L’Union pour la Méditerranée dans le miroir de la construction européenne

Le Forum de Paris a consacré ses travaux de mars 2008 au projet d'Union méditerranéenne autour de la question « pour quoi faire et comment ? ». A quelques semaines du lancement officiel du projet d’Union pour la Méditerranée (UPM), les interrogations ont implicitement porté sur la crédibilité du projet et ses conditions de réussite : n’est-elle qu’une ambition esthétique sans contenu, ou au contraire un réel projet d’avenir précurseur d’une renaissance méditerranéenne ?
Pendant trois jours, les débats se sont notamment concentrés sur deux principales questions : le projet d’Union pour la Méditerranée est-il utopiste ? Quelle stratégie devons-nous mettre en œuvre pour répondre aux enjeux communs des Etats de la Méditerranée ?

Puissance de l’utopie et impuissance de l’utopisme

Le projet d’Union pour la Méditerranée aujourd’hui en discussion est la résultante d’un échec (le processus de Barcelone), d’un besoin (la résolution des déséquilibres, des tensions et des inégalités du pourtour de la Méditerranée pour constituer une zone de croissance et de stabilité), et enfin d’une proposition (celle de Nicolas Sarkozy, le 6 mai 2007 visant à « faire pour l'union de la Méditerranée ce qui a été fait pour l'union de l'Europe »).

Pourtant, parce que les conditions de l’échec du processus Euromed ne sont pas dépassées, que les besoins se sont accentués et que la proposition française est apparue trop ambitieuse, le projet d’Union pour la Méditerranée fait débat. Sa pertinence et sa viabilité sont mises en cause, certains le soupçonnant même d’être un vœu pieu incrusté dans la grandiloquence des discours. C’est pourquoi les travaux du Forum ont largement débattu du caractère raisonnable du projet au regard de la permanence des obstacles et du caractère apparaissant utopique de la proposition française.

Il n’est en ce sens pas anodin que le discours d’ouverture prononcé par Jacques Attali (« La Méditerranée, ou l’ultime utopie ») interroge le caractère utopique du projet. Cette interrogation a plus largement traversé l’ensemble des débats.

A cette occasion, J. Attali fait assaut de réalisme et dénonce successivement le lyrisme concevant la Méditerranée comme « berceau de la civilisation », mais aussi la dimension idéologique de la conception imposée par les peuples du Nord au Sud faisant de la Méditerranée un mythe.

Méthodiquement, il déconstruit la mythologie de la Méditerranéenne, de son unité et de sa puissance, mais aussi de son exceptionnalité dans son apport au monde et dans sa matrice pour la civilisation. Au contraire, il met en évidence que la Méditerranée est avant tout dans le présent une illusion car les divisions, les rivalités et la violence prévalent, comme un microcosme des déséquilibres du monde. Au regard du passé, une nostalgie : « la Méditerranée n'existe plus » ; si elle demeure une puissance démographique, elle subit un effondrement économique passant de 20% du PIB mondial au début du XIXe siècle contre 11% aujourd’hui. Et pour l’avenir, une bombe à retardement du fait du différentiel démographique et de l’accroissement des inégalités, pouvant générer un risque de balkanisation.

Dans les débats, Gilles Kepel (Sciences Po) lui fait écho : la Méditerranée est un non-concept qu’il faut dépasser. Il oppose le paradigme de Venise : ce qui compte, c’est sa capacité à générer un trait d’union.

Pour autant, J. Attali ne veut pas renoncer à l’utopie d’un projet méditerranéen qu’il considère comme « l’utopie ultime ». Mais il met en garde contre tout angélisme et appelle donc implicitement à faire la mesure de ce qui relève de l’utopisme et de l’utopie, ce qui n’est pas sans rappeler Paul Ricoeur : « L’utopie se fonde sur le mépris pour la logique de l’action (...) et l’incapacité foncière à désigner le premier pas qu’il faudrait faire en direction de sa réalisation à partir du réel existant (...). La logique du tout ou rien remplace la logique de l’action » (Du texte à l’action, 1986).

Sur les modalités : il doit s’agir d’un projet d’ « alliance » où toutes les parties sont également parties prenantes à la décision est le seul processus digne de développement : « Tout ce qui est dans l’octroi ne fonctionne pas, tout ce qui est dans la coopération fonctionne ». Sur le fond, il doit s’agir d’un projet « de maintien, de développement de nos valeurs et d’abord de la valeur de la liberté individuelle ». Il doit s’enraciner dans des projets concrets : développer des projets ville à ville, entre les villes du nord de la Méditerranée et les villes du sud de la Méditerranée et donner priorité aux ports (Tanger/Tunis, un grand port de l’est Gaza/Liban/Israël) ; faire une mer propre. Il identifie une condition institutionnelle (une police pour faire respecter le droit) et financière (un impôt commun dont l’assiette serait le trafic maritime à l'intérieur de la Méditerranée).

La méthode communautaire comme modèle pour l’espace méditerranéen

C’est ainsi logiquement qu’un deuxième axe de réflexions a porté sur la stratégie à adopter pour permettre le succès de l’UPM.

Les thèses en jeu ne sont pas sans renvoyer aux débats sur la construction européenne dans les années 1950. Quand Jacques Attali parle de la Méditerranée comme « ultime utopie », il n’est pas sans rappeler l’essai de Dominique Wolton sur l’Europe après Maastricht, La dernière utopie. Naissance de l’Europe démocratique (1993) ou les analyses d’Ulrich Beck voyant dans l’Europe, la « dernière utopie politiquement active ».

Faisant le lien entre les deux constructions – européenne et méditerranéenne, Alain Lamassoure (député européen, PPE) a essayé de dégager des enseignements de la construction européenne pouvant utilement servir l’UPM. Première leçon : le projet de rassemblement a une vertu pacificatrice ; si la paix ne tient pas à la seule construction européenne, cette dernière permet la profondeur de la réconciliation entre les peuples. Son succès réside dans une règle non écrite des traités voulant privilégier l’avenir sans ne plus ressasser le passé, souvent conflictuel. Deuxième leçon : la préférence communautaire a permis à chaque Etat de s'ouvrir aux pays voisins avant de s'ouvrir au reste du monde. Pour lui, ce principe faussement banal constitue la clé d'un rassemblement. Troisième leçon : certaines procédures de décision fâchent, d’autres réconcilient : les procédures de vote à la majorité divisent car risquent de stigmatiser les divergences et d’affecter l’amour-propre national, alors que la procédure parlementaire transnationale permet de diluer les oppositions.

Face à l’ampleur du défi et la longue liste des obstacles structurels qui ont d’ailleurs conduit à l’échec relatif du processus Euromed, le débat oppose les tenants de l’intégration politique à ceux d’une intégration par des réalisations concrètes sur des projets communs essentiellement de nature économique ou sociale. Un consensus semble se dégager à travers les tables rondes pour privilégier une construction pragmatique. J. Attali appelle, « au-delà de ces rêves utopiques, (à) se donner quelques projets simples, quelques projets concrets qui puissent véritablement nourrir une construction commune ». Difficile de ne pas entendre l’écho de Robert Schuman déclarant en 1950 que « l’Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait ».

Ainsi, Olivier Pastré (IM Bank) défend la thèse selon laquelle l’échec du processus de Barcelone s’explique par sa dimension trop politique et trop large ; au contraire, il faut désormais changer de stratégie et choisir le développement préalable des échanges économiques.

François Heisbourg (IISS) analyse du point de vue stratégique la singularité de l’espace méditerranéen marqué par l’accumulation de tensions stratégiques anciennes Sud/Sud (Algérie/Maroc, Syrie/Liban, Israël/ Palestine) plus que par des clivages Nord/Sud. Dès lors, il estime que l’UPM doit ne pas privilégier les questions sécuritaires mais au contraire se focaliser sur les aspects humains, économiques et sociaux.

C’est aussi l’analyse de Gilles Kepel, qui estime que la politique ne doit pas être au poste de commande : il souligne que l’UPM émerge au moment de l’échec du projet américain de Broader Middle East, ce qui enseigne qu’on ne peut pas accoucher de changement économique et social par le politique. Au contraire, la bonne méthode est celle de la CECA/CEE.

Une série de recommandations concrètes

Le Forum de Paris a conclu ses travaux en formulant dans une déclaration finale des propositions concrètes visant à alimenter le débat en cours sur le format institutionnel, les objectifs et le contenu du projet d’UPM.
Sur la méthode
1/ organiser préalablement un sommet Sud-Sud pour que les responsables politiques coordonnent leurs attentes et leurs positions avant la conférence de Paris ;
2/ créer un comité des Sages pour réfléchir en toute indépendance sur le projet d’Union pour la Méditerranée, ses contours et ses contenus.

Sur le modèle institutionnel, des institutions légères et souples
1/ Création d’une OCDE méditerranéenne sur le modèle de l’organisation mondiale réservée aux pays industrialisés ;
2/ Institution d’une Conférence permanente pour la paix et la sécurité en Méditerranée, sur le modèle d’Helsinki ;
3/ Création d’un Fonds d’investissement pour le développement en Méditerranée, à capitaux paritaires ;
4/ Création d’organes thématiques : Observatoire des populations, des migrations et de la régulation des mouvements des personnes, Conseil permanent des régions méditerranéennes pour favoriser les coopérations transversales au niveau des régions et des villes.

Propositions en termes de contenu sur quelques secteurs prioritaires
1/ Mouvements migratoires : mise en œuvre d’un système de visas de longue durée pour trois catégories de personnes : travailleurs qualifiés, travailleurs saisonniers, retraités ;
2/ Enseignement supérieur : propose la création d’un programme Erasmus méditerranéen et à terme, la création d’une université méditerranéenne de plein exercice (avec possibilité d’essaimer plus tard dans plusieurs villes du Nord et du Sud) ;
3/ Formation professionnelle : programme de formation gérés par des Agences (Agence de formation professionnelle pour favoriser une immigration qualifiante appelée à servir au pays ; Agence de promotion de formations courtes dans les métiers de l’eau, de l’énergie, du bâtiment, des transports, de la communication et de l’agriculture).
Thomas Kurkdjian - La Nouvelle Europe - 4 mai 2008

Union pour la Méditerranée : Paris peine à convaincre tous les chefs d'Etat arabes

Le projet de Nicolas Sarkozy d'"Union pour la Méditerranée" (UPM), qui doit être lancé le 13 juillet lors d'un sommet à Paris, risque de se heurter aux mêmes difficultés que le "processus de Barcelone" lancé par les Européens en 1995 en direction des pays de la rive sud : les tensions au Proche-Orient et la défiance des dirigeants arabes à l'égard d'Israël.
Certains chefs d'Etat arabes ont fait part de leurs réticences à participer à un sommet auquel doit être convié le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, au moment où la situation continue de se dégrader à Gaza et où le processus de paix apparaît dans l'impasse.
Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a fait savoir qu'il ne viendrait pas, expliquant qu'il lui serait impossible de s'asseoir à la même table qu'Ehoud Olmert. La participation du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, n'est pas assurée : sans exclure de venir, il a indiqué que sa décision dépendrait de la situation au Proche-Orient.

