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dimanche 16 novembre 2014

La Méditerranée, contre vents et marées

Marseille accueille le forum « L’entreprise, moteur de la Méditerranée ». Cette zone du monde ne pourra pas sortir des troubles actuels sans le soutien des acteurs économiques.

Vue partielle ville port Marseille l'arrière-plan, basilique Notre-Dame Garde."L’entreprise, moteur de la Méditerranée". Ce thème de la deuxième édition du forum Med Business Days organisé par le Medef International à Marseille interroge tout chef d’entreprise qui place la Méditerranée au cœur de sa stratégie ; et plus spécifiquement un chef d’entreprise qui, comme moi, a grandi en Syrie et au Liban avant de choisir la France comme point d’ancrage pour développer un groupe maritime mondial, en partant de notre berceau, la « mare nostrum ».
Malgré tous les troubles qui ont marqué la région, CMA CGM n’a jamais cessé de servir le Moyen-Orient, depuis le lancement en 1978 de la première liaison maritime Marseille-Alexandrie-Beyrouth-Lattaquié. Une ligne de la France au Liban, en passant par la Syrie et l’Egypte, c’était alors un symbole, et cela l’est plus que jamais. 
Depuis, cette liaison a été développée sans interruption durant trente-six ans et le fait qu’elle fonctionne encore me semble un formidable signe d’espoir pour cette région, que je connais mieux que beaucoup et que j’aime plus que quiconque. Pour une entreprise comme la nôtre, avoir maintenu et maintenir contre vents et marées son activité en Irak, en Egypte, en Syrie et au Liban est la marque d’une fidélité à nos racines. Cette présence, c’est surtout un signe de confiance envers ces pays. C’est prouver qu’il est possible de continuer à y maintenir une activité économique essentielle pour leur développement et sans laquelle il n’y a pas d’issue. Je connais trop bien ces pays. J’y suis très attaché et je ne peux m’en désintéresser.
On agit ainsi pour le présent. On ne sait pas assez que 90 % des échanges commerciaux avec les pays du Moyen-Orient se font par voie maritime. Ainsi, en Syrie, le maintien de nos dessertes dans les ports de Lattaquié et de Tartous permet au pays de rester connecté au monde. Plus de cent de nos navires y ont fait escale en 2014 pour y livrer les produits de consommation nécessaires et permettre le développement de l’exportation de leurs produits agricoles.
On agit surtout pour l’avenir. J’ai la conviction que les échanges économiques contribuent à un rétablissement des grands équilibres dans l’ensemble des pays du Levant. C’est ce que nous faisons quand nous nous préparons à ouvrir un service entre l’Egypte et la mer Noire, en passant par la Turquie, le Liban et la Syrie, dédié à l’exportation des agrumes. C’est ce que nous faisons quand nous continuons à assurer l’exploitation du port de Lattaquié et maintenons nos agences commerciales, qui emploient plus de 700 salariés. Ceux-ci y vivent en sécurité. C’est ce que nous faisons aussi quand nous soutenons l’élargissement du canal de Suez, dont le rôle politique pour la zone est bien supérieur à son rôle économique. C’est ce que nous faisons enfin quand nous renouvelons notre concession du port de Umm Qasr en Irak ou que nous maintenons notre présence dans le port sec de Bagdad.
Si nous pouvons agir ainsi, c’est évidemment que nous le voulons. Mais c’est surtout que nous le pouvons. Je suis très frappé d’observer que ces mêmes pays ont compris la nécessité de maintenir des conditions propices à l’activité économique et y réussissent, avec plus ou moins de facilité certes. Les importations et exportations n’ont jamais été interrompues au Liban et en Syrie, qui demeurent des pays ouverts aux entreprises internationales et aux investissements. L’Etat assure la sécurité des ports. L’administration économique y est efficace en matière d’accueil et d’accompagnement des entreprises étrangères. Le système bancaire fonctionne normalement. Ce que j’observe dans ces pays me donne des raisons solides d’espérer et de continuer à agir. Oui, je suis convaincu que l’économie peut activement contribuer à une stabilisation dans cette région. Oui, je suis convaincu que la prospérité et la croissance sont des puissants facteurs de stabilité.

Par Jacques R. Saadé (PDG du groupe CMA CGM) - Source de l'article Les Echos

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