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mercredi 21 septembre 2016

Automobile : le Maroc rebat les cartes du « sourcing » européen

Dans le sillage de Renault et PSA, les équipementiers automobiles se bousculent au Maroc avec l'idée de viser aussi l’Europe.

Une flotte de véhicules en attente d’embarquement au port de Tanger. La filière
automobile marocaine monte en puissance depuis quelques mois. 
- SIPA

La liste est impressionnante. Depuis quelques mois, le Maroc assiste à un déluge d'investissements en provenance des grands équipementiers automobiles. Un signe fort de la montée en puissance de la filière locale - tant ces fournisseurs ne s'installent dans un nouveau pays qu'une fois assurés d'une visibilité sur le long terme. En clair, avec PSA qui rejoindra sur place Renault en 2019, le point mort semble avoir été dépassé.

Cet été, le géant japonais du verre Asahi a annoncé son arrivée avec une usine de 600 salariés. Il rejoint son concurrent Saint-Gobain, qui a commencé à étendre son site de Kénitra pour doubler son volume (800.000 pare-brise par an, contre 450.000 aujourd'hui). Dans un autre domaine, le français Mecaplast va ouvrir d'ici à 2018 une usine de 10.000 mètres carrés d'injection de pièces plastiques, qui « devra générer 30 millions de chiffre d'affaires en 2020 », précise Pierre Boulet, directeur général de Mecaplast.

Plusieurs grands noms dans la partie

D'autres grands noms sont de la partie. Valeo a précisé en juillet vouloir investir plus de 50 millions d'euros (essuyage, éclairage...). Faurecia arrive pour faire des sièges, tandis que Delphi veut créer 10.000 emplois dans la distribution électrique, ce qui doublerait ses effectifs sur place. Sans compter Kromberg&Schubert, Furukawa Acome, Relats, Yazaki (câblage), le japonais Kansai (peinture), Indutexa (coiffes automobiles). Ou le français SNOP (emboutissage), qui vient de dépenser 9 millions d'euros pour s'offrir de nouvelles presses...

L'ensemble de la filière auto devrait générer un chiffre d'affaires de 5 milliards d'euros cette année.

N'en jetez plus ! Au global, « l'ensemble de la filière, équipementiers et constructeurs, devrait générer un chiffre d'affaires de 5 milliards d'euros cette année. Nous devrions atteindre les 10 milliards en 2020 », estime Tajedinne Bennis, vice-président de l'Association marocaine pour l'industrie et le commerce de l'automobile.

Tout ce monde-là est d'abord attiré par la présence de Renault et PSA. Le premier voit ses volumes décoller à Tanger, et le second prépare son installation à Kénitra à horizon 2019, avec une production initiale de 200.000 voitures. PSA vise un taux d'intégration de 60 % au démarrage, et de 75 % à terme. Davantage que Renault.« Jusqu'ici, il nous manquait de nombreux métiers clefs de rang 2, dans l'acier, les moules à injection plastique, la cataphorèse. Cela empêchait le pays de passer au stade supérieur. Il y a désormais des projets en ce sens, c'est nouveau », se félicite Tajedinne Bennis.

Nombreuses discussions en cours

La décision de PSA de produire sur place des moteurs va par exemple permettre de développer une véritable filière mécanique, comme le montre l'investissement de 280 millions de dollars annoncé par Linamar en juillet. « Pour compléter la chaîne, il manque encore les pneumatiques, les rétroviseurs, les amortisseurs, les transmissions... », tempère un industriel marocain.

De nombreuses discussions sont toutefois en cours. Ces dernières années, le gouvernement a mis en place des programmes d'incitations spécifiques sur les métiers manquants (30 % d'aides publiques sur le montant d'investissement contre 10 % en temps normal, avec accès facilité au foncier et aux programmes de formation). D'ici à 2020, l'objectif du pays est de doubler le nombre d'emplois pour le porter à 175.000 salariés, et d'atteindre une capacité d'un million de véhicules.

Une alternative à l'Europe

Malgré des trous dans la raquette, le nouveau statut du Maroc vient modifier les stratégies d'approvisionnement des constructeurs en Europe. Ces derniers voient désormais le Maroc comme une alternative de plus en plus crédible à leurs achats européens. « Pour alimenter l'usine espagnole de Vigo, PSA privilégie désormais les équipementiers implantés au Maroc », pointe Pierre Boulet, chez Mecaplast. « Pour faire venir leurs partenaires au Maroc, il fallait ouvrir les portes des usines européennes, afin de leur proposer des séries assez longues pour équilibrer les investissements », explique une source marocaine. A terme, PSA viserait un « sourcing » local de l'ordre de 1 milliard d'euros.

Mais PSA n'est pas le seul à s'appesantir sur le sujet. Chez Renault, les nouveaux projets véhicules des usines espagnoles sont ouverts aux usines de composants marocaines. Dans la même veine, Ford y a ouvert en 2015 un bureau d'achat pour ses usines espagnoles. Et Volkswagen « regarde activement le Maroc pour réduire ses coûts en Espagne aussi », souffle Tajedinne Bennis. Les équipementiers implantés en Europe sont prévenus : la pression sur les prix va encore monter d'un cran.

Par - Source de l'article Les Echos

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