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samedi 18 avril 2009

Forum de Paris: Les actions pour la Méditerranée

Défis: pollution, développement des énergies renouvelables et santé
Le Forum de Paris a clôturé dimanche dernier sur un diagnostic alarmant. Vingt millions de Méditerranéens n’ont pas accès à l’eau potable. Moins de 5% d’énergie renouvelable est produite aujourd’hui.
Un million d’habitants s’ajouteront par an sur les côtes méditerranéennes dans les 5 ans qui viennent. 300 millions de touristes visiteront la région en 2030.
Des pollutions insidieuses chimiques, médicaments, macro-déchets… existent sans oublier les moyens trop limités et des actions insuffisantes. Parmi les principaux aspects qui ont retenu l’attention, les problèmes de l’eau, de l’énergie et de la santé.
L’eau
Une situation alarmante: en 2025, 63 millions de personnes auront moins de 500 m3 d’eau par an, atteignant le seuil de pénurie. Premier constat, l’assainissement doit devenir une véritable priorité de l’agenda politique. Si des projets visant à construire des stations d’épuration existent, le manque de professionnels, de financements et de volonté politique sont criants.
Jean-François Donzier, directeur général de l’Office international de l’eau appelle à une coordination approfondie entre les pays riverains pour la gestion des fleuves. Concernant le financement de la gestion des eaux usées, Donzier a mis l’accent sur la nécessité d’une politique nationale de tarification des services d’assainissement.
Force est de constater que ce sujet reste politiquement sensible. «La balle se trouve dans le camp des gouvernements», a-t-il noté. Des mesures collectives s’imposent pour les pays du pourtour méditerranéen, un pays ne pouvant résoudre ses problèmes de façon isolée.
L’énergie
L’ atelier « La Méditerranée a soif d’énergie propre» a dressé les perspectives des besoins énergétiques dans le bassin méditerranéen. Quelques chiffres clés: d’ici à 2025, 90 millions de personnes supplémentaires vont avoir besoin d’énergie dans le bassin méditerranéen. D’ici 2030, les besoins en énergie augmenteront de 40%.
Face à l’épuisement des combustibles fossiles, la nécessité de passer rapidement à d’autres formes d’énergies renouvelables et nucléaires s’impose de manière évidente.
Pourtant, la place des énergies renouvelables en Méditerranée est encore faible. Les défis à relever donc, tel qu’il ressort des travaux du forum de Paris, sont la nécessité de mettre en place un cadre institutionnel: seule la Tunisie a légiféré en 2004 sur la maîtrise de l’énergie (audit énergétique, incitations financières).
C’est aussi la question de la rentabilité des énergies renouvelables et le problème de leur financement qui sont remis sur la table. Il s’agit enfin de développer des réseaux Nord/Sud en termes d’alimentation énergétique en évitant un «colonialisme énergétique».
La santé
L’aide au développement de la santé atteint vite ses limites lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’une aide économique globale. Aussi la santé est-elle à mettre au cœur des réflexions de l’UPM. En la matière, l’espace méditerranéen se caractérise encore par d’importantes disparités.
Nouzha Guessous-Idrissi, pharmacien biologiste marocaine et consultante en droits humains, a présenté quelques données chiffrées illustrant l’état de la santé sur les deux rives de la Méditerranée. La mortalité maternelle varie d’une femme sur 13 en Mauritanie à 1 femme sur 4.085 en France. Les dépenses de santé par habitant et par an varient de 49 à 3.500 dollars entre le Nord et le Sud.
Des propositions
Dans le chapitre propositions, le forum a insisté sur la coopération euroméditerranéenne en application des conventions internationales pour le contrôle de la mer qui est indispensable pour lutter contre les dégazages, et les rejets d’eaux usées.
Les voies de recours existent donc mais elles ne sont pas encore suffisamment utilisées. Il n’est donc pas prioritaire de créer de nouveaux mécanismes institutionnels de sanction. Nadia Salah, directrice des rédactions du groupe Eco-Médias, a d’ailleurs soutenu l’application immédiate et même un renforcement des mécanismes de sanction, gage de protection pour les plus faibles.
Il a été mis en exergue la création par l’UPM d’un programme commun de contrôle de la pollution, des dégazages, des ports et de tous les rejets maritimes de la Méditerranée, sous l’égide de l’Organisation maritime internationale. Hassan Abouyoub, ambassadeur itinérant du Royaume, a quant à lui avancé 3 propositions phares :
- fixer l’aide au développement (les moyens sont insuffisants et le seront encore plus avec la crise).
- Il a appelé à la création d’un sommet annuel entre les villes riveraines de la Méditerranée afin d’asseoir localement une coopération durable.
- Enfin, à ses yeux, l’UPM est trop dominée par les questions de migration, elle manque aujourd’hui de crédibilité, en particulier auprès de la société civile. Nadia Salah a d’ailleurs déploré l’existence d’une forme de chantage de l’UE («maîtrise des flux migratoires contre aide») qui handicape le processus.
Par Jihane KABBAJ - Leconomiste.com Maroc- le 17 avril 2009

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