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mercredi 25 janvier 2012

Méditerranée - Maroc : Les textiliens s'attendent à un exercice pénible

Les importateurs et distributeurs de textile vont devoir, plus que jamais, faire preuve de prudence dans leurs stratégies. Cela pourrait favoriser les livraisons en petites séries, mais 2012 s'annonce quand même très dure ! sons en petites séries, mais 2012 s'annonce quand même très dure !

«L'année 2012 risque fort d'être une année noire pour les producteurs marocains et méditerranéens de textile-habillement. Elle pourrait être caractérisée par un recul significatif des exportations et par des marges laminées». Le constat est inquiétant chez Jean-François Limantour, président du Cercle euro-méditerranéen des dirigeants textile-habillement (Cedith), interrogé au téléphone. Les industriels marocains du textile, eux non plus, ne s'en cachent pas: «cette année s'annonce extrêmement difficile pour le secteur en termes d'activité, d'emploi et d'exportations. Les pouvoirs publics européens n'ont plus la marge de manœuvre qu'ils avaient en 2008 et en 2009 pour compenser les effets de la crise en Europe. Cela assombrit les horizons. Les donneurs d'ordre auront à réfléchir plusieurs fois avant de lancer leurs commandes», reconnaît Mohamed Tazi, directeur général de l'Association marocaine des industries du textile et de l'habillement (Amith).

La forte contraction de la consommation vestimentaire en France et en Europe, attendue en 2012, aura deux incidences principales chez les importateurs français et européens d'une manière générale. D'une part, une contraction significative des volumes commercialisés et importés, ce qui risque d'impacter les exportations et l'emploi des principaux fournisseurs d'habillement de l'Union européenne, notamment le Maroc, la Tunisie, la Turquie et certains pays asiatiques. D'autre part, les distributeurs et donneurs d'ordre devraient exercer une pression encore plus forte qu'auparavant sur les prix d'approvisionnement. Devant un tel tableau, les opérateurs seront plus que jamais enclins à faire preuve de prudence, voire d'attentisme, dans leurs stratégies d'achat. De quoi favoriser les livraisons en petites séries et le circuit court. Ce sont des stratégies qui devraient, en principe, être favorables aux fournisseurs méditerranéens de proximité. «C'est le sourcing de proximité qui gagnera du terrain. Pour sécuriser leurs achats, les enseignes internationales vont acheter au plus juste. Ca devrait bien profiter à certaines entreprises marocaines», affirme Mohamed Tazi. En effet, nombreuses sont les entreprises qui ne pourront pas tenir, surtout avec un cycle de crise qui se manifeste tous les cinq ans.

Ainsi, «les entreprises rescapées des années précédentes ne peuvent plus dépasser les crises. Elles sont à bout de souffle. Il faut rappeler, à ce titre, que sur les 1.600 entreprises du secteur, 400 ont bénéficié du plan de soutien étatique», ajoute M. Tazi. C'est ce qui a permis au secteur du textile-habillement de tirer son épingle du jeu en 2011, année où les exportations marocaines se sont élevées à 29,3 milliards de DH contre 28,1 milliards en 2010 et 27,1 milliards en 2009 (une année de crise). Reste à préciser que 2011 a bien failli battre le record de 2007 en termes d'exportations, s'il n'y avait pas eu un renversement de tendance intervenu au mois de septembre dernier. «Après avoir cumulé, fin août, à un pic de +12%, les exportations ont connu un revers et on a perdu 7,5 points à la fin de décembre 2011», confie Mohamed Tazi. Quoi qu'il en soit, les exportations marocaines ont quand même évolué à +7,8% à fin octobre 2011, faisant un peu mieux que la Turquie (+5,8%) et la Tunisie (+4,8%).

Les industriels marocains du textile, on le voit, ont une certaine résilience, mais jusqu'à quand? «On est malheureusement dans une situation difficile. On n'a pas appréhendé ces changements à temps, d'autant qu'avec le nouveau gouvernement, il faudra attendre trois ou quatre mois avant qu'il prenne conscience de la situation», regrette le président de l'Amith.

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QUESTIONS À : Jean-François Limantour
• Président du Cercle Euro-Méditerranéen des Dirigeants Textile-Habillement.
«Les exportations marocaines de vêtements seront pénalisées en 2012»

• D'après de nombreux analystes marocains, la dégradation du triple A de la France pourrait impacter négativement les exportations marocaines, notamment dans le textile et habillement vers la France. Qu'en pensez-vous ?
La dégradation d'un cran de la note souveraine de la France par Standard & Poor's, de AAA à AA+, est un signal très négatif qui accrédite l'idée que l'année 2012 va être particulièrement difficile dans l'Hexagone et en Europe. Mais il faut savoir raison garder ! J'en veux pour preuve le fait que les deux autres grandes agences de notation, Moody's et Fitch, conservent pour la France son triple A. Ce qui est sûr, c'est que l'abaissement de la note va inciter le gouvernement français à durcir encore davantage les mesures d'austérité, ou du moins de rigueur budgétaire, par exemple via une hausse de la TVA, et que ceci va peser négativement sur la consommation d'habillement.

• Le phénomène risque-t-il d'affecter d'autres secteurs ?
Certainement! Par exemple, une compression du pouvoir d'achat des ménages, une augmentation des prix des dépenses liées au fuel, à l'essence, au gaz, à l'électricité, au transports, aux taxes et impôts, ainsi que l'explosion du chômage. Tout cela va lourdement affecter cette année les dépenses de vêtements et de chaussures en France. Déjà, l'année dernière, la consommation des Français en matière d'habillement avait baissé de 2%. En 2012, je pronostique un nouveau recul d'au moins 2,5%.

• Le Maroc serait touché dans quelle mesure ?
Cette situation ne manquera certainement pas d'affecter, voire pénaliser la production et les exportations de vêtements du Maghreb, notamment celles en provenance du Maroc, pays qui est actuellement le 6ème fournisseur de la France après la Chine, l'Italie, le Bangladesh, la Turquie et l'Inde. Ne nous y trompons pas : 2012 va être une année très difficile pour le textile et l'habillement, non seulement en France, mais aussi dans des marchés de première importance pour le Maroc, comme l'Espagne, qui entre dans une zone de forte récession, avec un taux de chômage flirtant avec les 25 %

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