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mercredi 9 novembre 2016

Marotti : Le Liban est stratégique pour l’Italie et l’EuropeMassimo Marotti : Le rôle et la voix du Liban sont au premier rang de nos objectifs

L'ambassadeur estime que le modèle libanais doit constituer une inspiration pour les pays de la région qui passent par des crises majeures.

Massimo Marotti : Le rôle et la voix du Liban sont au premier rang de nos objectifs 
Alors que les informations sur un déblocage présidentiel au Liban se font de plus en plus insistantes, l'ambassadeur d'Italie, Massimo Marotti, affirme à L'Orient-Le Jour que ce pays est d'un « intérêt stratégique » pour le sien. « La présidence est un enjeu politique décisif pour le Liban, note-t-il. Plus le temps passe, plus la question devient délicate, mais nous n'interférerons pas dans la solution. Nous sommes convaincus que celle-ci est libanaise et doit le rester.

Évidemment, l'Italie maintient la coopération politique avec le Liban, parce qu'il est stratégique pour nous. En effet, dès que l'activité des institutions reprendra, le Liban pourra exercer son rôle qui est d'autant plus important que la crise régionale est effrayante. Nous avons tous besoin d'un Liban solide et en marche, parce qu'au-delà des relations amicales et de voisinage, l'Europe et l'Italie ont un intérêt crucial ici. En effet, le modèle libanais de développement social, politique, culturel et économique est d'autant plus stratégique qu'il sous-entend que la démocratie est possible. Ce modèle doit constituer une inspiration pour les pays de la région qui passent par des crises majeures, des guerres civiles, des attaques terroristes et des atteintes à la coexistence. »

De plus, estime l'ambassadeur, le Liban peut se prononcer « sur les sujets abordés aujourd'hui dans cette partie du monde et aux Nations unies, qui portent notamment sur la sécurité, le terrorisme, les migrations, les réfugiés, la coexistence, l'avenir des jeunes générations dans des sociétés en croissance et non en conflit permanent, la gestion des réconciliations après des guerres civiles, en apportant son expérience sur la gestion de ces questions sur le plan local et international ».

« Dans un monde globalisé, il n'est pas nécessaire d'être un grand pays, du point de vue de la superficie et du nombre de la population, pour s'affirmer au sein de la communauté internationale, insiste encore M. Marotti. De ce fait, le rôle et la voix du Liban sont au premier rang de nos objectifs. Pour toutes ces raisons, ce pays demeure stratégique pour l'Italie, mais je pense qu'il l'est pour toute l'Europe aussi. »

Projets de coopération

Cependant, c'est sur le dossier de la coopération que l'ambassadeur d'Italie a choisi de s'étendre. Demain jeudi, dans le cadre d'une action du Groupe international de soutien au Liban, les forces navales italiennes remettront à la marine libanaise un bateau hydrographique. Un projet d'une valeur totale de deux millions d'euros.

« Rome a consacré près de 40 % de l'enveloppe totale allouée à la crise syrienne pour venir en aide au Liban, précise l'ambassadeur. Lors de la conférence de Londres, en février dernier, l'Italie s'est engagée à fournir 400 millions d'euros de dons pour les deux prochaines années. Près de la moitié de cette enveloppe sera consacrée à la réalisation de projets qui bénéficieront tant aux Libanais qu'aux réfugiés syriens. » L'Italie va aussi poursuivre son projet de réhabilitation des établissements scolaires, assure l'ambassadeur. D'une valeur de 20 millions d'euros, ce projet étalé sur trois ans a déjà permis la restauration de trente-cinq écoles. « Nous essayons de coordonner aussi avec d'autres pays engagés dans le secteur de l'éducation pour assurer une assistance équilibrée dans l'ensemble du pays », précise-t-il.

C'est que l'Italie mise beaucoup sur l'éducation « pour préparer le retour des réfugiés syriens dans leur pays ». M. Marotti explique que la communauté internationale est consciente du fait que la crise des réfugiés au Liban doit être abordée différemment des autres pays hôtes, vu le lourd fardeau de cette crise sur l'économie et l'infrastructure du pays. La solution consiste, selon lui, à « assurer le retour des réfugiés dans leur pays le plus tôt possible ». « Mais il faut préparer ce retour, qui malheureusement ne semble pas être imminent, observe-t-il. Au début de la crise syrienne, l'assistance consistait à venir en aide directement aux réfugiés, puis on a élargi cette aide pour englober les Libanais défavorisés, ainsi que les régions lésées directement par la présence massive de réfugiés. Maintenant, nous misons beaucoup sur l'éducation. »

Assistance dans les différents secteurs

Au-delà de l'aide face à la crise syrienne, la coopération italienne se poursuit au Liban dans les secteurs de l'économie, de l'archéologie et de la culture, avec des projets d'une valeur totale de plus de 300 millions d'euros depuis 2007 en donations et en prêts. « Récemment, le sous-sol du Musée national a été inauguré où est désormais exposée, entre autres, la plus grande collection de sarcophages anthropoïdes au monde, rappelle M. Marotti. Ce projet, financé par l'Italie, est unique en son genre d'un point de vue culturel. » Et de reprendre : « Nous poursuivrons l'exécution de projets visant la protection des traditions au Liban. Nous avons déjà réalisé des projets dans ce sens à Tyr et à Baalbeck. Nous évaluons aussi d'autres projets qui seront réalisés dans d'autres régions du pays. Cela émane de notre conviction que la valorisation du territoire et la protection de la culture et du patrimoine ont des retombées économiques assez importantes sur le secteur touristique. »

De plus, le bureau de coopération italienne à Beyrouth mène des projets d'infrastructure visant essentiellement l'assainissement des eaux. « Nous envisageons aussi de favoriser le développement économique des petites et moyennes entreprises, note M. Marotti. Sur le plan social, nous essayons de nous attaquer aux vulnérabilités au sein des sociétés. »

« Notre assistance va aussi à l'armée. Nous avons établi à cet effet un programme de coopération militaire bilatéral qui couvre l'entraînement et la formation des soldats, mais qui consiste aussi à faire don d'équipements nécessaires au renforcement de la sécurité », conclut le diplomate.

Par Nada MERHI - Source de l'article l'Orient le Jour

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