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dimanche 21 octobre 2018

Oser une Méditerranée positive

Syracuse, une ville sur la Méditerranée. [Shutterstock]
L’Union pour la Méditerranée a dix ans. L’occasion de revenir sur le bilan de l’institution.
Gilles Pargneaux est eurodéputé S&D (PS), membre de l’assemblée parlementaire de l’Union pour la Méditerranée (UpM). Miguel Angel Moratinos est un homme politique issu du PSOE et ancien ministre des Affaires étrangères espagnol. Federica Frediani est chercheuse à l’Università della Svizzera italiana.
En 2008, à l’issue d’âpres négociations, de tâtonnements, de débats intra-européens, l’Union pour la Méditerranée voit le jour. L’ambition est à la mesure des enjeux : poser les bases d’une grande coopération régionale entre l’Europe et les pays du pourtour sud de la Méditerranée. Pourtant, la déclaration de Paris, l’acte de naissance de l’UpM, restreint déjà ses compétences, en mettant en exergue la mise en œuvre de « projets » plus que la recherche de solutions politiques aux problèmes régionaux. C’est l’ambiguïté originelle de l’Union pour la Méditerranée.
Nous fêtons cette semaine les dix ans de l’institution. Si l’Union pour la Méditerranée n’a pas été au cours de cette décennie l’instrument de résolution du conflit de la région, image qui lui colle à la peau et explique souvent l’incompréhension vis-à-vis de l’institution, un bilan positif existe : le développement de réseaux de jeunes entrepreneurs du sud de la Méditerranée, la création de l’Université euro-méditerranéenne de Fès ou encore l’aide à la mise en œuvre de 51 projets labélisés UpM. Pourtant, l’UpM, telle qu’elle existe, arrive à la fin d’un cycle, à la limite de ses réalisations. Il convient désormais, d’après nous, de passer à la deuxième étape de la construction euro-méditerranéenne.
Dix années de nouveaux défis
L’espace méditerranéen de 2018 n’a plus rien à voir avec celui de 2008. Alors qu’en 2008, le conflit israélo-arabe représentait l’obstacle, et une des raisons d’être, à la construction d’un espace cohérent et prospère en Méditerranée, force est de constater que se sont additionnés nombres d’autres conflits, nombres d’autres problématiques. Au Moyen-Orient, les conflits sont désormais plus la norme que l’exception, entre la guerre en Syrie, le terrorisme islamiste ou la guerre froide irano-saoudienne. En Méditerranée occidental, le terrorisme du Sahel tout autant qu’une nouvelle pression migratoire subsaharienne changent la donne.
Le continent africain s’impose également dans ce renouveau géopolitique. Alors qu’en 2008, notre horizon se limitait au pourtour méditerranéen, l’on ne peut plus réfléchir, que l’on soit en Europe ou au Sud de la Méditerranée, sans intégrer dans ses prospectives politiques l’émergence de ce grand continent, dont la population va doubler d’ici 2050 et dont le nombre de villes de plus de 15 millions d’habitants va passer à 15 d’ici 2030. Ces nouvelles réalités nous obligent à redéfinir notre agenda commun.
Un agenda positif euro-méditerranéen
La renaissance de l’espace euro-méditerranéen passera par la définition d’un agenda positif. Trop souvent, l’Europe est dans la réaction. Elle considère les problématiques du Sud plus en termes de gestion qu’en termes de coopération. Gouverner c’est prévoir, alors dressons les pistes d’un agenda qui demandera appropriation, méthode et résultats de la part des leaders des deux rives de la Méditerranée et qui, de ce fait, soulignera la pertinence de l’action euro-méditerranéenne.
Cet agenda c’est évidemment la question de l’organisation de la mobilité autour de la mer Méditerranée, le promotion d’un Islam de juste milieu dont les représentants sont tous autour de la Méditerranée, l’investissement dans le développement humain au sud de la Méditerranée, la création d’une grande politique culturelle rassemblant les deux rives ou encore la création d’une politique de coopération en matière d’environnement. La plus-value euro-méditerranéenne de chacune de ces mesures est évidente. Elles peuvent constituer le socle d’une Union pour la Méditerranée renouvelée, revigorée.
Incarnation et volonté politique
Rien de tout ceci ne pourra néanmoins se faire sans un choc de légitimité politique. La feuille de route de l’UpM de janvier 2017 a remis la politique à l’intérieur du projet régional. Il convient maintenant de lui donner une nouvelle dimension. Cela, seuls les chefs d’États de l’Union pour la Méditerranée peuvent le faire. Par exemple, nous proposons que chaque présidence tournante du Conseil européen organise un sommet euro-méditerranéen, sous la houlette de l’UpM.
Cette volonté politique devra également s’incarner dans un changement d’attitude des européens. La politique européenne de voisinage a évolué pour être plus flexible, plus efficace. Il doit en être de même de notre soutien financier. Les négociations en cours du cadre financier pluriannuel de l’UE pour la période 2021-2027 vont être le premier étalon de cette volonté politique. Nous devons saisir l’occasion de cette discussion politique pour inscrire notre engagement dans la réalité concrète du budget européen.
2018 est donc une année charnière pour l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique. La Méditerranée constitue d’après nous la matrice d’une future relation triangulaire. Pour ce faire, une renaissance euro-méditerranéenne est nécessaire. Elle est possible. Nous nous engagerons sans relâche à faire de cette belle promesse, une réalité concrète au bénéfice des citoyens du Sud et du Nord de la mer Méditerranée.

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