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dimanche 13 novembre 2016

Marseille : Quand le numérique abat les frontières

Au deuxième jour de la Semaine économique de la Méditerranée, jeudi 3 novembre 2016, coïncidant avec le 10ème anniversaire d’Anima Investment Network, plateforme de coopération pour le développement économique en Méditerranée, a été organisé l’EMEA Business Forum. 

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Au menu, l’ouverture de la région vers le Golfe et l’Afrique, la valorisation des opportunités de la révolution numérique...

Sur le même rythme de la veille, les séances plénières du jeudi 3 novembre ont été ponctuées de présentations d’institutions vecteur de développement, de retours d’expériences et inspirations, mais aussi de networking, d’ateliers et de Bars à Coder (espaces pour s’initier à plusieurs techniques via des démos et des ateliers sur les #SuperCodeurs, langage de programmation, CMS, Raspberry, impression 3D, robotique). 
Au grand amphithéâtre de la Villa Méditerranée, Dr Elena Sanchez-Montijano, coordinatrice scientifique du Cidob (Barcelona Center for International Affairs), a d’abord présenté le projet Sahwa dans la thématique «Susciter et accompagner les vocations entrepreneuriales». Ensuite, tour à tour, Amina Ziane-Cherif, chef de projet Anima Investment Network, Rasha Tantawy, chef du Support business & entrepreneuriat, TIEC (Égypte), ainsi que Zineb Rharrasse, DG et cofondatrice de StartUp Maroc, ont exprimé les nombreuses attentes des entreprises. Si la chef de projet Anima Investment Network France a apprécié des avancements avec de plus en plus de Fab Lab, des mesures incitatives qui ont permis des implantations au Maroc et en Tunisie (Mentoring Impact), elle n’en a pas moins évoqué des défis importants à surmonter. 
Parmi les tares qu’elle a déplorées, le manque de coordination dans la facilitation de l’acte d’investir, un accompagnement encore timide des jeunes et un suivi pas toujours au rendez-vous. Aussi, elle a regretté que la crainte de l’échec et le souci au confort aisé poussent un certain nombre de jeunes diplômés à opter pour un emploi dans l’administration publique, au lieu de se lancer dans une aventure entrepreneuriale, conformément aux résultats de l’enquête Sahwa. Pour dépasser de tels handicaps, elle trouve qu’il faut les sensibiliser... Enfin, elle a plaidé pour plus de mobilité des jeunes, afin de s’inspirer d’expériences venues d’ailleurs. «C’est difficile, quand on ne peut bouger que difficilement... Il y a beaucoup de frustration face à ce handicap, dû aux visas refusés.» 

Rareté des fonds d’amorçage

Venue d’Égypte, Rasha Tantawy a tout de go fustigé le manque d’innovations, dû à une déficience de formation, en dépit d’idées innovantes. Elle ne comprend pas dans son pays qui forme 30 000 ingénieurs par an que la culture d’entreprise et la prise de risque ne soient pas encouragées. Aussi, cette responsable au TIEC aurait souhaité que les fonds d’amorçage ne soient plus présents, ainsi que des capitaux-risqueurs locaux. Parmi ses vœux pieux aussi, une certaine adéquation formation-emploi. Parmi les expériences heureuses à l’initiative de l’institution qu’elle dirige, ce camp de court séjour destiné aux étudiants, ainsi qu’une plateforme (Egyptinnovate.com) pour avoir plus de données, dont la version bêta est lancée, avant la définitive pour bientôt, avec un contenu en arabe classique. 
Avec Maroc StartUp week-end, Zineb Rharrasse est revenue sur la genèse d’un tel événement. Surpris par l’engouement qu’il a pris, elle a eu le courage d’aller plus loin, notamment dans le Maroc profond. En phase avec celles qui l’ont précédée, elle a fait allusion à la rareté des financements, surtout au stade du seed funding. 
Guillaume Thureau, coordinateur Réseau des Écoles de la 2ème chance, expert associé IesMed, Espagne, a pour sa part insisté sur les difficultés d’entrepreneuriat quasi identiques dans le pourtour méditerranéen... Pourtant, de son avis, le potentiel est important. «À la veille de la COP22, tout ce qui végète autour de l’économie verte est une opportunité à saisir... Aussi, il est impératif de donner une chance à ceux que le système éducatif a laissés sur la route», a-t-il conclu. À cela, Amina Ziane-Cherif a ajouté que les sub-skills sont tout aussi importants et qu’il faut inculquer une culture de création d’entreprises en amont (dès le bas âge), sans omettre de citer les programmes de soutien Injaz ou Hackethon au Maroc, dans le sens des StartUp week-end. Des dispositions à même de soutenir des Business Angels, à condition que le cadre fiscal suive. L’exemple des Middle East Venture Capitals au Liban a justement été cité dans ce sens. 
Revenu sur son parcours, en 4 chapitres, Khaled Bouchoucha, PDG d’Iris Technologies, a remis en cause un certain nombre d’a priori, notamment que l’école est le seul vrai levier social et qu’un travail salarié est loin d’être confortable. Devenu ingénieur, dans la maintenance aéronautique, il ne tarda pas à s’ennuyer de tâches répétitives. Pour fuir la routine, il s’est lancé dans sa propre affaire, au secours de son père, apiculteur, qui se plaignait de la perte d’abeilles. Il créa ainsi un système d’aération des abeilles... De là à la création d’Iris Tech pour les relevés de données dans les ruches, et le tour était rapidement joué. Soutenu par des programmes de financement, il a intégré les technologies dans l’agriculture. Les Prix et récompenses n’ont pas tardé, a-t-il assuré avant d’indiquer à l’endroit de ses alter ego et de jeunes hésitants que l’idée n’est pas le plus important dans la création d’entreprises. De son avis, le maillon fort c’est l’entrepreneur et son réseau, mais aussi ses financiers. Enfin, il a balayé d’un revers demain le travail laborieux, défendant que les efforts ne sont pas proportionnels aux résultats, qu’il n’y a pas de secret pour la réussite, mais bien des voies pour échouer, sans occulter l’importance du mentorat et de l’accompagnement. 

