Union pour la Méditerranée: le «oui mais» des Vingt-Sept

SOMMET EUROPEEN. Le projet a reçu le feu vert, mais il sera passé au crible par la Commission.
José-Manuel Barroso peut être satisfait. A l'issue du sommet européen de printemps, la Commission qu'il préside se retrouve en position de pilote de la future Union pour la Méditerranée dont Nicolas Sarkozy avait fait une priorité. «Il a fallu trouver un compromis», a reconnu le président français qui, après avoir exposé concrètement ses projets devant ses pairs, a remis le bébé dans les bras de Bruxelles. Parmi les initiatives évoquées figurent la dépollution de 130 sites «sales» du pourtour méditerranéen ou l'amélioration de l'accès à l'eau potable.
La Commission, qui supervise l'actuel processus de Barcelone lancé en 1995, et la politique de voisinage avec les pays de la Méditerranée, présentera au Conseil européen de juin ses propositions pour les «modalités de gouvernance» de la future Union, ainsi qu'une liste de projets susceptibles de démarrer rapidement, sur financement communautaire, nécessitant donc l'unanimité des Vingt-Sept et l'approbation de l'Europarlement. Le compromis en question était un test. Angela Merkel avait à plusieurs reprises dit son refus de voir naître de nouvelles structures, susceptibles de dupliquer avec les dispositifs existants.
La chancelière allemande a donc obtenu gain de cause à Bruxelles. Tandis que Nicolas Sarkozy, lui, peut repartir en affirmant, comme il l'avait fait pour le nouveau Traité européen, avoir «donné l'impulsion».
«Le projet français a le mérite de souligner l'existence, autour de la Méditerranée, d'un potentiel de risques que nous ne pouvons pas ignorer. Nous venons en fait d'avaliser un Barcelone Plus», a estimé le premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker.
La question des blocages du processus de Barcelone, en raison de l'opposition entre Israël et les pays arabes, a toutefois été esquivée. On sait juste que la Jordanie fera partie des pays de l'Union pour la Méditerranée, dont l'appellation finale devra être décidée avant le 13juillet, date du sommet euro-méditerranéen fondateur à Paris, sous présidence française de l'UE.
Riverains de la Baltique? Ce flou institutionnel inquiète en revanche l'équipe du haut représentant pour la politique extérieure de l'UE, Javier Solana, très discret sur le sujet. «Plusieurs programmes d'aide européens se superposent dans cette région. Faire le tri, réorganiser tout cela et réaffecter les budgets ne sera pas chose facile», juge un de ses conseillers.
L'idée de Nicolas Sarkozy risque aussi de faire des émules géographiques. La Pologne a ainsi évoqué, lors du sommet, la nécessité pour l'UE de se doter d'un programme spécifique d'assistance aux pays riverains de la mer Baltique.
Journal le Temps - Richard Werly, Bruxelles - Samedi 15 mars 2008

L’Europe et la Méditerranée, récit d’une ambition

À l’heure où le Président de la République défend le projet d’une Union méditerranéenne, il apparaît indispensable de revenir sur les grandes initiatives prises ces dernières années pour établir une coopération entre l’Europe et la rive sud de la Méditerranée. L’ « Union méditerranéenne » de Nicolas Sarkozy pourrait regrouper le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre et la France dans une démarche volontariste vis-à-vis des pays du Sud. Autopsie d’un bilan plutôt mitigé.
L’objectif de l’Union européenne est de développer les relations les plus paisibles et prospères possibles dans une zone géographique dont elle est riveraine. Elle a besoin d’y sauvegarder la paix, d’y développer des intérêts économiques croisés et de régler le problème des migrations. Pour agir, elle dispose du volet méditerranéen de la PESD (Politique européenne de sécurité et de défense) et du processus de Barcelone initié en novembre 1995 sous l’impulsion de la France, privilégiant une logique de partenariat plus que de coopération.

En 1995, les quinze Etats membres de l’Union européenne et les onze Pays tiers méditerranéens (PTM), Algérie, Autorité palestinienne, Chypre, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Malte, Maroc, Syrie, et Tunisie, lancent à Barcelone le « Partenariat euro-méditerranéen » autrement appelé Euromed. L’objectif est de stabiliser une région en proie au sous-développement, aux conflits armés et aux carences démocratiques. Le concept reprend, à travers des mécanismes de coopérations économiques et sociales, les valeurs de paix et de démocratie qui furent les piliers de la construction européenne au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Il prévoit clairement de mettre en place une zone de libre échange « euro-méditerranéenne » et de créer les conditions économiques, politiques et sociales d’une « meilleure compréhension » entre les deux rives.

Le partenariat est d’abord en large partie dominé par un souci de sécurité. Il prévoit, dans un esprit de coopération durable, la mise en place de mécanismes de prévention des crises et de contrôle des armements. Ce point est capital puisque la finalité du partenariat, au regard du principal besoin de la région, est sans nul doute la sécurisation durable de la zone, passant par l’adoption d’une charte euro-méditerranéenne de paix et de stabilité. La question du règlement de la paix au Moyen Orient est centrale dans cet agenda.

L’autre aspect d’Euromed, la coopération économique et financière, vise le développement et la mise en place d’une zone de libre échange à l’horizon 2010. Ce projet ambitieux s’appuie sur un système de financement : fonds budgétaires non remboursables pour les investissements directs, crédits bonifiés de la Banque européenne d’investissement (BEI), multiples programmes sectoriels spéciaux. Le partenariat est mis en œuvre à travers le programme MEDA qui débloque 3,4 milliards d’euros entre 1995 et 1999 (MEDA 1) et 5,3 milliards d’euros, entre 2000 et 2006 (MEDA II).

Euromed comporte enfin une dimension culturelle mais aussi sociale et humanitaire pour une meilleure connaissance mutuelle des partenaires, le développement des ressources humaines, les échanges scientifiques et techniques, les problèmes de l’émigration ainsi que le respect mutuel des cultures et des religions. Des réseaux de coopération décentralisée sont établis entre divers acteurs de la société civile, universités et médias.

Crédibilité européenne
La Méditerranée constitue pour l’Europe un test de crédibilité en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense, domaines dans lesquels elle cherche toujours à s’affirmer face à la puissance américaine. Son incapacité à régler la crise des Balkans dans les années 1990 avait confirmé cette impuissance et cette dépendance à l’égard des Américains. Le lancement d’Euromed en 1995 et la création, la même année à Lisbonne, par la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, d’une force multinationale, eurofor, et d’une « force maritime européenne » pré structurée mais non permanente, Euromarfor, illustrent l’effort entrepris par les européens pour s’affranchir de la tutelle américaine.

Ces initiatives se conjuguent avec d’autres mesures prises dans les années 1990 par les organisations de sécurité européennes et euratlantiques à l’égard des pays du sud de la Méditerranée.
En 1992, l’UEO entreprend un dialogue avec la Tunisie, la Mauritanie, l’Algérie et le Maroc, auquel se joignent par la suite l’Egypte (en 1994), Israël (en 1995) et la Jordanie (en 1998). Les initiatives de l’UEO, qui a aujourd’hui quasiment disparu, ont été reprises par l’Union Européenne.

En 1994, l’OSCE propose, lors du sommet de Budapest et sous le parrainage de la France, de l’Espagne et de l’Italie, la formation d’un groupe de contact destiné à établir un dialogue sur la sécurité et la coopération en Méditerranée avec cinq pays, la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, l’Egypte et Israël auxquels se joint la Jordanie. Le dialogue se poursuit encore périodiquement.

La même année, sous l’impulsion franco-égyptienne, est créé le « Forum méditerranéen » qui veut être un espace de réflexion sur les problèmes de la région. Il comprend 11 pays, Algérie, Egypte, Espagne, France, Grèce, Italie, Maroc, Portugal, Tunisie, Turquie, dont les ministres des Affaires Etrangère se réunissent une fois par an.

Autre espace de discussion euro-méditerranéen, le « Dialogue 5+5 » relancé en 2001 après dix ans de suspension suite à la guerre du Golfe de 1991 (il avait été institué par le traité de Marrakech du 17 février 1989). Initié par la France en 1983, il réunit cinq pays de l’Union Européenne (le Portugal, l’Espagne, la France, l’Italie, Malte) et cinq pays de l’Union du Maghreb Arabe (le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie). Il s’agit d’un dialogue informel entre l’Europe du Sud et le Maghreb. Alors que le « Forum méditerranéen » peut traiter de tous les sujets, le « Dialogue 5+5 » se limite à quelques sujets importants comme la sécurité et la stabilité en Méditerranée occidentale, l’intégration économique régionale ou encore la question des migrations.

Piloté par les ministères des Affaires Etrangères des dix pays participants, il réunit également les dix ministres de la Défense une fois par an, alternativement au Maghreb et en Europe. Le principal objectif vise à renforcer le volet politico-sécuritaire instauré par le traité de Barcelone notamment en matière de surveillance maritime. La rencontre interministérielle est complétée par l’action d’un comité directeur composé de deux responsables des ministères de la Défense de chaque pays qui se réunissent deux fois par an, ainsi que d’un comité d’experts chargé d’organiser des séminaires pour présenter les différents plans d’action. Le sommet d’Oran en 2005 a élargi le dialogue aux ministres des Affaires sociales et aux ministres de l’Intérieur.

La stratégie européenne de sécurité identifie parmi les menaces principales le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, les conflits régionaux ayant un impact direct ou indirect sur les intérêts européens, notamment au Moyen-Orient, et le crime organisé. Elle se donne pour ambition de s’engager avec vigueur dans la résolution du conflit israélo-arabe.

