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lundi 5 décembre 2011

Pour un nouveau départ du partenariat euro-méditerranéen après le " printemps arabe "

Séminaire Les révoltes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ont mis en évidence les défaillances des relations entre les deux rives de la Méditerranée, incitant les Européens à changer de priorités pour répondre aux nouveaux besoins des pays touchés par la chute des régimes autoritaires.

Les révoltes arabes ont été une surprise pour grand nombre d’acteurs locaux et internationaux. Mais tout le monde est désormais d’accord pour affirmer que le chemin est encore long pour aboutir aux buts définis, à savoir, la construction de régimes fondés sur les droits de l’homme et les valeurs démocratiques.
Afin d’explorer comment les institutions européennes et les médias peuvent contribuer à soutenir la transition démocratique dans les pays du « printemps arabe », et afin de renforcer le partenariat euro-méditerranéen à l’aube de cette nouvelle ère, le Parlement européen (PE) a accueilli un séminaire à Bruxelles, intitulé « Les relations euro-méditerranéennes après le printemps arabe : assister la transition démocratique en Méditerranée et dans le Moyen-Orient ; explorer de nouvelles pistes pour des opportunités de partenariat ». L’objectif du séminaire a été de créer une plate-forme commune pour les représentants des médias des deux rives de la Méditerranée, en vue d’améliorer la communication et l’information sur les approches que l’UE pourrait prendre envers les questions euro-méditerranéennes.
Ce séminaire, organisé par la Direction générale (DG) de la communication du Parlement européen, en coopération avec la Commission européenne (CE), avait pour but de donner aux journalistes l’opportunité de se familiariser avec les outils et les projets de communication des institutions européennes – en particulier ceux qui se focalisent sur les relations euro-méditerranéennes – et d’en discuter ouvertement avec des députés européens, des fonctionnaires européens ainsi que d’autres professionnels des médias.
« À ce moment crucial dans l’histoire de la région méditerranéenne, le Parlement européen a la conviction qu’une coopération plus étroite entre tous les types de médias – de part et d’autre de la Méditerranée – ne pourra que faciliter le processus démocratique et mieux servir le projet politique de l’Union pour la Méditerranée », commente d’emblée un communiqué.
Lors de l’ouverture du séminaire, le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a affirmé pour sa part que « le printemps arabe est loin d’être terminé, il vient à peine de commencer. Dans ce contexte, le Parlement européen désire servir les aspirations des peuples arabes qui se sont levés pour obtenir leurs droits ». M. Buzek a appelé les médias à dénoncer les injustices et les abus du pouvoir, et à donner leur voix à ceux qu’on n’entend pas. « Le Parlement européen est aux côtés des médias libres pour les soutenir quand ils en ont besoin », a-t-il affirmé, avant d’ajouter que « la liberté de la presse est au cœur de la démocratie ».
De son côté, Juana Lahousse-Juarez, directrice générale de la DG de communication au PE, a affirmé que ce dernier défend la liberté de la presse même au-delà des frontières de l’Europe, donnant comme preuve l’attribution du prix Sakharov en 2011 à un groupe de cinq militants du printemps arabe.
Pour sa part, Rodi Kratsa-Tsagarapoulo, vice-présidente du PE responsable pour la politique d’information et de communication, et pour les relations euro-méditerranéennes, a d’abord justifié l’organisation du séminaire par la nécessité de promouvoir une meilleure compréhension et coopération dans la région EuroMed. Selon elle, à l’aube d’un nouvel avenir, la diffusion de l’information est essentielle en vue d’une transition démocratique, mais aussi d’une meilleure relation entre l’Europe et le monde arabe. L’UE veut contribuer à la construction d’une société démocratique. Ainsi, le PE est « déterminé à bâtir l’avenir sur la base d’une communauté de valeurs, comme les droits de l’homme et la démocratie, d’où l’importance du rôle des médias », ajoute Rodi Kratsa-Tsagarapoulo.