La question de la présence du président de la Syrie, Bachar Al-Assad, reste ouverte. Viendra-t-il ? "Cela varie de jour en jour", commente un responsable français. Le 30 décembre 2007, M. Sarkozy avait annoncé la suspension des contacts politiques à haut niveau avec le régime syrien, pour protester contre les blocages politiques au Liban. Cette décision, souligne-t-on à Paris, n'empêchera pas une invitation d'être adressée, mais M. Sarkozy évitera d'avoir un entretien bilatéral avec son homologue syrien en marge du sommet.

Des diplomates français constatent que l'image "pro-israélienne" de M. Sarkozy et de son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, complique la donne. Le président français doit effectuer une visite en Israël fin juin, deux semaines avant le sommet de l'Union pour la Méditerranée. Elle sera attentivement suivie par les dirigeants arabes, ainsi qu'une autre échéance : le 16 juin, dans une démarche appuyée par la France, l'UE devrait offrir un partenariat renforcé à Israël.

Pour convaincre les hésitants de venir au sommet méditerranéen, M. Sarkozy a demandé au président égyptien Hosni Moubarak (qu'il a reçu le 22 avril à l'Elysée) de jouer les médiateurs, notamment auprès du colonel Kadhafi. "Le président Moubarak a dit qu'il ferait tout pour que la rive sud soit représentée au plus haut niveau", commente-t-on à l'Elysée.

Le président égyptien, auquel pourrait être offert la "coprésidence" de l'UPM, aux côtés de M. Sarkozy, a été particulièrement courtisé par Paris. De même que le président tunisien, Zine El-Abidine Ben Ali : les officiels français lui font miroiter la création, en Tunisie, d'un secrétariat de l'UPM (l'Allemagne est toutefois réticente). Le roi du Maroc, Mohammed VI, a cherché, de son côté, à obtenir des assurances avant de confirmer sa présence. Il voulait que rien ne puisse entraver l'obtention par son pays d'un "statut avancé" auprès de l'UE. La France a plaidé au sein de l'UE pour ce statut qui privilégie le Maroc.

"Le problème de la présence des chefs d'Etat arabes le 13 juillet dépend largement de celle d'Olmert", commente un connaisseur du dossier à Paris. "On n'est pas dans la même configuration qu'en 1995, quand le processus de Barcelone était né des espoirs liés aux accords d'Oslo. Si la situation empire à Gaza, les négociations seront difficiles pour le sommet."

Le 8 avril, lors d'une réunion à Bruxelles de hauts fonctionnaires du "processus de Barcelone", les pays arabes ont insisté pour que les questions politiques et le processus de paix ne soient pas délaissés au sein de l'UPM. Les représentants français, ce jour-là, auraient préféré discuter de projets concrets, comme la dépollution de l'eau ou la création d'un espace universitaire méditerranéen.
Natalie Nougayrède (avec Philippe Ricard à Bruxelles) - Article paru dans Le Monde du 03.05.08.

Les relations euro-méditerranéennes et la Turquie dans l’Union pour la Méditerranée

Proposé par Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle, le projet de l’Union méditerranéenne devait rassembler les pays du pourtour méditerranéen. Outre-rhin, Angela Merkel a manifesté sa réticence dès l’annonce d’une union proposée aux seuls Etats riverains de la mer Méditerranée et qui ne serait pas construite au sein de l’UE. Dans un premier temps, le projet français n’a pas non plus enthousiasmé Bruxelles qui a pourtant conscience qu’un manque reste à combler dans la politique euro-méditerranéenne. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont finalement parvenus à trouver une proposition commune le 3 mars 2008 sur un projet non plus d’Union de la Méditerranée, mais d’Union pour la Méditerranée. Lors du Conseil européen des 13 et 14 mars 2008, les 27 Etats membres se sont mis d'accord sur la création d'une "Union pour la Méditerranée", qui sera lancée officiellement à Paris le 13 juillet 2008.

La Méditerranée est perçue comme un vaste territoire aux contours mal définis. Aussi, l'action politique en Méditerranée s'inscrit sur le terrain des réalités concrètes et matérielles, mais avec une portée symbolique considérable. Cet espace apparaît à la fois comme le territoire de toutes les confrontations et comme un ensemble uni et rêvé. Dans une mémoire commune fracturée par de nombreux conflits, elle est ressoudée par des rencontres au fil des siècles. L’Union pour la Méditerranée est-elle vraiment un appel à la rencontre de demain ? Quelle y sera la place de la Turquie ?

La Méditerranée dans l’imaginaire collectif

Au-delà des nombreux conflits persistants en Méditerranée et cela malgré des processus de paix et des tentatives de stabilisation, l’obstacle principal reste dans les têtes. Il provient de l'imaginaire de la peur, du "choc des civilisations" qui oppose l'Islam et l'Occident et qui ne permet pas à la Méditerranée de jouer un rôle de médiation entre l'Europe et le monde arabe. Choc des civilisations ou partenariat euro-méditerranéen : ce sont les Méditerranéens qui devront définir entre eux des relations de confiance que dépendra la mise en place d'un espace stratégique commun. L’histoire méditerranéenne est caractérisée par un changement de paradigme, une bipolarisation ayant pour origine la naissance du Christianisme et comme point d’arrivée le retrait du monde capitaliste occidental engendrant d’une part un monde sud-oriental greco-musulman et d’autre part un monde nord-occidental romain chrétien comme l'a exposé Braudel.

Les premières fractures sont ancrées dans les mémoires et elles renvoient notamment aux Croisades, aux expéditions coloniales en passant par les djihads et la perception de l’autre en tant que barbare. Cet espace qui jusqu’au XVIIe siècle jouait un rôle moteur dans les relations internationales, devint au siècle suivant un lieu d’affrontement des puissances coloniales puis de bouleversement après la découverte et l’exploitation des champs pétrolifères dans la péninsule arabique et les pays du Proche-Orient. L’accès à l’indépendance des colonies méditerranéennes et la montée du panarabisme eurent pour conséquence l’écartement des Européens au sein de cette zone, qui fut marquée jusqu’aux années 1990 par la Guerre froide. Ces fractures ont malheureusement laissé des traces profondes dans les imaginaires collectifs des peuples de l'Europe et de la Méditerranée. La Méditerranée apparaît, en effet, imprégnée par l'occidentalisme, l'eurocentrisme et l'islamisme.

Les défis multiples d’un ensemble complexe

Les fractures présentes et futures en Méditerranée sont à la fois économiques, démographiques, stratégiques et culturelles. Les écarts de niveau de vie entre l'Union européenne et les pays méditerranéens sont considérables. Dans l'Union pour la Méditerranée cohabiteront donc deux ensembles économiques aux réalités disproportionnées, séparées par un fossé de richesse qui continue de se creuser. Au niveau démographique, cet ensemble se caractérise par des déséquilibres démographiques grandissants. Au Nord, la croissance démographique est stable avec des populations vieillissantes, au Sud et à l'Est elle reste forte avec des populations jeunes. Dans les vingt prochaines années, un changement démographique considérable s'opérera entre le Nord et le Sud : les pays du Nord du bassin ne compteront plus que le tiers de l'ensemble des populations de la Méditerranée, alors que les pays du Sud et de l'Est rassembleront prés des deux tiers des populations du bassin méditerranéen. Ainsi, le facteur démographique est au cœur des relations euro-méditerranéennes.

D'un côté sont posés des problèmes de migration et de contrôle des flux de population et de l’autre d'importants problèmes d'éducation et de formation, sans compter les besoins d'emploi pour une population jeune. A travers un partenariat renforcé, l’Union pour la Méditerranée veut donc rapprocher les deux rives en développant une zone de libre-échange. Mais ce concept n’est pas facile à concrétiser dans une région qui a aussi comme toile de fond le conflit du Proche-Orient. Aussi, un des objectifs fortement sous-entendu de ce projet est l’enrayement de l’immigration clandestine en développant la prospérité à la base et en assurant un espace de paix et de sécurité. Les 27 en tireront également comme bénéfice de dynamiser une Europe vieillissante et en manque de main d’œuvre.

Le triangle Paris - Berlin - Ankara

A la suite d’un « arrangement » entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, la nouvelle union sera lancée le 13 juillet 2008 et tous les Etats membres y participeront.

Les motivations géopolitiques et politiques derrière ce projet semblent à première vue claires : l’intérêt politique réside dans la possibilité de proposer une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. D’un point de vue géopolitique, il vise à accentuer le poids de la France sur la scène internationale. Depuis la fin de la Guerre froide, l’élargissement de l’espace communautaire a eu lieu par l’intégration progressive des pays se trouvant dans la « zone d’influence » allemande. D'ailleurs, ces élargissements ne concernent pas seulement les anciens satellites communistes mais aussi l’Autriche, la Suède, et la Finlande. Dans ce sens, la création d’un « Club Med » politique, qui semble refléter une aspiration française pour les politiques de grandes envergures, laisse dubitatif : la France parviendra-t-elle à travers ce projet à institutionnaliser son rôle de leader dans un espace qui s’étend du Maghreb au Liban et en Syrie, où elle a aussi des liens historiques très étroits et une influence politique considérable?

