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vendredi 8 avril 2011

Nouvelle géopolitique de la Méditerranée - Soutenons le processus de transition démocratique

La Tunisie avant-hier, l'Egypte hier, la Libye aujourd'hui, le printemps des peuples se lève au sud du bassin méditerranéen. La "révolution de jasmin" joue le même rôle pour l'histoire des pays arabes que la chute du mur de Berlin pour l'histoire européenne. La révolte démocratique est une révolution menée par des élites bourgeoises et une jeunesse éduquée qui considèrent que le régime dictatorial est un frein à la liberté individuelle, à la croissance de l'économie et à la prospérité collective.

Les Etats-Unis ont joué un rôle-clé dans le processus révolutionnaire, notamment par des conseils avisés auprès des autorités militaires et par un soutien diplomatique sans ambiguïté en faveur des forces du changement. L'Europe a, en revanche, manqué une occasion historique d'exister comme une puissance internationale légitime. La France est restée enlisée dans des querelles intestines. Il reste que, si les Etats-Unis peuvent apporter l'ingénierie nécessaire pour faciliter le processus démocratique, il revient, en raison d'une certaine proximité géographique, à l'Union européenne d'apporter le soutien nécessaire pour conforter les jeunes démocraties.

Les menaces qui pèsent sur elles sont au nombre de trois : l'instabilité et l'incohérence du processus démocratique qui tend à faire disparaître la notion d'Etat et de bien public ; une crise économique et un appauvrissement de la population provoqués par une baisse d'activité industrielle liée au processus révolutionnaire ; un désenchantement suscité par une absence de croissance économique durable, voire par un appauvrissement généralisé du pays, et une morosité du paysage politique. Ces menaces peuvent confondre une jeune démocratie. La République de Weimar pourrait ne pas être un cas d'école isolé.

Il importe de stabiliser le processus démocratique en assurant les peuples qui ont choisi la liberté que les vieilles démocraties sont prêtes à contribuer financièrement à une compensation des pertes d'activité de la période de transition, mais plus encore à un redressement national durable. L'objectif doit consister à élever les nouvelles démocraties au stade de partenaires économiques égaux en droits et en devoirs.

C'est le défi que les Américains s'étaient lancé pour consolider les fragiles démocraties européennes après guerre. Le plan Marshall a été un levier de l'expansion européenne et a contribué au rapprochement des Etats européens. La prospérité européenne a elle-même servi la prospérité américaine en permettant un accroissement du marché mondial solvable.

Investir pour la liberté

C'est cette même logique qui fut la nôtre quand les pays d'Europe de l'Est se sont libérés du joug communiste. Aussi la France et l'Union européenne s'honoreraient-elles en soutenant le processus de transition démocratique et en s'engageant d'ores et déjà à mettre en oeuvre une aide similaire à celle dont a bénéficié l'Allemagne orientale après la chute du Mur.

Pour mémoire, 1 300 milliards d'euros ont été investis pour aider les nouveaux Länder en l'espace de vingt ans. Cette somme est à comparer au coût de la guerre en Irak. Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, estimait en 2008 que la guerre en Irak avait coûté en l'espace de cinq ans 3 000 milliards de dollars (2 000 milliards d'euros). Si l'Union européenne ne joue pas à Harpagon, si elle sait trouver la force de ses ambitions, elle retrouvera une vision et une dignité qui lui manquent désormais cruellement.

Investir pour la liberté, c'est prévenir le terrorisme, le fanatisme et les migrations incontrôlées. Investir pour la liberté, c'est construire un espace méditerranéen de prospérité. L'Union européenne a été l'événement positif du XXe siècle. L'Union méditerranéenne peut être l'événement positif du XXIe siècle. Philippe Garabiol, haut fonctionnaire ; maître de conférences à l'IEP de Paris

Article paru dans l'édition du Monde du 9 avril 2011

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