Même son de cloche de la part de la Commission européenne. Pour Jean-Pierre Vandersteen, directeur général pour la communication à la CE, « personne n’a vu venir les révoltes arabes. Les régimes autoritaires semblaient régner à jamais sur leur pays. Puis, un à un, les dictateurs sont tombés et les appels à la démocratie se sont amplifiés comme une traînée de poudre, laissant aujourd’hui le régime syrien de Bachar el-Assad isolé ». L’une des raisons de cette surprise est évidemment le manque d’information. D’où le besoin de médias libres et indépendants, qui est le fondement de la vie démocratique. Il reprend en outre les propos du président de la CE, Jose Manuel Barroso, qui disait que la mer Méditerranée doit être une mer qui nous unit et non pas qui nous sépare. « L’élimination des régimes autocratiques a ouvert la voie à un saut qualitatif des relations EuroMed. Il s’agit d’une opportunité qu’aucun de nous ne doit laisser passer », ajoute donc M. Vandersteen.
Gianni Pitella, vice-président du PE responsable pour les relations euro-méditerranéennes, revient sur les erreurs d’ordre politique de l’UE concernant le passé et fait une autocritique de la Politique européenne de voisinage (PEV).
D’abord il critique le dialogue imposé au Sud suivant le rapport économie vs sécurité, fermant les yeux contre la tyrannie lorsqu’il y avait une prétendue stabilité. Les Européens avaient par ailleurs beaucoup de mal à comprendre ce qui se passait dans les pays arabes au début des révoltes. « La seule idée qui les préoccupait était le nombre d’immigrants arrivant à Lampedusa. C’était d’une bassesse immorale », s’indigne-t-il. Selon M. Pitella, « si l’Europe a un rôle à jouer, c’est de se tourner vers la Méditerranée, et non plus vers l’Est. En dépassant nos peurs, nous pouvons bâtir ensemble une communauté politique euro-méditerranéenne fondée sur les valeurs démocratiques ».
De son côté, Pier Antonio Panzeri, président (PE) de la délégation pour les relations avec les pays du Maghreb et de l’Union du Maghreb arabe, estime que l’Europe ne pouvait plus poursuivre sur la même voie en fermant les yeux sur les exactions des dictateurs. Il soutient également la mise en place d’une intégration régionale. Selon lui, « les pays ex-communistes de l’Europe de l’Est avaient une perspective devant eux, celle d’adhérer à l’UE. Cette dernière doit donc impérativement modifier sa position en ce qui concerne les pays touchés par le printemps arabe ».
L’UE a été plutôt rapide en réagissant aux révolutions arabes, estime toutefois Alar Alljum, conseiller du directeur responsable pour le Moyen-Orient au service européen d’action extérieure. « La PEV a été révisée pour s’adapter à la nouvelle situation », ajoute-t-il, ajoutant que les Européens seront plus exigeants pour aboutir à une démocratie profonde, et non pas de façade.
Pour ce faire, tout le monde est d’accord qu’une presse libre et indépendante est le fondement de la société démocratique. Et il y a un besoin urgent dans ce contexte au Moyen-Orient. « Il s’agit de former une opinion publique à travers une communication transparente », ajoute M. Panzeri.
Enfin, les différents intervenants ont tous insisté sur le fait que tout soutien doit se faire à la demande des personnes intéressées.
« Le moment est opportun pour mieux se connaître, pour communiquer et partager la communauté de valeurs qui lient les deux rives de la Méditerranée. Il faut ainsi poser les piliers d’une nouvelle base pour le partenariat euro-méditerranéen », conclut Rodi Kratsa-Tsagarapoulo.
Par BRUXELLES, Antoine AJOURY - Lorientlejour.com
http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/734811/Pour_un_nouveau_depart_du_partenariat__euro-mediterraneen_apres_le_%3C%3C+printemps_arabe+%3E%3E_.html

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