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jeudi 9 avril 2009

La Méditerranée, mare mediaticum

Après le succès de la conférence ministérielle de l’Union pour la Méditerranée les 3 et 4 novembre 2008, le drame qui a secoué la bande de Gaza en décembre et janvier derniers est incontestablement venu jeter une ombre au tableau, au point pour certains de remettre en cause les grands espoirs suscités par la création de cette organisation. Dans le même temps, la crise économique s’est accentuée, au risque de nourrir les réflexes nationaux et le repli sur soi.
On peut craindre que les projets multilatéraux portés par l’UpM soient plus difficiles à financer dans ce contexte dégradé. Et pourtant, le rapprochement des États et des peuples de la Méditerranée demeure plus que jamais nécessaire, en dépit de ces difficultés, ou peut-être justement à cause d’elles.

La crise mondiale actuelle l’a bien montré : il n’y a pas de solution, pas d’issue qui ne passe d’abord par une coopération internationale renforcée.
Cela vaut pour le bassin méditerranéen comme pour le reste du monde. Pour dépasser les différends qui nous opposent parfois et définir une véritable action commune, il est d’abord nécessaire de retrouver le sens de l’échange et du partage. À cet égard, il est un domaine où nous pouvons agir efficacement sans plus tarder, avec des moyens relativement modestes : celui de la culture, et plus particulièrement des médias.
Du 16 au 19 avril, la Conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen (COPEAM) se réunira au Caire, ville où elle a été fondée en 1996. Des professionnels de tous les pays, viendront y débattre des projets communs à mettre en œuvre. Le moment est plus que jamais propice à une coopération renforcée, car les paysages audiovisuels méditerranéens sont aujourd’hui confrontés à des évolutions convergentes : arrivée d’Internet et de la télévision numérique terrestre, développement spectaculaire des télécoms et de leurs services de médias, émergence de chaînes à rayonnement international…
Face à ces nouveaux enjeux, il est urgent de définir des règles communes, afin que le marché d’avenir qu’est l’audiovisuel méditerranéen puisse tenir toutes ses promesses.
Outre le développement des infrastructures (Internet haut débit, fibre optique), une première nécessité s’impose : mettre en place un cadre de protection juridique commun, qui favorise la circulation des œuvres tout en les protégeant contre le piratage.
Il faut toutefois dépasser ce nécessaire effort de régulation, pour lancer des initiatives volontaristes capables d’insuffler une nouvelle vie à notre culture méditerranéenne, fruit d’un héritage séculaire. Plusieurs projets de ce type sont d’ores et déjà engagés : citons Euromed News, qui vise à produire des programmes d’informations sur la coopération entre l’UE et les pays de la rive sud, ou encore Med-Mem, un futur portail Internet regroupant des archives audiovisuelles des télévisions publiques de toute la région, telle une bibliothèque d’Alexandrie moderne ouverte à une mémoire partagée. Mais allons plus loin.
Pour que la Méditerranée devienne un véritable espace d’échanges dans le domaine audiovisuel, il faut favoriser au maximum les coproductions entre les pays, par exemple avec l’aide d’un fonds de soutien dédié. Dans le domaine de la formation également, un rapprochement est nécessaire, afin que les professionnels puissent s’adapter ensemble aux évolutions rapides de leurs métiers. La création d’une Université audiovisuelle de la Méditerranée pourrait répondre à cet objectif.
Et pourquoi ne pas envisager, dans un futur proche, la création d’une véritable chaîne culturelle internationale et multilingue ? Ce que Arte a accompli dans le cadre de la coopération européenne, nous pouvons le réaliser à l’échelle de la Méditerranée. Ne serait-ce pas là un formidable moyen de conjurer l’antique malédiction de Babel, selon laquelle Dieu « confondit le langage de tous les habitants de la Terre », alors que ceux-ci ne constituaient auparavant qu’« un seul peuple » ?
Certains répondront peut-être que ce n’est pas là la priorité, qu’en ces temps de crise généralisée, la culture peut attendre un peu. Nous pensons au contraire que c’est notamment grâce à elle que nous pourrons aller de l’avant et faire de l’Union pour la Méditerranée une réalité pour tous les peuples de la région.
« Si c’était à refaire, je commencerais par la culture. » On sait que cette citation attribuée à Jean Monnet est purement imaginaire. Est-ce pour autant une raison de ne pas la prendre au sérieux ?
Par Emmanuel Hoog - Elwatan.com - le 9 avril 2009

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