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mercredi 6 juillet 2016

Quel avenir pour la Méditerranée face à la surpopulation et au tourisme ?

Première destination touristique du globe aujourd’hui, la mer Méditerranée attire à elle seule un tiers des touristes internationaux chaque année. Et plus particulièrement pendant les mois de la saison estivale. Résultat : une concentration de personnes assez importante sur un territoire qui reste le même peu importe le moment de l’année.


Ainsi en 2012, 300 millions de touristes se sont déplacés dans la région, soit pas moins de 30 % des touristes mondiaux comptabilisés cette année-là ! À cela s’ajoute également le tourisme de croisière, très intense en Méditerranée puisque, avec 27 millions de passagers en 2013, la Grande Bleue compte parmi les zones de croisière les plus importantes du monde. Le port de Marseille fait d’ailleurs partie du top 5 méditerranéen des ports enregistrant le plus grand nombre de passagers.

500 millions de touristes attendus pour 2030

D’après les prévisions de WWF dans son rapport MedTrends qui établit les perspectives de croissance de différents secteurs marins à l’horizon 2030, la fréquentation n’est pas prête de baisser et au contraire devrait augmenter jusqu’à atteindre 500 millions au terme de ce délai.

Une augmentation bonne pour l’économie : en 2012, la valeur ajoutée brute (VAB) directe du tourisme côtier en mer Méditerranée était estimée à 135 milliards d’euros ! Et la même année, la France s’est partagée, avec l’Italie, l’Espagne et la Grèce, pas moins de 48% des dépenses de croisière effectuées en Europe. Mais du côté de l’environnement, le constat est moins positif.
« Le tourisme, en continuant à augmenter, va entraîner par exemple du bétonnage des côtes. Or le jour où il y a un temps pluvieux plus important que les autres, cela entraîne des inondations comme ça a été le cas dans les Alpes-Maritimes et dans le Var récemment. On va aussi avoir à faire à une augmentation des déchets entre ceux de la population et ceux des touristes par exemple », explique Catherine Piante, chargée de programmes milieu marin et Responsable du programme Medtrends au WWF France.
Le rapport MedTrends prévoit toute une série de recommandations pour tenter de réduire les impacts néfastes du tourisme sur la Méditerranée. Mais pour que les actions soient le plus efficaces possibles, il ne faut pas se concentrer seulement sur le secteur touristique, mais prendre en compte toutes les activités qui ont lieu dans la région et mettre en place une approche d’ensemble.
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500 millions de touristes sont attendus en région méditerranéenne à l’horizon 2030
d’après le rapport MedTrends © MedTrends

Une approche d’ensemble unique et inédite

Partant du constat que la Mer Méditerranée est un espace ultra occupé et assez fragile de par son patrimoine, l’organisme WWF a réalisé le rapport MedTrends pour présenter, sur un seul et même document, une approche d’ensemble et les perspectives de croissance de toutes les activités de la Grande Bleue. Un projet qui n’avait jamais été fait jusqu’à présent au niveau marin, aussi étonnant que cela puisse paraître puisque ce genre de carte a déjà été fait en ce qui concerne les activités terrestres.
Malgré ce document, impossible de dire si une activité impacte plus la Méditerranée qu’une autre. Il existe divers impacts comme la perte de biodiversité, le bruit sous-marin qui est gênant pour la faune ou encore la diminution des ressources de pêche qui ont chacun plusieurs sources différentes. « Il n’y a pas qu’un seul coupable, ce serait trop facile »,synthétise Catherine Piante.

Le rapport fait ensuite état de toute une série de recommandations pour améliorer la situation. Parmi elle, la nécessité d’adopter systématiquement la vision générale du rapport et d’en finir avec les visions sectorielles. À terme, il faudrait aussi intégrer dans le rapport les différentes politiques des milieux marins aussi bien au niveau des gouvernements que de l’Union européenne. 
Le rapport MedTrends présente une approche d’ensemble et les perspectives de 
croissance de toutes les activités de la Grande Bleue. Ici, les projets d’exploration 
de gaz et de pétrole © MedTrends
Développer les aires marines protégées

Parmi les mesures indispensables à mettre en place : les aires marines protégées (AMP). Il s’agit de véritables laboratoires de développement durable en milieu marin comme des parcs nationaux ou des réserves nationales dans lesquels des expérimentations sont menées pour concilier milieu marin et les différentes activités qui peuvent avoir lieu. En général, une partie des AMP est ouverte à tous les usages et une autre est réservée ce qui permet de comparer comment se régénère le milieu marin dans les deux situations. Et des résultats positifs sont déjà ressortis.
« Pour la pêche par exemple, il est de notoriété publique que les réserves sont mal en point alors que dans les zones marines protégées, on observe une remontée assez phénoménale des rendements de pêche. Dans la Méditerranée, les seuls exemples où les rendements de pêche augmentent sont dans ces réserves d’où l’intérêt de réfléchir à comment les activités impactent le milieu et comment les rendre compatibles », met en avant Catherine Piante.
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Carte des aires marines protégées en Méditerranée © MedTrends
La création des AMP est une obligation pour les États comme le prévoit la Convention sur la diversité biologique. Avant 2020, chaque pays doit ainsi avoir atteint au minimum 10% de couverture de leurs eaux marines par des AMP. Si à l’échelle de la Méditerranée on est assez loin du compte avec seulement 1,08% de couverture, la France a elle déjà dépassé les objectifs européens puisqu’elle atteint les 13% ! Toutefois, la politique maritime française fixe elle un objectif à 20% de couverture d’ici la même période. Un minimum pour les scientifiques dont certains estiment même que 30% d’aires marines protégées est indispensable pour avoir un bon milieu marin.

Par Agathe Perrier - Source de l'article Madeinmarseille

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