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dimanche 3 avril 2011

Algérie-Maroc : Partenariat énergétique en vue

Les révolutions arabes ne sont peut-être pas l’unique évolution notable au Sud de la Méditerranée. Depuis la fin 2010, les observateurs notent ainsi un frémissement dans les relations algéro-marocaines marquées par des tensions récurrentes en raison de la question de l’avenir du Sahara occidental.

Début mars, l’Algérie a ainsi annoncé son intention d’approvisionner le Maroc en gaz naturel à partir du gisement de Hassi R’mel. L’annonce a été faite par le ministre de l’Énergie et des Mines, Youcef Yousfi, lors d’une visite, dans cette région du Sud algérien effectuée en compagnie de son homologue marocaine Amina Benkhadra, ministre de l’Énergie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement. « C’est un pas important en direction de la création d’un véritable partenariat énergétique », juge un haut responsable algérien qui confie que « d’autres projets sont à l’étude ». De fait, l’énergie est peutêtre l’un des rares domaines où les deux pays voisins ont mis en place une coopération durable, cette dernière remontant au début des années 1970.

Pour mémoire, Alger et Rabat ont déjà annoncé qu’ils souhaitaient mettre en place un marché maghrébin de l’électricité en vue de son intégration au marché européen. Bien entendu, les échanges d’électricité entre les deux pays restent infimes puisque l’interconnexion électrique entre eux ne concerne qu’1% des capacités. « Mais elle a le mérite d’exister et elle fournira le socle pour d’autres projets », relève-t-on au ministère algérien de l’Énergie. De fait, une interconnexion de 400 kV relie déjà l’Algérie au Maroc et des exportations se font déjà en direction de ce dernier. De plus, Youcef Yousfi a ajouté que la coopération énergétique algéro-marocaine se traduira aussi par la conclusion prochaine d’un partenariat entre Sonelgaz et le bureau national de l’électricité et gaz du Maroc.


Aller plus loin

Mais il reste aux deux pays à aller plus loin. Esquissé dès le début des années 1970, envisagé après la création de l’Union du Maghreb arabe en 1989, le rapprochement entre les deux champions nationaux Sonatrach (pétrole et gaz algériens) et l’Office chérifien des phosphates (OCP) reste un vœu pieu. Très présente dans les publications à propos des deux pays mais aussi très en vogue à Washington, l’idée de ce rapprochement repose sur une combinaison de l’énergie algérienne et des phosphates marocains.

Le principe est simple. L’Algérie dispose de gaz naturel en abondance mais aussi de souffre et d’ammoniac. Le Maroc, quant à lui, possède plus de 40% des réserves mondiales de phosphates mais il lui manque l’énergie pour les transformer en engrais. On le devine, la coopération entre Sonatrach et l’OCP coule de source. Reste à savoir si ce rapprochement peut précéder l’amélioration du climat politique entre les deux pays (et, pourquoi pas, y conduire) ou s’il en dépend. Les experts restent partagés. Certains estiment que rien ne s’oppose à ce que Sonatrach et ocp discutent d’un partenariat tandis que d’autres insistent sur le caractère stratégique de ces deux entreprises ce qui conditionne toute négociation entre elles à un feu vert politique.

« Si les dirigeants algérien et marocain veulent s’engager dans la construction maghrébine, ils peuvent donner leur aval à ces discussions en mettant de côté les autres dossiers épineux dont celui du Sahara », relève un économiste maghrébin qui craint que la fenêtre d’opportunité ne finisse par se refermer. D’autres spécialistes, partisans d’un rapprochement entre les deux pays, avancent une autre piste de partenariat. Ils relèvent que l’Algérie et le Maroc étudient séparément, et sans aucune concertation, la possibilité de développer l’énergie nucléaire. Là aussi, l’idée de base est simple : Alger et Rabat s’entendraient pour construire une centrale commune dans une zone frontalière. Cela permettrait une coordination en matière de projets de nucléaire civil – à laquelle la Tunisie serait associée – et la création d’un « facteur d’irréversibilité » en matière de stabilité entre l’Algérie et le Maroc.

Ce scénario peut sembler irréaliste mais à l’heure des grands bouleversements arabes, rien ne dit qu’il ne verra jamais le jour…


Échanges : le think tank Care propose un corridor commercial

L’un des points épineux dans les relations algéro-marocaines concerne la fermeture de la frontière terrestre entre les deux pays depuis 1994. Cette situation fait obstacle aux échanges commerciaux et pénalise économiquement les régions frontalières notamment celle d’Oujda.

Décidé à faire des propositions constructives, le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care), un think tank algérien, propose de s’inspirer de certains exemples dans le monde en mettant en place un corridor commercial entre les deux pays. Une solution transitoire en attendant que Rabat et Alger ne règlent tous les problèmes qui empêchent une ouverture totale de la frontière. L’un des exemples à suivre cité par Care est celui de la Chine et de l’Inde. Ces deux pays, qui se sont déjà affrontés militaire - ment et restent rivaux sur le plan économique, ont décidé de favori - ser le nearshoring, c’est-à-dire le fait de délocaliser une activité économique, mais dans une autre région du même pays ou dans un pays proche et cela contraire - ment à l’offshoring.

« Ce corridor économique pourrait-être constitué d’un point de passage maritime et d’un point de passage terrestre à travers lequel seules les marchandises et les convois humanitaires seraient autorisés à passer », relève Slim Othmani, PDG de l’entreprise algérienne nca Rouiba. Conscient des susceptibilités régionales, celui qui est aussi membre fondateur et vice-président de Care propose la mise en place d’un observatoire du corridor avec comme principaux gestion - naires le Maroc et l’Algérie (à travers leurs ministères du commerce respectifs) et les trois autres pays de l’uma (Libye, Mauritanie et Tunisie) en tant qu’observateurs.

« L’idée, facile à mettre en oeuvre, libèrera les énergies et facilitera les flux Nord-Sud (Maghreb-Europe) et Sud-Sud (intermaghrébins) », conclut Slim Othmani.

Lire l'article complet sur le site de l'IPEMED : http://www.ipemed.coop/spip.php?article832

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