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dimanche 14 octobre 2018

Le Maroc, désormais premier pays de transit vers l'Europe, durcit sa politique migratoire

Des migrants subsahariens s'abritent du soleil et de la police marocaine près de Tanger
Des migrants subsahariens s'abritent du soleil et de la police marocaine près de Tanger• Crédits : FADEL SENNA - AFP
Les méthodes employées par Rabat face à l'afflux de migrants vers le détroit de Gibraltar inquiètent les médias marocains et européens. Le Pape François tente de rassurer les catholiques chinois après l'accord conclu avec Pékin. La Belgique se prépare à des pénuries d’électricité cet automne.

Mardi, des garde-côtes marocains ouvraient le feu sur un bateau transportant des migrants clandestins vers l'Espagne ; une Marocaine de 22 ans était tuée.

Ce drame a mis les médias européens face à cette réalité, constatée ce matin par Le Temps en Suisse, que désormais la Libye n'est plus le plus important pays de passage des migrants vers l'Europe, mais bien le Maroc.
La route de l'immigration par l'Espagne, à travers le détroit de Gibraltar, a vu sa fréquentation exploser depuis le début de l'année : 36 000 arrivées enregistrées en 8 mois contre 22 000 pour toute l'année dernière. L'explication c'est, nous dit Le Temps, que "pour les Africains de l'ouest, le trajet est plus court, moins cher, et moins dangereux". 

Mais les Marocains, eux aussi, sont de plus en plus nombreux à vouloir monter à bord des zodiacs et autres bateaux sur-motorisés qui traversent le détroit à grande vitesse, pour échapper aux patrouilles. L'agence marocaine HibaPress publie d'ailleurs des images datées de dimanche dernier qui illustrent cette tendance : celles d'une manifestation spontanée de centaines de jeunes hommes, habitants du nord du pays, réunis de nuit, sur une plage. Ils sont venus, suite à des rumeurs sur les réseaux sociaux leur promettant des passages en Europe gratuit toute la nuit. Ils crient leur désir de partir, de grimper dans les zodiacs pour échapper à l'absence de travail et de perspectives chez eux. 

Mais après ce qui s'est passé mardi, les médias du Maghreb et d'Afrique notent un durcissement très clair, de la manière dont les autorités marocaines gèrent ce défi migratoire. 

A Cotonou par exemple, Bénin Web-TV n'hésite pas à parler d'une "traque aux migrants menée sur fond de maltraitance et d'abus", et se base pour l'affirmer sur le rapport du Gadem (le Groupement Antiraciste de défense des étrangers et migrants). Plus de 6 500 personnes en provenance du Sud du Sahara auraient été arrêtées et déplacées de force, sans mandat ni document officiel, par les forces de police marocaines, avec un but très clair : éloigner les candidats à la traversée de Gibraltar, du nord du Maroc où ils sont arrêtés, vers le sud du pays, les portes du désert où ils sont livrés à eux-mêmes sans savoir réellement où ils se trouvent. 

Mais le tour de vis marocain sur l'immigration clandestine prend une autre forme, nous dit le site Akhbar Alyoum, cité par H24 info : la semaine dernière les autorités marocaines auraient procédé à l'expulsion, par avion, de 40 personnes depuis Tanger vers l'aéroport d'Abidjan en Côte d'Ivoire. Une politique de rapatriement mené "en catimini", mais appelée à prendre de l'ampleur, avec la bénédiction de l'Union européenne.

Un signe, enfin que ces questions d'immigration sont sensibles, au sommet du Royaume : le portail des Marocains du monde, Yabiladi évoque, via un communiqué de Reporters Sans Frontières, ce qui est arrivé à notre confrère Sébastien Sabiron de France Inter : arrêté et expulsé du Maroc parce qu'il voulait interviewer des clandestins. Après six heures d'interrogatoire, il a été reconduit de force à l'aéroport, sans pouvoir récupérer son matériel de reportage confisqué.
Le Pape François a écrit un lettre aux catholiques de Chine hier, et le simple fait qu'il ait ressenti le besoin de le faire interroge de nombreux journaux. 

A commencer par le Washington Post pour qui le Pape a voulu dans cette lettre "défendre auprès des fidèles de Chine l'accord historique" signé dimanche dernier avec les autorités politiques à Pékin, accord contesté par une partie de l'Eglise chinoise. Dans cet accord, Pékin reconnaît (c'est une première) l'autorité spirituelle du Vatican sur les 12 millions de catholiques que compte la Chine, et accepte que leurs évêques soient nommés par Rome. Le Pape, en échange, confirme dans leurs fonctions les sept évêques imposés, eux, par le pouvoir communiste. 

Selon le Washington Post, François a signé ce jour-là "son acte diplomatique le plus fort, et le plus controversé" : les critiques depuis n'ont pas manqué, venant en particulier de cette partie de la communauté catholique chinoise qui vit dans la clandestinité, refusant de rejoindre les églises officielles tolérées par le régime. Et c'est donc à eux que s'adresse le Pape dans sa lettre d'hier, les appelant à une "grande réconciliation", message repris abondamment par les médias officiels chinois ce matin comme le Global Times

Alors, le Pape "abandonne-t'il" les catholiques chinois les plus dissidents au contrôle de Pékin ? En tous cas il les appelle à "faire des compromis" avec cette phrase, troublante, mise en exergue par le Washington Post : "Si Abraham avait exigé des conditions sociales et politiques idéales avant de quitter ses terres, peut-être n'aurait-il jamais pris les chemins de l'Exode". 

La Une de la presse belge, ce matin, ce sont ces craintes d'une pénurie d'électricité cet automne. 

C'est le dossier principal du Soir. qui alerte donc sur ce qui attend le pays dans un mois : du 20 octobre au 26 novembre, six des sept réacteurs nucléaires de Belgique seront à l'arrêt.
"Préparez le pop-corn", fait mine de s'amuser le quotidien de Bruxelles qui ne semble pas rassuré sur la manière dont l'opérateur national va gérer ce "grand chaos" annoncé. "Pourvu que les températures soient clémentes", écrit Le Soir, car ces arrêts en série des réacteurs, d'une ampleur jamais vue encore en Belgique, mettent en lumière la vétusté du parc nucléaire, des réacteurs "empêtrés dans des problèmes de sûreté, des fuites, du béton qui s'effrite", etc.  

Face à ces critiques, et inquiétudes, la ministre fédérale Marie-Christine Marghem a essayé de rassurer, indiquant dans la presse que l'opérateur Electrabel avait appelé à la rescousse ses homologues français et néerlandais pour importer les mégawatts qui devraient faire défaut. Elle n'a pas rassuré la Libre Belgique, qui a refait les calculs, et selon qui "c'est officiel, il manque l'équivalent d'un réacteur nucléaire pour passer l'hiver". Elle n'a pas rassuré en tout cas l'ancien député Henri Simons, qui dans une tribune publiée par le Soir demande la démission de la ministre Marghem, dont il dénonce "l'incurie en matière énergétique et l'incapacité à appliquer la loi de sortie du nucléaire". Car oui, c'est l'occasion de le rappeler, le gouvernement belge a confirmé en mars dernier la loi votée en 2003, pour une fin du nucléaire civil programmée pour 2025.

Par Camille Magnard - Source de l'article France Culture


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