Un bilan mitigé
Il convient cependant de s’interroger sur l’efficacité du partenariat euromed plus de dix ans après le démarrage du processus de Barcelone dont l’anniversaire a été marqué, lors du sommet de novembre 2005, par l’absence d’une grande partie des dirigeants de la rive sud de la Méditerranée.
L’initiative n’a pas tenu, loin s’en faut, toutes ses promesses et a provoqué chez les partenaires déception, voire méfiance. Les raisons en sont diverses parmi lesquelles la détérioration de la situation au Moyen-Orient, mais aussi, suite aux attentats du 11 septembre, la prédominance de la lutte anti-terroriste, voulue par les Etats-Unis, qui a mis en lumière les différences de conception stratégiques existantes entre américains et européens.

Si Euromed pouvait apparaître trop ambitieux pour une politique extérieure européenne encore balbutiante, il a toutefois contribué à maintenir un espace de dialogue entre les deux rives. Ajoutons à cela que le programme financier MEDA représente aujourd’hui une aide capitale très attendue par des économies en crise structurelle. Cependant, comme l’illustre la Tunisie présentée jusqu’à ce jour par l’Europe comme le bon élève du Partenariat, les réformes économiques n’ont entraîné ni la mise en œuvre de réformes politiques ni la démocratisation, bien au contraire.

De même et contrairement aux idées reçues le partenariat ne s’avère guère plus efficace sur le plan sécuritaire : les migrations clandestines n’en finissent pas d’alarmer les opinions publiques européennes, le terrorisme est plus que jamais la préoccupation majeure de l’Occident et les situations de violence n’ont pas diminué à la faveur des réunions et du « dialogue » euro-méditerranéen. Sur le plan de la coordination entre Etats membres, l’attentat de Djerba en 2002 par exemple, a montré que les échanges d’information en matière de coopération sécuritaire étaient bien limités. De même lors du différend, à l’été 2002, entre le Maroc et l’Espagne concernant l’îlot Leïla-Perejil auquel les vingt-sept ambassadeurs euro-méditerranéens ont été incapables de trouver une issue laissant aux Américains le rôle de médiateur.

Preuve d’un important décalage avec les réalités du terrain, les grands sujets régionaux, conflit israélo-palestinien, guerre civile en Algérie, crise du Liban, division de Chypre, Sahara occidental, violation des droits de l’homme en Tunisie, Égypte, Syrie, Algérie… ne sont quasiment pas traités dans le cadre du processus de Barcelone, ni dans les réunions officielles, ni dans les coulisses.

Comment expliquer le relatif échec de ce processus ? Il souffrirait d’abord et avant tout d’une politique étrangère européenne encore balbutiante. L’absence de consensus entre les pays membres de l’Union sur les grands dossiers comme l’Irak, la faiblesse des institutions et des règles de concertation, l’absence d’une véritable politique commune de défense viennent s’ajouter à la persistance d’une logique nationale. Lors des conflits récents, celle-ci l’a toujours emporté sur la logique européenne.
Force est de constater que le processus de Barcelone va dans le sens de cette faiblesse. N’oublions pas que la politique méditerranéenne de l’Europe repose principalement sur l’ambition, en Méditerranée, de certains Etats de l’Europe méridionale ce qui rend par conséquent le terme de « politique globale » trompeur. À ce titre, l’aide européenne dans la région répond à des intérêts divers parfois même contradictoires et reste largement bilatérale. C’est le cas de 90% des fonds MEDA ! Quand la France oriente son aide principalement vers les pays du Maghreb en raison des liens historiques qui l’y attachent, l’Allemagne, elle, se tourne plus naturellement vers la Turquie…

Concurrence américaine
Cette atomisation de la politique méditerranéenne de l’Europe associée à la situation géopolitique particulièrement sensible de la région ont tendance à pousser les pays de la rive Sud à rechercher d’autres partenariats plus efficaces à court terme. Le principe de « concurrence libre et non faussée » entre espaces de dialogue et de coopérations serait-il en marche ?

Il suffit pour s’en convaincre de constater l’accueil pour le moins chaleureux réservé à Donald Rumsfeld lors de ses dernières visites à Alger et Tunis où il présentait ses remèdes en matière de lutte anti-terroriste, ou le soutien clairement affiché de Condolezza Rice à la candidature turque pour l’adhésion à l’Union Européenne qui place dorénavant l’OTAN au coeur de l’avenir politique et sécuritaire de l’espace Euromed.

L’OTAN, et derrière elle les Etats-Unis, confirment clairement l’attention qu’ils portent à la zone. En témoignent le partenariat stratégique engagé par les Etats-Unis avec le Maroc en 2003 et l’intérêt croissant porté à l’Algérie et à la Libye sous couvert de lutte anti-terroriste avec le Plan Transaharien contre le terrorisme, le Plan Pan-Sahel pour lequel 100 millions de dollars ont été investis entre le Niger, la Mauritanie, le Mali, le Tchad, l’Algérie et le Maroc ou encore la création du Centre Africain d’Etudes et de Recherche sur le Terrorisme (CAERT) à Alger. Il convient également de rappeler la portée que revêtent les manœuvres de l’OTAN avec l’Egypte et l’Algérie, sous couvert de l’opération Active Endeavour, et la visite du Secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Schaffer, en Algérie en 2004, suivi de la participation du président algérien Bouteflika à plusieurs réunions du Dialogue méditerranéen.

Les Etats-Unis développent dans tous ces pays de la rive Sud des bases destinées à la projection de forces. Ils ont des projets de formation et d’académie militaire au Maghreb et au Proche-Orient. Ils créent un nouveau commandement pour l’Afrique, Africom, dont le siège, aujourd’hui à Stuttgart, pourrait basculer, d’ici à la fin 2008, vers Dakar ou Alger. Il ne s’agira pas, selon les officiels américains, « de bases militaires, d’avions, de bateaux ou de flotte armée, mais d’une équipe pluridisciplinaire, à plus de 25% civile, dont le numéro deux sera un responsable du rang d’ambassadeur ».
Les Américains conjurent ainsi leurs craintes de voir le continent africain devenir, selon les confidences du sous-secrétaire adjoint principal à la Défense, Ryan Henry, au ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, un « sanctuaire » à partir duquel pourraient être lancées des opérations terroristes. Cette implication américaine dans la zone n’est cependant pas un fait nouveau. Elle y est présente depuis longtemps, dans le cadre de l’OTAN, avec la VIème flotte et les « porte-avions terrestres » que constituent l’Italie et la Turquie.

Les Etats-Unis semblent ainsi avoir une vision différente de la mer Méditerranée. Si elle est avant tout, pour eux, un corridor permettant d’atteindre l’Eurasie le plus rapidement possible, elle permet aussi d’accéder au pétrole, de protéger Israël et de contenir l’émergence de la Chine. Le contrôle du développement de l’Union européenne n’est pas absent des préoccupations américaines.
À travers l’OTAN - qui a relancé, lors du sommet d’Istanbul en 2004 un programme de coopération méditerranéen créé en 1994 sous le nom de Dialogue méditerranéen - une vraie concurrence s’exerce avec l’Union européenne. L’OTAN a ainsi développé en Méditerranée, selon le contre-amiral (2S) Jean-François Coustillière, des outils pour protéger les intérêts économiques et stratégiques des Etats-Unis. Le Dialogue méditerranéen évoqué ci-dessus, lancé en 1994 avec sept pays dont Israël, est l’un d’entre eux. Le refus des pays arabes de coopérer avec Israël a d’ailleurs conduit ce dialogue à renoncer à une approche multilatérale pour privilégier des rapports essentiellement bilatéraux avec chacun des sept pays. Depuis 2001, la lutte contre le terrorisme constitue l’axe prioritaire de cet effort.

De plus, il importe de valoriser la différence d’approche existant entre l’Union européenne qui s’attache à établir un partenariat avec les pays de la région méditerranéenne (1) et celle des Etats-Unis qui veulent promouvoir, à travers leur projet BMENA (2), la démocratisation des pays d’un espace terriblement hétérogène s’étendant de Casablanca à Karachi (…).

Union de la Méditerranée
Des idées nouvelles destinées à donner un second souffle à la coopération européenne avec le Sud apparaissent, à commencer par celle d’une « Union méditerranéenne ».
Ce concept dont la France pourrait être le fer de lance, comme le couple franco-allemand l’avait été pour les traités fondateurs de 1957, est défendue par le nouveau président français, Nicolas Sarkozy. Il l’a évoqué pour la première fois en février dernier, à Toulon, au cours de la campagne présidentielle et en a fait l’un des points forts de son discours du 6 mai, après son élection.
Elle servirait de tremplin aux modalités des coopérations renforcées, tel que le permet le Traité de Nice, et que ne manqueront pas de confirmer les différentes formules retenues pour la relance institutionnelle européenne d’ici 2009.

Le Processus de Barcelone, la Politique Européenne de Voisinage (PEV), le mécanisme des accords d’association bilatéraux qui lient déjà l’Union Européenne aux pays de la rive Sud, ajoutés au Dialogue 5+5, apparaissent ainsi comme des « briques constitutives » propres à servir l’émergence attendue de cette nouvelle structure de coordination, que certains appellent déjà « G-Med ». Celle-ci pourrait s’organiser autour d’une rencontre périodique des chefs d’Etats et de gouvernements comme cela se passe pour les grands pays industrialisés avec le G8.

