Au royaume chérifien, le débat au sujet des villes intelligentes est apparu presque en même temps que dans les pays européens. Entre volonté politique, réflexions universitaires et ambitions industrielles, les Marocains se positionnent sur le sujet, entre l’Europe et l’Afrique sud-saharienne.
Devenir un hub
Certaines grandes villes marocaines commencent à anticiper l’arrivée de nouveaux services publics, qui pour la plupart concernent l’amélioration de l’accès à l’eau, la gestion des espaces verts et celle de l’énergie. Sans oublier le transport, dans un pays qui a connu en douze ans, une augmentation de 55% du nombre de véhicules en circulation. Dans la capitale économique, Casablanca, on estime que c’est la circulation même qui freine grandement le développement des services intelligents. Mais, refusant tout fatalisme, les professionnels multiplient les applications et solutions technologiques dans ce domaine, où seulement une réduction de 1% du trafic au Maroc entrainera un gain de 550 millions de dollars.
Soucieux de ne pas perdre de vue le particularisme et la diversité des cités, l’ambition des experts marocains et de devenir aussi un hub entre l’Europe et l’Afrique sud-saharienne en matière de villes intelligentes. Sujet déjà au programme du salon Savinour, qui se tiendra mi-février à Lyon, et qui est labellisé par le ministère de l’Habitat marocain et les collectivités de la Région Rhône Alpes.
Développer un savoir faire en matière de services pour villes intelligentes exportable n’est pas une mince affaire. Les professionnels marocains croient pouvoir y arriver par une méthodologie où les questions socio-culturelles sont au cœur des projets. La technologie ne doit être que l’outil et non pas la finalité, comme l’a résumé par une belle formule l’urbaniste Hassan Radoine : « Voulons-nous des villes intelligentes «techno-centrées, au lieu d’être centrées sur l’humain » ?
Pour des territoires ruraux intelligents
Si les questions abondent plus que les réponses dans les multiples rendez-vous marocains autour de la ville intelligente, le pays a organisé, en 2013, les premières rencontres à ce sujet à l’Université d’Ifrane. Et déjà, à l’époque, une question a été abordée comme étant l’une des plus importantes : comment intégrer les territoires ruraux, qui pèsent énormément dans l’environnement sociétal, culturel et économique du pays, à ces concepts de services intelligents principalement destinés au milieu urbain ? Certains avancent déjà l’idée de territoires ruraux intelligents, dans un pays qui compte beaucoup sur les nouvelles technologies pour réduire dans le futur, la consommation d’eau et d’énergie de son secteur agricole.
Ainsi, les politiques, scientifiques et industriels marocains, sont à l’œuvre aujourd’hui pour concevoir demain des solutions intelligentes pour le milieu rural, avec l’idée pragmatique de services qui pourraient être également adaptés au monde paysan de l’Afrique sud-saharienne. En 2014, le pays n’a pas oublié de commémorer le centenaire de la première loi fondatrice de l’urbanisme au Maroc (1914-2014). Une façon d'affirmer que ce pays a tous les atouts pour offrir aux Européens et Africains, une vraie politique et un authentique dialogue sud-sud.
Par Nidam Abdi - Source de l'article Les Echos
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