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mercredi 5 octobre 2011

La Méditerranée est de retour

Rencontre . Le journaliste français Alain Gresh et le chercheur du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram Nabil Abdel-Fattah ont proposé à l’Institut français du Caire une relecture de la région sous la nouvelle donne des révoltes arabes.
Face à une salle comble, Alain Gresh et Nabil Abdel-Fattah ont livré leur lecture du nouveau Moyen-Orient qui se redessine, en ce début de deuxième décennie du XXIe siècle. La semaine dernière, à l’Institut français du Caire, pour répondre aux questions du public ou livrant leur propre exposé, les deux journalistes ont passé en revue la planète et l’enjeu des nations, des Etats-Unis aux BRICS (Brésil, Russie, Indes, Chine et Afrique du Sud), face aux nouvelles donnes du Proche et Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Face à l’insistance de l’Arabie saoudite à exporter son modèle wahhabite en Egypte et également à la transposition du modèle turc sur la jeune démocratie égyptienne, les deux invités se sont montrés d’accord sur la nécessité de brandir, d’afficher et de faire renaître le modèle égyptien propre à la nation égyptienne, et qui aura sans aucun doute ses propres spécificités locales, nationales et uniques. Alain Gresh, auteur de De quoi la Palestine est le nom ?, explique qu’il voit bien des signes d’aspiration d’un changement dans la jeunesse saoudienne et constate que la politique saoudienne d’expansion wahhabite et de designer l’autre comme ennemi dans l’absolu, qu’il soit chiite ou alaouite, en alimentant un discours de haine sur les chaînes satellites, inquiète au sein même de l’Arabie saoudite. Gresh constate également que l’Egypte peut jouer un rôle régional semblable à celui de la Turquie, avec une population presque équivalante, sauf que sur le plan économique, la Turquie produit le triple de la production égyptienne. Un fait qui limite à présent le rôle régional de l’Egypte.

L’Egypte ne jouera plus le même rôle
Quant au conflit Israélo-palestinien, Alain Gresh a insisté sur le fait que depuis l’an 2000 et le déclenchement de la deuxième intifada, il n’existe plus, à partir de l’arrivée de l’ancien premier ministre israélien Ariel Sharon, de partenaire israélien dans les négociations et le processus de paix. Et cela, puisqu’Israël exige des concessions inacceptables par la poursuite de la colonisation et la logique de séparation unilatérale, même par les plus modérés des chefs palestiniens. Nabil Abdel-Fattah n’a pas oublié de préciser que Mahmoud Abbass (Abou-Mazen) est le plus modéré parmi eux. Il a également souligné, à propos de l’Arabie saoudite, que l’actuel roi Abdallah est plus modéré que son prédécesseur Fahd.

En ce qui concerne l’Egypte, Alain Gresh explique que sous n’importe quel futur pouvoir politique, l’Egypte ne peut et ne jouera plus le même rôle que celui de la dernière décennie dans le conflit israélo-palestinien. Gresh résume l’ancien rôle égyptien à celui de faire des pressions sur les Palestiniens en les obligeant à la fois à suivre le calendrier de la parodie du processus de paix, tout en les empêchant de prendre des positions fermes vis-à-vis d’Israël. Et cela, peut-être, a pesé sur la représentation d’une demande de reconnaissance d’un Etat palestinien, par exemple, face aux Nations-Unies. Egalement, cela pourrait être ressenti à travers le rapprochement vite recréé par l’Egypte elle-même au lendemain de la révolution de janvier entre le Fatah et le Hamas. Mais ce qui a été précisément souligné par Gresh est qu’en ce qui concerne la parodie du processus de paix cette dernière décennie, tous les acteurs du conflit y ont trouvé leur compte. Tant qu’existait une caution égyptienne et que la négociation était la seule voie que les Palestiniens s’apprêtaient à prendre depuis Yasser Arafat, Israël faisait semblant de participer à un processus de paix et à des négociations, sans jamais penser à une solution. Et cela enlevait tout crédit à « l’axe de la résistance » duquel la Syrie faisait partie.

Réponse à un défi culturel
Le livre à paraître d’Alain Gresh intitulé Le bazar de la renaissance attribue la faveur de la renaissance européenne à la Méditerranée, les peuples, la culture et les civilisations. L’échange interculturel en présence de l’Empire ottoman et la nette distinction culturelle entre l’Orient et l’Occident durant ces siècles qui ont introduit la renaissance ont poussé Alain Gresh à repenser ce qui est occidental ou oriental, en France, en Egypte ou sur d’autres bords de la Méditerranée dans les sociétés d’aujourd’hui.

Alain Gresh avoue que la renaissance n’est pas, comme certains manuels scolaires en Occident le laissent entendre, tombée du ciel en Occident. Mais elle a été une réponse à un défi culturel, scientifique et civilisateur lancé à un niveau bien élevé. Un défi où le savoir et l’esprit de la modernité et de la rénovation avaient toutes leurs places. Alain Gresh rejoint Fernand Braudel qui a écrit La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II (D’Espagne) en attribuant à la Méditerranée un rôle civilisateur unique dans le monde et son histoire, jamais reproduit qu’à ce point de rencontre entre les trois continents du vieux monde.

Et visiblement cette Méditerranée, et sa future Union, comptent jouer un rôle prépondérant dans le monde de demain, avec les autres acteurs du monde multipolaire. Aujourd’hui, les BRICS sont occupés chacun de leur côté à jouer un rôle régional et ne regardent pas encore au-delà de leur zone d’influence régionale. Mais cela n’empêche pas que ces pays sont en mouvements et actions perpétuels et subissent des changements sur les différents dossiers. Aujourd’hui, des groupes de pression pro-israéliens se sont formés par exemple à Pékin et des hommes d’affaires israéliens sont installés en Chine, pays traditionnellement pro-palestinien, comme le remarque Alain Gresh.

Par Amr Zoheiri
Source - http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2011/10/5/idee1.htm

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