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mardi 12 février 2013

Pourquoi Désertec s'enlise-t-il ?


Le projet Désertec, qui vise à associer l’Europe, l’Afrique du nord et le Moyen Orient dans le domaine de l’électricité, est en difficulté. Qu’est ce qui retarde l’exportation des premiers kilowattheures verts du Sahara vers l’Europe ?

 

La fin de l'année a été difficile pour le projet Desertec :

- après le retrait de Siemens de la DII (Desertec Industrial Initiative), annoncé fin octobre, c'était au tour de Bosch d'abandonner le projet en novembre, prétextant tous les deux la conjoncture économique difficile.

- la troisième conférence annuelle de la DII à Berlin devait être le coup d'envoi d'un projet de centrale solaire pilote, avec la signature d'un accord entre le Maroc et plusieurs pays européens. Cependant, l'Espagne s'est désistée au dernier moment et le projet est resté en suspens.

Les ambitions de Desert Power 2050

La DII avait pourtant de grandes ambitions. En juin dernier, la DII a présenté une étude technico-économique (Desert Power 2050) concernant un scénario énergétique pour la région EUMENA (Europe, Middle East, North Africa) reposant sur un mix composé essentiellement d'énergies renouvelables. Celles-ci contribueraient à hauteur de 91% de la capacité totale installée et ce à horizon 2050. Les 9% restantes seraient assurées par le gaz. L'éolien et le solaire (CSP et PV) compterait respectivement pour 53% et 25% de ce mix (voir le graphique).

La répartition géographique de ces capacités est en adéquation des conditions d'ensoleillement et de vent : Les installations solaires sont plutôt au Sud, et les mix énergétiques des régions du Nord sont dominés par l'éolien (terrestre et offshore) et le gaz.

La transmission entre les deux rives de la méditerranée s'effectuerait essentiellement au moyen de câbles à courant continu d'une capacité totale de 189 GW. Selon l'étude Desert Power 2050, cette configuration permettrait d'une part à l'Europe d'importer seulement 20% de ses besoins énergétiques en électricité, et d'autre part de réduire ses émissions de CO2 à hauteur de 95 %. Quant à la région MENA , elle pourrait répondre à ses besoins grandissants en électricité tout en réduisant de moitié les émissions relatives à sa production. (...).

Des ambitions qui semblent trop grandes...

Le scénario DP 2050, suppose un bouleversement du mix énergétique actuel des pays concernés.

L'Europe pour sa part s'est fixée comme objectif, une part de 20% des énergies renouvelables dans son mix énergétique d'ici 2020, dans le cadre du paquet énergie-climat.
De l'autre côté de la Méditerranée, les objectifs sont plus hétérogènes : on est plutôt face à des politiques nationales plus ou moins ambitieuses vis-à-vis de l'intégration des énergies renouvelables dans leur mix énergétique.(...) Les objectifs en termes de capacités installées des programmes nationaux des pays du Maghreb sont loin d'atteindre les 388 GW prévus par le scénario DP 2050, à moins que le rythme d'investissement dans les EnR dans ces pays s'accélère de façon considérable durant la période 2030-2050.

Ainsi, au vu des programmes nationaux des pays du Maghreb, le projet Desertec semble être loin de se concrétiser suivant le scénario DP 2050.

Afin d'accélérer le rythme de réalisation et de sortir le projet de la stagnation, la DII travaille sur des projets pilotes. Ils permettront, entre autres, de démontrer la viabilité du modèle économique préconisé par Desertec. La DII abandonne ainsi son rôle de facilitateur et se positionne désormais comme développeur de projets.

Au Maroc, une capacité totale de 500 MW sera installée. Cependant, la réticence de l'Espagne à voir son rôle d'exportateur occupé par la Maroc, freine encore l'installation de capacité au sud. D'autre part, malgré la directive de l'UE 2009/28/EC qui pose les principes d'importation d'électricité verte de pays extracommunautaires le cadre réglementaire reste assez flou dans la région sud, et assez hétérogène.

Financement, sécurité, gaz de schiste, autant d'obstacles

Un autre facteur essentiel qui explique la stagnation de Desertec, est le financement. En effet, les technologies utilisées restent encore très onéreuses en comparaison des moyens de production conventionnels. En ces temps de crise, le financement des projets d'EnR, surtout en l'absence de signal économique fort (par exemple des tarifs d'achat), est assez difficile.

La réalisation du scénario interconnecté DP 2050 passe aussi par la convergence des politiques énergétiques de la région vers l'intégration massive des EnR, surtout que la tendance énergétique actuelle n'est pas sur la bonne voie : émergence du gaz de schiste, recours plus important au charbon, etc.

(...)La sûreté de l'approvisionnement passe aussi par la garantie de la sécurité des centrales surtout dans la région MENA, qui est une région à haut risque, comme en témoigne la dernière prise d'otages dans une plateforme gazière en Algérie. (...)

Malgré toutes ces difficultés, le projet Desertec continue à intéresser certains grands groupes industriels (SGCC et First Solar), qui cherchent à remplacer ceux qui ont quitté le consortium et devenir actionnaires. Ils pourraient ainsi apporter un nouveau souffle au projet, grâce à leur expertise surtout dans la conduite de grands projets, et peut-être accélérer sa mise en place.
Par Ilyes Borgi, SIA Partners -
 
Source de l’article l’Expansion
Voir l'article complet sur le site de SIA-Partners

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