Néanmoins, en politique, les apparences sont souvent trompeuses. En réalité, Nicolas Sarkozy fait campagne pour réformer l’article 88.7 de la Constitution française, par lequel Jacques Chirac sur une demande des parlementaires UMP, a assuré aux Français d’avoir le dernier mot sur la question de l'adhésion de la Turquie. Lors de son intervention télévisée, le 24 avril dernier, Nicolas Sarkozy a réaffirmé son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’UE insistant sur le fait que pour lui elle ne faisait pas « géographiquement » partie de l’Europe et qu'il ferait à ce titre un référendum sur la seule question de son adhésion à l’Union européenne. Nicolas Sarkozy n’est pas assuré d'être à l'Elysée au moment où la Turquie aura fini de négocier les 35 chapitres d'adhésion. Pourtant Paris a déjà fait savoir aux Européens et aux Turcs qu'il ne s'opposera pas à la poursuite des pourparlers avec la Turquie, qui manquent cruellement de vigueur. En réponse à ce projet de réforme de la Constitution, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, prévoit de déposer un amendement pour le maintien d’un référendum obligatoire sur les adhésions à l'Union européenne de pays qui ne seraient pas géographiquement en Europe, autrement dit de la Turquie…

Ankara reste perplexe

Les réticences et les craintes sont perceptibles aussi bien du côté de l’Union européenne que des pays méditerranéens hors UE, qui ne sont pas plus unanimes face au projet sarkozyen qu’en Europe. Les deux derniers à avoir adhéré au projet de l’Union pour la Méditerranée sont la Mauritanie et l’Albanie. Le Liban et la Syrie n’ont pas encore donné leur réponse et le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Egypte, la Jordanie, Israël, l’Autorité palestinienne y figurent à ce jour.

Le Ministre des Affaires étrangères turc, Ali Babacan, a précisé que la Turquie ne s’était pas encore prononcée sur la question de sa participation au projet. Ankara attend d’avoir l’assurance que l’Union pour la Méditerranée ne remplacerait, ni ne freinerait ses espoirs d’intégrer un jour l’Union européenne, craignant qu'elle ne soit aussi conçue comme un moyen de lui offrir une alternative à l'adhésion à l'UE. La Turquie ne ferme donc pas ses portes à cette proposition mais attend d’une part des garanties de la France sur l’adhésion, et d’autre part l’issue des débats en Europe. Ce qu’elle attend aussi c’est une nouvelle déclaration de président Nicolas Sarkozy soulignant ses véritables objectifs. Pour les politiques comme l’opinion publique turques, cette union prend des accents de complot avec des objectifs plus qu’obscurs. La presse turque évoque notamment les raisons « cachées » du Président français dans la mise en place de l'Union pour la Méditerranée.

Outre l’optique de mettre un obstacle à Ankara sur la route menant à Bruxelles, les journalistes soulignent son intention d'y donner un rôle clé à la Libye afin de convoiter ses richesses et son marché, et d’appréhender ses stratégies. Aussi, Paris, dans sa course face à Berlin, très influent dans les Balkans, chercherait à adopter et approfondir une nouvelle stratégie dans le bassin méditerranéen. Ainsi, à chaque fois que la France voudrait par exemple repeupler son territoire, elle ferait appel à la Méditerranée. L’une des principales raisons évoquées est la volonté de remplacer la coopération arabo-française existante par une politique méditerranéenne. Et bien entendu, en son sein, la France pourrait ne pas prendre ouvertement parti dans le conflit israélo-palestinien et n’obligerait donc pas Israël à restituer les terres colonisées à leurs véritables propriétaires. Le Premier ministre tchèque, Mirek Topalanek, a lui aussi exprimé ses doutes, pour lui les points clés, ainsi que les véritables enjeux du projet ne seraient à ce jour toujours pas clairs. Topalanek se demande aussi si Nicolas Sarkozy travaille réellement à améliorer la politique de coopération européenne ou s’il ne cherche pas plutôt à atteindre ses objectifs nationaux.

Dans la conjoncture actuelle, Nicolas Sarkozy a envoyé à Ankara son ministre responsable aux affaires européennes, Jean Pierre Jouyet, pour convaincre ses homologues Turcs des mérites du nouveau mécanisme de la coopération et les inciter à participer à la future coopération euro-méditerranéenne. La visite de Jouyet à Ankara est perçue par les diplomates turcs comme le signe d’un intérêt particuliers de Paris pour inclure la Turquie dans cette union. Ce n’est pas non plus la première fois que Nicolas Sarkozy tente de convaincre les Turcs : Alain Le Roy vint à Ankara quelques mois auparavant dans l’optique d’éradiquer les « malentendus » subsistants entre les deux pays. Néanmoins la suspicion des Turcs vis-à-vis de la France et de l’Union pour la Méditerranéen subsiste encore et toujours. L’idée d’un "Club Med" n’a pas seulement contrarié les pro-turcs au sein de l’UE comme la Grande-Bretagne et la Suède mais a également fâché l’Allemagne. Bien que le gouvernement turc n’ait pas encore pris de décision concernant sa participation, pour nombre de bureaucrates, le projet ne constituerait pas une menace pour l’adhésion à l’UE. Les débats actuels révèlent que l’établissement de nouvelles structures sera évité et l’utilisation des mécanismes existants d’Euromed représente donc une garantie importante pour Ankara. Et pour nombres de diplomates à Bruxelles, si le projet est lancé après approbation des 27 Etats membres, il n’y a pas non plus de raisons pour Ankara de s’en écarter : la Turquie est un partenaire clé dans l’EuroMed et le restera pour la future Union pour la Méditerranée.

La campagne de la Turquie pour l’UE a été considérablement endommagée par les doutes et appréhensions de la France et de l'Allemagne, puis les débats sur le conflit chypriote, sur la question de la liberté d’expression et les tensions dans la politique intérieure du pays n’incitent et ne motivent pas la population à soutenir le gouvernement dans la procédure d'adhésion à l'Union Européenne. Même si plusieurs États européens ont également soupçonné la France de vouloir promouvoir ses propres intérêts en Méditerranée tout en utilisant les fonds communautaires pour financer le projet, tout avantage géopolitique en faveur de la France est de fait neutralisé et la nouvelle union n’est rien d’autre qu’une version améliorée du processus de Barcelone. Peut-être que les motivations du Président sont autres : le projet de l'Union pour la Méditerranée est très similaire au plan du Grand Moyen-Orient dit the « Greater Middle East » lancé par les stratégistes américains néo-conservateurs du gouvernement Bush. Bien que l’adhésion à ces deux instances est différente, l’idéologie est la même : supranationale et anti-nationaliste. L’idée principale est de neutraliser le conflit israélo-palestinien en intégrant les pays du Moyen-Orient en une même unité politique, à l’image du couple franco-allemand et de la construction européenne.
Sevil Budak - Nouvelle Europe - 5 mai 2008

Le bassin migratoire méditerranéen : un espace unifié ?

"Mare nostrum" des Romains, qui en avaient fait le centre de leur vaste Empire, la Méditerranée fut un vecteur majeur et précoce de mouvement et de brassage de populations. Cette position de carrefour, mise en valeur par Isidore de Séville au VIIe siècle - c'est en effet lui qui la dénomme "mediterraneum mare", la mer au milieu des terres - met en contact des civilisations diverses et souvent en conflit (occident chrétien, orient orthodoxe, Arabes et Ottomans musulmans, foyer national juif), mais forge en parallèle, sur la base d'un milieu géographique commun (climat, paysages, activités liées à la mer), une identité méditerranéenne qui transcende les frontières nationales ou les clivages ethno-culturels.

Cet espace est donc animé par des mouvements migratoires anciens, intenses et variés, aussi bien dans leurs motivations (économiques, culturelles, politiques etc.) que dans leurs échelles (internationles, internes à la zone ou la débordant, intra-nationales, régionales, locales...). Comment ces migrations affectent-elles l'espace méditerranéen, a priori relativement homogène ? Contribuent-elles à façonner une identité méditerranéenne, ou la contrarient-elles, la modifient-elles ? Jadis centre du monde antique, l'espace méditerranéen est sans doute l'un des plus anciens espaces de brassage et d'unification. Mais au lieu de favoriser son homogénéisation, les migrations semblent au contraire révéler et accentuer des fractures et des disparités socio-économiques. Examinons ce problème plus en détail.

Un carrefour migratoire facteur de brassage des populations et d'unification de l'espace

La vielle histoire migratoire de la "mer au milieu des terres" a contribué à la formation d'une identité méditerranéenene. On peut songer aux cités grecques en Cyrénaique (actuelle Libye) aux conquêtes romaines au Levant comme à celles des Arabes bien au-delà de Gibraltar, ou bien encore aux Croisades. Mais il faut également évoquer les épisodes plus contemporains de colonisations et/ou protectorats britanniques (en Egypte) et français (Magrheb, Liban) qui se traduisent par l'existence de liens migratoires entre les anciennes métropoles et les ex-territoires colonisés.

Sans oublier la tradition d'échanges culturels et commerciaux qui se sont développés à la faveur de tous ces événements historiques : savants voyageurs du Moyen-Age (Saint-Augustin) à la Renaissance (Rabelais), échanges universitaires (le grand historien français Fernand Braudel à rédigé sa thèse sur la Mediterranée à l'époque de Philippe II en travaillant sur des archives en Dalmatie) et "brain-drain" (fuite ou drainage des cerveaux, c'est-à-dire des travailleurs qualifiés) contemporains (implantation d'une antenne de la Sorbonne puis du Louvre à Abou-Dabi), etc.

Il faut également mentionner les civilisations fondées sur les relations marchandes et le commerce maritime (Phéniciens, Venise, Florence, Gênes...). Les ports ont donc joué un rôle majeur dans la mise en contact des civilisations bordant de part et d'autre le bassin méditerranéen.

L'histoire migratoire a donc contribué pour une large part à forger une indentité culturelle méditerranéenne, fondée sur une culture de la mobilité (dont les diasporas juive et grecque sont des exemples saillants) et un certain cosmopolitisme incarné dans des villes comme Alexandrie, diffusé par l'exil des Arméniens ou les déploiement des communautés levantines (Libanais présents jusqu'en Afrique de l'Ouest où ils jouent un rôle commercial).

