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mercredi 19 avril 2017

Le réveil du tigre économique tunisien

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Tunis a résolument décidé d’écrire son histoire économique. Conférence internationale Tunisie 2020 en fin 2016, vote d’une loi favorable aux investissements début 2017 et proactivité diplomatico-économique africaine ces jours-ci, la stratégie tunisienne est clairement de harponner la réussite économique. 

Mais la réussite passera obligatoirement par le respect d’un incontournable triptyque.


Tunis a résolument décidé d'écrire son histoire économique. Conférence internationale Tunisie 2020 en fin 2016, vote d'une loi favorable aux investissements début 2017 et proactivité diplomatico-économique africaine ces jours-ci, la stratégie tunisienne est clairement de harponner la réussite économique. Mais la réussite passera obligatoirement par le respect d'un incontournable triptyque. 

Défendre le tunisian state branding

"La conférence Tunisie 2020 nous a de nouveau rendus visibles sur les radars économiques mondiaux". Fadhel Abdelkefi, ministre tunisien en charge des investissements, et son équipe ont effectivement bien joué sur ce dossier. La conférence, internationalement reconnue comme étant une réussite, et largement médiatisée sur tous les supports de communication écrits ou réseaux sociaux, avait redonné une visibilité mondiale forte à la Tunisie en dissipant le brouillard de doutes économiques qui s'était peu à peu développé après 2011. 

Et cette donnée de la visibilité positive, en ces temps où l'information se propage aussi vite qu'elle influence, est sans doute l'un des piliers essentiels de la réussite économique d'un pays. 

Mais si la Tunisie a réussi "ce coup", qui lui permettra pendant quelque temps de capitaliser une image positive, elle doit désormais s'inscrire dans une démarche structurelle de défense de son brand. C'est une véritable et constante musique de fond médiatique qu'il faut entretenir, à l'échelle mondiale, sur les réseaux sociaux via des influenceurs ou micro-opérations de communication ciblées ; en ces temps d'hyperconnexion mondiale où l'information arrose continuellement le simple citoyen comme le top dirigeant, il ne s'agit plus d'avoir une simple démarche de communication, mais bien d'adopter une posture informationnelle énergique, voire "agressive". 

Sur ce sujet, en ces temps d'influence, il faut noter que les recours jadis efficaces aux communiqués étatiques, même frappés du sceau de l'autorité officielle ou les recours aux importants cabinets de communication, ont perdu de leur portée. 

En tous cas, cette protection dynamique du state branding revêt actuellement une importance d'autant plus particulière que de plus en plus d'États ou d'acteurs importants privés utilisent des outils sophistiqués pour mener de véritables guerres informationnelles afin de saper l'image d'adversaires étatiques et in fine de les affaiblir économiquement. 

Monter sur le ring diplomatico-économique

De façon quasi-inédite, pour la Tunisie en tous cas, le premier ministre tunisien, Youssef Chahed, s'est lancé depuis janvier 2017 dans un véritable marathon diplomatico-économique africain. L'objectif étant de renforcer des liens vis-à-vis de pays, dont le potentiel économique était jusque-là peu exploré. Et les enjeux sont clairs, davantage exister sur ces marchés dans le cadre d'un jeu gagnant/gagnant. 

Ainsi, si le dossier tourisme, en raison de son historique importance économique sur le marché de l'emploi tunisien et de son apport en devises, reste une priorité pour les décideurs tunisiens, il ne s'agit plus de s'y cantonner. Tunis, par cette démarche active diplomatico-économique, sort définitivement de sa zone de confort traditionnelle. 

Mais là aussi, il faut bien viser juste dès le départ. En effet, si la démarche est à souligner positivement, elle doit se faire selon une méthodologie bien précise. L'Afrique n'est pas un Far West vide de toute concurrence. La Chine s'y active, les pays d'Europe y sont traditionnellement présents ainsi que les États Unis. Quant à la Russie, elle s'y développe. Quand les pays sus visés visitent les pays africains, ils y vont avec les fleurons de leur économie. Ce sont ces entreprises vitrines qui serviront ensuite d'"ouvreurs de portes" aux plus petites PME qui suivront. 

Garantir la stabilité gouvernementale

Même si ce n'est pas la seule raison, l'instabilité gouvernementale depuis 2011 a considérablement affaibli économiquement la Tunisie. Les statistiques qui vont suivre sont d'ailleurs édifiantes ! 
Durant l'ère politique de Bourguiba, qui a duré 30 ans (de 1957 à 1987), il y a eu 5 Premiers ministres, soit un changement de gouvernement tous les 6 ans. 
Durant le règne de Ben Ali, qui a duré 24 ans (de 1987 à 2011), il y a eu 3 Premiers ministres, soit un changement de gouvernement tous les 7 ans. 
Depuis 2011, c'est-à-dire depuis 6 ans, il y a eu pas moins de 9 Premiers ministres, soit un changement de gouvernement tous les 6 mois en moyenne. 
L'instabilité gouvernementale tue la croissance, car elle prive les investisseurs de visibilité et entame leur confiance. 

Au moment où nous écrivons ces lignes, l'activisme économique tunisien commence à payer. Le Royaume uni, via son ambassadrice en Tunisie, vient d'indiquer que la Tunisie est en passe de devenir un hub incontournable pour se développer en Afrique. La Chine vient d'envoyer une importante délégation gouvernementale et d'hommes d'affaires pour étudier les perspectives de partenariat avec Tunis. 
Après avoir rédigé son histoire démocratique, la Tunisie a définitivement décidé d'écrire son histoire économique. 

Par Jamel Dridi - Source de l'article Les Echos

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