Cette « Union de la Méditerranée » s’accompagnerait de la création d’un Conseil de la Méditerranée à l’image du Conseil de l’Europe. Elle disposerait d’un Secrétaire général faisant fonction de porte-parole, d’un budget propre, de politiques communes d’intérêt régional en matière agricole, énergétique, financière (création d’un Livret d’épargne euro méditerranéen qui s’appuierait sur les huit milliards d’euros transitant chaque année de l’Europe vers le Maghreb), mais aussi dans les domaines du développement durable, de l’eau, de la santé, de l’éducation, du tourisme, du co-développement…

Cette démarche novatrice réunirait, autour d’une charte de valeurs communes incluant l’état de droit et la démocratie, les 27 Etats membres de l’Union européenne et l’ensemble des pays du bassin méditerranéen. Elle ne fermerait pas la porte aux partenariats possible avec les pays de la Ligue arabe, de l’Union Africaine, du Conseil de Coopération des Etats du Golfe, du CCMN dans le cadre de la Stratégie de la mer Noire de l’Union Européenne, sans oublier l’Organisation Internationale de la Francophonie eu égard à la dimension du monde francophone.
Douze ans après Barcelone, l’influence de l’Union Européenne en Méditerranée qui reste limitée par rapport aux Etats-Unis en dépit d’une interdépendance financière et commerciale accrue, pourrait donc bien être relancée.
Euros du Village - 25 février 2008, Par Karim SADER, Emmanuel DUPUY
[1] La Politique Européenne de Voisinage (PEV), imaginée en mai 2004 dans la foulée de l’élargissement aux nouveaux Etats membres d’Europe centrale et orientale, ainsi qu’à à Malte et à Chypre, concerne désormais l’ensemble des pays du pourtour méditerranéen et de la Mer noire
[2] Broader Middle East and North Africa, projet américain pour la Méditerranée dans la région du Moyen orient élargi et de l’Afrique du Nord

Un article toujours d'actualité - L’Europe peut-elle tourner le dos à la Méditerranée ?

A quelques jours de la célébration, les 27 et 28 novembre prochains, du 10ème anniversaire de la première conférence euroméditerranéenne des ministres des Affaires étrangères des pays riverains, dit « Processus de Barcelone », où en est on ?
En effet, ce processus, révolutionnaire, dans le sens qu’il s’agissait du premier texte international ambitieux en matière de politique méditerranéenne est intimement lié au devenir croisé de l’espace communautaire, africain et du MoyenOrient.

Or, malgré les saines ambitions des différents projets portés par ce nouveau dialogue NordSud, autant qu’entre les pays du Maghreb et du Machreck, le « lac de paix » se trouve repris par ses turbulences récurrentes, qu’il s’agisse de l’épineux dossier de la gestion des flux migratoires, le danger des foyers terroristes nourri par les tenants du conflit de civilisation, la menace sur les routes d’approvisionnement énergétique, le risque environnemental, les litiges frontaliers, la question chypriote, le dossier turc et bien évidemment l’inextricable conflit israélopalestinien qui mine la paix depuis plus d’un demi siècle dans la région.
Il est ainsi indéniable que cette situation géopolitique a tendance à placer les pays riverains, notamment ceux de la rive sud, dans une recherche de partenariats plus efficaces à court terme. Le principe de « concurrence libre et non faussée » entre espaces de dialogue et de coopérations serait-il donc en marche ?

Il suffit pour s’en convaincre de constater l’accueil pour le moins chaleureux accordé à Donald Rumsfeld lors de ses dernières visites à Alger et Tunis, afin de « vendre » ses remèdes en matière de lutte antiterroriste…
Sans même parler du soutien clairement affiché de Condolezza Rice à la candidature turque en vue de l’ouverture des négociations d’adhésions à l’UE, qui place dorénavant l’OTAN au coeur de l’avenir politique et sécuritaire de l’espace euromed.
Le sommet d’Istanbul en 2004 est ainsi venu ouvrir une nouvelle ère, faisant de l’Alliance Atlantique un acteur politique incontournable du bassin, et plus seulement pour les questions militaires s’inscrivant dans une volonté ostentatoire d’étendre l’action de l’Alliance de l’Atlantique Nord de part et d’autres du Bassin méditerranéen


Le Dialogue euroméditerranéen est censé être marqué par une solidarité Nord-Sud sans failles de tous les Etats membres de l’UE. Or, force est de constater, hélas, une certaine retenue d’une bonne partie de l’Europe septentrionale et orientale à l’égard de l’agenda méditerranéen des vingt cinq. Ainsi, dans la phase de reconsolidation du projet communautaire autour du binôme franco-allemand, comme beaucoup l’appellent de leurs voeux, il faut d’emblée définir quels peuvent être les leviers partagés d’un intérêt renouvelé des vingt cinq Etats de l’UE en vue d’une relance du dialogue euromediterranéen.


L’année 2006 sera marquée à la fois par l’année de la Méditerranée et celle de la commémoration du centenaire de la naissance de Léopold Sédar Senghor, profitons en pour lier les deux…
La Méditerranée est véritablement le lieu unique de dialogue entre civilisations, et d’échanges entre les principaux espaces humanistes, bien au-delà de la seule dimension linguistique.
Ainsi, à l’instar de la création en 2001, de l’espace 3 EL, regroupant quatre organisations internationales (Communauté des Pays de Langue Portugaise CPLP, Organisation des Etats Ibéricoaméricains OEI, Union latine, Organisation Internationale de la Francophonie OIF), la réflexion sur la cohésion sur le bassin de vie méditerranéen mérite aux yeux de nombreux observateurs un légitime débat quant à la création d’une structure ad hoc, qui pourrait être intégrée aux institutions européennes existantes, pour être adaptée à la spécificité du pourtour méditerranéen.

Cette prise en compte de la Méditerranée, dans sa réalité africaine, européenne et asiatique, sous forme d’un lieu d’échanges, de débats et de coordination de l’aide au codéveloppement, liant les pays du Machreck-Maghreb, concrétiserait aussi un espace de dialogue manquant entre pays arabes et Israël, ce que l’Umma aurait pu être, sous la forme d’un « marché commun du Levant », si la paix avait été effective…


Les 21 Etats riverains de la Mare Nostrum composent ainsi un cadre de civilisation commun qui mérite une attention particulière. C’est bien là un combat de civilisation à construire ensemble entre démocrates du Nord et du Sud du bassin.
Par Emmanuel DUPUY, Secrétaire général de l’Institut Prospective et sécurité en Europe(IPSE)

L’Union pour la Méditerranée, pas à pas...petit récapitulatif

Dialogue 5 + 5 : enceinte informelle issue d’une idée lancée dans les années 1980, il comprenait à la base des pays du Nord (Portugal, Espagne, France et Italie) ainsi que les cinq pays de l’Union du Maghreb arabe (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye) des rives occidentales de la Méditérranée. Malte en est devenu le dixième membre en 1991. Après un début chaotique en 1990, des rencontres régulières se tiennent depuis 2001, au niveau des ministres des affaires étrangères mais aussi de l’intérieur. La Commission européenne y est désormais conviée depuis 2003.

Processus de Barcelone (ou partenariat « Euromed ») : mis en place en 1995 entre l’Union Européenne et différents pays méditerranéens afin de développer des relations plus étroites entre voisins. Il regroupe les 27 pays de l’UE et 12 Etats du Sud et de l’Est de la Méditerranée : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Israël, Autorité palestinienne, Jordanie, Liban, Syrie et Turquie, l’Albanie et la Mauritanie ayant rejoint le processus en 2007. Il comporte 3 volets (politique et sécurité, économique et financier, social, culturel et humain) et prévoit notamment la mise en place d’une zone de libre échange à l’horizon 2010, un programme de financement d’investissements (MEDA) et un volet bilatéral régi par une série d’accords d’association. Dans le cadre du processus de Barcelone, des outils informels on été créés, comme le "forum méditerranéen". Le sommet de Barcelone de 2005, 10 ans après le lancement du processus, marque un échec retentissant, compte tenu de l’absence des pays arabes, hormis l’Autorité Palestinienne. Seul un accord sur le lancement d’un plan d’action relatif à l’immigration clandestine y a été conclu.

Politique européenne de voisinage (PEV) : cette politique récente de l’Union Européenne est une conséquence de l’élargissement de 2004. Elle vise à établir des relations privilégiées avec les pays voisins de l’Europe de l’Est, du Sud de la Méditerranée et du Caucase méridional qui n’ont pas de perspective d’adhésion. Développée dès 2003 pour partager avec les pays voisins les bénéfices de l’élargissement et éviter l’apparition de nouvelles divisions, la PEV s’inscrit dans le cadre de la stratégie européenne de sécurité. Mise en œuvre au moyen de plans d’action bilatéraux adoptés conjointement par l’UE et les pays concernés, elle se concentre sur la promotion de la démocratie, des libertés, de la prospérité, de la sécurité et de la stabilité tout en allant au-delà des relations déjà établies avec chaque pays voisin.
Discours de Tanger : le 23 octobre 2007, lors d’une visite d’Etat au Maroc, Nicolas Sarkozy a apportée pour la première fois quelques clarifications sur ses intentions vis-à-vis du projet d’Union Méditerranéenne, évoqué lors de sa campagne électorale (discours de Toulon du 2 février 2007) et son discours d’investiture. Il a évoqué la nécessité d’y associer la Commission Européenne, tout en distinguant les deux Unions (européenne et méditérranéenne). Il a par ailleurs souhaité que l’Union de la Méditerranée soit une « une union de projets » et commence avec le développement durable, l’énergie, les transports, l’eau. Ce discours a cependant été l’objet de nombreuses critiques, le projet porté par la France étant encore considéré comme trop flou, notamment sur le plan politique.

