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samedi 27 octobre 2018

L’Union pour la Méditerranée avance envers et contre tout

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Après de laborieuses années de création, l’Union pour la Méditerranée (UPM) a fêté sans euphorie ses dix ans d’existence à Barcelone.

Depuis l’adoption d’une feuille de route, début 2017, l’institution s’est redynamisée autour de projets concrets, dont l’emblématique usine de dessalement de l’eau de mer pour Gaza.

« Notre région n’est pas dans sa meilleure forme », soupire Ayman Safadi. Amer constat du ministre jordanien des affaires étrangères, lors de la conférence ministérielle qui réunissait le 8 octobre à Barcelone 13 ministres des affaires étrangères et des représentants des 43 pays membres de l’Union pour la Méditerranée (UPM). « La situation est bien pire aujourd’hui qu’il y a dix ans quand l’UPM a été créée », estime le ministre jordanien. Actuel coprésident de l’UPM aux côtés de la haute représentante de l’Union européenne (UE) pour les affaires étrangères, Federica Mogherini, il évoque « la véritable tragédie » qui se déroule en Syrie depuis sept ans, la crise libyenne ainsi que « l’absence dangereuse d’horizon politique pour le conflit israélo-palestinien ». « Dans la sous-région, au Moyen-Orient on perd espoir, et les radicaux s’emparent du désespoir », poursuit-il.

L’UPM n’est pas à l’abri des tempêtes qui dévastent le monde méditerranéen. Pour les 10 ans de l’institution qui siège à Barcelone, la seule perspective d’une déclaration commune des 43 pays a semblé mission impossible. C’est donc la coprésidence qui, dans ses conclusions, s’est exprimée au nom des ministres. Ceux-ci réaffirment « leur ferme volonté politique de promouvoir la coopération régionale » et reconnaissent l’UPM « comme une plateforme opérationnelle unique permettant d’intensifier les efforts conjoints pour relever les défis et créer des opportunités dans la région euro-méditerranéenne ».
Pays du Nord et du Sud à égalité

Il n’empêche. Ayman Safadi en est le premier convaincu : « Sans l’UPM la situation serait encore pire. » L’UPM est en l’occurrence l’unique espace de dialogue et de coopération entre tous les États du pourtour méditerranéen. Celui où pays du Nord et du Sud parlent à égalité, où se côtoient experts et dirigeants politiques marocains et algériens, turcs et égyptiens, palestiniens et israéliens, etc. « Plus la discussion est difficile, plus elle est nécessaire. Sans l’UPM, ces acteurs ne se parleraient pas », abonde Federica Mogherini. Abdalrahim Alfarra, ambassadeur palestinien auprès de l’UE, est le premier à s’en féliciter : « L’UPM est un lieu où la Palestine et Israël ont le même siège, le même poids, le même pouvoir. »

Après des années à se chercher et s’organiser, l’UPM en rade s’est enfin dotée d’une feuille de route, en janvier 2017, qui a remis l’institution sur les rails. Dans la foulée, une conférence ministérielle sur l’eau était organisée. « Cela nous a donné un mandat que nous attendions depuis l’échec de la conférence sur l’eau de 2010. » Le secrétaire général adjoint, Miguel Garcia-Herraiz, ne cache pas son soulagement face aux « vraies avancées depuis près de deux ans ».

L’UPM a pu depuis lors œuvrer en facilitateur pour mener à bien des projets. Ainsi le chantier d’usine de dessalement de l’eau de mer pour Gaza, qui fut « longtemps une chimère » selon Miguel ­Garcia-Herraiz, a pris tournure. La conférence des donateurs, en mars, a permis de couvrir 80 % des 562 millions d’euros requis pour sa construction, dont le démarrage est attendu dans les mois à venir, à côté d’une petite unité de production déjà en service. « Israël s’est engagé à faciliter le chantier pour le passage des équipements et les besoins en électricité », précise Abdalrahim Alfarra.
Une université à Fès

Les impasses politiques mises entre parenthèses, l’UPM peut continuer d’avancer de manière pragmatique. Sa nouvelle université EuroMed a ouvert ses portes à Fès avec un financement public et privé marocain de 64 millions d’euros, un apport européen de 13 millions d’euros et un prêt de la Banque européenne d’investissement de 70 millions d’euros. Le projet Génération entrepreneur, dans le cadre de l’initiative méditerranéenne pour l’emploi, a profité à près de 80 000 étudiants de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Or réduire le chômage des jeunes, qui atteint des sommets dans cette zone, non seulement redonnerait espoir, mais aussi « pourrait augmenter le PIB de la région de plus de 20 milliards d’euros en 2018 s’il était divisé par deux », fait valoir le nouveau secrétaire général de l’UPM, l’Égyptien Nasser Kamel. Pierre Duquesne, délégué interministériel à la Méditerranée, est reparti rasséréné de Barcelone, avec le sentiment d’un « nouvel engagement pour l’UPM ».

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Dix ans d’existence

2008. Création de l’UPM à Paris.

Son siège est à Barcelone. Elle est coprésidée par l’Union européenne et un pays du Sud, actuellement la Jordanie. Son secrétaire général est égyptien.

43 pays membres. Les 28 États de l’UE et 15 pays méditerranéens : Monaco, Albanie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Turquie, Liban, Syrie (suspendue depuis 2011), Jordanie, Israël, Palestine, Égypte, Tunisie, Algérie, Maroc et Mauritanie. La Libye a un statut d’observateur.

Janvier 2017, nouveau départ. La feuille de route a relancé l’activité de l’institution.

54 projets labellisés pour une valeur de 5,6 milliards d’euros dans les domaines de l’économie bleue (ressources en eau), des infrastructures, de l’emploi des jeunes, de l’égalité des sexes, etc.

Deux projets phares ont avancé : l’université EuroMed de Fès et le projet d’usine de dessalement de l’eau de mer pour Gaza.

Par Marie Verdier - Source de l'article La Croix

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