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lundi 11 avril 2016

Dépassionner les relations entre l’Algérie et la France

Bien que les autorités algériennes et françaises reconnaissent que le cas du ministre de l’Industrie algérien dans le cas du scandale financier relevé par l’enquête de "Panama papers" relevant de la justice algérienne, les ont mis dans l’embarras, les tensions actuelles ne sont que passagères.


Dépassionner les relations entre l’Algérie et la France

1- La France est le troisième client de l’Algérie, avec un montant de ses importations à 4,9 Mds USD (en baisse de 29,2%). Globalement, on observe une concentration de la demande adressée à l’Algérie : ses trois premiers clients représentent 46,7% du total de ses exportations en 2015 alors qu’ils ne représentaient que 39,4% du total en 2014. La France, pour la troisième année consécutive est le deuxième fournisseur de l’Algérie, derrière la Chine.
Les exportations algériennes à destination de la France ont été de 6,744 milliards de dollars et les importations de 6,342 milliards de dollars. Les échanges pour 2014 entre l’Algérie et la France sont en valeur de 13,086 milliards de dollars. Pour 2015 la France détient 10,5% de parts de marché, pour un montant de 5,4 Mds USD, la Chine pour 8,2 Mds USD, avec 16,0% du marché. 
Mais il faut être conscient que les nouvelles relations internationales ne se fondent plus essentiellement sur des relations personnalisées entre chefs d’Etat mais sur des réseaux et organisations décentralisés à travers l’implication des entreprises et de la société civile qui peuvent favoriser la coopération, le dialogue des cultures, la tolérance et la symbiose des apports de l’Orient et de l’Occident. Car il est dangereux de s’enfermer dans un ghetto qui enfanterait inéluctablement la violence. Les derniers évènements devraient encore mieux nous faire réfléchir en évitant cette confrontation des religions car autant l’Islam, le Christianisme ou le Judaïsme ont contribué fortement à l’épanouissement des civilisations, à cette tolérance en condamnant toute forme d’extrémisme. 
Les relations futures entre la France et l’Algérie doivent également concerner l’espace Europe–Maghreb et plus globalement l’espace euroméditerranéen. Nos deux pays peuvent être des vecteurs dynamisant. Car, globalement l’Europe du Sud et le Maghreb ne sauraient échapper à cette adaptation aux mutations mondiales (la crise actuelle devant entraîner de profonds bouleversements à la fois géostratégiques et socio-économiques) et plus globalement toute la région méditerranéenne. Car il y a lieu de dépasser les nationalismes chauvinistes étroits dans la mesure où le véritable nationalisme a l’avenir se définira comme la capacité d’accroître ensemble le niveau de vie de nos populations par notre contribution à la valeur ajoutée mondiale. Le monde actuel est caractérisé par l’interdépendance. 
Cela ne signifie pas la fin du rôle de l’Etat mais une séparation du Politique et de l’Economique qui ne saurait subir les aléas de la conjoncture, l’Etat se consacrant à sa mission naturelle de régulateur macro-économique et macro-social. De ce fait il est suicidaire pour chaque pays du Maghreb pris individuellement de faire cavalier seul, les échanges intra maghrébins représentant moins de 3% devant aller vers une banque centrale et une monnaie maghrébine, car c’est l’antinomie du développement en ce début du XXIe siècle au moment dominent les grands ensembles régionaux,. 
D’où l’importance de l’intégration maghrébine à laquelle je suis profondément attachée et d’inscrire cette coopération dans un cadre plus large en termes d’avantages comparatifs, trois grand pays du Maghreb étant liés par un Accord de libre-échange avec cet espace( les 27pays de l’Europe) dont l’Algérie depuis le 01 septembre 2005 , qui subira quelques réaménagements de certains articles et non l’Accord dans sa globalité , pour un partenariat gagnant/gagnant , est un choix stratégique.

