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jeudi 14 janvier 2016

Tunisie - Bilan de l’Année 2015

Les facteurs économiques fondamentaux restant prometteurs sur le long terme, les décideurs économiques tunisiens cherchent à accélérer la reprise dans le pays après une année 2015 difficile et à encourager une croissance durable en 2016.

Résultat de recherche d'images pour "Tunisie Eco"L’économie dispose de nombreux atouts, dont le pays compte tirer profit au cours des années à venir. Grâce à une population bien formée, à des réseaux d’infrastructures bien entretenus et à une base industrielle développée, le pays a su maintenir une croissance du PIB par habitant de l’ordre de 5% par an au cours des 20 ans qui ont précédé 2011, se plaçant à cet égard en deuxième place parmi les pays de la région MENA.

La Tunisie bénéficie également d’un secteur de l’exportation varié, comprenant notamment des activités d’extraction telles que le pétrole et le phosphate, ainsi que d’un secteur agricole considérable et d’une industrie manufacturière disposant de liens solides avec les chaines de production européennes, en particulier en ce qui concerne les produits automobiles, textiles et électroniques.

Craintes de récession

L’économie tunisienne devrait toutefois rester en phase de redressement économique sur le court à moyen terme. En août, la Banque Centrale de Tunisie (BCT) a déclaré que l’économie était entrée en « récession technique » après une contraction du PIB de 0,2% et 0,7% en glissement trimestriel au premier et deuxième trimestre. Au troisième trimestre, le PIB affichait une baisse de 0,1% en glissement annuel.

Suite à la chute de la demande intérieure, l’expansion du crédit a fléchi et l’inflation a chuté à un taux annualisé de 4,2% au troisième trimestre, contre 5,5% au premier trimestre. Inquiète de la demande intérieure en berne, la BCT a baissé son taux d’intérêt directeur de 50 points de base pour le ramener à 4,25% au début du mois de novembre.

Si peu d’économistes prévoient une croissance du PIB dépassant les 0,5% pour l’année 2015, contre 2,3% en 2014, le FMI prédit une croissance de l’ordre de 1% d’ici la fin de l’année, puis de 3% en 2016.

Élan de réforme

La Tunisie affiche des résultats plutôt corrects si on tient compte des troubles de 2011 – comparé au chaos qui règne dans la Libye voisine ou à l’instabilité qui persiste en Égypte – mais les réformes économiques structurelles nécessaires pour réduire la bureaucratie, combattre la corruption et accroître la compétitivité économique n’ont pas progressé à la vitesse escomptée.

Les inquiétudes sécuritaires restent vives, touchant en particulier le secteur du tourisme, qui a contribué au PIB à hauteur de 14,5% en 2014. Selon la BCT, les recettes touristiques ont chuté de 33,4% au cours des dix premiers mois de l’année 2015, atteignant 2,1 milliards de dinars (951,9 millions d’euros). Les principales sources de recettes en devises, notamment les exportations et la production de phosphates, ont également connu un fléchissement.

La croissance économique tunisienne a par conséquent ralenti ces dernières années. D’après Yassine Brahim, ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération Internationale, la croissance du PIB s’est établie en moyenne à 1,5% par an entre 2011 et 2015.

Le programme de développement quinquennal élaboré récemment et dévoilé à la mi-septembre vise à faire retrouver à la Tunisie une croissance du PIB moyenne de 5% par an ce qui, d’après Y. Brahim, nécessitera une hausse considérable des investissements, qui devront passer de leur taux actuel de 18,5% du PIB à 25% en 2020. Les décideurs politiques appliqueront également ce plan quinquennal dans un objectif de réduction du chômage, pour le faire passer à 11% d’ici 2020, contre 15,2% aujourd’hui.

Problèmes à résoudre

Le gouvernement est toutefois déterminé à agir afin de réduire les obstacles et d’ouvrir la voie à une croissance durable. La recapitalisation des trois banques publiques endettées du pays – la Société Tunisienne de Banque (STB), la Banque Nationale Agricole et la Banque de l’Habitat (BH)- constitue l’un des axes centraux du calendrier de réformes tunisien.

Si l’assemblée nationale a approuvé en août un programme de recapitalisation de 867 millions de dinars (393,1 millions d’euros) qui concerne la STB et la BH, les taux d’adéquation des fonds propres et l’exposition à des prêts non productifs des banques publiques restent en-deçà des moyennes observées dans le secteur privé. De l’avis des analystes, des réformes plus poussées s’avèreront nécessaires, en particulier en termes de gestion et de contrôle.

Comme c’est le cas pour de nombreuses économies émergentes sur le continent aux prises avec le même type de déficiences, venir à bout du double déficit dont souffre le pays constitue un objectif politique clé. Le déficit s’est élargi et a atteint 4,4% du PIB en 2015, notamment en raison de hausses de salaires dans la fonction publique. Les perspectives sur le court terme sont toutefois encourageantes dans la mesure où le gouvernement entend réduire le déficit budgétaire pour le faire passer à 3,9% du PIB en 2016, selon Slim Chaker, le ministre des finances. Pour ce faire, il faudra mobiliser 6 milliards de dinars (2,7 milliards d’euros) de financements intérieurs et extérieurs.

En outre, d’importants progrès ont déjà été réalisés en ce qui concerne le déficit courant, en nette amélioration à un taux estimé de 7,6% du PIB en 2015 alors qu’il atteignait en 2014 le taux quasi record de 8,8% du PIB – les prix bas des matières premières et les recettes touristiques médiocres devraient limiter la reprise dans l’année à venir.

Financement des réformes

L’État tunisien se tourne vers l’étranger pour obtenir l’aide qui lui permettra d’accomplir un certain nombre de réformes et les changements de politiques prévus bénéficient d’un vaste soutien auprès de diverses institutions. Selon S. Chaker, au moins la moitié de la somme nécessaire pour combler le déficit proviendra de financements extérieurs, tandis que le reste sera financé en partie par l’émission de nouvelles dettes souveraines.

« La Tunisie devrait émettre son premier sukuk dès l’an prochain. Cette émission, dont la réalisation annoncée il y a plus d’un an a été plusieurs fois repoussée, devrait atteindre 1 milliard de dinars (452,2 millions d’euros) », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse mi-novembre.

De grandes institutions financières internationales ont également promis une aide financière et technique à la Tunisie à condition que celle-ci accélère ses efforts de réforme. Suite à sa visite dans le pays au mois de septembre, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a souligné l’importance d’un système bancaire solide, d’un État et d’une fonction publique plus efficaces et d’un climat des affaires propice à l’investissement afin de maintenir la croissance et de créer des emplois.

Début octobre, la Banque Mondiale a annoncé un prêt à l’appui des politiques de développement d’un montant de 500 millions de dollars afin de contribuer au financement des réformes dans les secteurs de la finance et de la fonction publique, et en décembre, l’UE a transféré la deuxième tranche d’un programme d’assistance macrofinancière de 300 millions d’euros. La Tunisie bénéficie toujours également du prêt de 1,75 milliard de dollars accordé par le FMI en 2013, qui était lui aussi destiné à financer des réformes économiques clés.

Source de l'article Oxfordbusinessgroup

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