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samedi 18 mars 2017

La liberté religieuse étudiée sur les deux rives de la Méditerranée

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Le Collège des Bernardins inaugure un nouveau séminaire de recherche sur la liberté de religion autour de la Méditerranée.

Campagne d’arrestations de membres du mouvement ahmadi en Algérie. Procès pour « blasphème » au Pakistan ou en Égypte. Polémiques récurrentes en France sur certaines pratiques religieuses plus souvent musulmanes, mais aussi parfois juives, protestantes ou catholiques… Publication aussi l’an dernier, par une poignée d’oulémas marocain, d’un livre suggérant une autre interprétation du hadith (propos prêté à Mohammed) condamnant à mort les « apostats ».

La liberté de religion et de conviction est indéniablement d’actualité. Le mérite du Collège des Bernardins, - qui a choisi de lui consacrer un nouveau séminaire de recherche inauguré vendredi 3 mars - est d’avoir choisi de l’étudier simultanément sur les deux rives de la Méditerranée.

Sous plusieurs angles

A la suite des réflexions menées - en plein « printemps arabes » - sur la sécularisation (2010-2012), le dialogue interreligieux (2012-2014), la transmission du religieux (2014-2016), cette institution catholique de recherche et de formation, liée au diocèse de Paris, a choisi de creuser cette question de la liberté religieuse en Europe, au Maghreb et au Machrek, sous plusieurs angles : théologique, juridique, historique ou encore géopolitique.

« Nous avions croisé le thème lors de nos précédents travaux, plutôt sous l’angle du rapport entre majorité et minorités. Il était urgent de l’étudier comme un sujet en soi et en l’ouvrant à la dimension politique de citoyenneté », fait valoir Jacques Huntzinger, ancien ambassadeur de France, responsable du projet avec Valentine Zuber, professeur à l’École pratique des hautes études (EPHE) et le fr. Alberto Ambrosio, dominicain et théologien.

Représentations théologiques

Le séminaire, qui s’étalera sur dix séances thématiques jusqu’au 18 mai 2018, s’est ouvert vendredi 3 mars par des interventions croisées sur les « représentations théologiques de la liberté de religion et de conscience dans les trois monothéismes ».

L’articulation entre liberté de conscience (plus volontiers acceptée) et liberté de pratique (plus rarement autorisée), autrement dit entre « liberté du for interne et liberté du for externe », avec les problèmes juridiques et sociaux qu’elle suppose, a été abordée, dans une perspective historique, pour chacune de ces trois traditions. De même que les difficultés parfois liées au « conformisme social », ainsi que la question de la liberté d’expression des femmes dans et sur la religion.

Approfondir la laïcité

« Aujourd’hui, en France, la question est plus celle d’une coexistence de mœurs et de cultures que de croyances. Elle suppose un approfondissement du cadre de la laïcité pour permettre aux croyants de participer comme croyants aux débats de société », a fait valoir Hubert Faès, philosophe et professeur à l’Institut catholique de Paris (ICP).

Au plan théologique, l’ancien doyen de la faculté de philosophie de l’ICP estime que, si « le travail avance sur le pluralisme religieux », l’ecclésiologie - c’est-à-dire la réflexion sur la place de l’Église dans une société pluraliste -, elle, reste encore en retrait.

Difficulté en islam

Pour l’islam, Pierre Lory, professeur à l’EPHE, a souligné la « tension » existant entre des libertés prises en compte à des degrés divers dans les pays majoritairement musulmans et la difficulté à « fonder la pluralité religieuse sur l’exégèse » du Coran. « La souveraineté du sujet, libre de ses choix, se heurte aux dogmes du Coran parole de Dieu incréée et donc valable en tout temps et à celui de l’inimitabilité du prophète Mohammed », reconnaît-il.

Organisé en partenariat avec l’Institut européen en sciences des religions et la Fondation du Roi Abdul-Aziz à Casablanca, le séminaire fera intervenir des chercheurs des deux rives de la Méditerranée et s’accompagnera de conférences destinées au grand public à l’Institut du Monde arabe.

Le colloque conclusif aura lieu à la Beith al Hikma (Maison de la Sagesse), l’Académie des lettres, des sciences et des arts de Tunis.

Par Anne-Bénédicte Hoffner - Source de l'article La Croix

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