L'attractivité du littoral et de ses grandes villes constitue un autre facteur unifiant l'espace méditerranéen. Les façades maritimes et les littoraux y présentent de fortes densités humaines (en général supérieures à 200 habitants au km2), contrastant avec les arrière-pays ruraux souvent délaissés. Ces soldes migratoires positifs s'expliquent notamment par des facilités de transport (le long des côtes en cabotage par exemple), une certaine ouverture économique des ports (Marseille, Barcelone...) et un célèbre phénomène d'héliotropisme ("orientation vers le soleil") des populations actives (cadres), des retraités (qui viennent y couler de jours paisibles) et des touristes en quête de villégiature.

Il en résulte une croissance et un "bourgeonnement" de villes littorales très attractives. La conséquence principale de cette situation étant l'exode rural qui touche encore de nombreuses régions comme le Mezzogiorno italien ou la Kabbylie. D'autant plus que les migrants internationaux sont attirés par ces villes (Izmir, Alexandrie, Alger). Au sein même de ces villes, les ports jouent un rôle important dans le phénomène migratoire et ce à toutes les époques, y compris de nos jours, pour les migrations clandestines par exemple (containers, calles de bateaux), bien que d'autres modes de transports et infrastructures soient aujourd'hui privilégiés, comme l'avion ou les voies rapides (routières ou ferroviaires).

Tous ces éléments contribuent au cosmopolitisme méditerranéen à l'oeuvre dans certains espaces. On peut citer plusieurs "métissages" anciens ou récents : l'exmple de l'Espagne arabo-andalouse (cf. l'Alhambra de Grenade), de l'influence européenne en Afrique du Nord (urbanisme et architecture italiens à Tripoli, immeubles de style Hausmannien d'Alger) ou des quartiers multiculturels de Marseille-Belsunce (appelés parfois "la médina") en témoignent.

Ce cosmopolitisme dépasse de plus en plus le cadre méditérranéen au sens strict, "mondialisant" en quelque sorte la Méditerranée. Ce foyer d'émigration exporte ses modes de vie et son identité. Les Italiens ou les Grecs des Etats-Unis ou d'Australie en sont un exemple, tout comme les Maghrébins dans les monrachies pétrolières du Golfe persique. A l'inverse, cet espace accueille des populations extérieures : touristes et propriétaires hollandais et allemands des Baléares, main d'oeuvre asiatique au Maroc et en Algérie (dans le BTP en particulier), Palestiniens en Italie ou à Chypre, Africains du Sahel en Espagne et en France...

Ainsi, la position de carrefour de la Méditerrané a fait de son espace un vieux foyer de turbulences migratoires : les migrations de toutes natures et à toutes les échelles ont contribué à peupler assez densément, à urbaniser et à internationaliser les littoraux. Mais cette unité ne va pas de soi, elle n'est pas sans poser problème. Ce brassage migratoire peut au contraire faire apparaître ou accentuer des fractures socio-spatiales.

Fractures Nord-Sud, morcellement méditerranéen et ségrégation spatiale

Les migrations économiques alimentent un clivage Sud-Nord depuis le décollage industriel de l'Europe occidentale et la colonisation. Ce différentiel démographique et économique permet de distinguer trois espaces :
1. Une Europe occidentale méditerranéenne (péninsule ibérique, France, Italie, Grèce) désormais intégrée à l'Union européenne, ayant achévé sa transition démographique et bien développée, même si les différences au sein de cet ensemble sont grandes ;
2. Les Balkans et le Proche-Orient (sauf Israël, qui se rapproche du 1er groupe) en position intermédiaire ;
3. Une Afrique du Nord encore sous-intégrée et en difficulté économique.

Cette situation alimente des migrations économiques de main-d'oeuvre dans les deux sens : du nord vers le sud, surtout à l'époque coloniale mais aujourd'hui encore, sous la forme d'aides techniques au développement, de "coopération" etc. ; dans le sens inverse, essentiellement depuis les Trente Glorieuses : campagnes de recrutement pour la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, politique de regroupement familial.

Ces mouvements humains accentuent les contrastes : les espaces d'arrivée en ressortent dynamisés par un apport de main d'oeuvre bon marché, les espaces de départ subissent à l'inverse une désertification (rurale notamment), une fuite des élites et une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée. Pour autant, le phénomène de "remises économiques" (envoi d'argent à la famille par l'intermédiaire de compagnie de transfert et de mandats) permet parfois de relancer l'activité et d'élever le niveau dans les lieux de départ (construction d'une maison pour préparer sa retraite au pays, participation au frais de mariage).

Mais cela ne concerne pas l'ensemble d'une société ou d'un groupe, c'est l'apanage d'un petit nombre, et ces manifestations d'enrichissement incitent de nouvelles personnes à s'expatrier, motivées par les perspectives qu'offre le départ pour un éldorado souvent mythifié.

D'autre part, les disparités infra-nationales et entre pays se multiplient. La Méditerranée se morcelle (ou se "balkanise") puisque de vieux conflits alimentent encore des migrations contraintes. La diaspora juive antique et médiévale s'est prolongée jusque dans le sionisme et l'Aliyah (mouvement de retour en "terre promise"), des réfugiés politiques portugais et espagnols ont fui les dictatures de Salazar et Franco, sans oublier la disapora palestinienne qui pâti encore de la non-résolution du conflit avec Israël (camps de réfugiés en Syrie et Jordanie, mur de séparation, enclave de Gaza etc.). On peut également citer d'autres exemples émaillant l'histoire contemporaine : la guerre d'Algérie et la décolonisation (Harkis, Pieds-noirs, rapatriés) ou les conflits balkaniques (Albanais en Italie...).

On assiste alors à des phénomènes de repli identitaire nationaliste ou régionaliste qui entravent la circulation migratoire. Les législations restrictives ou sélectives en la matière se multiplient depuis la crise pétrolière de la décennie 1970 (l'activité du Ministère français de l'identité nationale en est aujourd'hui une illustration). La xénophobie se traduit aussi par la manifestation de régionalismes (Ligue du Nord en Italie, séparatisme corse) et le rêve naïf d'une identité méditerranéenne s'évanouit devant l'absence de solidarité migratoire.

A l'échelon régional et local, les migrations accentuent même les contrastes et les logiques ségrégatives. On retrouve ici les traditionnelles distinctions villes-campagnes et littoral-arrière pays, même si le tout semble s'atténuer peu à peu avec la péri-urbanisation (diffusion des modes de vie et équipements urbains autour du Caire par exemple).
Sans oublier les contrastes entre métropoles littorales attractives et villes petites ou moyennes, souvent cantonnées au rôle de relais migratoires (Syracuse) vers d'autres pôles urbains (Naples), ni la ségrégation intra-urbaine qui se traduit par une difficile intégration des néo-citdadins ou une ghéttoïsation ("cités d'urgence" françaises, camps de réfugiés etc.).

Loin de l'unité présentée en premier lieu, l'espace migratoire méditerranéen révèle en son sein de lourdes fractures, et invite à dresser une typologie des espaces migratroires, incarnant, selon leur attractivité ou leur caractère répulsif, une géographie des centres et des périphéries.

Entre répulsion, attraction et turbulences migratoires

Iles, détroits, ports et zones-frontières sont les pôles de cette turbulence migratoire. Ils apparaissent comme des points de passage, des zones-clés où se jouent l'acte migratoire lui-même, et sont parcourus par des flux permanents d'arrivées et de départs. Une économie liée à la migration s'y développe (passeurs, visas, devises, téléphones) et ces lieux se caractériseraient même par un paysage typique de l'expérience de la mobilité. Quelques exemples emblématiques viennent immédiatement à l'esprit : enclave de Ceuta, Gibraltar, le Bosphore, Malte ou les Canaries, Vintimille, Lampedusa...

Les périphéries répulsives sont de diverses natures : arrières pays ruraux (Péloponèse), villes de second rang (Bari) ou de transit (Tunis), quartiers déshérités (Sidi Moumn à Casablanca). Elles sont autant de pôles d'émigration ou de passage vers des destinations considérées comme plus idéales par les candidats à la migration.

Les grandes métropoles demeurent quant à elles des concentrés d'identité méditerranéenne. Elles sont attractives et jouent le rôle de centres : Barcelone, Marseille, Athènes, Naples ou Alexandrie s'inscrivent dans cet ensemble. Mais il faut nuancer le propos, car la Méditerranée a perdu son rôle central d'"économie-monde" (Immanuel Wallerstein et Fernand Braudel), au profit de zones plus dynamique comme la dorsale européenne, le Golfe persique, l'Amérique du Nord et de plus en plus, la mer de Chine.

Si les migrations ont pu participer à la formation d'une culture méditerranéenne tant qu'elles se jouaient en vase clos dans un bassin relativement homogène et central, elles ne font aujourd'hui qu'accentuer les déséquilibres internes et les dépendances externes d'espaces de plus en plus disparates. Peut-être est-ce là la nouvelle identité méditerranéenne, celle d'un espace mondialisé mais morcelé.
L'auteur, Adrien Fauve tient à rendre grâce à Valérie Batal, professeur agrégée de géographie en CPGE littéraire (lycée Lakanal de Sceaux). Nouvelle Europe - 5 mai 2008 -

Algérie : l’union méditerranéenne au cœur des discussions entre Bouteflika et Kouchner

