Translate

dimanche 14 janvier 2018

La lente agonie des fontaines de Marrakech

fontaine_marrakech_082.jpg
La fontaine abreuvoir Mouassine, datant des Saadiens au 16e siècle, perd de sa superbe
entre moisissure, déchets et inscriptions sauvages à la peinture. Si les vendeurs
ambulants y ont élu domicile, elle est aussi utilisée comme parking à mobylettes (Ph. Mokhtari)
Sur les 89 ouvrages que comptait la ville, il n’en reste que 42, défigurées ou condamnées, très peu ont été préservées du temps.
En cause, le manque de conviction des autorités et faiblesse de l’arsenal juridique.

Une fontaine du 16e siècle transformée en parking à mobylettes. Voilà ce qui arrive quand le patrimoine est laissé à l’abandon. Si certaines ont tout de même été sauvegardées, d’autres, comme la fontaine Mouassine, font peine à voir. Ses bois ouvragés, sculptés et peints formant un auvent, dont il ne reste qu’une beauté fanée, persistent pourtant à parler d’une mémoire, véritable symbole de l’identité de Marrakech, qui rend hommage à ses acteurs historiques.

Les guides continuent d’y amener les touristes, même si quelques vendeurs ambulants y ont élu domicile, tout comme la moisissure, les déchets et les inscriptions sauvages à la peinture. Celle de Bab Doukkala, aux mêmes lignes architecturales que la fontaine Mouassine, a été confiée par le ministère de la Culture à l’association Atelier de Marrakech, fondée par des photographes et des artistes peintres.

Si le point d’eau a disparu, elle a eu la chance d’être préservée grâce à cette initiative et transformée en lieu d’exposition et d’animation culturelle. La fontaine Ben Saleh est devenue un atelier d’artisanat, celle de la rue Bab Ftouh est aujourd’hui une boutique d’alimentation, ou encore la fontaine Moulay Ali Chrif transformée en bureau d’agent d’autorité. Remaniées, défigurées, condamnées ou préservées, sur les 89 fontaines que comptait la ville, il n’en reste que 42.

fontaine_marrakech_2_082.jpgC’est au cours du projet REMEE (Redécouvrons ensemble les mémoires de l’eau en Méditerranée) que le recensement a été fait. Ce projet, réalisé dans le cadre du programme Euromed Héritage IV de l’Union européenne, a en effet permis en 2009 de faire un diagnostic sur l’état de ces fontaines, véritables œuvres architecturales ou simples points d’eau. Grâce à ces financements, des rénovations ont été possibles, menées par un chantier international de jeunes bénévoles.

C’est ainsi que les fontaines publiques traditionnelles de Bab Doukkala, Sidi Ghanem et Sidi Abdelaziz ont pu être préservées des aléas du temps et des contraintes imposées par les changements et l’évolution de la vie quotidienne. Pour le reste, les années continuent leur œuvre de destruction. «Sans autorité compétente pour dire oui ou non à toute intervention, la médina de Marrakech a perdu toutes les traces des époques traversées.

Que reste-t-il aujourd’hui des Almoravides, des Saadiens, des Alaouites…? Où se trouve cette histoire? Le tadelakt a pris la place de toute la diversité qui faisait la vieille ville d’antan. A grands coups de taloche, tout a été détruit et unifié. De la place Jemaa El Fna jusqu’au fin fond des ruelles, ce sont les mêmes portes, les mêmes fenêtres, les mêmes façades… », déplore le chef de projet REMEE, Moulay Abdeslam Samrakandi.

Manque de vision et de conviction pour la protection du patrimoine ou faiblesse de l’arsenal juridique sont à la source de ces pans entiers d’une tradition architecturale aujourd’hui tombée aux oubliettes.

Par Stéphanie JACOB - Source de l'article l'Economiste

Aucun commentaire: