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samedi 25 mars 2017

Les industriels tunisiens voient la reprise se profiler


Dopé par des volumes d’investissement en hausse, le secteur industriel tunisien prend de l’élan, essentiellement mû par la production de pièces détachées pour des entreprises internationales de construction automobile et aéronautique.

La production industrielle de la Tunisie avait légèrement baissé ces dernières années, retombant en deçà des niveaux pré-révolutionnaires. Les données publiées par le Ministère de l’Industrie et du Commerce montrent cependant que le secteur a attiré 2,87 milliards de dinars (1,18 milliard d’euros) d’investissements au cours des 11 premiers mois de 2016, enregistrant une hausse de 23,8% en glissement annuel et alimentant l’espoir d’une reprise.

La production de pièces détachées en tête

Les industries mécaniques, électriques et électroniques (IMEE) de Tunisie ont accompli des résultats particulièrement solides, se taillant la part du lion en termes de flux d’investissement entrants. L’investissement dans les IMEE a atteint 572 millions de dinars (235 millions d’euros) à la fin novembre, en hausse de 106,8% en glissement annuel. Selon l’Agence de Promotion de l’Investissement Extérieur (Foreign Investment Promotion Agency, FIPA) du pays, le taux de croissance annuelle moyen du segment dépasse à présent les 13%.

Le panorama des IMEE du pays est dominé par la fabrication de câbles, de transformateurs, de circuits électroniques et d’autres pièces mécaniques pour des entreprises étrangères opérant principalement dans les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique.

Plus de la moitié des capitaux investis dans les IMEE provient de l’extérieur du pays, les entreprises étrangères ayant à coeur de tirer parti des avantages offerts par la Tunisie, au nombre desquels sa proximité au marché européen, et une main d’oeuvre qualifiée et relativement peu coûteuse.

Expansion internationale

La Tunisie est le deuxième producteur de composants automobiles en Afrique, devancée par le Maroc, selon la FIPA. Selon les données recueillies par l’Association tunisienne de l’industrie automobile (Tunisian Automotive Association), la contribution au PIB du segment s’est établie autour de 4% au cours des dernières années.

Le sous-secteur est par ailleurs résolument tourné vers l’international, les sociétés basées à l’étranger représentant la moitié des 270 entreprises en activité sur le segment, et 180 d’entre elles étant totalement exportatrices.

Des constructeurs européens de référence projettent de renforcer leur présence dans le pays. Le français Groupe PSA, qui importe déjà les matériaux nécessaires à la production de plus de 250 millions d’euros de pièces détachées par an en Tunisie, devrait ouvrir une nouvelle unité d’assemblage de pick-ups dans le pays en 2018.

Le secteur attire également davantage d’entreprises asiatiques. Les constructeurs automobiles indiens Mahindra et Tata Motors ont inauguré des unités d’assemblage en Tunisie en 2013 et 2015 respectivement, tandis que le constructeur de bus chinois King Long prévoit d’effectuer un investissement estimé à 8 millions de dinars (3 millions d’euros) dans un projet similaire cette année.

Selon Lamia Fourati, directrice de la stratégie chez One Tech Holding, les investisseurs ont de plus en plus conscience que la Tunisie dispose des ressources et des compétences adéquates pour servir de centre industriel aux fabricants internationaux. “Le secteur industriel tunisien a acquis la maîtrise de la production en flux tendus, et, plus généralement, a adopté l’attitude requise pour accueillir un constructeur automobile”, a-t-elle déclaré à OBG.

Le segment des pièces détachées pour l’aérospatiale enregistre également des résultats solides, appuyé par la présence pérenne de constructeurs étrangers de composants d’avions tels que Stelia Aerospace et Corse Composites Aéronautiques qui, à eux deux, emploient près de 1 000 travailleurs en Tunisie.

Un troisième acteur, le français Figeac Aéro, a récemment annoncé l’acquisition de PECISS, une entreprise tunisienne de fourniture de services en technologies industrielles, pour se donner les moyens d’optimiser ses activités d’usinage. Qui plus est, Figeac Aéro va élargir son site de production près de Tunis de 30 000 mètres carrés afin d’y entreprendre des activités d’usinage de métaux lourds et de contrôles non destructifs.

Dans une déclaration aux médias datée de décembre, le ministre de l’industrie et du commerce Ziad Ladhari a révélé que les transactions sur le segment avaient été multipliées par 14 au cours de la dernière décennie, atteignant 535 millions de dinars (220 millions d’euros).

Un moteur fiable pour les exportations

Les IMEE représentent à présent 45% des ventes du pays, ayant ainsi contribué à accroître la valeur des exportations de 15,7% en 2016. La constance des résultats du segment devrait aider à atténuer l’impact des fluctuations de revenus dans les industries de matières premières, plus volatiles.

Les ventes internationales robustes de l’ensemble du segment des IMEE devraient également contribuer à compenser les performances en demi-teinte des segments des textiles et de l’habillement. Les deux domaines d’activité ont fléchi sous le poids de la concurrence venue d’Asie depuis que l’expiration de l’Arrangement multifibres en 2004 a mis un terme au système de quotas instauré par cet accord.

Entre 2005 et 2016, la Tunisie est passé du cinquième au neuvième rang des fournisseurs de textiles de l’UE. Les exportations de textiles ont également baissé de manière plus générale ces dernières années, bien qu’une hausse de 8,3% des ventes internationales en 2016 suggère la possibilité d’une reprise.

Vers une consolidation du secteur

Les industries manufacturières pesant 16,7% du PIB en 2015, le gouvernement s’est proposé de leur apporter un soutien redoublé. Au nombre des projets phares prévus sous l’égide du Plan National de Développement 2016-2020 figurent la mise en réserve de 1 315 hectares pour l’aménagement de zones industrielles et le développement d’une plateforme logistique multi-fonction pour les entreprises exportatrices d’un coût de 300 millions de dinars (123 millions d’euros) dans le gouvernorat de Zaghouan, au nord du pays.

De plus, un nouveau code de l’investissement visant à faciliter les démarches pour les investisseurs étrangers doit entrer en vigueur cette année. Le secteur pourrait également bénéficier des efforts de l’Union Tunisienne de l'Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, qui plaide pour un élargissement du champ des projets admis à recevoir des incitations fiscales. Présentement, celles-ci sont essentiellement réservées aux entreprises industrielles nouvellement créées, et non aux sociétés existantes cherchant à étendre leurs activités.

Source de l'article Oxfordbusinessgroup

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