Le projet d’union pour la Méditerranée qui sera « différent du processus de Barcelone », comme l’a annoncé le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, à Alger, était ce lundi au cœur des discussions avec le président Bouteflika.
Face à la presse, "the french doctor" a déclaré avoir évoqué avec Bouteflika qui l’avait reçu en audience, le « projet d’Union pour la Méditerranée et la place de l’Algérie et de la rive sud » tout en maintenant que « L’Algérie est un pays clé dans le projet de l’union pour la Méditerranée ».
La reconnaissance officielle par la France des crimes coloniaux durant la guerre d’Algérie, le dossier du Sahara occidental, la crise Palestinienne et la normalisation avec l’état d’Israël sont autant de difficultés sur lesquelles butent les relations algéro-françaises et qu’il faudrait aplanir pour voir l’Algérie adhérer pleinement à ce projet.
Sur ces paramètres qui déterminent la politique extérieure de l’Algérie, le chef de diplomatie français s’est presque montré évasif devant les médias surtout en ce qui concerne le dossier Sahraoui et celui de la Palestine. « Pour le moment, la solution n’existe pas et l’Algérie est très proche du dossier » a tenu à préciser Kouchner qui estime que les relations de la France dans le Maghreb « commencent par l’Algérie ».
Pour ce qui est de la Palestine, Bernard Kouchner était informatif en avançant que le ministre algérien des affaires étrangères, Mourad Medelci, se rendra au Caire « pour participer à une réunion de travail à ce sujet ».
La visite qui n’a pas été couronnée de succès
Ces questions qui n’ont pas encore connu d’éléments de réponse appropriés s’ajoutent à celles relatives à la libre circulation des personnes dans cet espace et sur lesquelles le diplomate français n’a pas apporté de précisions.
La libre circulation serait donc posée dans le cadre des accords Schengen ce qui privilégie beaucoup plus les politiques que les particuliers, soumis à des difficultés multiples dans leurs déplacements, surtout en direction du vieux continent.
Ce qui reste tangible de cette visite d’Etat de Bernard Kouchner, c’est la signature prochaine de deux accords entre la France et l’Algérie, portant sur la coopération militaire et le nucléaire civil, comme l’a précisé Mourad Medelci selon lequel l’union pour la Méditerranée « est un projet qui a évolué et qui mérite toute notre attention ».
Mais l’accord de principe de l’Algérie d’y adhérer demeure tributaire de l’aplanissement des difficultés relatives à la reconnaissance par la France des crimes coloniaux en Algérie, les dossiers Sahraouis et palestinien. La visite prochaine, en Algérie, du Premier ministre François Fillon pour éclaircira peut-être la situation

Racelma Kaci -Afrik.com - 13 mai 2008

Kouchner : "le projet d'Union pour la Méditerranée sera différent du processus de Barcelone"


Le projet d'Union pour la Méditerranée sera "différent" du processus de Barcelone, a déclaré lundi à Alger le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner.
"Le projet d'Union pour la Méditerranée doit être différent et sera différent de ce qu'on a appelé le processus de Barcelone", a-t-il souligné à l'issue d'un entretien avec le président algérien Abdelaziz Boutelika.
Le "processus de Barcelone" associe depuis 1995 l'UE et dix pays du sud de la Méditerranée.
Le chef de la diplomatie française a précisé qu'il avait notamment été question lors de sa rencontre avec M. Bouteflika de "la place de l'Algérie et de la rive sud" dans ce projet.
"Nous avons eu l'occasion d'éclairer un certain nombre de ces directions qui, à mon avis et du point de vue de la France, sont très prometteuses, et j'espère que le président Bouteflika partage ce sentiment", a-t-il dit.
M. Kouchner a relevé qu'au cours de cette entrevue "le président Boutelika a non seulement posé des questions" mais a "apporté des éléments de réponse aux questions et aux problèmes qui se posent entre nos deux pays et qui ne sont pas tous le fruit de notre histoire commune mais aussi des temps nouveaux, des temps du développement de l'Union pour la Méditerranée".
Il a expliqué que les entretiens bilatéraux se poursuivraient à l'occasion de prochaines visites en Algérie de responsables français. Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo est attendu à Alger pour fin mai avant la venue du Premier ministre François Fillon à une date qui n'a pas été indiquée par M. Kouchner.
Avant son entretien avec le président Abdelaziz Boutelika, le chef de la diplomatie française a rencontré son homologue Mourad Médelci. Après cet entretien, il a notamment indiqué qu'il était venu "dans un milieu fraternel" et que sa visite était "l'occasion de discuter entre gens qui se disent la vérité et qui ont des intérêts communs".
La Presse Canadienne - le 13 mai 2008

Union de la Méditerranée - La paix surgira-t-elle de ce projet ?

Le projet d’Union pour la Méditerranée n’est pas une nouveauté. Il n’est pas un simple contrat commercial. C’est un pari sur l’avenir pour la paix et la liberté. Est-ce possible? Oui, à condition que...
Le projet de l’Union pour la Méditerranée (UPM) peut-il servir à terme la paix dans la région? Autrement dit, la mise en place d’un cadre de coopération plus intense, plus intégrée, plus équilibrée et juste entre l’Union européenne (UE) et les 12 pays de la rive Sud méditerranéenne.
Conduira-t-il à la paix au Maghreb et au Moyen-Orient? Car c’est de cela qu’il s’agit en dernière instance: une zone de paix et de prospérité durable. Ainsi, le projet de l’UPM est d’abord un projet éminemment politique.Car, les chefs d’Etat et de gouvernement des deux rives ne sont pas si naïfs que ne le laissent croire les apparences. Ils savent très bien qu’aucun accord ou projet, qu’il soit commercial ou économique, n’est pérenne dans une atmosphère de conflits et d’instabilité politique.
D’où toute la complexité de la construction de cette UPM.Dans ce sens, tout en continuant le débat sur la mise en route de cette nouvelle structure régionale, la première urgence pour les dirigeants politiques est de rassembler toutes les énergies diplomatiques pour relancer le processus de paix au Moyen-Orient avec, en bout de compte, la création de l’Etat palestinien indépendant, d’une part, et d’autre part, encourager les négociations sur le dossier Sahara occidental.
Parce que les faits sont têtus, il ne sert à rien de rêver à l’harmonie et à la paix durable tant que les questions palestinienne et sahraouie n’ont pas trouvé de solutions qui satisfassent les protagonistes directs de ces conflits. Là, il faut bien l’avouer, l’UE n’est pas sans reproches. Sa responsabilité pour des raisons historiques est entière dans la persistance et l’aggravation de la situation désastreuse de la Palestine et dans l’impasse dans laquelle se trouve la question sahraouie.Si l’UE est le premier pourvoyeur d’aide financière à la Palestine, elle n’a jamais mis le poids politique qu’il faut pour amener Israël, non seulement à geler les colonies, principal obstacle à toute négociation, et aussi à exiger l’arrêt de la répression aveugle que l’Etat hébreu fait subir aux populations civiles palestiniennes.
Sur le problème sahraoui son attitude - précisément pour ses membres riverains de la Méditerranée et principaux promoteurs de l’UPM, c’est-à-dire la France et l’Espagne - est plus que discutable. Elle est partiale, injuste, voire humiliante.Le président français Nicolas Sarkozy, comme le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero font fi du travail des Nations unies et des résolutions de leur Conseil de sécurité.
En se rangeant ouvertement et publiquement sur la seule thèse marocaine d’une autonomie du Sahara occidental dans le «cadre de la souveraineté» du Royaume marocain, ils torpillent les négociations en cours entre le Maroc et le Front Polisario et n’aident pas à la paix.
Plus, si l’UE peut pointer du doigt l’appui inconditionnel des USA à Israël pour expliquer ses échecs, elle ne peut bénéficier de circonstances «géopolitiques atténuantes» dans le cas du Maghreb. L’UE a, pour des raisons encore une fois historiques et de géographie, plus de liberté et de marge de manoeuvre dans le Maghreb. L’UE peut être un véritable médiateur pour la paix au Maghreb en s’impliquant honnêtement dans le conflit du Sahara occidental.
Les quelques esquisses du projet commun méditerranéen se résument à des futures interventions sur l’environnement; à des coopérations sur l’énergie, la sécurité et les migrations lesquelles, d’ailleurs, ne sont pas rien. Mais elles ne suffisent pas à bâtir les fondements d’une véritable zone d’échange et de vie en commun, tant que subsistent ces deux contentieux que sont les dossiers palestinien et sahraoui.Il manque dans cette initiative pour la Méditerranée, ce souffle politique, cet engagement dans les domaines des libertés, des droits des êtres humains et de la réhabilitation de l’histoire millénaire, si féconde et si tourmentée de la «mare nostrum».
N’est-il pas consternant de voir certains chefs d’Etat de la rive Sud méditerranéenne rivaliser de courbettes pour «draguer» un Sarkozy aux fins de bénéficier de quelques sièges sociaux ou de gestion du futur cadre institutionnel de l’UPM?
Qui plus est, ne proposant rien d’autre que de consommer le projet tel que le président français le propose, oubliant au passage que toutes les décisions qui se prennent à ce niveau obéissent à la règle de la majorité, voire pour certains domaines à la majorité qualifiée du Conseil européen, comme le rappellent opportunément les réserves de la chancelière allemande Angela Merkel, sur la mouture initiale du projet de «l’Union méditerranéenne».
C’est dire que l’UPM, si UPM il y aura, n’est plus de la seule volonté de la France de Sarkozy. «Elle sera européenne et arabe ou ne le sera pas.» Pour toutes ces raisons, le projet de l’UPM est un pari sur l’avenir. C’est le moment et l’occasion pour les pays du Sud de montrer la hauteur de leur vision pour la région et aux diplomates du Sud de faire leur travail.
M’hammedi BOUZINA - L'Expression Edition Online Algérie - 14 mai 2008

