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dimanche 8 décembre 2013

Colocalisation en Méditerranée : Témoignages d'entrepreneurs

Colocalisation : Témoignages d'entrepreneurs 
Riad Salamé : L’intérêt de la colocalisation est évident pour les pays des deux rives de la Méditerranée....(Source IPEMED)

Entretien avec Riad Salamé, Gouverneur de la Banque centrale du Liban

Comment permettre la reprise de l’activité dans la région euro-méditerranéenne ?
La région méditerranéenne est malmenée financièrement et le recours à un instrument pour financer l’activité, permettant le développement d’une région économique autour de la Méditerranée, est nécessaire. Mais cela paraît difficile sans l’intervention de l’Europe et des pays du Golfe, que nous devons sensibiliser pour atteindre cet objectif.
Aujourd’hui, rien de concret n’a été réalisé pour la création de cet outil financier. Il y a des années, nous avions proposé une banque méditerranéenne, un projet qui n’a pas vu le jour et la conjoncture actuelle n’est pas favorable. Le manque d’impulsion politique est évident car les préoccupations sont ailleurs. Il y a néanmoins urgence à trouver des outils de financement pour la production parce que la Banque mondiale, le FMI ou la BEI ne peuvent pas tout faire. Et les défis posés par les mouvements de contestation dans la région doivent être relevés par les nouveaux pouvoirs.
Les membres de cette banque devraient être les pays qui ont contribué à sa formation et à son financement en étroite collaboration avec des institutions internationales afin d’avoir une réelle objectivité dans les projets à financer. Sans oublier les institutions arabes comme le Fonds monétaire arabe. 

La colocalisation est-elle une solution ? 
L’intérêt de la colocalisation est évident pour les pays des deux rives de la Méditerranée car on pourrait ainsi gagner en compétitivité, créer des emplois – une des raisons majeures des révolutions arabes – et améliorer le pouvoir d’achat. Mais pour cela il faut des moyens financiers adaptés, faire un travail au niveau de la juridiction, libérer les mouvements de capitaux, faciliter l’accès à la propriété et favoriser la création de sociétés. 

Comment le Liban réagit-il aux soubresauts que connaît la région ? 
Le Liban a d’énormes défis à relever alors qu’il n’a pas de gouvernement: plus d’un million de refugiés syriens sont sur son territoire, ce qui représente un coût direct de trois milliards d’euros, selon la Banque mondiale, soit 7% de son Pib intérieur. L’économie devrait néanmoins croître entre 2 et 2,5 % cette année avec une inflation comprise entre 3,5 et 4%. La situation monétaire est stable tout comme sa monnaie, la livre. Les dépôts bancaires augmentent de 7% car la confiance existe dans le secteur financier. 
Grâce à cette confiance, les rapatriements de fonds de Libanais représentent 20 à 30% du Pib. Une économie se fait à l’extérieur, soutenant l’activité intérieure qui, elle, n’est pas affectée par la situation politique. 

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Bachir Rachdi : La colocalisation dépasse la compétitivité-coût, pour investir des dimensions plus globales...(Source IPEMED)

Entretien avec Bachir Rachdi, PDG d’Involys, société marocaine d’ingénierie et de services informatiques.
La colocalisation est un concept évolué qui vise une approche plus intelligente de l’organisation de la production pour mettre à profit les atouts d’opérateurs et d’installations réalisées dans des pays différents, dans le but d’atteindre une compétitivité qui n’existerait pas autrement. Ainsi la colocalisation dépasse la compétitivité-coût, pour investir des dimensions plus globales, telles que la complémentarité des compétences et des capacités d’innovation, une plus grande maîtrise des marchés et de la diversité des environnements qui les régissent. Si le terme de colocalisation est une invention récente, la pratique ne l’est pas. Dès le début des années 1980, nous avons mis en place deux entreprises sœurs, l’une à Casablanca et l’autre à Paris, avec des actionnaires communs (la partie marocaine) et des atouts complémentaires (en termes de mobilisation de compétences et d’expertises, d’innovation profitant de larges programmes immobiliers et hôteliers) qui ont pu mettre sur le marché le premier logiciel de cao pour les métiers du bâtiment, dont la propriété intellectuelle était partagée. 

La colocalisation peut-elle améliorer la complémentarité entre les deux rives de la Méditerranée et constituer un axe Europe-Maghreb-Afrique?
Le développement du continent africain et son potentiel ne font plus de doute. Tous les acteurs en provenance de tous les pays, cherchent à se positionner pour y prendre part. Dans notre modeste périmètre d’intervention, je peux citer le dernier exemple : l’élargissement de la zone de couverture géographique pour qu’elle prenne en compte toute l’Afrique, dans l’accord que nous avons conclu depuis 2009 avec une ssii roumaine. Cet accord, dit symétrique, permet de développer conjointement des projets communs sur des territoires couverts par chacune de nos deux entreprises (Afrique d’un côté et Europe de l’Est de l’autre), avec les produits et les solutions de l’autre entreprise. 

Quel est l’atout majeur de la colocalisation? 
C’est son effet levier sur la performance et la compétitivité. Un effet qui devient incontournable pour gagner la guerre de positionnement sur les marchés. 

Propos recueillis par Agnès Levallois - Source IPEMED

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