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dimanche 27 janvier 2013

Le festival Présences et la Méditerranée


Le festival Présences est un rendez-vous incontournable de la musique contemporaine en France. Il se tient cette année jusqu'au 27 janvier à Aix-en-Provence dans le cadre de Marseille-Provence 2013 pour rendre hommage aux compositeurs de la Méditerranée. 400 artistes sont invités à interpréter 35 œuvres, dont 15 créations qui reflètent toute la richesse musicale du bassin méditerranéen.

Le Festival Présences, du 23 au 27 janvier à Aix-en-Provence, dans le cadre de Marseille-Provence 2013.
Ils viennent d'Egypte, de Jordanie, d'Israël et de Grèce, mais aussi d'Espagne, d'Italie et de France - 26 compositeurs issus de la Méditerranée font découvrir au public aixois les mystères de leur pays à travers leurs créations musicales. Ahmed Essyad initie son public aux secrets d'un cycle vocal intitulé Voix interdites.
« Ce sont des textes de Hussein Mansour al-Hallaj, un des plus grand mystiques musulmans du 10e siècle, explique Ahmed Essyad. Il a dit des choses essentielles en peu de mots, mais des mots taillés à une pointe de flèche, ils vous pénètrent directement, ils atteignent les cœurs par leur évidence, par leur lumière. Et cette voix lumineuse, claire, évidente a dérangé. Et c’est pour cela qu’elle est quelque part interdite. »
Le compositeur franco-marocain Ahmed Essyad colle parfaitement à la programmation méditerranéenne : « Je suis un gourmet qui prend son bien là où il est : sur les hauts plateaux, sur le massif central, à Paris, à Vienne, c’est aussi les musiques du haut Atlas, les grands chanteurs de Haleb, les Pygmées au Zaïre, les musiques hindoues. Je suis un peu à l’image de la Méditerranée ; je suis une confluence de ce qui arrive de droite, de gauche, de haut, d’en bas. »Chez lui, il y a aussi les femmes, rencontrées dans le haut d’Atlas : « les femmes qui trimaient, qui résistaient, des femmes soumises à l’araire, à l’orge, au bois, mais soumises aussi à la fête, à la joie. Alors, c’est à ces femmes oubliées, ignorées, occultées, que je rends hommage. »

« S’il n’y a pas de ponts, c’est l’enfer »
Tout comme son confrère du Maroc, le jeune Libanais Ibrahim Maalouf trouve son inspiration dans la diversité des cultures. « S’il n’y a pas de ponts, c’est l’enfer, déclare Ibrahim Maalouf. On va droit au mur s’il n’y a pas de liens entre nous, s’il n’y a pas de métissage, de mélange. » DansPoint 33, le trompettiste virtuose s'amuse à combiner son instrument fétiche à un chœur d'enfant et un orchestre philharmonique et assaisonne tout avec de la musique électronique. « Il y a même des passages assez hip hop où je fais chanter les chœurs et jouer l’orchestre du hip hop avec l’électro ce qui est assez rare, raconte Ibrahim Maalouf. Il y a aussi trois passages où le chef d’orchestre improvise, chose extrêmement rare aussi. J’ai des parties seules, de neuf ou dix minutes, et une suite de notes, évidemment elles sont écrites, mais je les joue comme si je les improvisais, donc il y a une part d’improvisation, mais mise en scène. »
C’est le Libanais Zad Moultaka qui ouvre et clôt le festival. « J’ai hérité des sonorités de la guerre libanaise. Je m’en suis rendu compte après avec l’utilisation des percussions. Ce n’est pas une question de violence, c’est une question de timbre. Par exemple, la grosse caisse qui peut rappeler les battements de cœur comme il peut rappeler les bombes. » Et le festival Présences 2013 réserve bien encore d'autres découvertes méditerranéennes : « On va entendre plusieurs pièces, dont Non, une pièce pour percussion et bande-son. J’ai écrit cette pièce en hommage à Samir Kassir, un journaliste franco-libanais [né d’un père d’origine palestinienne et d’une mère d’origine syrienne, ndlr], assassiné en 2005. C’est une pièce un peu violente, mais qui dit non à la violence. Et ensuite, il y a une autre pièce qui s’appelle Callara I. Callara, cela veut dire « se taire » et j’avais envie de travailler sur la notion du mutisme parce que je trouve qu’on est dans un monde un peu bruyant et qui parle trop. J’ai envie de réfléchir sur la manière de se taire. »
Par Carmen Lunsmann - Source de l'article RFI


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