Nicolas Sarkozy vante à Tunis l'Union pour la Méditerranée

Le chef de l'État a plaidé mardi pour une plus étroite coopération économique entre les deux rives de la Méditerranée.
La Méditerranée encore et toujours ! Au deuxième jour de sa visite d'État en Tunisie, Nicolas Sarkozy est revenu sur un sujet qu'il affectionne entre tous. «Ensemble, le nord de la Méditerranée et le sud de la Méditerranée, on peut créer un pôle gagnant-gagnant qui concurrencera l'Asie», s'est enthousiasmé le chef de l'État devant un parterre de 500 chefs d'entreprise français et tunisiens.
«Il n'y a pas un bon d'avenir pour l'Europe si l'Afrique en général, et l'Afrique du Nord en particulier, ne connaît pas le développement. (…) Nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier», a poursuivi sur sa lancée le président français.
Encore largement virtuel, le grand chantier méditerranéen suscite un écho favorable chez les décideurs tunisiens qui l'envisagent comme un «accélérateur de projets», espérant aussi bénéficier du statut privilégié de leur pays dans les relations franco-maghrébine.
Du côté des entrepreneurs français, on affiche un optimisme sans faille : «Il faut reproduire ce miracle de l'Antiquité comme un signe de l'extrême modernité», s'enflamme Laurence Parisot, la patronne du Medef. Un écho à la formule, un slogan presque, que Nicolas Sarkozy a repris une fois encore dans son discours à la mairie de Tunis, mardi matin : «L'Europe a fait une grande erreur en s'imaginant qu'en tournant le dos à la Méditerranée elle tournait le dos à son passé. En tournant le dos à la Méditerranée, on tourne le dos à notre avenir…»
Pas d'annonce, toutefois, concernant le siège du secrétariat de cette future Union pour la Méditerranée (UPM), probablement basé à Tunis. «C'est trop tôt», répond dans un sourire un proche de Nicolas Sarkozy. La première coprésidence de la nouvelle entité pourrait, elle, être dévolue à la France et à l'Égypte.
«Les uns avec les autres»
Le feu vert de la Tunisie, tôt acquis, a été réitéré par le président Zine el-Abidine Ben Ali, qui a souhaité un «partenariat solidaire au service du développement, de la paix et de la stabilité dans la région». Le chef de l'État tunisien a néanmoins rappelé son souhait d'une démarche rééquilibrée assurant «une participation plus large des pays de la rive sud à l'élaboration des plans et à la prise des décisions».
Le message a bien été reçu. «Nous voulons travailler avec vous, pas comme une puissance postcoloniale», a lancé Nicolas Sarkozy. «Il n'y a pas des pays de 1re division et des pays de 2e division», a-t-il ajouté. Et encore : «Ce n'est pas les uns contre les autres, c'est les uns avec les autres. C'est ça, le partenariat», a-t-il insisté. Autant de thèmes qu'il reprendra ce matin, avant de quitter la Tunisie, à l'Insat, un institut scientifique de la capitale.
Pour illustrer son propos sur le partenariat Nord-Sud, le chef de l'État cite aussi l'accord tout juste conclu entre la compagnie nationale Tunisair et Airbus prévoyant, outre la livraison de 19 avions de ligne (dix A 320, trois A 330 et trois A 350, ainsi que deux A 320 et un A 350 en options), l'installation en Tunisie d'une usine aéronautique qui emploiera à terme «près de 2 000 personnes».
D'un revers de la main, le président de la République balaye les «polémiques qui (lui) importent bien peu» : son satisfecit à Ben Ali sur les droits de l'homme, l'accord nucléaire, encore un, qu'il a signé avec un pays arabe… «Je ne suis pas venu pour faire une petite tournée, vendre le maximum de choses», assure-t-il.
Source - Alain Barluet - Le Figaro.fr -29 avril 2008

Sarkozy lève le voile sur son Union pour la Méditerranée

Ce matin à Tunis, le chef de l'Etat a expliqué que l’Union pour la Méditerranée sera «à géométrie variable» et que «chacun participera comme il le souhaite».
De l’Union méditerranéenne à l’Union pour la Méditerranée, le changement n’est pas que grammatical. La grande œuvre diplomatique de Nicolas Sarkozy a connu quelques évolutions majeures entre le discours fondateur de Tanger, en octobre dernier, et le projet tel qu’il sera dévoilé lors du sommet inaugural, prévu le 13 juillet à Paris.
Deux mois jour pour jour avant le début de la présidence française de l’UE, Nicolas Sarkozy a profité de son voyage en Tunisie pour exposer une nouvelle fois ce matin la philosophie de son projet et dévoiler quelques modalités de fonctionnement. L’Union pour la Méditerranée (UPM) sera donc «une union à géométrie variable où chacun participera comme il le souhaite, où nul ne sera obligé de participer mais où nul ne pourra empêcher ceux qui veulent avancer et agir». Une structure souple donc, à cause des réticences affichées tant au Nord qu’au Sud.
Côté Union européenne, l’Allemagne a bloqué ce projet dont elle n’était pas censée être membre mais qu’elle était invitée à financer. Au sommet franco-allemand de Hambourg, début mars, Angela Merkel a obtenu un changement majeur: les 27 seront membres de droit de la future UPM.
Quant aux Espagnols, qui tiennent au processus de Barcelone, lancé en 1995, et que l’UPM avait vocation à remplacer, ils ont obtenu que la nouvelle instance soit présentée comme une «refondation» de Barcelone, lors du Conseil européen qui a entériné l’UPM. Cela n’a pas empêché le président français de revenir sur les causes de «l’échec» de Barcelone, un processus, «décidé» par le Nord et n’instaurant pas un partenariat «d’égal à égal».Au sud de la Méditerranée, les innombrables conflits, que Nicolas Sarkozy a énuméré (France-Algérie, Algérie-Maroc, Turquie-Grèce, Serbo-Craoate), à commencer par le principal entre Israéliens et Palestiniens, mettent en péril une structure trop contraignante et formelle.
Nicolas Sarkozy a répété son souhait de voir naître un «Etat palestinien moderne, démocratique et viable, avec la bande de Gaza» tout en réaffirmant son attachement à la «sécurité» d’Israël, à qui il demandera de cesser la colonisation lors de sa visite dans l’Etat hébreu fin juin.
Surtout, le président français a enjoint les pays méditerranéens de rejoindre son Union sans attendre le règlement des conflits. Citant en exemple la réconciliation franco-allemande, il a souligné: «C’est le travail commun qui a créé les conditions de la réconciliation et non l’inverse.»
Du point de vue institutionnel, l’UPM consistera en une coprésidence tournante, avec un chef d’Etat du Sud et l’autre du Nord, ainsi qu’un secrétariat permanent composé à parité de fonctionnaires du Nord et de Sud. Nicolas Sarkozy a beau expliquer que les problèmes de gouvernance ont trop longtemps paralysé le processus Euromed, l’UPM donne déjà lieu à une belle foire d’empoigne. Si la première coprésidence semble promise à l’Egypte et à la France – on n’est jamais mieux servi que par soi-même - Tunis, Rabat et Alger postulent au secrétariat permanent. Paris assure n’avoir aucune préférence mais, étant donné la forte inimitié entre l’Algérie et le Maroc, la Tunisie a toutes les chances d’accueillir le siège. Rabat pourrait hériter du secrétariat général adjoint, laisse entendre l’Elysée.
Au premier rang des projets censés unir les pays méditerranéens, Nicolas Sarkozy a placé le projet de dépolluer la Mare Nostrum. En fait, la Commission européenne et l’ONU lui ont brûlé la politesse en lançant ce grand chantier le mois dernier. Le Président français a énuméré devant les étudiants tunisiens quantité d’autres pistes de travail: la mise en place de l’équivalent méditerranéen d’Euratom, afin de coopérer dans le nucléaire civil; la création d’un conservatoire du littoral; la mise en place d’un Erasmus méditerranéen; la sécurité maritime et la création de liaisons entre les grands ports; la mutualisation des moyens de lutte contre les incendies et marées noires; la création d’un Office méditerranéen de la jeunesse; et, bien sûr, la gestion commune de l’immigration.
En attendant cet horizon lointain, la France ne s’est pas privée de signer avec la Tunisie un accord bilatéral qui prévoit, notamment l’octroi de 9000 visas «professionnels» en échange d’un rapatriement accéléré des sans-papiers tunisiens en France. Soulignant qu’il faudrait créer 40 millions d’emplois, pour seulement maintenir le chômage à son niveau actuel au sud de la Méditerranée, Nicolas Sarkozy a conclu son discours par un vibrant appel aux Européens, qui ne réalisent pour l’instant que 2% de leurs investissements en Méditerranée, à se tourner vers le Sud et pas seulement vers l’Est.
Source Christophe Ayad - Libération.fr - mercredi 30 avril 2008

L'union pour la méditerranée : rêve ou réalité?

Le lecteur pourra trouver grâce a ce livre, toutes les infos concernant les composantes de la Méditerranée a savoir : les discours fondateurs, les pays de l'Union,les organismes et les questions inhérentes a la Méditerranée.

Alors pour conclure nous dirons : cette union serait un rêve ou une réalité ? Nous souhaitons qu'elle soit un espoir est bien entendu une réalité pour le rapprochement et le développement mutuel des relations entre les pays de deux rives mais aussi entre les pays du sud eux mêmes.
L’idée de constituer une union autour de la Méditerranée avec ses pays riverains et certains pays européens ronronnent depuis un certain temps. Mais c'est surtout depuis les treize dernières années avec la constitution de l’Euromed (processus de Barcelone de 1995) que l'idée de rapprochement entre les deux rives a pris forme.Cette idée de l'union, combien souhaitée par le président Sarkozy en particulier, a connu une évolution lors du sommet européen de Bruxelles du 13 mars 2008. En effet, l'idée de ne faire adhérer que les pays du pourtour méditerranéen a été abandonnée au début du mois de mars à Hanovre lors de la rencontre franco-allemande entre Nicolas Sarkozy Angéla Merkel.39 pays sont impliqués : les 27 états membres de l'union européenne et 12 états du sud et de l'est de la Méditerranée, actuellement parties au processus de Barcelone.
La Turquie réserve pour l'instant son avis, bien qu'elle ait été rassurée par l'appel de Rome, qui précise que ce projet n'interférerait pas avec son processus d'adhésion. Le Liban et la Syrie ne se sont pas encore prononcés.

L'union pour la Méditerranée aura accompli une bonne mission si elle arrive a :-
- Faire prendre conscience à tous les pays de l'union que la lutte contre le changement climatique est une absolue nécessité.
-- Réussir la dépollution de la Méditerranée ainsi que sauvegarder le littoral méditerranéen, combien agressé par une forte urbanisation ce qui pose de graves problèmes écologiques.
-- Régler les problèmes de l'agroalimentaire et sauver les zones agricoles menacées.
-- Faire avancer l'utilisation tant souhaitée de l'énergie solaire.
-- Participer à relever le niveau de l'éducation des peuples et le rapprochement culturel entre les pays de l'union pour la Méditerranée.
-- Etre conscient, que seule la mise en place de mesures destinées à diminuer les flux migratoires entre l'Afrique et l'Europe (l'existence d'un espoir d'amélioration de la situation des pays du sud est aussi une source potentielle de retour ou de maintien sur place d'une jeunesse inoccupée qui puisse considérer positivement son avenir) donnera de bons résultats.

