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lundi 4 avril 2011

La BERD pourrait concurrencer la BEI en Méditerranée

La Banque européenne d’investissement (BEI) pourrait voir son action en Méditerranée concurrencée par la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD) si cette dernière venait à étendre son mandat dans la région. Et ce, alors même que le débat sur la création d’une banque euroméditerranéenne d’investissement, en tant que filiale de la BEI, refait surface.

À l’heure des « Printemps arabes » et des appels massifs et déterminés des populations à un développement économique et social fort pour accompagner et soutenir l’avènement de sociétés libres et démocratiques, la création d’une Banque méditerranéenne de développement redevient d’actualité. L’idée avait été lancée sans succès à plusieurs reprises et avait finalement débouché en 2002 sur la création, au sein de la Banque européenne d’investissement (BEI), de la Facilité euroméditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP) et à son renforcement quatre ans plus tard. La mutation profonde qui affecte depuis quelques semaines les pays de la rive Sud de la Méditerranée et l’évolution des relations entre les deux rives de la Méditerranée qui en découlera posent cependant en termes tout à fait neufs la question de l’opportunité d’un instrument financier spécifique. La réponse n’est ni évidente, ni simple. Les outils internationaux de financements existent déjà, de la FEMIP à la Banque mondiale en passant par bien d’autres organismes. L’urgence, à cet égard, est peut-être dans leur coordination. Mais créer une Banque méditerranéenne est une initiative plus ambitieuse et plus politique. La BEI a déjà manifesté son intérêt et sa disposition à la porter sur les fonts baptismaux en apportant une grande partie du capital et son expertise. L’expérience de la FEMIP, son implantation opérationnelle et ses réalisations sur le terrain depuis des années en font, il est vrai, un acteur a priori incontournable du projet. La grande réunion des ministres de l’Economie et des Finances de l’UE et de leurs partenaires méditerranéens en juillet 2012 pourrait, à cet égard, être une parfaite occasion de créer cette Banque méditerranéenne. Le scénario n’est pas écrit pour autant. D’autres intervenants se sont déclarés intéressés à jouer ce premier rôle. Le dernier en date est la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD). Lors du dernier Conseil extraordinaire sur la Libye et la région méditerranéenne (11 mars), les Chefs d’État et de gouvernement ont préféré, après quelques hésitations, rester silencieux sur ces deux propositions. Propositions qui seront très certainement abordées au sommet des 24 et 25 mars.


FEMIP

Depuis la création de la Facilité euroméditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP) en 2002, la BEI, l’institution financière des seuls États membres de l’UE, joue un rôle de plus en plus important en Méditerranée (1).

La FEMIP, qui regroupe l’ensemble des instruments d’intervention de la BEI, accorde des prêts en vue d’améliorer le développement social et économique de la région. En 2010, 2,6 milliards de prêts ont été accordés soit 40 % de plus que le montant alloué en 2009. Récemment (février 2011), la BEI a proposé d’accroître le montant de ses prêts à environ six milliards d’euros dans la région d’ici 2013. Le déplacement du vice-président de la BEI en charge des financements en Méditerranée, Philippe de Fontaine Vive, les 2 et 3 mars en Tunisie, se veut une illustration concrète du rôle jouée par la BEI dans la région.

Déplacement qui avait pour objectif de concrétiser les déclarations de la Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, visant une augmentation du montant des prêts à 900 millions pour 2011 (12 février). « Nous avons recensé avec les autorités tunisiennes l’ensemble des prêts existants. Ensuite, nous nous sommes engagés à accélérer cela », avait expliqué M. Fontaine Vive à Europolitique depuis Tunis. Concrètement, la BEI a décidé de débloquer quelque 1,2 milliard d’euros pour des projets existants et d’ajouter, en plus, 600 millions d’euros de crédits. Lesdits projets visant principalement l’infrastructure et le développement des petites et moyennes entreprises.


