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lundi 14 mars 2016

Quand le Maroc et la Méditerranée s'invitent à la Fashion Week de Paris


La Fashion Week de Paris vient de se terminer, emportant avec elle son flot de nouvelles créations vestimentaires pour l’automne-hiver 2016-2017. Le HuffPost Maroc est parti à la recherche des fragments du Maroc, et des styles de l’Afrique du Nord et du bassin méditerranéen au cœur de ce carrefour international de la mode, prescripteur des nouvelles tendances.

Dès le premier jour de la Fashion Week Paris mardi 1er mars, Liselore Frowlin, lauréate du Festival de Mode et de Photographie Hyères 2015, annonce la couleur en faisant défiler un look vert et rouge, comme un rappel du drapeau marocain. Un bon présage…

Echarpe extra large à pois optique en laine mérinos vert et rouge
La saison automne hiver 2016-2017 sonne la fin de la mini cintrée. A quelques rares exceptions près, les robes et les jupes de la prochaine saison s’allongent pour descendre en dessous du genou, à mi-mollets (plus moderne encore) ou même aux talons, dans un revival seventies ou, plus simplement, pour une tenue de soirée. Nous en conviendrons toutes et tous: cette tendance est plus praticable pour les Marocaines mais aussi pour les Occidentales, lassées d'une féminité toute en jambes qui sied mieux aux adolescentes.

Si l’allure est assagie, simplifiée d’une certaine façon, elle gagne en féminité. Et c’est sans doute dans la forme du caftan marocain, summum de l’habit pratique, à dimension internationale et à l’esthétique multiple, que les créateurs et marques ont puisé une part de leur inspiration. Car, à observer de près, quels sont les "must" de la saison future? Silhouette droite, ample, confortable, sans col (ou rond), manches couvrantes, ouverture facile et taille marquée par une large ceinture… N’y a-t-il pas là les signes modernes du costume d’apparat, de la djellaba ou du bournous?

Copyright: Pixel Formula
Quant au plus parisien des stylistes américains, Rick Owens, il offre une vision personnelle du nomadisme urbain en adaptant librement les tenues des Berbères du haut Atlas. Emmitouflées dans des modèles savamment drapés, ses mannequins défilent comme si elles ne pouvaient jamais se poser, s’arrêter, se sédentariser…


Christophe Guillarmé, électron libre de la mode parisienne, connu au Maroc pour ses shows aux Fashions Weeks de Marrakech et Casablanca et pour le vestiaire qu’il met à la disposition des VIP au Festival international du film de Marrakech (FIFM), est lui aussi inspiré par le Maroc. Il revisite la gandoura en version courte et donc sexy. La comédienne et réalisatrice Saïda Jawad a visiblement apprécié la performance. "Ce que j’aime chez Christophe Guillarmé, nous confie-t-elle en front row, c’est qu’il ose!".

Christophe Guillarmé en compagnie de Saïda Jawad/Aïda Touihri, Saïda Jawad, Laurence Roustandjee.
Le mélange de matières (dentelles, mousseline…), couleurs, imprimés et brillances (lamés, paillettes, velours frappés chatoyants…), typique du goût maghrébin, a véritablement envouté les podiums parisiens et réfréné les tentations austères du "less is more". Dans cette mouvance, citons les robes Lanvin (mixtes de dentelles argentées), le pantalon façon sarouel scintillant d’Ann Demeulemeester ou encore la cape qui ouvre le défilé de Pascal Millet. Pièce maîtresse de la collection, le final de Louis Vuitton est une robe dont le plastron en paillettes brodées est l’illustration mode d’un motif de tapis persan.


La Maison Christian Dior, emblème du chic parisien, ose une robe brodée à effet brillants tout en jouant sur des yeux charbonneux qui évoquent le maquillage au khôl. Quant à l’accumulation de sautoirs qui orne les robes Chanel, dessinées par Karl Lagerfeld, elle fait revivre l’abondance des parures traditionnelles, jusqu’à utiliser le fameux œil bleu de Fatima (Nazar Boncuk), célèbre chez les Turcs.

1ère photo: Robe brodée en soie bleue encre sur haut zippé en satin noir (Dior)
Alexis Mabille surfe lui aussi sur l’œil "contre le mauvais œil" avec un collier rond en agate bleue et développe un imprimé rayé que nous pouvons visuellement associer aux capes en laine du groupe d’Aït Hadiddou de la fraction des Aït Brahim.

Au jeu des références, il faut saluer le formidable élan des Libanais qui ont su s’imposer sur la scène parisienne. Élie Saab, premier du genre, dévoile une allure gipsy, que nous pourrions qualifier de "Chaabi Chic", eu égard au nouveau lifestyle à la mode au Maroc et en Tunisie.

Lors d’une présentation au Plaza Athénée, Zuhair Murad casse les codes en mixant mousseline pailletée et blouson noir. Enfin, Georges Hobeika a une approche subtile, presque nippone, avec des broderies florales faites main, minimales, ultra délicates. L’esprit babouche se retrouve dans ses mocassins à brides.


Quid de la présence des marques marocaines?

Le seul à avoir osé se mesurer à ce challenge est Fahaid Sanober, pakistano-marocain, originaire d’Oujda. Son thème? "Bonnie and Clyde: un hiver à Miami".

Mais c’est dans les salons professionnels que les marques marocaines se frayent un chemin honorable vers les acheteurs internationaux. Exposante au salon international des créateurs de mode Tranoï Carrousel du Louvre, dont la direction artistique est assurée par Armand Hadida, natif du Maroc, la marque En Shalla commercialise des sacs en cuir souple frangé, travaillé dans l’extension marrakchi de la Tannerie Mégisserie française de la Molière.


Les écharpes Léo Atlante (Marrakech), dont les points de broderie (le Randa et le point de Fès) sont issus de la tradition, exposent au salon des accessoires de mode Première Classe Cambon, dans la légendaire rue de la boutique Chanel.

Christophe Blateau et Manu Anessi
En même temps que 100 Escales, un projet dirigé par Emile Kremer. Cette ex-journaliste a choisi de mettre à l’honneur le précieux savoir-faire et l’identité créative des artisans, situés entre Marrakech et Agadir (notamment ceux de Tafraout), à travers une sélection de sacs en cuir brodé, paniers en osier et cuir tressé ou couvertures vintages de l’Atlas… Des articles ciblés pour toucher une clientèle citadine, friande d’art traditionnel.


Et puisqu’il est question d’art, concluons cette promenade narrative au cœur de la Fashion Week de Paris par une soirée à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent qui consacre (fait inédit) une exposition aux robes sculpturales de Noureddine Amir. 
La magnifique mise en scène et la force des modèles montrent le potentiel réel des créateurs marocains. L’ouverture simultanée des musées Yves Saint Laurent à Paris et à Marrakech, à l’automne 2017, sera sans aucun doute le meilleur garant de cette (ef)fusion entre le Maroc et la France.

Source de l'article Huffpostmaghreb

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