Appel de Rome pour l’Union pour la Méditerranée de la France, l’Italie et l’Espagne (20 décembre 2007) : réunis à Rome afin de réfléchir aux lignes directrices du projet lancé par le Président français, José Luis Zapatero, Romano Prodi et Nicolas Sarkozy se sont mis d’accord pour inviter les chefs d’État et de Gouvernement des pays riverains de la Méditerranée à se réunir avec les pays de l’Union Européenne le 14 juillet 2008 à Paris pour définir leur vision commune. Ce sommet sera précédé d’une réunion des pays du pourtour Méditerranéen le 13 juillet, et devrait fixer les principes et l’organisation de l’Union pour la Méditerranée avec pour objectif de mettre en œuvre une approche fondée sur des projets
Euros du Village - Mars 2008

"Union pour la Méditerranée : le mythe de Sisyphe ?" Le point de vue d’un acteur de la rive sud, Hassan ABOUYOUB

Après des semaines de tensions et de désaccords autour de la politique méditerranéenne, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont parvenus à un compromis, le 3 mars 2008, à Hanovre, autour de "l’Union pour la Méditerranée". Hassan ABOUYOUB, Ambassadeur itinérant du Royaume du Maroc, revient sur ce projet. Acteur clef du processus, il exprime ici ses doutes et ses recommandations. Un point de vue précieux, en provenance de l’autre rive de la Méditerranée.
Les propos tenus par le Président de la République française à Toulon en pleine campagne présidentielle et surtout à Tanger en Novembre 2007, ont secoué le landernau euro-méditerranéen. Ils ont sorti de sa torpeur, le processus de Barcelone dont la célébration du dixième anniversaire avait été boudée par les chefs d’Etats de la rive Sud. Passé l’effet de curiosité, les chancelleries européennes ont réagi de façon nuancée à l’initiative française.
Du ”oui mais ” à un “non” à peine déguisé, tout le registre du lexique diplomatique a été utilisé pour exprimer tantôt l’embarras, quelque fois l’adhésion conditionnelle ou simplement le rejet poli d’un projet qui ne manque pas d’audace et de volontarisme. Cela demeure conforme aux difficultés de l’UE d’adopter des positions communes sur l’essentiel de l’agenda de sa politique extérieure.

En dépit de sa tonalité quelque peu lyrique, les propos présidentiels étaient élaborés autour de postures faites “d’audace, de courage et de la nécessité d’opérer une rupture voire de prendre des risques”. Ils incarnaient une vision qui rejoint dans ses principales composantes, l’Appel lancé en Novembre 2005, par un groupe d’hommes politiques, d’intellectuels et de représentants de la société civile euro-méditerranéenne en faveur d’une Union Méditerranéenne.

Les inquiétudes et les réserves exprimées cependant, par l’Allemagne, la Grande Bretagne et d’autres membres de l’UE ont eu un effet immédiat : une révision à la baisse des ambitions françaises initiales. Le discours de N. Sarkozy à Tanger, en retrait par rapport à la déclaration faite Place de la Concorde, le soir de sa victoire, s’est voulu rassurant à l’endroit des réticences allemandes :
- "Il n’est pas question que la proposition française se substitue aux initiatives existantes ou en cours "
- "Ce n’est pas le projet de la France seule"
- "La Commission Européenne sera associée d’emblée"
- "L’Union Méditerranéenne ne se fera pas sur le modèle européen avec ses institutions, son degré élevé d’intégration politique", etc..
Autant de précautions oratoires qui expriment avant tout que le dossier technique, les études de faisabilité ne sont pas encore finalisées et que les idées de base qui constitueront l’architecture du projet ne sont pas encore matures.
Le débat qui a animé la sphère politique de la rive Nord n’a pas déclenché l’enthousiasme des opinions publiques européennes et encore moins celles du Sud. Le Maroc est probablement la seule exception dans ce contexte. Le Roi dans son discours à Marrakech, en l’honneur du Président Sarkozy avait déclaré : ” Nous sommes déterminés à explorer avec Vous toutes les opportunités visant à promouvoir une approche inédite et progressive du partenariat ainsi envisagé et une prise en charge novatrice et solidaire des multiples défis de notre espace méditerranéen.”
Le Président Ben Ali (Tunisie), a été plus nuancé dans ses propos : “accueil favorable du projet qui doit englober toutes les Parties concernées sur la base des priorités des uns et des autres, pour compléter et enrichir les acquis de Barcelone. ”
Les déclarations du Sherpa désigné par la France, l’Ambassadeur Le Roy en l’occurrence, ont fait l’exégèse de l’appel de Rome (20 décembre 2007). L’Union pour la Méditerranée sera donc un “Barcelone plus” pour paraphraser M. A Moratinos. D’ailleurs le premier paragraphe de cet Appel résume fidèlement le préambule de la Déclaration de Barcelone 1995.

En écho aux propos de M. Le Roy et à l’Appel de Rome, les ministres des affaires étrangères du 5+5, réunis à Rabat, se sont félicités de cet Appel en qualifiant l’Union pour la Méditerranée “d’initiative régionale fondée sur le principe de l’appropriation commune”. Quel est le degré de cohérence de cette définition avec le principe défendu par le Sommet de Rome d’une “Union fondée sur la coopération et non l’intégration” et avec l’idée de projets à géométrie variable défendue par la France ?
Un observateur averti du long cheminement de la question de la méditerranée, sans remonter jusqu’à la Pax Romana et en se limitant à l’après premier choc pétrolier (Guerre du Kippour), aura vite remarqué que les discours et les postures n’ont guère varié. Les préalables implicites qui sous-tendent l’adhésion à tout projet de coopération, de partenariat et d’intégration entre les deux rives de Mare Nostrum, demeurent récurrents (La crise du Proche Orient, la non ingérence dans les gouvernances souveraines, le passif colonial, l’Islam etc..)

L’incohérence qui caractérise les propos et les réactions que l’initiative française a suscités, ne sont que le reflet de la complexité politique, géopolitique et culturelle du berceau de l’Humanité. La rive Sud de la Méditerranée est plurielle. La différenciation communément admise entre Maghreb et Machreq, se fonde sur le postulat que ces deux sous-ensembles sont homogènes. Rien n’est moins vrai. L’effondrement du mur de Berlin et les effets collatéraux du 11 septembre ont exacerbé les positions des uns et des autres et montré combien il était difficile de vouloir réformer les gouvernances d’une région à partir de diktats extérieurs ou de programmes imposés.
Le Grand moyen Orient a vécu. Le processus de Barcelone voit ses objectifs politiques rangés dans le rayon de la rhétorique. Bien plus, la pression, notamment américaine pour renforcer la lutte contre le terrorisme a produit ses effets pervers en rognant, dans certains cas, les maigres acquis d’une transition démocratique fragile.

L’évolution des sociétés de la rive Sud, à la faveurs des progrès précaires de transitions démocratiques plus ou moins substantielles, vers une confrontation de plus en plus visible entre les tenants d’une modernité inspirée de l’Occident et ceux d’un islamisme politique plus ou moins rigoriste, réduit considérablement la marge de manœuvre des gouvernants.

L’aggravation de la donne humanitaire à Gaza, l’implosion institutionnelle du Liban sans oublier les autres foyers de tension de la région, auront un impact direct sur les positions de négociation des acteurs étatiques de l’Union pour la Méditerranée. L’ambigüité constructive sera la seule attitude offerte à la plupart des négociateurs du Sud.
Je m’abstiendrai, pour ne pas compliquer l’analyse, d’évoquer la menace du Polisario de reprendre les armes contre le Maroc ou la sensibilité de la relation maroco-espagnole à la question des Présides du Nord (Ceuta et Melillia) à la faveur de la prochaine échéance électorale espagnole etc..
En d’autres termes, les ingrédients du statu-quo qui a paralysé toutes les initiatives des trois dernières décennies dans la région euro-méditerranéenne, sont toujours sur ou sous la table des négociations. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il y a fort à parier qu’une fois les lampions de la fête éteints , les choses reprendront leur cours normal. C’est-à-dire que tous les programmes et mécanismes inventés dans le contexte de Barcelone, ou la PEV, continueront à vivre leur existence et à produire leurs effets. Leur multiplicité et leur redondance, leur répartition entre instruments bilatéraux et régionaux et la persistance de politiques nationales d’aide au développement apparaitront comme le mal nécessaire pour prendre en compte l’hétérogénéité du Sud et les doctrines plurielles de L’Europe par rapport à son flanc méridional.

Avoir un cadre de plus, qu’il soit fait de projets ou de politiques communs ou à géométrie variable, ne changera pas la donne politique actuelle. Les faits sont têtus : les limites financières du budget européen pour la politique de voisinage, les résistances résiduelles devant l’ouverture du marché européen aux produits agricoles du Sud, la centralité de la question énergétique dans la nouvelle doctrine de sécurité européenne, les pressions croissantes pour une politique plus restrictive des flux migratoires et bien d’autres facteurs qu’il serait fastidieux de citer ici laissent peu de marge à un exercice qui viserait la rupture prônée par le Président Sarkozy.

Les faits sont également têtus s’agissant des défis qu’affronte le Sud. 20 millions d’empois à créer au Maghreb durant les deux prochaines décennies, la désertification et les pénuries en eau pour ne citer que ceux là.

