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jeudi 4 février 2016

En forum à Casablanca, les investisseurs en capital en Afrique en quête de stratégies gagnantes

euromed capital forum 2016 casablancaLes levées de fonds pour l’Afrique du private equity ont beaucoup progressé ces dernières années, mais les opportunités d’investissement sont-elles au rendez-vous ? 
Les fonds développent des stratégies diverses pour s’adapter au marché africain. Choses entendues au forum Euromed Capital Forum réunissant les acteur euroméditerranéens du capital investissement qui s'est tenu à Casablanca, voilà quelques jours.

"J’ai récemment effectué un road show auprès des fonds d’investissements américains. Ils ont quasiment tous structuré des équipes dédiées à l’Afrique. Le continent a changé d’image. Aujourd’hui, avec l’abondance de capitaux pas chers en France et aux Etats Unis, tout le monde recherche des deals en Afrique", a estimé Barema Bocoum, Partner chez KPMG, du Euromed Capital Forum centré sur l'Afrique qui s’est tenu à Casablanca les 21 et 22 janvier.

Les fonds de private equity tourné vers l'Afrique ont réussi à lever un record 3,89 milliards de dollars en 2015, en augmentation de 51% par rapport à 2015, selon les chiffres de Private Equity International. L’année précédente, en 2014, les fonds d’investissements en capital avaient déjà levé plus de 4,1 milliards de dollars pour le continent, selon l’AVCA.

"Manque de cibles attractives"

Le paradoxe? "La région souffre d’une "surcapacité" en capital. C’est dû à l’absence de sociétés adaptées aux investissements en private equity", analyse le think tank britannique Overseas Development Institute. Les opportunités d’investissement offertes par le continent n’ont ni la taille, ni le niveau de risque ou ni les rendements auxquels auquel sont habitués les gestionnaires des fonds internationaux.

A cela s'ajoutera peut-être un fait nouveau : le ralentissement de la croissance globale du continent attendu pour 2016, en raison de la chute des matières premières.

Dans ce contexte mouvant, chaque fonds opte pour une stratégie différente comme l'on montré à Casablanca les participants du forum organisé par Euromed Capital, une association qui rassemble des opérateurs du private equity des deux rives de la Méditerranée (AFIC, AMIC, ATIC...), auquel participait aussi l'ancien premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, Mohammed el-Kettani, PDG d'Attijariwafa, première banque du Maroc ou encore Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance.

Le fonds américain Brookstone Partners s’est installé à Casablanca en 2011. "La situation du private equity en Afrique, c’est le constat non pas d’un manque de capital, mais d’un manque de cibles attractives. Notre réponse a été de les développer nous-mêmes. Nous avons donc décidé d’investir dans une plateforme qui allait développer nos propres projets : Platinium Power, explique Othman Alaoui, project finance director de Brookstone Africa. Un pas que beaucoup de fonds ont du mal à franchir. Le risque est plus important, mais nous l’avons analysé mesuré et géré."

Internationalisation des entreprises investies

Pour rappel, le Maroc compte un vingtaine de fonds d'investissement actifs pour un ticket moyen d'investissement de quelques millions d'euros seulement.

Les moyens de ces fonds marocains cadrent plus avec les opportunités d’investissements du continent. Leur préoccupation se porte donc plutôt sur la façon de minimiser le risque. Créé en 2007 par CDG Capital Private Equity, CapMezzanine a choisi, par exemple, d’entrer au capital du leader marocain des centres d’appels intelcia pour accompagner son développement en France et au Sénégal. "Nous avons toujours eu la volonté d’accompagner les entreprises dans leur développement régional et africain. C’est aussi plus facile ensuite pour la sortie [revente NDR]. Quand Intelcia repère une opportunité quelque part nous sommes capable d’aller investir avec lui. explique Hassan Laaziri, directeur général de CDG Capital. Pour éliminer les risques, on part en co-investissement. Nous éliminons ainsi le risque industriel pour ne gérer que le risque business."

Autre fonds marocain Capital Invest préfère investir en Afrique subsaharienne à travers les entreprises de son portefeuille. Pour cela , " je pense que les industriels marocains doivent y aller par étape : commencer par exporter, par trouver un partenaire industriel local avant de penser à une installation en propre", conseille Omar Chikhaoui, fondateur de Capital Invest et président de l’Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC) qui regroupe la quasi-totalité de la profession.

Problème, les investissements à l’étranger des entreprises marocaines connaissent des limites règlementaires : un plafond de 30 millions de dirhams, soit 2,8 millions d’euros (1 000 dirhams = 93 euros) par personne morale et par année civile. "Notre association tente actuellement de convaincre les autorités de revoir ces limites pour certaines régions du monde", révèle Omar Chikhaoui.

Champions africains

Le fonds français Wendel s’est détourné de cette forme d’investissements indirects en Afrique en 2011. Ses gestionnaires lancent alors à la famille Wendel et autres actionnaires "arrêtez de vivre l’Afrique par procuration", a expliqué lors de l’Euromed Capital Forum, Stéphane Bacquaert, directeur associé et CEO de Wendel Afrique.

En 2012, Wendel qui veut miser sur les champions africains entre au capital du leader africain des tours télécom, IHS Tower créé en 2001 au Nigeria par l’homme d’affaires d’origine libanaise Issam Darwish.

En juin 2015, Wendell détenait 26% de son capital. "Nous avons investi 1 milliard de dollars sur trois ans, soit 10% de nos actifs sur le continent. Il a fallu être disposé à être très présent localement, s’accorder beaucoup de temps en raison de cycles imprévisibles et d’incertitudes sur l’exit. Cela est très loin du LBO à l’européenne",

Pour minimiser les risques, Wendel a apprécié la grande diversité des actifs de IHS (des milliers de tours). Ainsi, "nous opérons dans des infrastructures mais avec dispersion du risque grâce au nombre d’actifs (les tours télécoms produites et installées partout sur le continent). On souhaite rester minoritaire influent, sans être forcément majoritaire", précise Stéphane Heuzé, directeur de Wendel Africa.

Pépites

Pour sa part, le fonds InfraMed, associé à l’équipe de Jean Michel Sevérino, l’ancien directeur de l’Afd, est en train de lever un fonds dédié au continent africain. Et il veut agir selon la même logique de dispersion du risque, mais à une toute petite échelle : réduire le risque par le contrôle et par la dispersion des investissements. La taille réduite de chaque investissement devient alors un atout.

"Nous sélectionnons de petit projets, idéalement avec des privés, avec du capital (equity) mis en amont et un accompagnement long, explique Yousra Khayati, chef du bureau de Casablanca d’InfraMed ». Il s’agit d’un business de niche. Il y a beaucoup de projets en Afrique qui restent bloqués en phase de préfaisabilité à cause des barrières à l’entrée du marché. Nous cherchons dans le lot les pépites ; nous voulons être au bon endroit au bon moment avec le bon développeur."

En Afrique comme ailleurs, le bon sens peut parfois être la première des stratégies financières.

Par Julie Chaudier - Source de l'article Usine Nouvelle

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