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mercredi 20 juin 2018

La Méditerranée, nouvelle mer de Chine

Carte  du Portugal "Theatrum Orbis Terrarum" d'Abraham Ortelius

La Chine investit dans les capacités stratégiques du vieux continent afin de poursuivre le déploiement d'une nouvelle route de la soie. Prise de contrôle de l'énergie portugaise ou du port du Pirée : la Chine se sert de ses capacités d'investissements hors norme pour étendre son influence.

Le groupe chinois Three Gorges a fait état de sa volonté de prendre le contrôle d’Energias de Portugal, plus grande entreprise publique du pays dont il était déjà l’actionnaire principal. Cette OPA, chiffrée à plus de 9 milliards d’euros est perçue comme une menace pour l’indépendance du pays par une partie de la classe politique et de la société. 

Ce sont notamment les pratiques de l’entreprises en matière sociale et environnementale qui inquiètent, comme en témoigne Pedro Santos Guerreiro directeur du journal L’Expresso, qui rappelle que la Chine est “un État colossal, aux pratiques non-démocratiques, qui fait peu de cas de la liberté de la presse et des valeurs politiques, humaines et environnementales” défendues au Portugal. 

Le fait qu’une entreprise aussi stratégique passe dans le giron chinois, ne semble cependant pas poser de problème à l’actuel Premier ministre socialiste, Antonio Costa, qui revendique de laisser fonctionner le marché librement. Le risque est donc de voir les méthodes et les conditions de travail de ces entreprises importées en Europe. 

La conquête du port du Pirée

Non effectivement. On se rappelle tous de la prise de contrôle du port grec du Pirée par Cosco, premier armateur chinois et bras armé de la conquête de Pékin. 

Il faut dire que la crise, qui a secoué les pays de la zone euro a été une véritable aubaine pour le pouvoir chinois. La troïka, composée du FMI, de la Banque centrale européenne et de la Commission européenne, ont en effet imposé à la Grèce de déréguler son marché du travail et de baisser fortement le salaire minimum, rendant très attractifs les investissements pour un pays comme la Chine. Une forme de braderie généralisée dans un pays désormais ouvert à tous les vents; et l’on comprend bien que le pouvoir Chinois se soit rué sur un telle occasion, presque trop belle pour être vraie. 

Sur place, les dockers ont dû se rendre à l’évidence : face à la liquidation planifiée de leurs acquis - pourtant liés à la pénibilité et à la saisonnalité de leur activité, ils savent qu’ils n’ont qu’une seule alternative, se conformer aux exigences du nouvel employeur, ou aller pointer au chômage, comme plus de 20% des grecs.

Les nouvelles routes de la soie

Mais cette stratégie de conquête tous azimuts ne doit rien au hasard. Elle a même été théorisée par le président Xi Jinping, qui entend constituer les nouvelles routes de la soie. Répondant au doux nom de “Ceinture et de la route”, cette politique vise à réinvestir des espaces laissés de côté jusqu’à présent par la Chine, en Europe de l’Est notamment. 

Pour cela, elle investit des milliards d’euros pour prendre le contrôle d’infrastructures stratégiques, ports, chemins de fer, compagnies d’énergie. Le rachat des activités du Pirée, principal port grec, n’est donc que le volet maritime d’une stratégie de bien plus grande ampleur. 

Une force de frappe sans 

Ils possèdent en effet des quantités astronomiques de liquidités bon marché, qui leur permettent de multiplier les offres agressives sur ces concessions partout dans le monde. Les deux groupes peuvent en effet emprunter à un taux très faible et même puiser dans les millions de dollars mis à leur disposition par la Banque de développement de Chine pour financer ces Nouvelles routes de la soie. 

Dernier en date, le terminal Zeebruges, deuxième plus grand port de Belgique, racheté par Cosco. Une incursion sans précédent de l'Empire du Milieu en Europe du Nord. La Chine contrôle désormais un dixième des capacités portuaires européennes et le port de Marseille vient à son tour de signer un accord de coopération avec celui de Shanghai.

Selon l’analyste Neil Davidson, il ne faut aussi prendre en compte le poids de l’histoire et la volonté de la Chine de prendre sa revanche après des siècles “d’humiliation de la part des pays occidentaux, couronné par l’ouverture forcée des ports chinois par les canonnières européennes”. La force de frappe est désormais économique, les investissements étrangers ont remplacé la poudre à canon pour un seul grand vainqueur : l’Empire de Xi-Jinping.

Source de l'article France Culture

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