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jeudi 20 décembre 2012

Compte-rendu « Un printemps médiatique arabe est-il possible ? ». Institut Panos Paris


A l’occasion de la réunion annuelle du Réseau mondial Panos, l’Institut Panos Paris (IPP) a organisé un débat public intitulé : « Un printemps médiatique arabe est-il possible ? ».

L’IPP est une organisation non gouvernementale qui oeuvre depuis plus de 25 ans en faveur du pluralisme et de l’indépendance des médias. Dans le cadre de son programme « Médias en Méditerranée », l’IPP appuie depuis une dizaine d’années des partenaires associatifs qui oeuvrent en faveur de médias libres, diversifiés, et militent pour la liberté de la presse et l’accès à l’information, au Maghreb et au Moyen-Orient. Son dernier projet régional vise à renforcer la mission de service public audiovisuel dans huit pays du Maghreb et du Machrek.

Dans nombre de pays la confusion règne aujourd’hui.
Depuis plusieurs années, le jeu politique censé garantir la représentation et l’expression des volontés populaires est resté verrouillé. La conquête d’espaces d’expression et du champ médiatique par les acteurs sociaux n’a pu véritablement se faire qu’avec l’avènement des médias numériques. Les médias transnationaux comblent quant à eux la très faible offre télévisuelle sur les plans nationaux depuis plus d’une dizaine d’années.
Mais ces canaux d’information qui se multiplient dans le monde arabe, constituent-ils pour autant un gage de pluralisme, d’indépendance et de qualité ? Les médias nationaux traditionnels tardent à faire leur mue pour s’ériger en médias de service public garant d’une information indépendante et d’une mission d’intérêt général. Avec la généralisation de la télévision numérique leur transformation est inévitable.
Leur rôle n’est-il pas fondamental dans une ère où chacune des informations diffusées participe à un fragile jeu politique et géopolitique ? Au fil des années un nouvel acteur s’impose : la société civile. Journalistes, professionnels des médias, usagers des médias se structurent à travers syndicats, clubs de presse, ONG et différentes organisations de professionnels des médias. Ils se proposent ainsi d’améliorer la substance et la qualité des débats médiatiques. Comment ces acteurs sont-ils perçus par les professionnels des médias ? Où commence et où s’arrête leur rôle ? Quel est leur impact ?

Si de nombreuses réflexions ont été conduites dans le secteur académique depuis les révolutions arabes, il appartient également à nous autres acteurs de la société civile, ancrés dans une culture de l’action et de travail sur le terrain de prendre un minimum de distance pour bousculer aussi bien les axes de notre engagement que nos approches.

Le plateau débat a été animé par Thierry LECLERE (journaliste, grand reporter et documentariste), autour de cinq panélistes, chercheurs, professionnels des médias et acteurs associatifs du monde arabe et de la région euro-méditerranéenne :
  • Larbi CHOUIKHA (universitaire tunisien spécialiste des questions de journalisme et ancien membre de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information et de la Communication).
  • Yves GONZALEZ QUIJANO (universitaire français spécialiste des questions d’information et de communication, notamment des médias numériques).
  • Tourya GUAAYBESS (universitaire française spécialiste des questions d’information et de communication, notamment concernant les médias transnationaux arabes).
  • Naomi SAKR (universitaire britannique spécialiste des problématiques médiatiques dans le Monde Arabe, notamment des questions
  • audiovisuelles).
  • Slimane ZEGHIDOUR (journaliste et essayiste, il tient une revue de presse sur TV5 chaque semaine).
Par ailleurs, deux interviews vidéos ont été projetées durant le débat, chacune présentant le point de vue de deux représentants d’ONG partenaires de l’IPP : Khaled Abu Aker (directeur exécutif de l’ONG palestinienne AMIN) et Sawsan Zaideh (journaliste et responsable du développement de l’ONG jordanienne CMN).
Le débat a été diffusé en direct sur radio Gazelle et sur la web TV : http://www.gazelletv.info
Pour écouter l’intégralité du débat : www.panosparis.org

Compte-rendu
  • Un constat partagé, l’ambivalence du contexte médiatique
Les intervenants ont communément admis que le paysage médiatique arabe avait, à l’instar de la scène politique arabe, connu de nombreuses mutations bien avant les révolutions arabes mais aussi par la suite. L’émergence des jeunes comme acteurs à la fois de la contestation et de la production d’informations a été mise en exergue. Ils ont unanimement souligné le rôle conséquent joué par les médias sociaux. Pour autant, il convient de ne pas réduire les évolutions actuelles à l’influence des médias sociaux. Plus globalement, c’est dans la libération de la parole que réside la principale évolution étant donné le poids du carcan autoritaire et de la censure qui pesait auparavant sur les acteurs du paysage médiatique arabe. Les médias sociaux n’ont constitué que le vecteur de cette remise en cause sans précédent des acteurs politiques.

Cependant, selon les participants au débat, ces changements n’ont pas encore débouché sur de profondes mutations. Cela vaut plus particulièrement pour les médias publics qui, malgré quelques évolutions (changement des directions notamment), sont dans leur grande majorité restés à l’écart de ces changements. Cette réalité a été illustrée à travers le cas de la télévision publique algérienne ou de la radio publique égyptienne qui continuent toutes deux à jouer un rôle anachronique d’outil de propagande pour le régime en place.
Il existe donc actuellement une profonde dichotomie entre médias privés et médias publics car quand les premiers sont en pleine effervescence, les seconds tardent à enclencher des changements structurels durables. Cette inertie des médias publics s’explique pour partie par la difficulté qu’il peut y avoir à y initier des changements compte tenu notamment de la lourdeur administrative de certains de ces médias. Mais, en définitive, c’est la mission même de service public qui se doit d’être encore mieux définie et réappropriée.

Par conséquent, en termes de perspectives, les différents intervenants ont adopté un discours teinté de prudence étant donné toutes les incertitudes, notamment politiques, qui pèsent encore sur la région. De même, les périodes de transition ne se font jamais selon des processus linéaires et homogènes. Pour autant, il apparaît évident que le retour à la situation de contrôle étatique sur le plan national qui préexistait auparavant n’est tout simplement plus envisageable, ne serait-ce qu’en raison de l’importance politique que joue dorénavant l’activisme en ligne. De manière plus générale, si l’on est bien entré dans une nouvelle ère, il apparaît qu’il y a un décalage entre les processus politiques en cours, ceux-ci se déroulant sur un temps relativement court, et les processus pouvant déboucher sur une évolution du paysage médiatique, qui eux s’inscrivent dans un temps beaucoup plus long.

Lire la suite du compte-rendu ici
source de l'article Institut Panos Paris

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