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mercredi 1 août 2018

Ali Haddad, président du FCE : « L’Algérie est la mieux placée pour devenir le hub entre l’Europe et l’Afrique ! »

Ali Haddad, président du Forum des chefs d’entreprise (FCE) d’Algérie, lors de sa participation au Forum financier international de Paris EuroPlace (#IFFParis), le 11 juillet 2018. © AM/APP

À l’occasion de son récent déplacement à Paris, où il a rencontré le nouveau président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, et pris la parole au Forum financier international de Paris EuroPlace (#IFFParis), Ali Haddad, président du Forum des chefs d’entreprise (FCE) d’Algérie a accordé à AfricaPresse.Paris cet entretien exclusif. 

Au menu : les atouts de l’Algérie pour devenir le hub de référence entre l’Europe et l’Afrique, le 51/49, la diversification de l’économie algérienne, le futur « Next Economy Summit »…

AfricaPresse.Paris (APP) - Monsieur Haddad, vous présidez le Forum des chefs d’entreprise (FCE) d’Algérie, et vous êtes venu à Paris participer au Forum financier international Paris Europlace. Quel message entendez-vous délivrer à cette assemblée internationale de financiers et d’investisseurs ?

Ali HADDAD - Tout d’abord, je voudrais souligner que j’ai été vraiment ravi d’entendre plusieurs experts s’exprimant lors de cette conférence de Paris Europlace parler de la croissance qui est en train de revenir. Le mot crise n’a même pas été prononcé ! C’est très important. Aujourd’hui, les esprits se focalisent sur un défi positif : comment relancer l’investissement pour consolider la reprise de la croissance.

Pour ma part, je suis venu exposer comment l’Algérie participe aussi à cette dynamique, comment elle est en train d’avancer et de se développer. Nous avons certes traversé une période difficile entre 2014 et 2017, à la suite de la chute brutale du prix du pétrole, mais désormais celui-ci est en train de rebondir [1] et c’est de bon augure pour notre pays.

Mais l’Algérie dispose aussi d’autres atouts. Vous avez entendu comme moi certains intervenants de ce forum Paris Europlace évoquer le sous-équipement en infrastructures des pays de l’Europe de l’Est… C’est tout le contraire en Algérie ! On ne le sait pas assez, mais depuis une vingtaine d’années, l’Algérie a énormément investi dans les infrastructures de base, les zones industrielles, la création d’usines modernes…

Sur le plan des infrastructures, nous nous trouvons aujourd’hui avec un niveau d’équipement qui répond aux standards internationaux. Par exemple, nous avons réalisé la dorsale Alger-Tamanrasset, sur 2 000 kilomètres, ce qui permet de rallier les deux villes en deux jours maximum. Au nord, nous avons achevé l’autoroute Est-Ouest qui s’étire sur 1 216 km, et réalisée bien sûr aux normes internationales.
Ali Haddad pendant son allocution au Forum financier international de Paris Europlace, le 11 juillet 2018. © AM/APP

APP - Sur le stand du FCE [2] de ce forum Paris Europlace, on a pu voir une grande publicité pour une importante manifestation, le « Next Economy Summit » que vous organiserez les 3 et 4 décembre prochains à Alger, avec un sous-titre évocateur : « Construisons au-delà [de l’économie] du pétrole » (Let’s build beyond oil). Que pouvez-vous nous en dire dès maintenant ?

Ali HADDAD - L’idée de ce forum sur lequel nous travaillons depuis un an, c’est d’esquisser l’économie de l’après-pétrole… Ce que nous voulons, c’est démontrer que l’Algérie n’est pas seulement un pays pétrolier ou gazier. C’est aujourd’hui un pays qui arrive à s’auto-satisfaire dans plusieurs domaines. C’est par exemple le cas de la production agricole, à l’exception de deux produits – le blé et le lait – pour lesquels nous demeurons, à environ 50 %, dépendants de l’importation. Mais nous mettons en place des dispositifs qui nous permettront d’atteindre largement l’autosuffisance, d’ici trois à quatre ans.

L’événement « Next Economy Summit » que nous comptons organiser à Alger les 3 et 4 décembre prochains rassemblera de nombreux experts qui partageront une vision constructive de l’Algérie de l’après-pétrole. Il s’agit de développer tous les secteurs et, surtout, de pouvoir donner la possibilité à toute entreprise, à tout investisseur, de venir s’installer en Algérie et de développer avec nous l’industrie et l’économie de notre pays.

APP - Quels sont les atouts de l’Algérie au regard de vos voisins du Maghreb qui se positionnent en hub entre l’Europe et l’Afrique ?