L'union pour la Méditerranée doit représenter un véritable levier de co-développement autour d'initiatives concrètes. Ce destin collectif pour la Méditerranée doit aussi permettre de saisir toutes les opportunités de croissance et de développement, qui accompagnent les exigences de stabilité, de sécurité et de développement économique et humain équilibré, préalable à un développement durable de part et d'autre du bassin méditerranéen.
Il est évident que tout cela nécessite un financement des projets émanant de cette union qui sera basé exclusivement sur les fonds alloués dans le cadre du processus de Barcelone, complétés par des financements issus du secteur privé. Beaucoup de responsables de l'union pensent que l'enveloppe budgétaire allouée à ce nouveau grand bébé doit connaître un bon rallongement pour la réussite de ses projets au sein de l'union pour la MéditerranéeÀ notre humble avis, le cadre dirigeant de l'union pour la Méditerranée est opportun avec la proposition de deux directeurs en provenance d'un état membre de l'union européenne et d'un autre pays non européen de la Méditerranée. Nommés pour deux ans, ils seront à la tête d'un secrétariat d'une vingtaine de personnes et seront établis dans une ville du sud de l'Europe. On nous a annoncé, Barcelone ou Marseille mais pourquoi pas une grande ville d'Afrique du Nord, du Maroc par exemple, ce qui démontrera encore plus la volonté de rapprochement entre tous ces pays des deux rives.Les sommets bisannuels qui seront tenus respectivement une fois en Europe et une fois dans un pays du sud, représentent a notre avis une bonne opportunité et constituent une très bonne idée.Le problème qui reste maintenant à mettre en place, c'est la réussite de l'union pour la Méditerranée elle-même. Ce sera l'objet du sommet du 13 juillet 2008 à Paris
Aziz Cherkaoui (l'auteur de l'ouvrage)
Source - eMarrakech.info - 22 avril 2008

L'Union pour la Méditerranée entre rêve et utopie

Par Antoine Basbous. Le directeur de l'Observatoire des pays arabes détaille les obstacles qui se dressent sur la voie de l'Union pourla Méditerranée, un projet un défi qui exige réalismeet lucidité.
L'effervescence qui caractérise le débat sur «l'indiscutable utilité» de l'Union pour la Méditerranée (UPM), chère à Nicolas Sarkozy, est tout à fait légitime. Il n'est plus besoin de démontrer ses mérites pour tous les riverains, auxquels elle devra apporter prospérité, sécurité et stabilité. Mais l'enthousiasme n'est pas partagé par tous, sur chacune des deux rives. Pour réaliser ce rêve, il convient de déminer le terrain, de voir les réalités en face.Ne nous leurrons pas, le sud et l'est de la Méditerranée ne ressemblent en rien aux pays de l'Europe de l'Est qui se sont libérés de l'URSS et ont adopté le modèle de démocratie libérale en appliquant des recettes «clé en main». Malgré le joug communiste, les sociétés civiles de l'Est aspiraient à partager les valeurs de l'Occident.Avec l'UPM, il ne s'agit pas de rééditer cette expérience en intégrant le sud et l'est de la Méditerranée, mais de créer une association pour relever le défi du partage de la modernité et du développement. Car les deux rives n'adhèrent pas toujours aux mêmes valeurs culturelles et religieuses, et leurs dirigeants ne caressent pas les mêmes desseins politiques.La gouvernance des pays du Sud dresse de multiples obstacles au succès de ce projet. Du Maroc à la Turquie, ce ne sont pas moins de cinq conflits armés ou querelles frontalières qui empêchent toute coopération. S'y ajoute l'objectif stratégique des régimes «républicains» de se transformer en «monarchies» de facto. En Syrie, la dictature héréditaire des Assad a montré la voie. En Égypte, tout est mis en place pour que Gamal Moubarak succède à son père. En Libye, le colonel Kadhafi, qui a enterré De Gaulle, Pompidou et Mitterrand, prépare sa succession au profit de l'un de ses fils. Au pouvoir depuis 1987, le président tunisien s'apprête à faire modifier une fois de plus la Constitution pour s'offrir une présidence à perpétuité. Sans oublier Bouteflika, qui était déjà ministre en 1962 et qui souhaite amender la Constitution algérienne pour s'accorder un troisième mandat présidentiel, malgré son état de santé.En réalité, la principale préoccupation de ces dirigeants n'est pas d'intégrer un club de démocraties méditerranéennes, mais de sanctuariser leurs régimes et de maintenir leurs clans au pouvoir. Tout projet de modernisation menace leur souveraineté, leur pérennité politique. Donner la liberté à leur peuple, instaurer un État de droit ou offrir à leur jeunesse une véritable perspective, cela n'est pas à l'ordre du jour.


Au fond, la plupart des régimes concernés voudraient «cueillir» la contribution financière européenne sans avoir à bouleverser le quotidien de leur population, ni réformer leur gouvernance. Et il ne faut pas compter sur l'implication artificielle des États arabes du Golfe pour financer l'UPM. Car ces derniers disposent déjà d'ambitieux investissements à travers le monde et n'entendent nullement jouer la roue de secours d'un projet auquel ils sont étrangers. Quand bien même ils devaient investir, ils le feraient avec les instruments de la finance islamique.
Certains pays du sud et de l'est de la Méditerranée redoutent surtout que des libertés accordées à leurs citoyens ne débouchent sur leur renversement et que le courant d'air toléré ne se transforme en tempête qui les emporterait comme la perestroïka avait achevé l'URSS. In fine, le statu quo ne profite qu'à la mouvance islamiste, adossée aux mosquées, dont les régimes ne peuvent empêcher la fréquentation. La Mosquée devient l'alternative au Palais.
La fermeture du champ politique met en rivalité deux systèmes totalitaires et écarte toute hypothèse démocratique. Il n'y aura pas d'alternance par les urnes. Elle se fera un jour dans la rue, au profit des islamistes. Ce blocage structurel condamne le projet d'UPM, car comment s'associer dans des projets de développement aussi prometteurs, quand il y a une telle incompatibilité dans l'exercice du pouvoir et la gestion des affaires publiques.
Plus encore, si les islamistes arrivaient au pouvoir, rien ne garantit qu'ils adhéreraient à un tel partenariat de développement, tant ils sont animés par des pensées peu compatibles avec ce projet. Les «authentiques» perçoivent le monde comme une confrontation entre deux blocs, le leur et celui des «mécréants». Et ceux qui ont fait allégeance à al-Qaida ont pour mission de chasser les Occidentaux manu militari, à commencer par les Français et les Espagnols.
N'oublions pas que les cercles officiels qui bénissent l'UPM ne sont pas représentatifs de leurs opinions. Outre les islamistes, les nationalistes peuvent chercher à s'attribuer le beau rôle, en dénonçant le paternalisme ou le néocolonialisme européen. D'où l'impérieux besoin de voir les partenaires des autres rives s'approprier le processus engagé et de s'assurer que, dans leur ensemble, ils ne le perçoivent pas seulement comme une manne à accaparer.
Pour réussir l'UPM, il est donc impératif de regarder son partenaire droit dans les yeux, afin de mesurer son envie, sa compatibilité, ses promesses d'efforts quantifiables, pour embrasser ce projet. Pour autant, les difficultés ne doivent pas décourager les pionniers, mais les inciter à les contourner. Le projet sera long à mettre en place, sans garanties quant à son aboutissement. La réussite dépendra de la modification de la donne interne à chacun des partenaires du Sud et de l'Est méditerranéens. Ce défi mérite patience et persévérance, mais également réalisme et lucidité.
Journal le Figaro - 17 avril 2008

L’Union pour la Méditerranée, c’est possible

L’économie mondiale se globalise, des blocs régionaux s’organisent pour constituer des ensembles, de plus en plus, grands, en termes de superficie, de population et de potentiel de consommation, de capacité d’innovation et de production, de force de conquêtes de marchés.
Le bouleversement économique annoncé risque fort de laisser, sur le bord de la route, les pays et les régions au potentiel socio-économique limité.
Le salut des pays économiquement faibles réside dans leur arrimage aux régions qui leur sont proches et qui peuvent tirer l’économie mondiale.
C’est le cas des pays sud-méditerranéens. Ils sont à la croisée des chemins, partagés entre leurs profondes racines nomades qui les poussent vers l’afro-arabisme et leur atavisme maritime qui les appelle vers un Nord paisible et prospère.
C’est, également, le cas des pays nord-méditerranéens qui hésitent entre un Nord atlantique puissant et un Nord ouralien plein d’espoir. C’est dans ce contexte chargé d’incertitudes que le président Nicolas Sarkozy a lancé, il y a presque un an, son Projet d’Union Méditerranéenne, devenu depuis, Union pour la Méditerranée, UpM, censée fédérer des pays qui partagent un héritage de cette mer dont l’histoire, comme disait Fernand Braudel, « n’est plus à séparer du monde terrestre que l’enveloppe de l’argile n’est à retirer des mains de l’artisan qui la modèle ».

Cette initiative suscite questionnements, réticences, inquiétudes, espoirs et prudence. Elle fait l’objet de réserves, voire d’une certaine forme d’opposition, de la part de pays européens éloignés de la Mer. Certains analystes y voient une façon, pour les pays du Nord, d’assurer, tout simplement, leurs sécurités :

  • sécurité des frontières en reportant sur les pays du Sud la lourde tâche de contrôler et d’arrêter l’immigration venant du Sud,
  • sécurité énergétique en obtenant des pays du Sud des accords préférentiels, gazier, pétrolier ou « uranique »,
  • sécurité environnementale en exigeant des pays du Sud qu’ils stockent leurs déchets (solides et liquides) sur leur territoire et qu’ils les traitent avant de les rejeter dans la mer.

Certes, ces préoccupations ne sont pas totalement absentes d’un tel projet. Reste que l’initiative offre de nombreuses opportunités qu’il appartient aux pays du Sud d’exprimer, de saisir et d’œuvrer à leur réalisation pour réduire les inégalités et assurer le développement durable que leurs populations attendent avec impatience.

Mais rien n’est possible sans, d’abord, une volonté politique qui oblige les pays du Nord à abandonner leur crainte et leur frilosité et les pays du Sud à s’engager pleinement dans la dure réalité économique. Cette volonté politique doit se traduire par la mise en pratique des affirmations répétées. Comme celle de Nicolas Sarkozy qui disait, lors de son voyage en Algérie, en décembre dernier : « je pense donc que toute mesure tendant à faciliter et à encourager les échanges humains entre nos pays relève d’une politique saine et avisée car elle servirait les intérêts bien compris de l’Algérie et de la France ». Elle doit proclamer, haut et fort, l’engagement des pays du Sud à promouvoir une véritable économie de marché qui permette le libre échange économique, dans le respect de leurs intérêts stratégiques et des garanties de justice, d’égalité et du profit mérité.