De nécessaires tremplins

Dans la plénière suivante et relative à «Propulser les entreprises pour la création de valeur», Tony Bury, PDG de Mowgli Foundation, a salué l’apport conséquent des entrepreneurs qui génèrent 95% des fonds du mécénat. Sachant que l’écosystème de l’entreprise repose sur 4 piliers, à savoir environnement, capital humain, finance et infrastructure, il s’est demandé «qui est cet entrepreneur sans mentor?», pour répondre : «Aucun. De Bill Gates, à Mark Zuckerberg en passant par Steve Jobs... tous en ont bénéficié». Il a ajouté : «Lorsque vous êtes dans une tempête d’échecs, vous avez besoin d’aide. Il faut un mentor pour soutenir et anticiper... Il vous dit la vérité, pas nécessairement ce que vous avez envie d’entendre, vous aide à réduire les risques... À la différence d’un coach, le mentor apporte un soutien et n’est pas seulement dans la recherche de performances.» 
Quant à Tomi Davies, président d’Africa Business Angels Network, il a fait allusion au déficit postcolonial de formation et d’inadéquation qui persiste. «Le système d’antan n’est plus valable. Aujourd’hui, nos défis et enjeux appellent d’autres types de formations à mettre en place». En termes d’investissements, il a déploré que les décaissements soient loin des besoins et que fort heureusement les réseaux de Business Angels viennent combler ce gap. Dans un continent jeune et où les opportunités ne manquent pas, le président d’Africa Business Angels Network conseille aux investisseurs d’inscrire l’Afrique dans leurs tablettes. Tout en défendant la poursuite des relations de coopération avec l’Europe, dans un contexte marqué par la mondialisation, il a estimé que l’anglais, devenu langue du business, ne doit pas être négligé. 
Ce fut au tour de Mondher Khanfir, PDG WikiLeaks Start-up (Tunisie), d’aller dans le même sillage que ses prédécesseurs, annonçant : «Nous nous sommes rendu compte que la Tunisie n’était pas un terrain adéquat pour l’innovation». Lui qui est à la tête d’une vingtaine de start-up, pour 40 millions de dinars, appelle une nouvelle dynamique dans un pays qui dispose de beaucoup de chercheurs. Estimant que la façon de créer de la valeur a changé, vu que juste avec un téléphone portable, il est possible de créer sa propre affaire. Il a indiqué que la technologie ne suffit pas. Ce patron tunisien trouve qu’il faut un contexte, de la réactivité des gouvernements... il s’est félicité que le contexte actuel dans son pays s’y prête... En phase avec les intervenants qui l’ont précédé, Mondher Khanfir a noté qu’aujourd’hui, c’est lorsqu’on est encore à l’école qu’on crée son entreprise et que face à un gisement de croissance pour les entreprises existantes, il est nécessaire de mentorer les jeunes créateurs de start-up. 
Zakaria Fahim, président de Hub Africa, reviendra brièvement sur son parcours d’entrepreneur, entamé en 2001, jusqu’à sa position actuelle qu’il cumule avec sa fonction de président de l’Union des autoentrepreneurs du Maroc, Bidaya, en passant par son passage au CJD, dont un Franco-Marocain était à l’origine de la création. Celui qui défend partout que «l’entreprise doit être au service de l’homme...» lutte pour que l’auto-entrepreneur et l’entrepreneur tout court s’épanouissent. Dans son pays, un texte de loi formalisant et statuant l’auto-entrepreneur lui donne raison. Mais face à un second étage de la fusée qui reste absent ou peu présent, il appelle au crowdfunding qui à son tour est en train d’être légalisé (textes de loi en cours). Dans un continent où l’informel couvre jusqu’à 90% du tissu économique, «peut-on occulter cet aspect du paysage économique?», s’est-il interrogé. Aussi, dans un monde globalisé, il appelle la Triangulaire, sachant que la langue reste déterminante. Enfin, le président de Hub Africa s’est félicité que son pays devienne premier centre financier en Afrique, devant l’Afrique du Sud. 
Dans l’audience, le Pr Adel Ben Youssef fera remarquer que dans l’accompagnement des entreprises, il ne faut pas perdre de vue que l’Afrique est plurielle et que l’entrepreneuriat doit être inculqué en amont, entre 0 et 5 ans. Une autre idée partagée, celle ayant trait aux TPE et autres PME-PMI de 5 à 7 employés, qu’il ne faut pas ignorer, faisant l’analogie à Bill Gates et Steve Jobs qui ont créé Microsoft et Apple... 
Des interventions suivies d’utiles retours d’expériences, notamment des patrons d’Autrement (France) et de NCA Rouiba (Algérie), et de conclusions, entre autres, de Louis Aloccio, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille Provence, qui sont en phase avec les autres thématiques de la Semaine économique. Une 10ème édition qui réunit plus de 20 événements animés par plus de 300 intervenants, venant de plus de 20 pays, autour du numérique en Méditerranée.

Par Daouda Mbaye - Source de l'article Les Afriques

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