Ali HADDAD - L’Algérie est mieux placée que quiconque pour devenir le hub entre l’Europe et l’Afrique ! Parce qu’elle dispose d’atouts réels et vérifiables. Je peux parler de l’électricité, du gaz, des énergies renouvelables – nous avons un très beau soleil et l’un des taux d’ensoleillement les plus élevés au monde ! Nous avons aussi un pays-continent de presque 2,4 millions de kilomètres carrés, nous disposons 20 % des terres rares du monde, nous détenons le troisième gisement mondial de gaz de schiste et aussi de considérables mines d’or et de phosphates…

Et comme je vous le disais à l’instant, nous sommes bien nantis en infrastructures. Routes, autoroutes, rail, ports, aéroports réalisés aux normes internationales… Ayons présent à l’esprit que durant ces vingt dernières années, sous l’impulsion du Président de la République, l’Algérie a consenti plus de 1 000 milliards de dollars d’investissements !

Bien sûr il reste beaucoup à faire, mais aujourd’hui nous sommes fiers de ce que nous avons déjà accompli, et nous sommes optimistes pour les années à venir.

Une salle archi-comble pour la conférence plénière d’ouverture du Forum financier international Paris Europlace, #IFFParis. © AM/APP

APP - Permettez-moi de revenir une fois encore sur la question fameuse du dispositif dit du 51/49 [3]. Je sais que cela agace nombre de responsables algériens, mais certains observateurs considèrent que le 51/49 freine l’attractivité de l’Algérie pour les investissements étrangers. Quel est votre point de vue ?

Ali HADDAD - Je pense que nous n’avons pas assez communiqué sur cette question. On a laissé s’installer l’idée que ce dispositif du 51/49 peut être un frein à l’investissement étranger ! ce qui est totalement faux.

Je peux partager avec vous ma propre expérience. Je suis, en effet, en partenariat à 51/49 avec des investisseurs Américains, sur des métiers que je ne maîtrise pas du tout. Depuis maintenant trois ans de partenariat, nous avons réalisé des bénéfices. Les Américains sont satisfaits, nous les laissons gérer l’entreprise et, de notre côté, nous nous attachons à leur faciliter la tâche, à les aider sur les aspects que nous pouvons prendre en charge. Nous sommes dans une logique de complémentarité d’activité et de gagnant-gagnant.

D’autre part, je peux vous assurer que de grands projets d’investissements industriels ont été concrétisés ces dernières années dans le cadre de cette règle qui, il faut le préciser, autorise le partenaire étranger à gérer la société commune et à nommer ses managers au travers d’un contrat de management, ou autre. Plusieurs sociétés en partenariat, créées à la faveur de cette règle, fonctionnent très bien selon ce modèle

Nos partenaires internationaux comprennent qu’une Algérie forte économiquement profitera à toute la région. Dans ce chemin vers la prospérité économique, il y a des étapes ; et dans l’étape où nous nous trouvons, la priorité pour l’Algérie est de favoriser le transfert de savoir-faire grâce à des partenariats favorisant la diversification de son économie. C’est l’un des objectifs de la règle 51/49.

Par ailleurs, cette règle ne devrait pas être examinée isolément des autres mesures favorables à l’investissement qui ont été mise en place concomitamment à celle-ci. Je citerai, à titre d’exemple, la garantie de mobilisation, sur le marché financier local et à des conditions avantageuses, des financements concourant à la réalisation de tout projet d’investissement.

Par Alfred Mignot - Source de l'article AfricaPresse.Paris (APP)

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1 - Entre juillet 2014 et février 2016, le cours du Brent a baissé de presque 70 %, passant de 114 à 35 dollars le baril. Depuis 2017, les cours ont commencé à remonter pour s’établir actuellement au-dessus de 70 dollars le baril. C’est le prix plancher permettant à l’État algérien d’équilibrer son budget, selon une estimation communément partagée par les économistes, car les hydrocarbures représentent 96 % des exportations de l’Algérie, près de la moitié de son PIB et 60 % des recettes budgétaires de l’État.

2 - Créé en octobre 2000, le Forum des chefs d’entreprise (FCE) d’Algérie rassemble 4 000 dirigeants représentant plus de 7 000 entreprises (à mai 2018) totalisant 400 000 emplois. Site : http://www.fce.dz/

3 - Le dispositif dit du 51/49, établi par la loi de finance algérienne de 2010, stipule qu’aucun investisseur étranger ne peut détenir plus de 49 % du capital d’une entreprise de droit algérien.

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