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mardi 12 février 2013

Le nouveau regard de l’Union européenne sur le Printemps arabe

La semaine dernière, dans le cadre de Media Neighbourhood, une vingtaine
de journaliste de plusieurs «pays du Printemps arabe» ont effectué
du 5 au 9 février une visite aux institutions européennes à Bruxelles
.

Le Printemps arabe a fini par reconfigurer le schéma des relations de l’UE avec les pays des révolutions arabes. Les aides, la politique de soutien aux réformes engagées, la mobilité,… autant d’éléments sur lesquels l’UE a changé son regard.

Dès les premières manifestations en Tunisie en décembre 2010, foyer du Printemps arabe, l’Union européenne n’a pas hésité à reconnaître les difficultés que pose la transition politique et économique dans l’ensemble de la région. Elle allait de ce fait décider de la nécessité  d’adopter une nouvelle stratégie concernant ses relations avec ses voisins du Sud. En effet, le 8 mars 2011, elle a présenté une communication conjointe de la haute représentante et vice-présidente, Catherine Ashton, et de la Commission proposant «Un partenariat pour la démocratie et une prospérité partagée avec le sud de la Méditerranée».
Cette communication souligne que l’Union doit soutenir pleinement la demande de participation à la vie politique, de dignité, de liberté et de nouveaux emplois qui est exprimée et présente une stratégie fondée sur le respect des valeurs universelles et des intérêts communs. Elle propose aussi un principe selon lequel une aide plus importante – qu’il s’agisse d’une assistance financière, d’une mobilité accrue ou de l’accès au marché unique de l’UE – doit être apportée aux pays partenaires qui progressent le mieux dans la consolidation des réformes, sur la base d’une responsabilité mutuelle. Cette stratégie a été précisée dans une autre communication conjointe, du 25 mai suivant, marquant le lancement d’«Une stratégie nouvelle à l’égard d’un voisinage en mutation».

Les grands axes de la nouvelle stratégie
L’UE s’est engagée, à court comme à long terme, à aider ses partenaires à relever deux grands défis en particulier l’approfondissement de la démocratie, c’est-à-dire non seulement rédiger des Constitutions démocratiques et organiser des élections libres et régulières, mais aussi mettre et maintenir en place un pouvoir judiciaire indépendant, une presse libre et florissante, une société civile dynamique et toutes les autres composantes d’une démocratie qui est arrivée à maturité et qui fonctionne. Puis, garantir une croissance économique et un développement solidaires et durables, éléments indispensables à l’ancrage de la démocratie. Un enjeu particulier à cet égard consistera à assurer une forte création d’emplois. Détail important, l’UE « soutiendra chaque pays de façon différenciée, de manière à tenir compte des besoins et des priorités de chacun.»
Les grands lignes de cette aide seront axées premièrement sur le financement : en mai 2011, l’Union européenne s’est engagée à mettre jusqu’à 1,2 milliard d’euros supplémentaire à disposition pour les subventions en faveur du voisinage durant la période 2011-2013, en plus des 5,7 milliards d’euros déjà inscrits au budget. En outre, la Banque européenne d’investissement (BEI) peut désormais accorder des prêts supplémentaires à la région, un milliard d’euros ayant été ajouté aux 4 milliards disponibles avant le Printemps arabe. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), pour sa part, a l’intention d’étendre son terrain d’action aux pays du Sud concernés par la politique de voisinage et d’investir jusqu’à 2,5 milliards d’euros chaque année dans les secteurs public et privé afin de soutenir la création et le développement d’entreprises et le financement d’infrastructures.
Et depuis fin septembre 2012, la Commission européenne a adopté un nouvel ensemble de mesures prévoyant l’octroi de subventions à la région. Cet ensemble comprend notamment le programme SPRING (aide au partenariat, aux réformes et à la croissance inclusive), la création d’une facilité de soutien à la société civile pour le voisinage (au Sud comme à l’Est).

Le Maroc, un privilégié qui a beaucoup à faire
Le 2 juillet 2011, la haute représentante et vice-présidente, Catherine Ashton, et le commissaire chargé de la PEV,  Stefan Füle, ont salué le résultat positif du référendum sur la nouvelle Constitution, à savoir l’approbation des réformes proposées par le roi. Ils ont également réaffirmé le soutien de l’Union européenne au Maroc dans la mise en œuvre de ces réformes ambitieuses. L’Union a dépêché une mission d’experts sur place pour suivre les élections législatives du 25 novembre. Le partenariat pour la mobilité avec le Maroc a été inauguré à Rabat en octobre et l’UE a relancé les négociations en vue de l’adoption d’un nouveau plan d’action lié au statut avancé, qui ont repris en décembre. Pour ce qui est du soutien financier, les cinq domaines de coopération prioritaires restent inchangés : il s’agit de l’élaboration de politiques sociales, de la modernisation économique, de l’appui institutionnel, de la bonne gouvernance et des droits de l’homme, et de la protection de l’environnement. Le budget indicatif pour la période 2011-2013 s’élève à 580,5 millions d’euros, ce qui représente une augmentation de 20 % par rapport au budget 2007-2010.


Media Neighbourhood, un quartier dédié aux journalistes
Le programme Media Neighbourhood vise à renforcer le journalisme dans les pays du voisinage de l’UE. Lancé par la Commission européenne et financé par l’UE, il dure trois ans avec le but de former quelque 1 200 journalistes à travers 17 pays et territoires voisins de l’UE. Un consortium international mené par BBC Media Action dispense des formations en journalisme et réalise des activités en réseau. Le projet a un budget de 4, 5 millions d’euros et le consortium est composé notamment de BBC Media Action, la Fondation AFP, L’Orient-Le Jour et CFI (groupe France TV). Media Neighbourhood vise à rassembler des professionnels des médias en vue de créer un groupe de journalistes qui s’entraîdent, renforcent les standards du reportage professionnel et l’éthique, parmi les journalistes qui travaillent pour des médias locaux dans la région. L’accent est surtout mis sur la liberté d’expression et son rôle dans des pays en transition vers la démocratie. La semaine dernière, dans le cadre de Media Neighbourhood, une vingtaine de journaliste de plusieurs «pays du Printemps arabe» ont effectué du 5 au 9 février une visite aux institutions européennes avec une couverture journalistique du Conseil de l’Europe. Une démarche qui inscrit l’UE dans sa logique de «nouveau regard sur les pays du voisinage».

Par Mounir El Figuigui – Source de l’article Le Soir- Les Echos

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