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samedi 18 mars 2017

Brexit: Le Maroc est bien concerné

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C’est parti pour le Brexit. Le Parlement et la Chambre des lords viennent de donner leur feu vert pour le lancement des négociations. Quel effet sur le Maroc pour qui le marché britannique a pris de l’importance ces dernières années ? Les statistiques du commerce extérieur en font le 7e client et le 15e fournisseur. 

Certes, le Royaume-Uni n’est pas un partenaire commercial et économique de la taille de la France, de l’Espagne ou encore de l’Italie, mais cela n’exclut pas de risque indirect qu’il va falloir prendre en considération.

Sur les dernières années, ce marché a été au centre d’intérêt de plusieurs secteurs, notamment le textile, l’agro-alimentaire et l’automobile. A tel point que le montant des échanges a enregistré une progression soutenue. Avec un équilibre, voire parfois un excèdent en faveur du Maroc (voir encadré ci-contre). Aussi est-il d’urgence de lancer dès à présent des négociations avec Londres sur un accord de libre-échange.
Si la croissance marocaine n’est pas dépendante directement de celle de la Grande-Bretagne, elle demeure étroitement liée à celle du marché européen. Or, le climat d’incertitude créé par cette sortie risque de retarder la reprise de la croissance européenne déjà assez molle. L’incertitude conduit, en effet, à l’attentisme, décourageant ainsi la consommation des ménages et l’investissement des entreprises. Cela ne manquera pas d’impacter de manière négative notre croissance via le PIB non agricole qui dépend de la demande européenne: 60% des exportations. «D’autant plus que nos principaux partenaires, la France et l’Espagne, se débattent encore dans la morosité économique», relèvent de nombreux analystes.

Par ailleurs, de par son statut avancé avec l’UE, l’économie marocaine reste très arrimée à l’économie européenne, via une multitude d’accords commerciaux et de libre-échange. À moyen terme, et dans la perspective d’un effet domino poussant d’autres pays européens à résilier leur adhésion, cela risquera de compromettre l’intégration du Maroc à l’Europe. Surtout que les négociations de l’accord de libre-échange complet et approfondi entre le Maroc et l’UE peinent à démarrer. Ce risque politique à relents économiques est à prendre au sérieux. Puisque d’ici 2018, il y aurait 5 échéances électorales dans 5 des principales économies européennes.

Ceci, dans un contexte de remontée de l’euroscepticisme et de populisme. Sans oublier aussi le fait que la Grande-Bretagne s’érige en grand contributeur puisqu’elle assure 14% du budget de l’UE. Sa sortie va provoquer une révision à la baisse des aides destinées aux pays tiers dont le Maroc qui fait figure de premier bénéficiaire de la rive sud de la Méditerranée. Pour le moment, la perspective reste lointaine puisque les dons de la période 2014-2020 sont déjà arrêtés. Mais il est clair que le volume sera moins important après 2020. Ce qui exige dès à présent une réactivité de la part des gouvernants. Car, à moyen et long terme, les effets indirects du Brexit risquent d’être lourds à gérer.

Textile, la moitié de l’export
Le textile et l’habillement représentent l’essentiel des échanges entre le Maroc et le Royaume-Uni: 50% de l’export. Environ 30.000 Marocains sont employés dans cette industrie, à travers 150 usines. Le Maroc importe essentiellement des produits de confection et des accessoires pour vêtements (fils pour textile, tissus, articles de confection), des équipements de télécommunication et d'enregistrement de son, des machines spécialisées et des voitures de tourisme. A l’export, figurent les vêtements, les fruits et légumes, les engrais et les conserves de poissons.
Autres impacts...

■ Impacts juridiques sur les contrats commerciaux
Le Brexit pourrait être une opportunité pour renforcer les liens économiques maroco-britanniques. Jusqu’à la sortie définitive du Royaume-Uni de l’UE, les avantages fiscaux et tarifaires prévus par les dispositions douanières de l'accord d’association entre le Maroc et l’UE continueront de s’appliquer. Une fois la sortie négociée et actée, rien n’exclut la signature d’un nouveau traité bilatéral sur la question douanière. Cela signifie aussi des impacts juridiques sur les contrats commerciaux au Maroc (http://www.britcham.ma et notre édition N°4818 du 21/07/2016).

■ L'économie fait de la résistance
Alors que les scénarios les plus pessimistes prévoyaient un choc pour l'économie britannique dans la foulée du référendum du 23 juin ayant décidé le Brexit, celle-ci a fait preuve de résilience (une croissance de 2% en 2016 et un chômage stable à 4,8% fin décembre). Les prévisions pour cette année confirment le même taux (2%). Mais l'incertitude reste de mise pour l'avenir alors que certains indicateurs comme la consommation ou la production industrielle commencent à fléchir.

■ Le Commonwealth veut tirer partie
Les 52 pays membres de l'organisation veulent tirer profit de la future sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne pour relancer le commerce entre eux. Ils voient dans le Brexit une opportunité de renforcer leurs liens, aidés par une langue commune et des systèmes législatifs proches. La Première ministre britannique a insisté sur la construction d'un Royaume-Uni «ouvert sur le monde» qui signera ses propres accords commerciaux avec les Etats-Unis, les puissances asiatiques et les pays du Commonwealth. Les échanges économiques entre les pays membres de l'organisation représentent quelque 684 milliards d'euros, soit 15% du commerce mondial. Même si le Commonwealth, qui regroupe un quart des pays du globe, pèse pour près d'un tiers de la population mondiale.

Par Abdelaziz GHOUIBI |- Source de l'article l’Économiste

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