Concrètement, cela doit se traduire par l’ouverture de grands chantiers destinés à assurer le développement durable des deux rives, développement qui doit parvenir à l’effacement progressif et rapide des inégalités criantes qui existent entre les pays des deux rives. Et ces inégalités sont profondes. Il suffit de regarder les quelques chiffres qui suivent pour s’apercevoir de l’abîme qui sépare les pays du Sud et ceux du Nord.

RNB (Revenu National Brut). Chiffres 2006 en US$ par habitant. Source : Statistiques Banque Mondiale.

  • France 36.550, Grèce 21.690, Italie 32.020, Espagne 27.570
  • Algérie 3.030, Egypte 1.250, Libye 7.380, Maroc 1.900, Tunisie 2.970

Consommation électrique. Chiffres 2007 en TWh. Source : Agence Internationale de l’Energie. Entre parenthèses : Population en millions d’habitants

  • Algérie : 30 (pour 32,85 millions d’habitants), Egypte : 90 (74,03), Libye 19,5 (5,85), Maroc 19,5 (30.17), Tunisie 12 (10,03).
  • France 480 (62,7), Italie 322 (58,53), Grèce 58 (11,10), Espagne 267 (43,40).

Ressources en eaux renouvelables. Chiffres 2007, en m3 par an et par habitant. Source : Aquastat, FAO

  • Algérie 355, Tunisie 458, Egypte 779, Libye 104, Maroc 919
  • Espagne 2.707, France 3.555, Grèce 6.764, Italie 3.341

Indice de développement humain (IDH). Source Statistiques mondiales.com. (Echelle 2004 : Niger 0,311, Norvège 0,960)

  • Grèce 0,921, France 0,952, Italie 0,940, Espagne 0,949
  • Algérie 0,728, Maroc 0,640, Tunisie 0,760, Libye 0,798, Egypte 0,702.

Deux grands chantiers sont prioritaires : la formation et l’innovation d’une part, l’échange technologique d’autre part.




La formation et l’innovation

Si le pourcentage des diplômés de l’enseignement supérieur en science est équivalent, de l’ordre de 50%, dans les pays des deux rives, le taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur, lui, varie de 30% en moyenne pour les pays du Sud de la Méditerranée à plus de 60% en moyenne dans les pays du Nord. Mais c’est surtout « l’utilisation économique » de ce potentiel humain qui interpelle.
Pour donner un exemple, l’Algérie disposait en 2005 d’environ 17.000 chercheurs dont quelques uns étaient employés dans l’entreprise (les chiffres sont similaires en Tunisie). En France et en Italie, les chercheurs travaillant en entreprise étaient, à cette époque, de 106.000 et 67.000 respectivement *.
L’Union pour la Méditerranée oui, si la diffusion et l’échange des connaissances sont réalisés au sein d’organismes d’enseignement et de recherche communs, qui profitent aux étudiants, scientifiques et chercheurs des pays des deux rives.

Si des postes de travail dans les entreprises des pays membres leur sont proposés pour leur permettre de parfaire leur formation et de nouer des liens avec d’autres salariés, collègues de futures joint-ventures à créer dans les pays du Sud.
Les pays du Sud affichant un retard grave dans ces domaines, gagneraient à voir s’installer sur leurs territoires des institutions pour la formation et l’innovation. Cela peut se matérialiser par la création d’établissements supérieurs de formation, de centres et de laboratoires de recherche spécialisés.

Dans un premier temps, ces « outils » pourraient être affectés à l’énergie -nucléaire, solaire, éolienne. Un Institut national des Sciences appliquées nucléaires, pourrait être créé dans un des pays du Sud. Des laboratoires de recherche répartis dans d’autres pays lui seraient rattachés. Cet institut formerait des compétences industrielles qui, tout en répondant aux besoins immédiats se prépareraient à la maîtrise des enjeux futurs qui sont les développements de l’industrie en général et de l’énergie nucléaire en particulier.
Un « ERASMUS » méditerranéen, où une participation des étudiants du Sud à ce programme européen, accélérerait l’immersion de ces étudiants dans un milieu universitaire diversifié. Les pays du Sud, engagés dans l’accueil des institutions à créer, devraient fournir les moyens en personnels et en infrastructures, ainsi que les « outils » administratifs, juridiques et techniques nécessaires à l’implantation et au fonctionnement de ces institutions.

Un fonds commun de formation destiné à financer les investissements des institutions et leur fonctionnement, alimenté par des aides des entreprises qui investissent dans les grands travaux, serait mis en place. Les innovations issues du travail des chercheurs bénéficieraient à tous les pays engagés dans le Projet, dans le respect des règles de protection de la propriété industrielle.
L’échange technologique
Les recettes extérieures des pays sud-méditerranéens proviennent essentiellement de l’exportation de matières premières (pétrole, gaz), de produits agricoles (légumes, agrumes, dattes...), de produits textiles et de confection, de matériaux de construction (ciments, briques...), de l’immigration et du tourisme. Hormis les matières premières et les quelques produits finis, les produits et services dépendent, en grande partie, des aléas climatiques ou des politiques sécuritaires.
Des étés trop humides ou des hivers trop secs, des menaces d’attentats et les recettes fondent.
Source : Base de données UNESCO
Les économies des pays du Sud peinent à entrer dans le club des pays à haute valeur ajoutée technologique. Leur balance commerciale relative aux produits technologiques (matériels industriels, médicaux, d’information et de communication, de transport...) est très largement déficitaire. Plus de 95% de leurs équipements technologiques sont importés des pays industrialisés.
Quand on sait l’importance de l’exportation de produits technologiques dans la balance commerciale, on comprend les efforts déployés par des pays avancés et émergents dans la recherche/développement.
Les pays sud-méditerranéens sont placés devant un non-choix : ils doivent obligatoirement développer leur recherche pour s’équiper et exporter de la technologie.

Une Union pour la Méditerranée oui, si elle permet aux pays du Sud d’initier et de développement, au-delà du transfert de technologie, un authentique « échange technologique » ou flux d’importation et d’exportation de biens d’équipement.
Cela passe par la mise en commun de compétences et de capitaux entre les entreprises des pays des deux rives au travers de prises de participation, de joint-ventures et de filiales. Un programme similaire au programme européen EUREKA favoriserait le « brassage technologique ».

Des liens privilégiés devraient être tissés entre les entreprises nouvellement créées et l’Institut de formation évoqué ci-dessus, afin de rentabiliser la recherche par la mise en œuvre commerciale des innovations de l’Institut.
Sans porter atteinte à une saine concurrence, les entreprises créées dans ce but devraient bénéficier de facilités pour pénétrer les marchés euro-méditerranéens dans un premier temps.
Des garanties seraient données aux investisseurs étrangers pour la protection de leurs investissements.
Pour lancer et opérer les projets évoqués ci-dessus, il serait souhaitable de créer un fonds (Agence méditerranéenne pour l’innovation et la recherche) alimenté par une taxe sur les contrats commerciaux lourds passés entre les grandes entreprises des pays des deux rives ; contrats d’achats d’installations industrielles ou de moyens de transport, contrats de construction de grands équipements hydrauliques, etc.
Ce fonds servirait au financement des institutions de formation et de recherche et à l’aide aux entreprises engagées dans des joint-ventures et des filiales.

Mais tous les efforts qui pourraient être entrepris pour créer une « puissance euro-méditerranéenne » seraient vains si l’on ne se prépare pas rapidement à améliorer la gouvernance des finances publiques et à faire des élus de la société civile et des citoyens, les vrais acteurs du développement durable, notamment dans les pays de la rive Sud. Les responsables politiques ne peuvent plus continuer de fermer les yeux sur les pratiques qui ont ruiné l’économie de certains pays.

Les politiques de compromission économique doivent cesser. Tout devrait être fait pour aider les pays du Sud à bien gérer les deniers publics : formation de compétences dans le domaine, orientation de l’aide financière vers des projets placés sous la responsabilité d’organismes euro-méditerranéens, responsables de la gestion de cette aide devant les instances politiques de l’UpM.

Autre dimension incontournable du développement durable : la démocratie. Le développement durable doit être le fruit des réflexions, des décisions et des engagements de l’ensemble des acteurs ; les politiques, les entreprises, les sociétés civiles. Il ne peut pas y avoir de développement durable sans la participation réelle et pérenne des citoyens qui vivent tous les jours la réalité économique, sociale, environnementale sur le terrain. « Every society, all government, and every kind of civil compact... is or ought to be, calculated for the general good and safety of the community ». George Mason, 1775. Ce qui pourrait être traduit par : « Toute société, tout gouvernement et tout groupe humain... est ou doit être conçu pour le bien général et la sécurité de la communauté ».
Les instances politiques à créer dans le cadre de l’Union devraient aider à l’instauration de la démocratie partout dans le bassin méditerranéen, une vraie démocratie construite grâce à un véritable travail de conviction, pas par la guerre.
Un Observatoire politique en Méditerranée collecterait et publierait des indicateurs de progrès démocratique dans l’espace euro-méditerranéen.
Comme tous les ensembles économiques régionaux matures ou en gestation, le bassin méditerranéen est face à son avenir. De son passé tumultueux est née une communauté d’intérêts.
La mer Méditerranée, comme l’a rappelé Jacques Attali*, est « une illusion parce que c’est un espace où se trouve, comme en miniature, toutes les tragédies du monde, toutes ses divisions, toutes ses injustices, toutes ses intolérances, toutes ses divisions économiques, sociales, politiques ; la Méditerranée est plus une utopie pour l’avenir qu’une réalité pour le passé, c’est un mix hérité de l’antiquité romaine et grecque qui a été imposé par les peuples du Nord aux peuples du sud et qui, aujourd’hui, pourrait renaître à condition d’être une alliance ».
La mer Méditerranée n’est pas morte. De nombreux liens unissent ses membres et des richesses à venir lui ouvrent les bras.
Par Madjid Chaker - Journal Chretien du Net. Samedi 12 avril 2008
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* Ingénieur
* « La Méditerranée ou l’ultime utopie ». Conférence inaugurale du Forum de Paris euro-méditerranée. Paris, le 28 février 2008