La rupture est impérative et doit d’abord être opérée au niveau de la méthodologie de travail retenue. Confier aux sherpas, sauf le respect qu’on leur doit, qui gèrent Barcelone, les négociations bilatérales de la politique de voisinage, Le 5+5, c’est reproduire les schèmes qui maintiennent le statu-quo.
Ignorer les conditions préjudicielles qui débloqueront les volontés politiques des acteurs gouvernementaux c’est aller au devant d’un rejet populaire d’un projet pourtant prometteur. (Barcelone est paralysé parce qu’entre autre, il n’a pas pu bénéficier d’un soutien populaire et de celui des acteurs non-étatiques).
Que faire dans ces conditions ?

Même si le coup est déjà parti et que les dates du Sommet fondateur de la future Union pour la Méditerranée sont fixées en juillet, je proposerai :
1. La constitution d’un comité paritaire des Sages pour évaluer l’acquis au niveau des politiques, programmes et instruments de la coopération. Ensuite il proposera un schéma et une architecture de l’Union, un modèle de financement de politiques communes dont le choix sera dûment motivé et reflétant les besoins exprimés par les différents acteurs. Ce comité organisera des consultations avec les gouvernements et leurs démembrements locaux, l’entreprise, la société civile etc…
2. Un rapport global sera donc soumis par ce comité à l’appréciation des sherpas et servira de base à des négociations en vue de l’adoption des Accords, chartes ou projets par le Sommet qui est prévu. Dans ces propositions, ce comité veillera à l’identification du cadre de cohérence qui permette de faire coexister tous les Accords et mécanismes en vigueur ou à défaut de suggérer la fusion, l’intégration de l’un (avec ou dans) l’autre.
3. Trois thématiques me semblent devoir s’imposer pour inspirer les politiques ou projets communs du futur ensemble euro-méditerranéen : L’espace commun du Savoir, l’agriculture et le développement durable.
4. Pour le financement du nouveau projet, une nouvelle approche radicalement différente des mécanismes en vigueur. Elle reposerait notamment sur une participation de la rive Sud à la mobilisation des fonds y compris en monnaie locale, sur une allocation concurrentielle de ressources via un fonds national qui tirera tous les avantages des effets de leviers et de l’utilisation des instruments modernes (Marchés hypothécaires, bourses, capital risque etc.)
5. Pour le traitement des conditions préjudicielles et créer l’environnement favorable à l’émergence du projet audacieux, novateur qu’appelle le P. Sarkozy de ses vœux, pourquoi ne pas prendre le risque d’organiser un Sommet unique le 13 juillet prochain qui soit entièrement dédié à la paix et à la sécurité en méditerranée. De cette façon tout le Monde sera placé devant sa responsabilité historique et on rappellera à l’occasion ce que le Cardinal de Retz avait clamé : ” On ne sort de l’ambigüité qu’à son propre détriment “.
Ces propositions sont faîtes pour appuyer l’idée qu’un Barcelone plus, n’est pas de nature à dessiner cet horizon qui mobiliserait les énergies du Sud et susciterait un souffle d’espoir pour des sociétés impatientes qui rêvent de l’Eldorado européen.

Mais si Barcelone plus c’est plus de volonté politique, un leader pour conduire cette initiative et des institutions paritaires pour la piloter, on pourrait s’accorder le bénéfice du doute et faire nôtre la philosophie qu’Albert Camus a su tirer du mythe de Sisyphe.
EuroVillage - 6 mars 2008, Par Hassan ABOUYOUB, ambassadeur du Royaume du Maroc

Méditerranée : retour aux sources

La civilisation européenne est née de la Méditerranée. L'écrivain Paul Valéry définissait les Européens comme les héritiers de trois grandes cultures du monde antique - grecque, romaine et chrétienne - dont chacune appartenait à l'espace méditerranéen. Celui-ci fut donc, si Paul Valéry a raison, le berceau de l'esprit européen. Des côtes espagnoles aux rivages chypriotes, le versant sud de l'Union européenne suit aujourd'hui les contours de celle qu'on appelle dans certaines langues la "mer du milieu" et dans d'autres la "mer blanche".
Les peuples ont appris, au fil des siècles, à l'apprivoiser pour établir des liens entre eux, en dépit de leurs différences. "La Méditerranée est un mécanisme qui tend à associer les pays situés au bord de son immensité", affirme l'historien Fernand Braudel dans ses Mémoires de la Méditerranée (éd. de Fallois, 1998).
L'Empire romain, qui fut la matrice de l'Europe médiévale, était organisé autour de la Méditerranée, qui mettait en relation ses diverses provinces. Mais, paradoxalement, c'est en se détournant de la Méditerranée que les Européens ont affirmé leur désir d'unité.
Face à l'avancée de l'islam de l'autre côté de la "mer du milieu", celle-ci a cessé d'être un lieu de passage et d'échange pour devenir une frontière entre les deux rives. "L'implantation de l'islam au sud de la Méditerranée va isoler l'Europe et la refermer sur elle-même", rappelle Edgar Morin dans son essai Penser l'Europe (Gallimard, 1987). L'Europe, unie autour du christianisme, naîtra d'une rupture avec l'autre bord. La relance d'un partenariat euroméditerranéen, baptisé désormais, à l'initiative de Nicolas Sarkozy, Union pour la Méditerranée, apparaît donc comme un retour aux sources.
L'histoire de la Méditerranée a vu alterner des périodes de relative tranquillité, qui ont permis l'essor du commerce, et des périodes de guerre, qui ont creusé les fractures. M. Sarkozy a souligné avec raison, dans son discours de Tanger, en octobre 2007, que le monde méditerranéen n'a pas cessé, depuis des siècles, d'être "écartelé" entre "l'esprit des croisades" et "l'esprit du dialogue".
Aujourd'hui, les divisions, voire les haines, l'emportent sur les solidarités. Le "choc des civilisations" menace le rapprochement entre le Nord et le Sud. Le Sud lui-même est déchiré. Le conflit israélo-palestinien est l'expression exacerbée de ces discordes, dont la persistance a fait échouer les précédents efforts de coopération.
Les Vingt-Sept vont tenter d'inverser la tendance et de redonner vie à l'ancienne communauté euroméditerranéenne. "En Méditerranée se décidera de savoir si oui ou non le Nord et le Sud vont s'affronter", a déclaré M. Sarkozy à Tanger. L'Europe a refusé l'affrontement en appelant à l'union entre les deux rives. Les dirigeants de l'UE ont écarté du projet français ce qui paraissait de nature à diviser les Européens en donnant à Paris un rôle prééminent. Ils en ont retenu l'essentiel, c'est-à-dire la volonté de recréer sur le pourtour de la Méditerranée un espace politique commun.
Reste à définir les moyens de passer des paroles aux actes afin que le partenariat euroméditerranéen, lancé pour la première fois en 1995 par le "processus de Barcelone", se traduise enfin par des résultats concrets. Les difficultés ne manquent pas de part et d'autre. Du côté européen, l'ouverture vers les pays du Sud ne doit pas se réaliser au détriment des pays de l'Est, comme l'a fait craindre à plusieurs Etats membres la première version du projet français.
De l'autre côté de la Méditerranée, rien ne sera possible tant que la question palestinienne n'aura pas trouvé un commencement de réponse. Le processus de paix au Proche-Orient devrait être la priorité des priorités pour la diplomatie européenne.
Thomas Ferenczi - Le Monde - le 20.03.2008

Où en est le projet d’Union pour la Méditerranée ?

Lancé, comme l’on s’en souvient, pendant la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, ce projet a commencé à prendre corps, en octobre 2007, avec la nomination d’un Ambassadeur responsable, Alain Leroy, et la visite officielle du Président de la République au Maroc. Par la suite, le 20 décembre 2007, à Rome, la France a réussi à convaincre l’Italie et l’Espagne de lancer à ses côtés un appel pour une Union qui doit avoir « pour vocation de réunir l’Europe et l’Afrique autour des pays riverains de la Méditerranée et d’instituer un partenariat sur un pied d’égalité entre les pays du pourtour méditerranéen ».
En dépit de ces premiers pas, le projet n’a pas encore convaincu. Si la majorité des pays concernés lui ont réservé un accueil poli, il suscite encore la méfiance ou tout au moins l’indifférence de plusieurs partenaires potentiels. Désormais, le prochain objectif est de réunir les chefs d’Etat ou de gouvernement des pays qui accepteront de s’engager, lors d’un sommet, à Paris, qui devrait se tenir en juillet prochain.
D’ici là, les responsables du projet doivent s’employer à convaincre de la pertinence de la nouvelle Union. Le premier problème posé, en l’occurrence, est un problème d’identification. Partenariat euro-méditerranéen, politique européenne de voisinage, forum méditerranéen, sans parler des multiples réseaux thématiques méditerranéens… il existe déjà de nombreuses institutions en Méditerranée, dont les résultats ont été le plus souvent décevants.
Dès lors, pourquoi ajouter cette instance supplémentaire ? Le projet d’Union pour la Méditerranée se présente comme une valeur ajoutée, dont l’objectif est de donner à la coopération dans cette zone un nouvel élan politique, en favorisant la conduite de projets concrets, autour d’un certain nombre d’axes prioritaires (environnement, transports, protection civile, éducation, énergie, traitement des eaux…). L’idée n’est donc pas, à court terme, de créer une nouvelle organisation régionale, mais avant tout de réveiller une coopération méditerranéenne endormie, en se concentrant sur des dossiers qui apparaissent comme des urgences et en « boostant » les investissements. Les responsables du projet font observer notamment qu’alors même que les pays d’Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada) et le Japon réalisent plus de 20% de leurs investissements vers le Sud, les Européens n’investissent que 2% en Méditerranée.
C’est la raison pour laquelle, l’Union pour la Méditerranée s’adresse autant aux acteurs privés qu’aux institutions publiques. En privilégiant l’économique au détriment du politique, la démarche se veut donc très fonctionnaliste et prétend appliquer la méthode « Jean Monnet » à un espace trop longtemps négligé.
La dimension politique de l’affaire n’est pourtant pas mineure. Le premier volet de l’aspect politique de ce dossier concerne la place que doivent y tenir l’Union Européenne et ses membres.