BERD ?

« Si le conseil des gouverneurs le décide en mai », la BERD pourrait accorder un « fonds spécial » d’un montant d’un milliard d’euros à l’Égypte et au Maroc a récemment déclaré son président Thomas Mirow. Et la possibilité d’intervenir dans d’autres pays méditerranéens n’est pas non plus exclue.

Créée au lendemain de l’effondrement du bloc soviétique pour aider ses ex-pays membres à basculer dans l’économie privée et à rattraper leur retard économique, la BERD cherche depuis peu à étendre ses activités dans d’autres zones géographiques. Curieusement, la perspective d’une intervention permanente de la BERD en Méditerranée, rassemblant pourtant dans son capital et, donc, dans sa gouvernance, de nombreux pays non européens dont les Etats-Unis, ne suscite pas de réticence unanime des Vingt-sept malgré la concurrence qui en résulterait pour l’action de la FEMIP et malgré l’influence économique et politique qui en découlerait.

Pour rappel, la BERD appartient à 61 États, l’UE et la BEI. Il s’agit donc d’une institution financière internationale qui compte parmi ses actionnaires, les États-Unis, le Canada, le Japon, l’Australie, en plus des États membres de l’UE. Mais aussi l’Égypte, le Maroc et Israël pour les pays du Sud de la Méditerranée.

Dans leur communication conjointe intitulée « Un partenariat pour la démocratie et une prospérité partagée avec le sud de la Méditerranée », la Commission européenne et la Haute représentante de l’Union encouragent et soutiennent aussi cette possibilité d’élargir « l e champ des opérations de la BERD » aux pays méditerranéens et « invitent les États membres de l’UE et autres gouvernements parties prenantes à faire de même sans tarder », selon les termes du document.

Les Chefs d’État et de gouvernement ont finalement choisi de ne pas se prononcer sur la question lors du dernier Conseil européen, faute de consensus et de temps pour les discussions. Alors que, dans le premier projet de conclusions, les 27 proposaient une évaluation de « l’extension possible du mandat de la BERD dans le voisinage Sud » parallèlement à l’examen des possibilités d’accroître l’aide financière globale de la BEI, cette mention est finalement absente du texte final. Le Conseil ayant préféré souligner que « la coordination avec d’autres institutions financières internationales est importante ».


« BANQUE POUR LA MÉDITERRANÉE » ?

Dans le même temps, l’idée de créer une Banque euroméditerranéenne d’investissement, soutenue par le Président de la BEI, Philippe Maystadt, est remise sur la table. Le projet n’est pas nouveau : la Commission l’a soutenu dès 2002. Mais le faible intérêt d’une majorité des États membres n’a pas permis d’aller plus loin.

L’idée principale vise à transformer la FEMIP en une véritable banque euroméditerranéenne afin d’associer pleinement les pays du Sud de la Méditerranée aux décisions.

Cette nouvelle banque serait donc une filiale de la BEI mais pourrait comprendre parmi ses actionnaires la BERD selon un proche du dossier.

Le projet a notamment été relancé lors de la réunion de l’Assemblée parlementaire de l’Union pour la Méditerranée, le 4 mars 2011 à Rome, en présence du Président de la BEI. Tout comme la BERD, la question a été posée lors du dernier Conseil européen et les 27 n’ont pas voulu trancher.

Alors que la France, notamment, désirait mentionner le projet dans les conclusions, certains États membres ont jugé l’idée prématurée. Ainsi, la nécessité d’examiner « la possibilité de transformer la FEMIP en une « Banque pour la Méditerranée », comme suggéré par le Président de la BEI », selon les termes du dernier projet de conclusions qui ne faisait déjà plus référence à la BERD, a été supprimée du texte final.

1) Algérie, Égypte, Gaza/Cisjordanie, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie et Tunisie

Par Manon Malhère - Copyright © 2008 Europolitics

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