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mercredi 18 janvier 2017

Le phénomène des harragas, les migrants algériens, ne faiblit pas

On les appelle les harragas. Il s’agit des migrants algériens, qui tentent par milliers, chaque année, la traversée clandestine de la Méditerranée en direction de l’Union européenne. Focus sur un phénomène méconnu.


La chasse aux migrants subsahariens transitant par le territoire algérien, lancée par Alger en décembre dernier, a focalisé l’attention des médias locaux et internationaux et contribué à remettre l’Algérie sur la carte de la crise migratoire.

Mais elle masque en partie un autre phénomène qui prend de l’ampleur, selon la presse algérienne : le départ clandestin de ses propres citoyens. L’Algérie est classée, en 2015, au 9e rang des pays d’origine de migrants clandestins arrivés aux frontières extérieures de l’Union européenne (UE), selon un rapport de l’ONG "Algeria Watch".

En Algérie, on appelle ces migrants les "harragas", en arabe les "brûleurs". En l’occurrence, des "brûleurs" de frontières. En quête d’un meilleur avenir et faute de visas, plusieurs milliers d’Algériens décident chaque année de quitter clandestinement le pays sur des embarcations légères, et de traverser la Méditerranée en direction de l’Italie ou de l’Espagne, le plus souvent au péril de leur vie.

Absence de perspectives

Selon le quotidien El Watan, le phénomène des harragas, qui est apparu au milieu des années 2000, a pris ces derniers mois "de plus en plus d’ampleur et suscite de nombreuses interrogations chez les services compétents". Du côté de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), on estime que cette tendance ne risque pas de s’inverser, certains départs étant désormais signalés depuis les côtes algéroises, jusqu’ici relativement épargnées par le phénomène.

Mais l’absence de statistiques officielles, qui ne dénombrent que les arrestations de harragas, sans prendre en compte tous ceux dont la route s’est brutalement arrêtée en pleine mer, ne permet pas d’apprécier précisément le phénomène.

Ainsi, en 2016, selon un décompte publié par la LADDH, plus de 1 200 harragas ont été empêchés de quitter le pays par les gardes-côtes algériens. L’année 2017 semble suivre la même tendance, avec l’arrestation de 85 harragas, pour la seule nuit du 3 janvier, notamment dans la ville d’Oran. Depuis 2005, près de 10 000 harragas ont été "secourus" par la marine algérienne.

"Ce drame est en cours depuis plusieurs années et ses causes que sont l’absence de perspectives, la crise économique, la lassitude du quotidien et l’aspiration à une vie meilleure, n’ont pas été traitées par les autorités compétentes" explique Abdelmoumen Khelil, secrétaire général de la LADDH, interrogé par France 24.

"Des femmes, des mineurs, des anciens et des diplômés"

"Toutes les catégories de personnes sont touchées par le phénomène, pas seulement les pauvres ou les chômeurs, et si la majorité des candidats au départ sont des hommes de moins de 30 ans, il n’en reste pas moins que parmi les harragas, il y a des femmes, des mineurs, des anciens et des diplômés", précise-t-il.

S’il échappe à la mort pendant la traversée, le harraga s’expose aux mêmes obstacles que les migrants partis du Maroc, de Tunisie ou de Libye. En 2014, près de 13 000 migrants algériens ont été arrêtés aux frontières européennes.

S’il est récupéré par la marine algérienne avant d’entamer la traversée de la Méditerranée, le harraga est systématiquement poursuivi par la justice de son pays, et souvent condamné à des amendes pour "tentative d’émigration clandestine". Voire à des peines de prison. "Nous condamnons la loi de 2009 qui criminalise la harga, car elle est contreproductive, dénonce Abdelmoumen Khelil. Elle ne répond pas à la problématique qui pousse ces gens à risquer leur vie en mer."

Et de conclure : "Au lieu de punir, l’État devrait adopter des politiques efficaces à même de retenir ces jeunes en leur permettant de jouir de véritables opportunités économiques sur place, tout en négociant des accords afin que des visas soient plus facilement accordés aux Algériens désireux de tenter leur chance à l’étranger."

Source de l'article France24

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