Présenté au départ comme ne devant concerner que les pays riverains et trois pays de voisinage immédiat (Portugal, Mauritanie, Jordanie), le projet a inquiété les pays européens du Nord, qui ont craint de se retrouver dans une situation où ils seraient exclus de ce dossier méditerranéen, tout en restant sollicités pour son financement. Pour sa part, l’Union Européenne (notamment des institutions comme la Commission ou le Parlement) y a vu carrément un risque de concurrence à sa politique étrangère (processus de Barcelone et politique de voisinage).
La France a donc travaillé à rassurer les institutions communautaires et les grands pays de l’Union Européenne (en particulier l’Allemagne), en promettant récemment une place à part entière, dans le processus, à l’ensemble des 27 pays de l’Union.

La question turque
L’autre volet politique du dossier est bien évidemment la position de la Turquie. Depuis octobre dernier, la France s’est employée à découpler l’Union pour la Méditerranée de la candidature turque à l’Europe, un exercice difficile puisque le projet était surtout apparu, à l’origine, dans le contexte de la campagne des présidentielles françaises, comme une sorte d’alternative à l’adhésion pleine et entière de ce pays à l’Union Européenne.
Depuis, l’Appel de Rome, auquel nous faisions allusion précédemment, a explicitement déclaré que l’Union pour la Méditerranée ne devait pas interférer « dans le processus de négociation en cours entre l’Union Européenne et la Croatie, d’une part, entre l’Union Européenne et la Turquie, d’autre part ».
L’ambassadeur Leroy n’a cessé de réitérer cet engagement, au début du mois de février dernier, lors d’un séjour qu’il a effectué en Turquie, pour convaincre Ankara de s’investir dans le projet et de participer au prochain sommet des chefs d’Etat et de gouvernement.
Le problème est aujourd’hui que les Turcs n’ont pas oublié les propos du candidat Sarkozy pendant la campagne présidentielle et qu’ils demandent au Président des gages quant au caractère définitif de la dissociation établie entre l’Union pour la Méditerranée et leur candidature à l’UE.
S’exprimant le 6 mars 2008, au siège de l’OTAN, à Bruxelles, lors d’une conférence de presse, le Ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, qui est chargé du dossier européen, a publiquement souhaité avoir sur le projet méditerranéen des assurances plus fortes que celles qui ont été transmises par les canaux diplomatiques traditionnels. Interrogé sur l’engagement de la Turquie dans le projet et notamment sur la participation de son pays au sommet des chefs d’Etat, Ali Babacan a notamment répondu :
« Nous n’avons pas fermé la porte, mais tout d’abord nous avons besoin de recevoir de la France un solide message de garantie nous prouvant qu’il n’y a pas de lien avec notre candidature à l’Union Européenne. Cet engagement fort doit être formulé au plus haut niveau politique »
Article publié sur le site de l’OViPoT - le 10 mars 2008

Union de la Méditerranée - Vues d'ailleurs

Le projet du président Sarkozy avance à tâtons. Le cercle des économistes français lui propose un chemin. Lecture d’un plaidoyer raisonné.
Si la première question qui hante les Nord-Africains est « pourquoi la France se tourne-t-elle subitement vers le Sud méditerranée ? », la réponse arrive très vite dans le nouveau livre du cercle des économistes français 5+5=32, feuille de route pour une union méditerranéenne aux éditions Perrin : c’est parce que l’Europe est punie de ne pas avoir « développé son Sud ». Ce sont les chiffres qui le disent : le Japon et les Etats-Unis consacrent 18% de leurs investissements directs à l’étranger à leur proche voisinage continental (Amérique centrale et du Sud, Asie de l’Est et du Sud), l’Europe seulement 1%. La croissance européenne restera molle dans la durée sans le développement de la rive sud-méditerranéenne, soutiennent donc les économistes Jacques Mistral et Jean Hervé Lorenzi, principaux rédacteurs de ce plaidoyer raisonné en faveur de l’Union Méditerranéenne, préfacé par Hubert Védrine.

Intégration des deux rives
Le livre évoque un surcroît de croissance annuelle de 0,3% pour les cinq Etats du sud de l’Europe (Portugal, Espagne, France, Italie, Malte) et jusqu’à 1,5% pour ceux du nord de l’Afrique (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye). Comment ? Par une intégration plus forte des économies des deux rives. Le livre s’étale d’abord sur les obstacles, les disparités des PIB, les raideurs sociétales et politiques… l’histoire. Et rebondit vite pour montrer que dans les autres pôles mondiaux d’intégration comparables, de plus amples difficultés ont été dépassées. L’Europe est une tard venue dans l’outsourcing. C’est une partie de l’explication de la faiblesse des IDE européenne (et nord-méditerranéenne) au Maghreb. Mais pas la seule. Les pays de l’Europe centrale et orientale (PECO) sont passés par là. « L’expérience n’est pas renouvelable à l’identique avec les pays du Sud méditerranéen », se mouille le cercle des économistes. Intégration horizontale vers l’est grâce à la proximité des cultures industrielles et de la maîtrise institutionnelle des processus par les PECO, intégration verticale vers le Maghreb à cause d’un retard en ressource humaine et en remontée de filière technologique.
Pas la panacée
Le livre prévient toutefois contre la reproduction des spécialisations captives. La vocation de l’Union Méditerranéenne est de développer le Sud selon des filières qui cassent la posture « néo-coloniale ». Mais attention, les IDE ne sont pas la panacée. Le dynamisme du capitalisme national est essentiel. Or compter en priorité sur les IDE peut être fortement préjudiciable pour l’essor des PME dans les pays d’accueil. Le cercle des économistes n’évite pas les sujets qui fâchent. L’intégration Sud-Sud par exemple et son insignifiance, la faiblesse de l’intermédiation financière (en dépit d’un net mieux ces dernières années), la poursuite d’une évasion de l’épar- gne domestique du Sud vers l’Europe. Pourquoi le processus euro-méditerranéen de Barcelone n’a-t-il pas posé sur une orbite plus haute l’intégration des pays tiers méditerranéens (PTM) avec l’UE ?

Démarche équivoque
Le cercle des économistes n’est pas convaincu de la pertinence de la construction d’une zone de libre-échange. Il propose plus et moins à la fois. Plus en établissant un partenariat d’égal à égal ou tout se décide en commun. Moins en n’obligeant pas tous les pays riverains à s’engager ensemble sur tout, d’où le thème de la géométrie variable de l’UM. Le moteur de l’intégration est bien indiqué ; c’est le bassin occidental de la Méditerranée avançant sur cinq pistes : un volet institutionnel, une ouverture du débat agricole (abandonné par les accords d’association avec l’UE), le développement de la filière textile, la coopération énergétique, et la refonte de la formation professionnelle.
Par Ihsane El Kadi, Alger - LesAfriques.com

Nouvelle manœuvre de la Syrie : Damas affirme que la France invitera Bachar Al-Assad en juillet prochain
L’agence syrienne "Cham Press" et le quotidien syrien "Al Watan", entament une "campagne de charme" en direction de Paris, sans doute sur ordre du pouvoir, et affirment, avec certitude, que la France est décidée à inviter le président Bachar Al-Assad au sommet de l’Union méditerranéenne qui aura lieu en juillet 2008.
Selon l’agence syrienne
« Cham Press », « des sources françaises auraient affirmé que le président Assad sera bien invité au sommet qui marquera le lancement de l’Union méditerranéenne », voulue par le président Nicolas Sarkozy. « Et ce, même si les contacts politiques à haut niveau entre la France et la Syrie restaient interrompus, comme ils le sont actuellement ».
La Syrie estime en effet que le succès du lancement de l’Union, chère à Nicolas Sarkozy, nécessite la présence des présidents de tous les pays riverains. Partant de ce constat, les médias syriens s’emploient à « valoriser » la présence syrienne pour arracher une invitation. Ils ajoutent que « Paris souhaite reprendre rapidement ses relations avec Damas, avant juillet. Mais ceci n’est pas une condition préalable à l’invitation d’Assad ».
De son côté, le quotidien syrien « Al Watan », cité par « Cham Press », attribue à des « sources françaises anonymes », que « la France rétablira rapidement ses relations avec la Syrie dès l’élection d’un président libanais ». C’est ce piège que le Liban redoute, à en croire la presse libanaise. Le quotidien libanais « An-Nahar » avait affirmé le 19 février que « la Syrie redoute le boycott arabe du sommet arabe qu’elle doit héberger fin mars, et l’isolement sur la scène internationale. Pour éviter d’en arriver là, le régime syrien serait tenté par une manœuvre visant à faciliter l’élection d’un président au Liban, tout en comptant sur ses capacités de blocage pour empêcher la formation du futur gouvernement, et maintenir le Liban dans une situation chaotique en vue de l’avaler ultérieurement ». C’est dans cette ambiance des plus compliquées que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, est attendu au Liban le 24 février. Son adjoint Hicham Youssef est déjà arrivé à Beyrouth ce mercredi pour préparer la visite de Moussa.
MediArabe.info - 21 février 2008

