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mercredi 16 mars 2016

Plus de 400.000 cadres algériens établis à l'étranger - L'autre gisement en jachère

Selon les estimations des experts à l'horizon 2020, ils seront plus d'un million rien qu'en Europe. C'est cela la vraie force du pays...

La fuite des cerveaux est une triste réalité qu'on n'arrive pas à jugulerEn termes de gisements, l'Algérie en possède deux grands, mais inexploités: son minerai de fer de Ghara Djebilet et ses intellectuels. Pour le premier, les Chinois sont en charge alors que le second est éparpillé à travers le monde...
Les participants au Forum économique Algérie-France, tenu dimanche dernier à Tlemcen, ont révélé que plus de 400.000 gérants et cadres d'entreprises algériens, de haut niveau, étaient établis à l'étranger. La grande majorité se trouve bien sûr en France, mais aussi aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne. Selon, les estimations des experts à l'horizon 2020, ils seront plus d'un million rien qu'en Europe, dont des dizaines de milliers à des postes de responsabilités significatifs. 
Faut-il tirer gloire ou déshonneur d'une pareille réalité? C'est une gloire et un honneur à titre individuel parce que des Algériens auxquels on a donné les moyens de s'exprimer dans tous les sens du terme ont réussi. C'est un revers pour une génération de responsables incapables de créer un environnement pour un épanouissement intellectuel et surtout d'attirer ces compétences algériennes. Ces chiffres qui donnent le tournis montrent ainsi l'ampleur du gâchis. 
La fuite des cerveaux est une triste réalité qu'on n'arrive pas à juguler. L'hémorragie est telle que l'Algérie risque de se vider de sa matière grise. Et les pays occidentaux ne se font pas prier pour en tirer profit. Ils leur accordent même des facilités et leur proposent des mesures très alléchantes! Ce n'est pas un hasard si on a 23.000 étudiants algériens en France. Combien rentrent au bercail après la fin des études? une minorité qui n'a pas réussi à s'imposer. Si les éminences grises algériennes refusent de regagner le pays, ce n'est pas par manque de patriotisme mais parce qu'il y a des problèmes sérieux qui les empêchent de le faire. 
Les raisons du refus de nos chercheurs et de nos scientifiques de rentrer au bercail se traduisent par le malaise abyssal dans lequel baigne le pays. Les conditions sont plus favorables à l'étranger et l'État ne fait rien pour retenir l'élite qu'il a formée. 
Nous avons rencontré un récent diplômé en Polytechnique qui prépare ses valises pour aller travailler à Dubaï. «Qu'est-ce qui vous a poussé à quitter le pays qui vous a formé», lui demande-t-on. «Les conditions de travail, les moyens mis en place pour la recherche, le salaire, l'absence de loisirs et surtout le manque de considération de l'État vis-à-vis de ses éminences grises», donne-t-il comme réponse claire et nette. 
Il est vrai que quand un ancien ministre de l'Intérieur, Daho Ould Kablia, alors en poste, reconnaît que «nous sommes dans une République des plantons», quand on voit une classe moyenne de jeunes cadres ne pas trouver où se loger,...il ne faut pas s'attendre à ce qu'il sorte grand-chose des éprouvettes de nos scientifiques. Sur cette question, il n'y a jamais eu de débat sérieux et il n'aura pas lieu tant que l'incompétence, la médiocrité et le clientélisme sévissent dans les sphères décisionnelles. 
L'article 51 qui empêche notre diaspora d'accéder à des postes de responsabilité n'est pas là pour arranger les choses. En fait, l'Algérie qui est en train de dépenser des milliards pour relancer son économie, n'a pas encore compris que son plus grand gisement est sa population active, à plus de 60% de jeunes. Un don divin plus important que les ressources humaines, mais qu'on n'arrive toujours pas à capter. Tant que cette équation ne sera pas réglée, l'hémorragie «cérébrale» sera toujours en marche...

Par Walid Aît Said  - Source de l'article l'Expressiondz

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