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mardi 1 mai 2018

Entre la Tunisie et l’Europe, c’est compliqué

Entre la Tunisie et l’Europe, c’est compliqué

Aleca, immigration, lutte anti-terroriste, transparence financière, investissements et emplois jeunes, font ces dernières années la base des discussions entre la Tunisie et l’Union européenne. 

Avec l’apparition de la Tunisie sur deux des listes noires de l’Union, l’on ne parle plus de rapports gagnant-gagnant mais de directives que la Tunisie doit suivre ! Dans son discours du 24 avril, devant le parlement européen, Youssef Chahed s’est voulu rassurant. Il a aussi, comme ses prédécesseurs, demandé de l’aide pour relever les différents « chalenges », qui l’attendent à Tunis. De quoi seront faits les rapports, UE-Tunisie, de demain ?

« Nous avons toujours été taclés de la part de l’UE, avant la révolution, pour les questions de manque de démocratie, nous sommes aujourd’hui un pays qui a réussi sa transition démocratique et nous pensons que l’UE doit avoir avec la Tunisie des relations étroites, différentes et privilégiées et probablement inventer un statut différent pour la Tunisie. Sur la question de l’ALECA (Accord de Libre Echange Complet et Approfondi), nous estimons que deux paramètres importants sont à prendre en considération, à savoir la symétrie et la progressivité », a déclaré, mardi 24 avril 2018, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen réunie à Bruxelles. Selon lui, cet accord est très délicat et sa mise en œuvre devrait se concrétiser par étape car les pays de l’Union européenne et la Tunisie ne sont pas « au même niveau de développement ».

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a quant à lui affiché, lors d’une conférence de presse, sa volonté de conclure l’Accord, au plus tard en 2019 et sous son mandat. Nous avons donc sur le dossier deux sons de cloches. Mais ce qu’il faut aussi dire c’est que cet accord a été proposé par l’UE au lendemain des évènements de 2011. Entre temps, de nombreux experts et ONG tunisiennes, dont Radhi Meddeb ou encore le FTDES (Forum tunisien des droits économiques et sociaux) se sont exprimés sur la question. Ils voient unanimement l’accord d’un mauvais œil et parlent d’une « menace pour la souveraineté de la Tunisie » étant donné l’obligation de se conformer aux normes européennes et d’abattre la barrière douanière dans tous les domaines de l’économie. « Une aubaine pour les mastodontes ultralibéraux du Vieux contient. Une catastrophe pour le tissu économique tunisien », selon eux.

Sur les questions de l’immigration, de la lutte anti-terroriste et de la transparence financières, là aussi les points de vue des deux côtés divergent, étant donné l’apparition de la Tunisie sur deux listes noires de l’Union, en l’espace de deux mois. Un coup dur pour l’économie du pays déjà fortement impacté par la crise. Sur ce point, Youssef Chahed a assuré devant la commission européenne, que « tout est entrepris pour que la Tunisie soit retirée de ces listes lors de la plénière de novembre du GAFI (Groupe d’action financière).

Depuis l’adoption des mesures de visa pour les non-Européens (années 80), qui souhaitent même simplement visiter l’Europe, chaque année, des milliers de jeunes Tunisiens et Africains en général, périssent en méditerranée. Le régime Ben Ali s’était alors, employé à faire en sorte que la Tunisie ne soit plus employée comme point de départ vers l’Europe, en criminalisant l’immigration clandestine. Les évènements de 2011 ayant causé une certaine instabilité sécuritaire en Tunisie, les embarcations reprirent leur chemin vers les côtes italiennes, pendant un certain temps. Avant d’être, de nouveau, stoppées par d’importants moyens logistiques.

Le chaos causé par l’intervention de l’Otan en Libye, a cependant fait que ce trafic humain est resté essentiellement concentré dans ce pays qui compte 2000 kilomètres de côtes et où l’Etat s’est effondré. Pour sa part, l’Union européenne estime que le problème de l’immigration doit trouver sa solution dans le sud de la méditerranée.

Dans son discours prononcé devant la commission européenne, Youssef Chahed a aussi indiqué qu’une équipe composée d’observateurs européens sera présente pour suivre les Municipales en Tunisie. Le processus de décentralisation appliqué progressivement en Europe depuis une quarantaine d’années est en phase d’être acté en Tunisie avec la tenue des élections municipales prévues pour ce 6 mai. Pour aider dans ce processus « nouveau » pour les Tunisiens, des dizaines de fonds européens en faveur de la démocratie locale se sont installés en Tunisie.

Devant les dirigeants européens, Youssef Chahed a en outre évoqué les engagements de la Tunisie envers le FMI et la BM, concernant la réforme de l’administration et des entreprises publiques, des caisses sociales et la caisse de compensation. « Il s’agit d’accords pressants pour la Tunisie mais nous nous sommes engagés et nous allons les réaliser » a-t-il dit, hier 24 avril.

En vue du cheminement entrepris par le pays depuis le 14 janvier 2011, la Tunisie ne peut plus faire marche arrière. Elle se doit de continuer sur sa lancée et de bien négocier les accords à venir. A-t-elle les moyens de le faire ? La réponse à cette question, déterminera sans aucun doute, le futur des relations avec la toute puissante Europe.

Par Sofiène Ahres - Source de l'article Businessnews

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