2- Je pense fermement et après analyse que l’intensification de la coopération entre l’Algérie et la France en n’oubliant pas la coopération entre l’Algérie et les USA, avec les pays émergents notamment la Chine ,le Japon, l’Inde, le Brésil, la Turquie , la Corée du Sud la Russie etc… et d’une manière plus globale entre l’Europe- et le Maghreb fondée sur un véritable codéveloppement, le partenariat, l’introduction de l’investissement direct permettrait de bouleverser les comportements bureaucratiques rentiers conservateurs et les inscrire dans une perspective dynamique profitable aux populations de la région afin faire du bassin méditerranéen un lac de paix et de prospérité. 
C’est que l’espace méditerranéen peut être ce lieu de création de réseaux rationnels permettant de communiquer avec des cultures lointaines en favorisant la symbiose des apports de l’Orient et de l’Occident. Ce réseau doit favoriser les liens communicationnels, la liberté dans la mesure où les excès du volontarisme collectif inhibent tout esprit de créativité. C’est que le Maghreb et l’Europe sont deux régions géographiques présentant une expérience millénaire d’ouverture sur la latinité et le monde arabe avec des liens naturels et dans son ensemble porte de culture et d’influences anglo-saxonnes. 
Économiquement l’Europe et le Maghreb présentent l’un et l’autre des atouts et des potentialités pour la promotion d’activités diverses et cette expérience peut être un exemple de ce partenariat global devenant l’axe privilégié du rééquilibrage du Sud de l’Europe par l’amplification et le resserrement des liens et des échanges sous différentes formes. Il est indispensable que l’Europe développe toutes les actions qui peuvent être mises en œuvre pour réaliser des équilibres souhaitables à l’intérieur de cet ensemble. 
En fait la constitution d’espaces régionaux économiques faibles est une étape d’adaptation structurelle au sein de l’économie mondialisée avec pour objectif de favoriser la démocratie politique,- une économie de marché concurrentielle humanisée ,-les débats contradictoires d’idées par des actions sociales et culturelles pour combattre l’extrémisme et le racisme -la mise en œuvre d’affaires communes n’oubliant jamais que les entreprises sont mues par la seule logique du profit et que dans la pratique des affaires il n’ y a pas de sentiments. Ainsi, il y a lieu d’accorder une attention particulière à l’action éducative car l’homme pensant et créateur devra être à l’avenir le bénéficiaire et l’acteur principal du processus de développement. 
C’est pourquoi je préconise la création d’une université euro-maghrébine ainsi qu’un centre culturel de la jeunesse méditerranéenne comme moyen de fécondation réciproque des cultures pour la concrétisation du dialogue soutenu afin d’éviter les préjugés et les conflits sources de tensions inutiles ainsi que d’une banque centrale euro méditerranéenne pour favoriser les échanges. L’Algérie et la France peuvent favoriser la création de ces structures dynamisantes.

3- Dans ce cadre, l’émigration algérienne et maghrébine ciment de l’inter- culturalité peut être la pierre angulaire de la consolidation de cette coopération. C’est un élément essentiel de ce rapprochement du fait qu’elle recèle d’importantes potentialités culturelles (la culture étant la base des échanges) technologiques, économiques et financières. 
Car la promotion des relations entre l’Algérie et sa communauté émigrée doit mobiliser, à divers niveaux , l’initiative l’ensemble des parties concernées à savoir le Gouvernement, les missions diplomatiques, les entrepreneurs, les commerçants et les compétences individuelles dont l’élite base du développement. 
L’engagement implicite caractérisant les relations entre notre communauté émigrée et le pays d’origine, ne doit pas occulter les légitimes intérêts strictement économiques des parties concernées pour garantir la rentabilité et la pérennité des opérations engagées. Le pouvoir exécutif devrait dans le cadre organisationnel et législatif favoriser la promotion de l’investissement et les échanges commerciaux à l’instar de pays qui utilisent leurs compétences nationales localisées à l’étranger comme point d’appui au développement national. 
Cela permettrait par des actions concrètes la synergie des systèmes privés, politiques et administratifs pour développer une approche qui pourrait être mieux perçue par l’interlocuteur algérien qu’une approche purement commerciale : par exemple organiser et inciter l’action des différentes régions françaises à l’égard de leurs homologues algériennes par le biais de la coopération inter-régionale lorsque l’occasion s’en présente. 
Car l’Algérie est malgré tout un pays qui pourrait grâce à une politique de mise en place de lobbying devenir attrayant pour les investisseurs d’autant plus qu’il possède plus d’avantages comparatifs mais qui ne sont pas exploités et ce afin de contribuer au retour à une croissance durable, étant mono exportatrice à 98% d’hydrocarbures à l’état brut ou semi- brut. 
Elle doit utiliser à bon escient les 143 milliards de dollars de réserves de change par une réorientation de toute sa politique économique en se fondant sur une gouvernance rénovée une lutte contre la bureaucratie néfaste pouvoir numéro qui décourage toute initiative créatrice, favorisant la sphère informelle dominante qui engendre la corruption , et donc la réhabilitation de l’entreprise et son fondement le savoir .