Union méditerranéenne : Bakoyannis en visite au Maghreb
Sur les pas du président français, Nicolas Sarkozy, le ministre grec des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis, vient de terminer une tournée de trois jours dans les pays du Maghreb, visant à manifester la présence d'Athènes dans la région en vue de la proposition Sarkozy pour la création d'une Union méditerranéenne.
Une tournée qui, selon les termes de la ministre, a scellé l'ouverture de la Grèce aux pays du pourtour Sud de la Méditerranée occidentale, et ouvert la voie à une dynamique de resserrement de la coopération politique et des relations entreprenariales.
A Tunis, mercredi, Mme Bakoyannis a été reçue par le président, Zine el Abidine Ben Ali, et rencontré son homologue tunisien, Abdelwaheb Abdallah.
"Pour nous, la coopération euro-méditerranéenne est très importante", a affirmé Mme Bakoyannis, à l'issue de son entrevue avec M. Abdallah, soulignant qu'il s'agit d'une priorité de la politique étrangère grecque et réitérant, comme elle l'avait fait auprès des dirigeants marocains et algériens, que "l'ambition commune est de transformer la Méditerranée en mer de paix et de prospérité".
Infogrece • Publié le 28 février 2008

Réactions sur le compromis entre la France & l'Allemagne sur l'Union méditerranéenne

L'Allemagne aura un rôle d'observateur dans l'Union méditerranéenne
L' Allemagne aura un rôle d'observateur dans l'Union pour la Méditerranée, a précisé mardi François Fillon après le compromis trouvé dans la soirée de lundi entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Le compromis "s'appuie sur une structure déjà existante, l'Union de la Baltique, dans lequel naturellement l'Allemagne a un rôle particulier et la France n'est qu'un observateur", a expliqué le Premier ministre sur Europe-1.
Créé en 1992 pour rapprocher les pays riverains, le Conseil des Etats de la mer Baltique comprend 11 pays, dont l'Allemagne et la Russie, ainsi que la Commission européenne. D'autres Etats comme la France et le Royaume-Uni y ont le statut d'observateur.
"Nous avons dit aux Allemands: 'il y a l'Union de la Baltique dans laquelle la France n'est qu'observateur, nous allons faire l'Union de la Méditerranée. Vous serez associés à tout ce qui sera organisé dans ce cadre-là, mais reconnaissez que la France et les pays riverains de la Méditerranée ont un rôle particulier à jouer'", a poursuivi M. Fillon.
Le Premier ministre a fait valoir que la France "a des intérêts plus directs que l'Allemagne" dans l'Union méditerranéenne en raison de sa situation géographique. "En même temps, l'Allemagne, étant un des leaders de la construction européenne, a vocation à participer à l'Union de la Méditerranée", a-t-il tempéré. Il a minimisé les tensions de ces derniers mois entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.
"Il y a une certaine confrontation entre la France et l'Allemagne dans le bon sens du terme entre deux grandes puissances qui ont des intérêts communs et parfois divergents", a expliqué le Premier ministre français. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont entendus lundi à Hanovre pour proposer ensemble un projet "franco-allemand" d'Union pour la Méditerranée, qui associera les 27 Etats de l'Union européenne aux pays riverains de la Méditerranée. Le projet franco-allemand sera présenté lors du conseil européen des 13 et 14 mars.
The Associated Press - document.write (04/03/2008)

Union méditerranéenne: Sarkozy fait un pas en direction de Merkel
Nicolas Sarkozy, soucieux de désamorcer un désaccord inquiétant entre Paris et Berlin, a fait des concessions à Angela Merkel sur son projet d'Union méditerranéenne, sans lever les ambiguïtés, estimaient mardi les experts.
Dès mardi, le Premier ministre français François Fillon et le gouvernement allemand divergeaient sur le contenu du compromis concernant "l'Union pour la Méditerranée", annoncé par la chancelière allemande et le président français lundi soir à Hanovre.

L'annonce était d'autant plus spectaculaire que la discorde était évidente, laissant spéculer sur une brouille durable. "On a trouvé un compromis autour de cette Union pour la Méditerranée que nous voulons tous les deux et qui n'exclura personne", a affirmé M. Sarkozy.

"Nous sommes d'accord pour que ce soit un projet de l'Union européenne", a ajouté Mme Merkel qui l'a défini comme un renforcement "à un niveau supérieur" du processus euro-méditerranéen de Barcelone, lancé en 1995 et actuellement en panne.

M. Sarkozy a annoncé "une proposition franco-allemande au prochain Conseil européen" des 13/14 mars à Bruxelles sur ce projet. Les Allemands jugeaient inacceptable un projet excluant les Européens non riverains de la Méditerranée.

La seule possibilité est un projet ambitieux ouvert aux 27 pays de l'UE: l'immigration africaine par Gibraltar a des implications à Madrid comme à Tallinn, fait valoir Berlin. Un projet réservé à quelques pays riverains comporte un risque élevé de division pour l'Europe, l'Allemagne se tournant vers ses voisins de l'est et ainsi de suite, argumentait Angela Merkel.

Pour Martin Koopmann, de la Société allemande de politique étrangère (DGAP), la fermeté allemande a payé: "Sarkozy a abandonné un point crucial, celui de l'implication des pays riverains seulement".

Ulrike Guérot du Conseil européen pour les relations extérieures (ECFR) estime que "preuve a été faite" à Hanovre que "quand ça devient trop grave dans le couple franco-allemand, les mécanismes fonctionnent". "Il y a un frein de secours et assez de mécanismes institutionnels permettant d'éviter que la crise traîne et dégénère", dit-elle.

Selon Ernst Hillebrand, de la Fondation Friedrich Ebert, M. Sarkozy vit "un apprentissage": il "s'écarte de sa politique d'annonces" et "des discordes comme celle autour de l'Union méditerranéenne vont devenir plus rares". Pour M. Hillebrand, les deux partenaires ont des concessions à faire.

"Les Français doivent accepter en grinçant des dents qu'ils ne peuvent pas tout faire tout seuls au niveau européen", en revanche "l'Allemagne devrait consentir à la France plus de marge de manoeuvre". Henrik Uterwedde, de l'institut franco-allemand de Ludwigsburg (sud-ouest), ne croit pas pour autant que le différend soit clos: "quand on casse deux ou trois fois la porcelaine, la recoller demande beaucoup plus de temps. (...)

La réunion d'hier ne peut tout effacer. J'attends les actes". A Paris, on admet par exemple que les questions de financement ne sont pas réglées, parce qu'ils sont du ressort des Etats de l'UE.

Un porte-parole gouvernemental à Berlin a déclaré mardi qu'une comparaison faite quelques heures plus tôt par M. Fillon entre l'Union méditerranéenne et le forum de coopération du "Conseil de la Baltique" ne correspondait pas à l'état des discussions.

Ce qui a été convenu "n'a rien à voir avec le Conseil des Etats de la Baltique", a déclaré un porte-parole à Berlin. Ce Conseil est certes, notent les experts, un forum permettant la coopération de quelques uns sans exclure les autres, mais aux prérogatives bien limitées: "Connaissant Sarkozy et les ambitions de la France, je doute qu'il veuille créer un machin pour la galerie", juge Henrik Uterwedde.
BERLIN (AFP) — 04/03/2008

"L'Union méditerranéenne" est morte. Vive "l'Union pour la Méditerranée"! Un glissement sémantique qui n'a rien d'anodin, selon Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes: Paris, à l'origine de ce projet, a modéré ses ambitions afin de rassurer ses partenaires européens.
Le projet français d'"Union méditerranéenne" a cédé la place à l'"Union pour la Méditerranée", un glissement sémantique indiquant que Paris a modéré ses ambitions pour rassurer ses partenaires européens.
Dossier explosif
Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet s'est efforcé mardi d'arrondir les angles au sujet du projet français, porté notamment par le conseiller spécial du président français Henri Guaino. Il tente de désamorcer ce dossier explosif à quelques mois de la présidence française de l'UE, au second semestre de 2008.
"Il n'y a pas d'Union méditerranéenne", a-t-il déclaré lors d'un colloque à Bruxelles, en avançant la nouvelle appellation d'"Union pour la Méditerranée" - "un glissement sémantique qui n'est pas neutre", a-t-il fait valoir.
"Nous devons le faire en associant pleinement tous les pays de l'Union européenne qui souhaitent s'associer à l'aventure", a-t-il expliqué mardi. "Je suis pour ma part optimiste sur le fait qu'avec nos partenaires, et en particulier avec nos amis allemands, nous trouverons un accord sur les modalités" notamment financière de cette Union, a-t-il dit.
L'Allemagne irritée
Les pays d'Europe du Nord, notamment l'Allemagne, sont en effet partis en guerre contre l'idée originale du président Nicolas Sarkozy, qui avait proposé de créer une union regroupant exclusivement les pays riverains de Mare Nostrum.
"On ne peut pas faire en sorte que certains s'intéressent à la Méditerranée et d'autres à l'Ukraine", a fait valoir la chancelière allemande Angela Merkel il y a un mois devant une convention de l'UMP, le parti de Nicolas Sarkozy.
Les diplomates bruxellois ne cachent pas leur mécontentement devant le projet de lancement de l'initiative le 13 juillet à Paris, avec quelques pays seulement, avant d'élargir le forum à tous les membres de l'UE le lendemain, jour de la fête nationale française.
Un responsable allemand confirme que l'irritation de Berlin sur ce dossier est réellement à l'origine du report au 9 juin du sommet franco-allemand initialement prévu le 3 mars en Bavière, même si la France l'impute à un problème d'emploi du temps.
Quelque projets
Dans le même temps, le projet rétrécit au lavage. Jouyet a lui-même estimé qu'il fallait, au sein de l'Union pour la Méditerranée, "se concentrer sur trois à cinq projets, pas plus", comme les transports ou l'énergie. La proposition de créer une banque méditerranéenne semble, elle, céder du terrain.
Le modèle pour l'Union pour la Méditerranée pourrait être le Conseil des Etats de la mer Baltique, créé en 1992, qui comprend des pays de la région non membres de l'UE, comme la Russie, la Norvège et l'Islande. Ce Conseil permet d'améliorer la coopération régionale sur des projets pratiques, avec un petit secrétariat. Certains pays de l'UE, comme l'Allemagne, y ont le statut d'observateur.
LEXPRESS.fr Mardi 26 février 2008




















