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vendredi 14 octobre 2011

Méditerranée - L'opposition France-Turquie

Lors d’une visite officielle, le 6 octobre, à Erevan, le président français a appelé la Turquie à reconnaître sa responsabilité dans le génocide arménien de 1915. Pour le quotidien turc Milliyet, la vieille animosité de Sarkozy s'accroît à mesure qu'Ankara monte en puissance.
près ses dernières déclarations sur la Turquie, le président français Sarkozy mériterait qu'on l'affuble de toute une série de qualificatifs, mais il y a déjà bien assez de gens pour le faire dans son propre pays où il est désormais au plus bas dans les sondages. La dernière sortie de Sarkozy sur la question arménienne est comme l'a écrit Le Figaro "une provocation calculée". Aucun chef d'Etat de ce monde un tant soit peu responsable ne voudrait mettre la Turquie hors-jeu à un moment où l'incertitude règne au Moyen-Orient et dans le Caucase. Cela n'empêche pas Sarkozy de s'entêter et de refuser de voir cette réalité.

Les dernières déclarations de Sarkozy contre la Turquie, sur la question arménienne et celle de son adhésion à l'Union européenne ne sont pas que le fruit d'un populisme facile motivé par la perspective de la présidentielle française en 2012. Son animosité envers la Turquie et les Turcs remonte à bien avant son élection et se nourrit d'une aversion culturelle et historique solidement ancrée en lui. Elle ne cesse d'ailleurs de grandir au fur et à mesure que croît le rôle politique et économique de la Turquie dans le monde. La Turquie, que les Français ne prenaient pas au sérieux jusqu'il n'y a pas si longtemps, se trouve en mesure de concurrencer la France en Méditerranée orientale. Sarkozy, et ceux qui partagent ses idées, se retrouvent, afin de défendre les intérêts français, à devoir empêcher la Turquie de constituer une sphère d'influence dans l'est de la Méditerranée. C'est la raison pour laquelle Paris va soutenir sans aucune réserve les Chypriotes grecs dans la crise qui les oppose aux Turcs concernant l'exploitation du gaz au large des côtes chypriotes.

Cette rivalité s'était déjà manifestée au début du quinquennat de Sarkozy lorsque celui-ci avait lancé le projet d'"Union pour la Méditerranée" censée être dirigée par la France. Si ce projet ne s'est jamais vraiment concrétisé, on le doit à la Turquie qui a immédiatement considéré cette initiative avec beaucoup de suspicion. Par ailleurs, la rivalité franco-turque s'est cristallisée à l'occasion du soulèvement en Libye. L'absence de la Turquie qui n'a pas été invitée à la Conférence internationale de Paris sur la Libye a mis en lumière cette opposition. Ankara a compris le message et fait montre de ses capacités en termes de concurrence économique et politique en se plaçant systématiquement devant les Français partout en Libye. On imagine sans peine le casse-tête que cette situation constitue pour Sarkozy et ses amis. La Turquie se trouve en position d'empêcher la France de profiter des avantages du changement de régime qui lui seraient dus au prétexte que Paris a soutenu les rebelles libyens. Mais le "problème turc" de Sarkozy ne se limite pas à la Libye. En effet, la popularité du Premier ministre turc Erdogan tant en Libye qu'en Tunisie et qu'en Algérie gêne considérablement la France qui considère cette région comme son "arrière-cour". La montée en puissance de la Turquie dans cette zone est donc perçue comme une menace par Paris.

Par ailleurs dans un contexte de chute dans les sondages, Sarkozy va avoir tendance à s'investir dans la question arménienne. Si d'aventure ses chances d'être réélu augmentaient, il ferait preuve de "réalisme" et abandonnerait sans doute le projet de faire voter une loi condamnant la négation du génocide arménien, mais dans le cas inverse, il s'impliquera davantage en faveur d'une telle loi lui permettant d'assouvir son mépris vis-à-vis de la Turquie.
Source Courrierinternational.com
http://www.courrierinternational.com/article/2011/10/13/assez-de-mepris-m-sarkozy

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