4- Les réformes économiques avec plus de justice sociale, culturelles (le droit à la différence) plus de moralité des dirigeants et politiques est inséparable de l’instauration d’une économie de marché plus humanisée, comme le montre l’actuelle crise mondiale dont l’origine est cette financiarisation accrue déconnectée de l’économie réelle, ce divorce entre le partage des salaires déclinants et les profits spéculatifs dominants. 
Ce système des relations économiques internationales accentue la bipolarisation Nord/Sud, la pauvreté préjudiciable à l’avenir de l’humanité, accéléré d’ailleurs par les gouvernances les plus discutables de la part de la plupart des dirigeants du Sud.
Il s ‘agit donc ensemble de favoriser des Etats de droit, la démocratie, du respect du droit de l’homme de la promotion de la condition féminine qui conditionnent largement la réussite de cette grande entreprise qui interpelle notre conscience méditerranéenne commune et nous imposent de contribuer efficacement, à la construction de l’espace social méditerranée, berceaux des civilisations, facteur d’équilibre stratégique de la planète et vecteur de la paix dans le monde et ce par le co-développement, loin de tout esprit de domination.
Plus précisément , une coopération rénovée entre l’Algérie et la France , dans le respect mutuel, densifiant le tissu PM/PME, le tourisme, l’agriculture, le développement des énergies alternatives tenant compte du défi écologique ( le solaire dont l’Algérie recèle d’importantes potentialités), tout en tenant compte que l’Algérie est un partenaire stratégique pour l’approvisionnement énergétique de l’Europe en est souhaitable pour favoriser cette production et exportation hors hydrocarbures, seules conditions de résolution du for taux de chômage dont le triste image des harragas, produit du désespoir de la jeunesse, qui commence à prendre une proportion dangereuse et qu’il s ‘agit de ne pas banaliser.

5.- Face à la crise mondiale qui est une crise systémique dont l’origine est cette financiarisation accrue déconnectée de l’économie réelle, ce divorce entre le partage des salaires déclinants et les profits spéculatifs dominants),il y a urgence d’une économie de marché plus humanisée et d’un rôle plus accru tant d’organes supranationaux que de l’Etat régulateur afin de concilier les coûts sociaux et les coûts privés :mais attention de pas briser l’énergie créatrice par un volontarisme étatique source de bureaucratie paralysante. C’est dans ce cadre qu’aux tensions et aux conflits doivent se substituer la coopération et un dialogue soutenu pour éviter des factures douloureuses. 
L‘Algérie a toutes les potentialités pour devenir une grande puissance régionale et être un acteur de premier plan dans l’équilibre de la région. Pour cela, entre l’Algérie et la France des stratégies d’adaptation au nouveau monde sont nécessaires, étant multiples, nationales, régionales ou globales, et mettent déjà en compétition/confrontation des acteurs de dimensions et de puissances différentes et inégales Incluse dans une sous- région qui n’en finit pas de vouloir se construire et évoluant dans un environnement géopolitique régional que des acteurs majeurs façonnent aujourd’hui à partir de leurs intérêts et des préoccupations l’Algérie qui est sortie d’une épreuve particulièrement éprouvante et tragique entre 1990/2000, est appelée à se déterminer par rapport à des questions cruciales et à relever des défis dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils dépassent en importance et en ampleur ceux qu’elle a eu à relever jusqu’à présent. 
Aussi, face aux mutations tant internes que mondiales qu’aux enjeux géostratégiques, la Méditerranée doit être un véritable lieu de culture, la culture étant entendue comme processus historique et relationnel et l’Algérie et la France peuvent y contribuer si ‘on dépasse les passions. Certes, les relations entre la France et l’Algérie sont souvent passionnées pour des raisons historiques à l’image d’un vieux couple. 
Mais, je suis persuadé du nécessaire rapprochement entre l’Algérie et la France d’une intensification de la coopération à la mesure du poids de l’histoire qui nous relie, ne devant pas oublier la coopération an matière de lutte contre le terrorisme qui est une menace planétaire. Il appartient notamment les hommes de culture, (les médias des deux pays ayant un rôle déterminant à jouer), aux opérateurs et aux politiques des deux rives de la méditerranée de dépassionner les relations car l’histoire commune bien que mouvementée, nous impose d’entreprendre ensemble.

En résumé, bien que les autorités algériennes et françaises reconnaissent que le cas du ministre de l’Industrie algérien dans le cas du scandale financier relevé par l’enquête de "Panama papers" relevant de la justice algérienne, les ont mis dans l’embarras, les tensions actuelles ne sont que passagères l’intensification de la coopération ne sera possible que si l'Algérie et la France ont une approche réaliste se fondant sur un partenariat gagnant-gagnant loin du mercantilisme. Les deux pays doivent avoir une vision commune de leur devenir afin également de contribuer ensemble à la stabilité régionale conditionnée par un véritable développement. Il s’agit en ce monde impitoyable de préparer ensemble l’avenir par le respect mutuel. C’et dans ce cadre que doit rentrer un co-partenariat entre l’Algérie et la France, loin de tout préjugé et esprit de domination.

Dr Abderrahmane Mebtoul (Professeur des Universités, Expert International) - Source de l’article Le Matindz

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