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mercredi 12 octobre 2016

L’étonnante discrétion des fonds d’investissement français en Afrique du Nord et en Afrique en général

Sur les dernières années, en moyenne, plus ou moins 10 milliards d'euros sont levés et plus ou moins 10 milliards d'euros sont investis. Les fonds d'investissements sont nombreux, sur tous les segments du marché et participent à la vie des PME et ETI françaises, pour leur financement et pour leur transmission.


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Par ailleurs, depuis plusieurs années, l'activité économique croit significativement dans de nombreux pays d'Afrique, notamment en Afrique francophone. Dans de nombreux pays d'Afrique, la moyenne annuelle de croissance économique entre 2013-2016 est supérieure à 5 % (Sénégal, Ghana, Nigeria, Kenya, Cameroun). En Côte d'Ivoire, elle atteint même des records à plus de 9 %. La plupart de ces pays connaissent également un élan de démocratisation depuis 4-5 ans, pour certains un peu plus.

C'est le cas au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Bénin, au Mali, au Burkina Faso, au Ghana ou encore au Nigéria. Cette démocratisation se fait malgré la menace de déstabilisation de Daesh /Aqmi, que nous connaissons également en Europe. Sur ce plan, nous sommes tous concernés. En outre, plusieurs de ces pays connaissent une véritable intégration économique et juridique.

Par exemple, les huit pays de l'UEMOA (Sénégal, Mali, Burkina Faso, Bénin, Togo, Côte d'Ivoire, Niger et Guinée-Bissau), représentant 100 millions de personnes, ont une monnaie unique, avec une liberté de circulation des personnes, des biens et des marchandises, une seule banque centrale (et un système équivalent au passeport européen en matière bancaire).

Un système quasi aussi intégré existe entre les pays de la CEMAC qui représente 6 pays francophones avec 45 millions de personnes. Ces 14 pays ont le même droit des affaires (le droit OHADA).

Les grandes entreprises françaises sont assez présentes dans la région, avec notamment les banques BNP Paribas et Société Générale, Axa, Orange, Bouygues, Bolloré, etc., malgré la concurrence accrue des entreprises venant d'Inde, de Chine ou du Maroc.

Dans cet environnement, l'activité du capital investissement se développe progressivement et sûrement. L'activité est maintenant bien ancrée au Maroc et en Tunisie, les derniers chiffres présentés par les associations locales des fonds d'investissement pour 2015 (l'AMIC et l'ATIC) en attestent.

En Afrique Subsaharienne, l'activité est moins ancrée (malgré des disparités - elle est bien implantée au Nigéria ou au Kenya par exemple et bien entendu en Afrique du Sud), mais elle se développe rapidement depuis 5-6 ans, aussi bien pour financer les entreprises locales que pour faciliter leur transmission.

Les fonds intervenant dans la région et sur le continent sont d'horizons divers, avec des fonds du Moyen-Orient (Abraaj notamment), un fonds tunisien (AfricInvest) particulièrement actif, quelques fonds marocains (mais qui restent au Maroc), des fonds anglais et anglo-nigérian, américains, etc.

Or, dans cet environnement, les fonds français sont, de manière inexpliquée et surprenante, peu présents ou plus exactement sous-représentés. Parmi les 25 principaux acteurs du capital investissements dans la région (en incluant les acteurs publics ou rattachés aux Etats européens - Proparco, CDC, DEG, FMO, Bio invest notamment) (hors Afrique du Sud), on ne retrouve pas plus de cinq acteurs français.

Il y a deux fonds d'origine française, I&P et Amethis, et un fonds franco-américain, ECP. La coopération française, via Proparco (du Groupe AFD), est assez présente. La société d'investissement Wendel a fait des investissements "spectaculaires" en 2013 et 2014 qui ont gonflé les chiffres des fonds investis par les acteurs français. Un fonds d'infrastructure Inframed intervient, mais au Maroc uniquement. Parmi les 25 principaux acteurs, les fonds anglo-saxons sont bien entendu assez présents.

Cette discrétion relative, même si on retrouve des institutions françaises comme "financeurs" des fonds, est étonnante compte tenu de l'évolution économique de la région, de la présence des entreprises françaises, du caractère intégré (économiquement) de certains groupes de pays, du fait que le français est parlé sur quasiment la moitié du continent et du fait qu'une partie du droit des affaires locales est très inspirée du droit français.

Cette réalité devrait néanmoins évoluer dans les prochaines années et on devrait voir de nouveaux fonds français intervenir dans la région. Espérons-le. En effet, l'association française des investisseurs pour la croissance (AFIC) qui est l'association professionnelle des fonds d'investissement en France vient de constituer, en son sein, en 2015, un club Afrique pour regrouper tous les acteurs du métier intéressés par l'Afrique. Un livre blanc vient d'être produit sur le sujet.

Il s'agit de regrouper les intérêts, de mobiliser les acteurs, de les sensibiliser à la réalité économique locale, au-delà de certains clichés, pour les encourager à lever des fonds dédiés à des investissements en Afrique et pour s'intéresser aux marchés régionaux du continent. Il y a un enjeu économique et social pour tous.

En effet, en Afrique (avec sa population de plus de 1 milliard de personnes actuellement), les besoins de financement des entreprises locales sont clairs et les banques locales ne peuvent pas répondre à toutes les demandes.

Les besoins de renforcement des PME et ETI locales est nécessaire, aussi bien d'un point de vue financier que d'un point de vue de la gouvernance. Par ailleurs, il y a bien un ou des marchés locaux de consommations ou d'infrastructures. Toutes les études macroéconomiques et démographiques convergent pour dire que les besoins en infrastructure, en biens de consommation et en financement sont colossaux pour les 30 prochaines années.

Par ailleurs, en France, il n'est pas infondé pour les fonds français de se développer dans la région pour gérer leurs actifs et pour accompagner les PME et les ETI françaises dans leur développement dans la région. Les perspectives économiques montrent qu'il y a un intérêt économique. Il ne faut pas passer à côté de ces investissements et de ces opportunités.

En effet, une étude récente de l'EMPEA (Emergent markets private equity association) de 2016, intitulée Global limited Partners Survey Investors'Views of Private Equity in Emerging Markets montre que l'Afrique subsaharienne est la 3e région la plus attractive pour les investisseurs de fonds (GP's) derrière l'Asie du Sud Est et l'Inde, mais devant l'Amérique latine, la Chine, le Brésil la zone Mena ou la Russie.

Il est donc nécessaire que les fonds français saisissent les opportunités d'investissement en Afrique, qui constitue pour les Français, un continent beaucoup plus accessible que l'Asie ou l'Amérique latine. Il ne faut pas manquer le potentiel de croissance et au-delà du potentiel, le début de réalité économique. Certes, la concurrence s'accroît, mais le marché grossit. Il y a donc des opportunités.

Par Jawad Fassi Fheri - Source de l'article Les Echos

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