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mercredi 4 mai 2016

Tunisie - La transition numérique, un tsunami de changement

La transition numérique et les opportunités pour l’espace euro-méditerranéen ont été au centre de la seconde séance de la 19ème édition du Forum international de Réalités qui s'est tenu à Hammamet les 28 et 29 avril 2016, sous le thème « Enjeux et défis de la nouvelle politique de voisinage de l’Union Européenne».

 
Intervenant dans un panel dédié au sujet, le ministre des Technologies de l’Information, de la Communication et de l’Economie numérique, Noômane Fehri, s’est directement adressé aux jeunes étudiants présents dans la salle, en leur précisant que la différence entre leurs aspirations et l’arsenal juridique avec lequel fonctionne le gouvernement est de deux siècles mais que les habitudes sont en train de changer et de se transformer rapidement grâce à la technologie.

« Que peut faire un gouvernement dans ce monde où on ne sait pas vraiment de quoi demain sera fait ? Dans 15 à 20 ans deux tiers de vos frères et sœurs qui sont en ce moment au primaire feront des métiers qui ne sont pas encore inventés, et d’autres métiers vont disparaitre » a ajouté le ministre. « Prenons l’exemple de la mécanique automobile, aujourd’hui 20% des composantes d’une voiture sont électroniques, dans moins de 5 ans, tous les grands constructeurs s’accordent à dire que les voitures auront au moins 50% de numérique, le  métier de mécanicien traditionnel va se transformer. L’industrie du jeu va fusionner avec l’industrie du cinéma, les objets connectés sont en train de créer un mode où les habitudes vont changer » a déclaré Noômane Fehri. « Nous gouvernement et vous tous, nous sommes en train de voir un tsunami de changement qui arrive, qui transformera notre économie et notre société et pour cela nous devons d’abord former et préparer nos jeunes à surfer sur cette nouvelle vague d’où notre objectif d’égalité des chances dans le système éducatif avec la présence de la composante digitale, tant en terme de matériel que de contenu » a-t-il précisé.

Le ministre des Technologies a déclaré que la Tunisie 2.0 devra reposer sur quatre piliers, d’abord, souligne-t-il, « il faudra connecter toutes les familles tunisiennes, nous allons subventionner internet pour les familles qui ne peuvent pas le payer. Aussi, nous allons focaliser sur l’éducation numérique pour l’égalité des chances et mettre l’administration sur le coup en supprimant tous les papiers. Le quatrième pilier de la nouvelle Tunisie, sont les libertés sur internet et la loi sur internet, il faut faire faire très attention de garder toutes ces libertés et s’assurer que la loi est respectée sur internet. Si ces quatre piliers sont mis en place, cela donnera la chance aux jeunes de construire la nouvelle plateforme de Tunisie 2.0 avec les start-up. Il y a un an, il y en avait une centaine, nous sommes aujourd’hui à 300 ou 400 start-up et cela est notre vision, car ces start-Up vont faire évoluer les industries de l’économie traditionnelle. Cela est notre plan et notre vision ».

Evoquant les difficultés, le ministre a affirmé qu’en ce qui concerne le commerce électronique, rien ne peut être fait tant que le dinar tunisien n’est pas convertible. « Nous avons fait un premier pas avec la carte technologique. Néanmoins il y a un vrai problème, le commerce électronique repose sur trois choses : le moyen de paiement, la logistique et la confiance numérique. La confiance numérique ne s’obtiendra que lorsque l’Etat lui-même aura confiance dans le numérique et c’est pour cela que nous avons fait, entre autres, la facture numérique ».a-t-il expliqué.

Sur le thème de la gouvernance, Noômane Fehri a précisé que, par le passé, les gouvernements décidaient tous seuls et que cela est désormais impossible dans un monde connecté qui impose aux pouvoirs politiques de composer avec les autres parties prenantes.

En ce qui concerne le voisinage avec l’Europe, le ministre a estimé qu’à l’avenir il y aura des marchés mondiaux basés sur des communautés. « Des communautés bénéfiques et d’autres maléfiques. Notre voisinage est d’une importance capitale afin de connaitre ses amis de ses ennemis » a-t-il assuré, avançant que « la prochaine guerre concernera les données personnelles et que c’est dans ce sens qu’il est important qu’on soit proches de l’Europe car nous avons pour objectif d’être la Suisse des données pour l’Europe ».

L’ancienne secrétaire générale de l’Organisation arabe des technologies de la communication et de l'information (AITO), Khadija Ghariani, a déclaré, pour sa part, que si l’économie numérique est un sujet intéressant il n’en demeure pas moins que si cela n’aide pas à résoudre la crise alors il reste vain.

« Le secteur des technologies de l’information et de la communication est un secteur stratégique de développement. Aujourd’hui nous avons vu que la crise des années 80 que traine que l’Europe et que nous trainons n’a pas touché le secteur des TIC. C’est un secteur qu’il faut absolument utiliser pour sortir de la crise » a-t-elle argué.

« Malheureusement ce qui est dur en Tunisie est de former et de développer ce génie. Qu’est-ce que fait que ces jeunes ne soient pas encore dans le cercle économique ? Nous avons besoin de solutions urgentes à des problèmes très simples » s’est étonnée Mme. Ghariani dénonçant la lenteur des procédures et le manque de réactivité pour trouver des solutions urgentes à des problèmes qui le sont également.
« Cette réforme bancaire que nous attendons depuis des années n’est pas là. Par exemple, ouvrir un compte dans une banque tunisienne pour un lanceur de start-up est impossible, car les banquiers ne comprennent pas comment financer une start-Up, comment financer une idée, sans fiches de salaire, sans rien » a indiqué l’ancienne secrétaire générale de l’AITO, en faisant référence à une expérience vécue avec un jeune entrepreneur tunisien qui est rentré de France avec l’idée d’une start-Up à lancer en Tunisie.
« Les programmes sont très beaux mais les solutions les plus simples ne sont toujours pas mises en place. Il est inadmissible d’être bloqué à cause d’un terrain qui n’est pas prêt pour lancer un projet mobilisateur » a-t-elle souligné.
Khadija Ghariani a, par ailleurs, souligné la nécessité et l’importance de la mise en place du partenariat public-privé (PPP),  « tous les modèles de développement de l’infrastructure des télécommunications du monde entier sont basés sur le PPP, il y a des choses qui n’ont pas besoin de lois avec une centaine d’articles qui prennent des années à être mises en place. Ce sont des décisions politiques pour trouver des solutions à des problèmes très simples. Résolvons les petits problèmes maintenant et laissons les réformes structurelles au plus long terme » a-t-elle développé.

Ces interventions ont mis l’accent sur une certaine vétusté ressentie et malheureusement vécue par ceux qui ont tenté de s’aligner sur leur temps faisant face à un système encore plongé dans les siècles précédents. Noômane Fehri n’a d’ailleurs eu cesse de marteler que l’avenir appartient aux jeunes et que tout sera fait pour que la Tunisie de demain soit connectée et ne sombre pas quand arrivera le « tsunami du changement ».

Par Myriam Ben Zineb - Source de l'article Businessnews

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