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dimanche 17 juillet 2016

Le Brexit, conséquences pour le Royaume-Uni, l’UE et le Maroc?

Lors du référendum du 23 juin dernier, les Britanniques ont voté à 51,9% le Brexit, c'est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Rappelons que cette dernière est une Association de 28 Etats européens qui ont délégué par Traité l’exercice de certaines compétences à des organes communs. 

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 
A l’origine, l’objectif était de créer une Europe pacifique et prospère. Les moyens ont été la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des flux financiers. L’Union a également développé des politiques communes dans certains secteurs comme celui de l’agriculture, et avait pour but le développement économique et social des pays membres. 
La construction européenne a débuté par le Traité de Rome en 1957 avec seulement six pays fondateurs: Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas. Au cours des soixante dernières années, l’Union s’est élargie de 22 membres, dont 8 pays de l’est de l’Europe après leur indépendance vis-à-vis de l’ex-URSS. Deux étapes importantes ont jalonné la construction européenne: la signature en 1985 de l’accord de Schengen qui permet la libre circulation sans passeport, et l’adoption d’une monnaie commune l’euro en 1999 qui est utilisée par 19 pays sur les 28 de l’Union. 
Valeur aujourd’hui, le bilan de l’Union européenne est mitigé. Si l’UE demeure la première puissance commerciale du monde et que plusieurs pays membres ont réalisé d'importants progrès, elle souffre de beaucoup d’éléments négatifs. En effet, elle n’a pas réussi son intégration politique et de défense, et son bilan économique et décevant du fait que la croissance est beaucoup plus faible que dans les autres continents de la planète. Lui sont reprochées surtout la lourdeur administrative, et l’implication trop importante des institutions européennes dans les affaires des pays membres. D’où la montée de l’euroscepticisme dans beaucoup de pays membres de l’Union. 
L’histoire des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne est assez particulière. Rappelons que le général de Gaulle dans un discours du 14 janvier 1963 avait refusé l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté européenne affirmant que «cela poserait des problèmes d’une très grande dimension». 


Finalement admis dans l’Union en 1973, le Royaume-Uni a été un mauvais élève souhaitant seulement l’instauration d’une zone de libre-échange. C’est ainsi qu’il n’a participé ni à l’accord de Schengen, ni à la monnaie unique l’euro, et s’est toujours opposé à tout approfondissement de l’Union. Malgré les nombreuses dérogations obtenues de la part de l’Union européenne, un fort mouvement d’euroscepticisme s’est développé dans le Royaume-Uni encouragé par le parti UKIP (UK independence party) et qui a touché également les partis traditionnels conservateurs et travaillistes. C’est ainsi que David Cameron, Premier ministre conservateur, a promis lors des élections législatives de 2015 d’organiser un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Malgré de nouvelles dérogations qu’il a pu obtenir de l’Union européenne et une campagne active pour le maintien, c’est finalement le Brexit qui l’a emporté avec 51,9% de voix et une participation de 72% des électeurs. 
Les modalités de la sortie d’un membre de l’Union européenne sont prévues dans l’article 50 du Traité de Lisbonne. Cet article stipule que «tout Etat membre peut décider conformément à ses règles constitutionnelles de se retirer de l’Union». Cet état membre doit notifier formellement au Conseil européen son intention de retrait, suite à quoi des négociations peuvent intervenir avec l’Union européenne. Il est précisé que le retrait devient définitif à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait, ou à défaut deux ans après la notification avec possibilité de prolonger ce délai si accord des deux parties. Valeur aujourd’hui, la notification de retrait par le Royaume-Uni n’a pas encore été faite, David Cameron ayant indiqué qu’elle n’aurait lieu qu’après la désignation par le parti travailliste d’un nouveau Premier ministre en septembre 2016. Si des négociations ont effectivement lieu, le Royaume-Uni a le choix de plusieurs scénarios: soit l’Espace économique (EEE) comme c’est le cas de l’Islande, le Lichtenstein et la Norvège. Le Royaume-Uni pourrait également choisir le modèle Suisse, ou l’accord conclu par l’Union européenne avec le Canada. Nul ne peut prévoir pour le moment le modèle qui sera choisi par le Royaume-Uni.
Le Brexit a eu des conséquences immédiates sur le Royaume-Uni. La Bourse de Londres dès le 24 juin 2016 a baissé de 3,15% et la livre sterling a perdu 12% par rapport à sa valeur antérieure du Brexit. Le Royaume-Uni a également perdu le triple A de la part de deux agences de notation. Il y a aussi risque de perte d’emplois au profit de l’Europe continentale de la part des banques et de sièges des grandes entreprises internationales. Plus graves encore sont les conséquences institutionnelles, puisque l’Ecosse, l’Irlande du Nord et Gibraltar sont favorables au maintien dans l’Union européenne. Les citoyens du Royaume-Uni vivant en Europe continentale pourraient également avoir des problèmes de libre circulation, tandis que leur couverture sociale et leur retraite pourraient être menacées. Quant à l’Union européenne, le Brexit lui a fait perdre un membre important puisque le Royaume-Uni est la deuxième puissance européenne et la cinquième puissance mondiale. Il y a également le risque de l’effet domino dans la mesure où d’autres pays membres seraient tentés de quitter l’Union. Pendant au moins deux ans, l’Union européenne va connaître une période de flottement et d’incertitude, tant que les négociations avec le Royaume-Uni ne seront pas achevées. Aussi, les Etats restants de l’Union européenne ont-ils intérêt à redonner confiance à leur peuple en relançant l’économie, en assurant une meilleure gestion de la migration et de la sécurité. Il faut aussi réfléchir à moyen terme à une nouvelle refondation de l’Union européenne pour assurer sa pérennité. 
Le Maroc est lié par un Accord d’Association avec l’Union européenne qui comprend le Royaume-Uni. Le statut actuel est l’exonération des droits de douane pour les produits industriels et des contingents tarifaires pour les produits agricoles. Ce statut sera maintenu tant que de nouvelles négociations ne seront pas achevées entre le Maroc et le Royaume-Uni. Ce dernier est le 7e client du Maroc et 14e fournisseur, tandis que les investissements britanniques au Maroc sont très faibles de l’ordre de 1% des investissements totaux. Le Maroc pourrait négocier avec le Royaume-Uni de meilleures conditions d’exportation pour ses fruits et légumes puisque la réglementation de l’Union européenne ne serait plus appliquée.

Se réformer pour assurer sa pérennité

Le Brexit du 23 juin dernier est un événement historique qui va remodeler le Royaume-Uni lui-même avec le risque de désintégration, ainsi que l’Union européenne qui doit se réformer pour assurer sa pérennité. A plus long terme, si l’Union européenne stagne dans sa situation actuelle, elle risque de ne plus faire partie courant ce XXIe siècle des grandes puissances potentielles: Etats-Unis, Chine, Inde, Russie. Le Maroc qui est très lié à l’Union européenne doit suivre très attentivement son évolution, et en tout cas doit poursuivre la diversification de son économie vers d’autres destinations en Afrique, Asie et Amérique.

Par Jawad KERDOUDI - Source de l'article l'Economiste

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