Union de la Méditerranée - Point de vue d'experts

"Le Président Sarkozy, lors de sa campagne électorale, a beaucoup milité pour la création de l’Union Méditerranéenne. Il part d’un constat d’échec du processus de Barcelone entamé en 1995, pour différentes raisons. D’après lui, la priorité de l’Union européenne était plus orientée vers l’Est que vers le Sud. Le processus de Barcelone a plus privilégié le commerce que la coopération. Il n’a pas réussi à briser la frontière invisible, qui depuis si longtemps, coupe en deux la Méditerranée.
Aussi propose t-il une nouvelle vision qui consisterait à créer une Union entre les pays méditerranéens du Nord (France, Portugal, Espagne, Italie, Grèce et Chypre) et les pays sud-méditerranéens.
Il inclut dans ces derniers la Turquie, qui d’après lui, n’a pas vocation à devenir membre de l’Union européenne. Au contraire, la Turquie, vu son poids démographique et économique, pourrait jouer un rôle moteur dans la future Union Méditerranéenne".
Une présence française
"Cette Union Méditerranéenne serait dotée d’institutions communes, d’un Conseil de la Méditerranée, et de Sommets périodiques des Chefs d’Etats et de Gouvernement. L’Union Méditerranéenne établirait un système de sécurité collective, où la France jouerait un rôle primordial par des moyens accrus, aériens et maritimes.
Cette sécurité collective consisterait à lutter ensemble contre la corruption, la crime organisé, la drogue, et le terrorisme, adossé à un espace judiciaire commun. L’Union Méditerranéenne tenterait d’établir un lien de confiance entre les pays du Nord et ceux du Sud, par la compréhension, le respect de la diversité des cultures et des mentalités, et par la prise en considération des problèmes concrets des pays du Sud".

Ambition socio-économique
"C’est sur le plan économique et social que la vision du Président Sarkozy est la plus ambitieuse. Il a insisté dans tous ses discours sur le co-développement, qui devrait être un développement solidaire, ayant pour objectif l’intérêt méditerranéen commun.
Sur le volet pratique, il préconise le partage de la technologie, de la connaissance, et des compétences entre les pays, devant aboutir à des pôles de compétitivité et des laboratoires communs.
Il propose la création d’une Banque Méditerranéenne d’Investissements sur le modèle de la BEI, et l’instauration d’une zone de libre échange négociée et régulée. Enfin, il appelle de ses vœux une coopération entre les entreprises du Nord et du Sud de la Méditerranée, devant couvrir tous les secteurs économiques, sans oublier l’énergie, l’eau et l’écologie.
Sur le plan social, le Président Sarkozy prévoit une coopération très étroite entre le Nord et le Sud dans le domaine de l’Education, par l’instauration d’Universités communes, et la création d’une Université interculturelle méditerranéenne.
De même, il insiste sur la coopération dans le domaine la santé et le partage des médicaments".
Vision novatrice et généreuse
"La vision du Président Sarkozy est novatrice et généreuse. Novatrice parce qu’elle n’inclut dans l’Union Méditerranéenne que les pays européens du Sud. Et c’est vrai que les pays du Nord et de l’Est de l’Europe sont peu intéressés par le Sud de la Méditerranée.
Elle propose une position de choix dans l’Union Méditerranéenne à la Turquie, dans le cas où ce dernier pays ne serait pas admis à l’Union européenne. Elle préconise une nouveauté, à savoir l’instauration d’institutions communes : Conseil de la Méditerranée et Sommets périodiques.
La vision est également généreuse dans tout ce qui est prévu dans le co-développement, notamment l’institution d’une Banque Méditerranéenne d’Investissements, et une coopération tout azimut dans tous les domaines économiques et sociaux.Cependant, cette vision bute sur plusieurs obstacles.
Le premier est celui de l’Union européenne elle-même, qui a mis en place le processus de Barcelone et la Politique européenne de voisinage qui couvre les pays sud-méditerranéens".
Résoudre le conflit israélo-arabe
"Est-ce que l’Union européenne va remplacer la Politique européenne de voisinage par l’Union Méditerranéenne pour les pays sud-méditerranéens, ou va-elle instaurer l’Union Méditerranéenne en parallèle ? Quelle va être la position des pays du Nord et de l’Est de l’Union européenne vis-à-vis de cette nouvelle initiative ?
La Turquie a fait savoir qu’elle n’est pas prête à accepter son adhésion à l’Union Méditerranéenne, en lieu et place à son adhésion à l’Union européenne. Comment envisager des institutions communes de l’Union Méditerranéenne, alors que la plupart des pays arabes sud-méditerranéens ne reconnaissent pas Israël ?
Autant de questions qui ont fait dire aux détracteurs du Président Sarkozy, que l’Union Méditerranéenne n’est qu’un slogan électoral et un projet politicien. Nous allons suivre l’évolution de ce dossier dans les mois à venir.
Une chose est cependant certaine : rien de solide ne pourra être construit en Méditerranée, tant que le conflit israélo-arabe n’aura pas trouvé de solution".
Jawad Kerdoudi. Consultant économiste et Président de l’IMRI
Extrait du "lepetitjournal"- Casablanca

Renforcer l’intégration économique entre les pays d’Afrique du Nord est un préalable à l’Union méditerranéenne. L’Union méditerranéenne devrait être une nouvelle fois au cœur du déplacement de Nicolas Sarkozy en Algérie début décembre, tandis que la diplomatie française s’active pour préciser le contenu de ce projet. Dans un entretien accordé à EurActiv France, Jacques Mistral, directeur des études économiques de l’IFRI, explique qu’un approfondissement de l’intégration économique du Maghreb est, selon lui, un préalable nécessaire à toute forme d’Union méditerranéenne. Si le projet d’Union méditerranéenne de Nicolas Sarkozy « part d’une bonne intuition », il faut néanmoins « revoir la technique et la méthode de discussion avec nos partenaires », estime Jacques Mistral, directeur des études économiques de l’IFRI et membre du Cercle des économistes.

Malgré l’échec du processus de Barcelone et la nécessité d’une relance politique de la relation euro-méditerranéenne, les partenaires de la France n’ont en effet pas accueilli avec un grand enthousiasme un projet lancé en fanfare, avant que le contenu en ait été précisément défini et sans consulter quiconque préalablement.
L’IFRI organise le 22 novembre un petit-déjeuner débat intitulé « Quel socle économique pour l’Union méditerranéenne ? » autour d’un ouvrage, 5+5= 32, Feuille de route pour l’Union méditerranéenne, rédigé par le Cercle des économistes.
Cet ouvrage propose une approche différente de celle de l’Union de la Méditerranée dans son ensemble. Jacques Mistral explique qu’il s’agit de « nourrir sur le plan économique » et de « trouver une forme politique appropriée » à une relation entre les cinq pays du Nord (Portugal, Espagne, France, Italie et Malte) et les cinq pays du Sud (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Lybie) de la Méditerranée qui ont les relations les plus étroites entre eux.

Analysant les exemples historiques de coopération régionale à travers le monde, le directeur des études économiques de l’IFRI considère que l’exemple asiatique est plus intéressant que l’exemple nord-américain. Le modèle de la zone de libre-échange du type de l’ALENA entre le Mexique, les Etats-Unis et l’Europe n’est pas, selon lui, « de nature à débloquer la relation méditerranéenne ».
En revanche, l’intégration économique croissante en Asie de l’est autour de la Chine est riche d’enseignements. Jacques Mistral précise toutefois que la comparaison entre la Méditerranée et l’Asie de l’est souffre du fait qu’il y a « trop peu de firmes qui font le pari que l’économie du Maghreb pourrait être une plateforme d’exportation comme la Chine en Asie de l’est ».

Le préalable nécessaire à la réussite d’une coopération entre les deux rives de la Méditerranée est « une sorte d’intégration maghrébine, de marché commun » entre les pays d’Afrique du Nord, qui pourraient alors « avoir une chance de devenir, dans leur ensemble, comme l’ont été les pays d’Europe centrale, des partenaires beaucoup plus actifs de l’UE ».

Il ajoute que l’investissement commun dans des infrastructures physiques et institutionnelles fera « décoller » l’économie des pays du Maghreb et transformera leurs relations avec l’Europe. Ainsi, aux côtés de l’énergie, de l’agriculture, ou de la finance, le développement des infrastructures est un exemple de coopération concrète envisageable entre les pays nord-africains et entre le sud et le nord de la Méditerranée.

Si les bénéfices d’une Union méditerranéenne en termes de développement pour les Etats d’Afrique du Nord sont clairs, Jacques Mistral rappelle aussi qu’une telle coopération renforcée autour de la Méditerranée est également dans l’intérêt des Européens. Selon lui, l’Europe risque de perdre son influence si elle venait à laisser sa place de choix en Afrique du Nord aux Chinois, déjà présents économiquement de manière croissante, et aux Américains, qui y ont un intérêt direct dans le cadre de leur politique étrangère du Greater Middle East.