de voir l'immigration réduite aux seuls flux clandestins dans les discours européens. «C'est dangereux, charge-t-il. Il est essentiel que nous ayons une vision claire sur la dimension humaine».
Favorable au projet de Sarkozy depuis le début, l'ancien chef de la diplomatie française, Hubert Vedrine, plaide pour une démarche novatrice par rapport au processus de Barcelone. La faisabilité du projet et son évolution dépendront de deux facteurs décisifs à ses yeux : la constitution du secrétariat de l'Union et la gestion des projets. «Si le financement des projets sera tributaire de la seule Commission européenne, une hypothèque pèsera sur le processus», met-il en garde. En dépit des craintes et des réserves émises par les uns et les autres, l'Elysée a bon espoir de mener le projet à bon port.

La présidence française affirme par la voix du conseiller spécial de Sarkozy, Henri Guaino, que le sommet constitutif se présente sous les meilleures auspices. Paris ambitionne de réunir, pour les besoins de la traditionnelle photo de famille, tous les pays concernés : l'Union européenne dans son ensemble, les pays de la rive sud de la Méditerranée. «Je pense que tout le monde viendra», estime le chargé du dossier à l'Elysée.
S. Raouf - Lequotien-oran.com - 1.04.2008

Le Maroc, acteur très important au sein de l'Union de la Méditerranée !

Le ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des Affaires économiques et générales, Nizar Baraka, a souligné, à Paris, que le Maroc est "en position d'être un acteur très important au sein de l'Union pour la Méditerranée".
"La proposition d'une Union pour la Méditerranée réconforte la position du Maroc vis-à-vis d'un statut avancé avec l'Union européenne et, aujourd'hui, il est en position d'être un acteur très important au sein de cette Union à travers ce statut", a déclaré M. Baraka à la MAP, à l'occasion du 4e Forum de Paris organisé du 28 au 30 mars sous le thème "Une Union pour la Méditerranée, pourquoi faire et comment?".
Pour le ministre, le Maroc "bénéficie d'une dynamique de croissance assez importante qui incite à mieux valoriser nos ressources humaines afin de mieux optimiser le potentiel de croissance que nous avons".A cet égard, M. Baraka a souligné que l'Union pour la Méditerranée peut offrir "une opportunité d'investissements pour la formation de nos ressortissants de la part de l'Union européenne afin d'élargir et de développer ce potentiel".
Cette union, a-t-il relevé, est également une "union pour les projets, notamment le projet pour le bouquet énergétique méditerranéen qui constitue, pour nous, un projet très important permettant de développer encore plus les relations Nord-Sud mais également les relations Sud-Sud".
Pour M. Baraka, le "renforcement des relations Sud-Sud, notamment cette union des pays du Sud de la Méditerranée dont l'Union du Maghreb Arabe, constitue un préalable dans le cadre de ce projet"."Il serait important que dans cette vision, l'Europe nous accompagne (...) à dépasser les blocages pour libérer les potentialités au sein du Maghreb afin de réaliser ce rattrapage de développement et arriver à ce développement solidaire avec l'Europe", a-t-il dit.
Rappelant que le Maroc a tendu la main à l'Algérie à plusieurs reprises, le ministre a souligné que "c'était d'abord à travers la déclaration d'Agadir.
Nous avons invité l'Algérie à créer une zone de libre-échange sud méditerranéenne et dernièrement nous lui avons demandé d'ouvrir ses frontières parce que nous considérons que se sont des éléments cruciaux qui permettront à nos populations d'atteindre un meilleur niveau de vie et de réaliser son développement économique et social".
M. Baraka a, par ailleurs, qualifié cette proposition d'union de "belle opportunité pour replacer la Méditerranée au coeur des préoccupations de l'Europe".
"La Méditerranée a été quelque peu oubliée par l'Europe au profit des pays de l'Est. Cette proposition la replace au cœur des préoccupations de l'Europe", a-t-il ajouté.
lematin.ma - 31.03.2008