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dimanche 24 novembre 2013

Innovation : Le Maroc dépassé par l’Algérie et la Tunisie

Depuis 2009, le Maroc n’est plus le premier pays du Maghreb en termes d’innovations. Son déclassement est dû, selon le récent rapport du Forum Euro-méditerranéen des Instituts de Sciences Économiques, à une série de décisions prises au sein du système de recherche marocain.

« La production scientifique au Maroc en 1996 était la plus importante des trois pays du Maghreb (plus de 750 publications) mais depuis 2009 le Maroc a été dépassé par les autres pays de la région », révèle l’étude « Mobiliser le capital humain sur l’innovation en Méditerranée », du Forum Euro-méditerranéen des Instituts de Sciences Économiques (Femise), présenté au début du mois de novembre. Aujourd’hui, le score du l’ « innovation output » du Maroc est faible. Cela signifie que la capacité des idées nouvelles à atteindre le marché - pour améliorer l’emploi et la compétitivité - est faible. Le Maroc obtient un score de 24,7 contre 31,3 en moyenne sur un échantillon de 141 pays, soit la 90e place.

« Le retard qu’a connu le Maroc au niveau des publications après le début des années 2000 était dû à la mise en retraite de plusieurs chercheurs en 2005 (départ volontaire), aussi bien qu’aux réductions de fonds publics nationaux aux centres de recherche. Les réformes adoptées par le ministère de l’Education supérieure sont aussi la cause du recul des publications scientifiques tels que la promotion du passage d’un grade universitaire à un autre et le manque de recrutement d’assistants professeurs dans les universités en vue de remplacement dans les années à venir », analyse l’enquête du Femise.

Plan d'urgence manqué
Paradoxalement, le plan d’urgence lancé en 2009, « a donné lieu à une fragmentation plus grande de recherches et peu de réseaux ont pu être développés entre laboratoires de la même université et entre universités et écoles. » Les enquêteurs du Femise, dont Ahmed Driouchi, pour le Maroc estiment que la communication entre les chercheurs reste mauvaise aujourd’hui. Le Maroc manque encore de capacités managériales pour rendre pleinement efficaces les structures dont ils disposent.

En plus d’un retard sur les autres pays de la région, le Maroc compte également des liens trop forts avec l’Union européenne, pour ne pas parler de dépendance. 60% de ses co-publications sont réalisées avec l’UE et en particulier avec la France. « Sa communauté scientifique semble même être « trop ouverte » vis-à-vis de l’UE et pas assez vers le reste du monde », juge l’enquête.

L'innovation et l'espoir politique
Les systèmes d’innovation marocains sont riches en structures. Laboratoires, universités, programmes ... sont fonctionnels. « Le pays est attractif en termes d’IDE et profite d’une diaspora qualifiée et entreprenante », ajoutent les auteurs du rapport. Les entreprises marocaines ont même de plus en plus tendance à s’intéresser à la Recherche et Développement. Le financement privé de la R&D a même atteint 22% mais cette proportion reste faible par rapport aux autres pays émergents ou en développement et les interactions université-entreprise sont limitées, note le rapport.

De façon structurelle, les faiblesses du Maroc s’expliquent également par son niveau de développement économique. « La question de l’innovation est indissociable du fonctionnement d’ensemble de l’économie », reconnaissent les auteurs du rapport, mais ils refusent de s’en tenir à ce constat. « Il s’agit avant tout de développer la créativité de la société dans toutes ses composantes et d’utiliser cette créativité pour mettre en place des activités nouvelles, qui concernent le marché mondial comme le marché intérieur », estime les analystes.

D’un discours à dominante économique ils glissent vers des préoccupations politiques. « Ce discours politique est fondé sur l’espoir, la confiance en soi, la liberté, la participation aux décisions. Tout cela aide à la prise de risque indispensable pour l’innovation. Le danger pour cette jeunesse placée dans une situation d’incertitude, est de se diriger vers les enfermements intellectuels que sont, d’une part, le débat sur la place du religieux, d’autre part, le retour à des modèles de développement autocentrés », concluent-ils.

Par Julie Chaudier - Source de l'article Yabiladi

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