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mercredi 14 décembre 2016

La Méditerranée, carrefour maritime de civilisations

Dès le XVIème siècle, la mer Méditerranée est convoitée par deux puissances dominantes : l'empire ottoman et les Espagnols. C’est aussi une zone d’échanges culturels et de commerce.


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Le monde méditerranéen connaît à l’époque moderne des mutations profondes, qui modifient durablement la carte politique de la Mer Intérieure. La Méditerranée orientale et centrale voit la spectaculaire expansion de l’Empire ottoman, aux XVe et XVIe siècles, au détriment de l’Empire byzantin, des possessions vénitiennes et de l’Égypte mamelouke. Au milieu du xvie siècle, sous le règne du puissant sultan Soliman, l’Empire ottoman s’étend de la Mer noire à Alger, jusqu’à l’Europe orientale et à la Mer Rouge. Parallèlement, en Méditerranée occidentale, on assiste à la progressive affirmation de l’Espagne, à la faveur des guerres d’Italie (1494-1559) : le Royaume de Naples, la Sardaigne et la Sicile sont sous la domination des Espagnols, qui comptent de nombreux États alliés dans la péninsule. L’Espagne se projette également en Afrique du nord, dans les « présides » de Melilla, Oran ou encore Bougie.

La Mer Intérieure devient ainsi le théâtre d’affrontements de deux puissants empires, espagnol et ottoman, qui luttent au nom également d’une « guerre sainte » qui teinte leurs entreprises militaires : à la « Croisade » des Catholiques répond en effet la gaza ou le djihâd des Musulmans. Les armées navales espagnoles et turques s’affrontent dans de spectaculaires batailles navales à la Prévéza (1538), Djerba (1560), Lépante (1571), ou encore Tunis (1574).

Des grandes batailles d'escadre au « Corso »

Après les conflits des années 1570, ces affrontements prennent généralement la forme du corso, c’est-à-dire d’un brigandage maritime à la frontière de la guerre de course et de la piraterie. La Méditerranée – en particulier la Méditerranée occidentale – est une mer particulièrement dangereuse et risquée. Les corsaires catholiques et musulmans capturent les vaisseaux des puissances ennemies ou lancent des raids sur les littoraux pour razzier les populations côtières. Les capitales de ce corso méditerranéen sont Alger et Malte, Tunis et le port toscan de Livourne.

L’esclavage est par conséquent une composante essentielle de l’histoire sociale de la Méditerranée à l’époque moderne. Sur les quais, dans les bagnes d’Alger ou de Livourne, les esclaves et les galériens « turcs » ou chrétiens effectuent des travaux forcés. Toute une économie du recel des butins corsaires et de la rançon des captifs se met en place, organisée par des intermédiaires spécialisés (ordres rédempteurs, marchands privés) qui assurent les liaisons commerciales transméditerranéennes.

Des relations commerciales ininterrompues

Malgré les tensions entre Espagnols et Ottomans à leur apogée au xvie siècle, les relations diplomatiques et commerciales n’ont jamais été interrompues. Des puissances chrétiennes nouent en effet très tôt des relations avec le « Turc » pour permettre les échanges commerciaux. Venise est ainsi la première à entretenir des relations diplomatiques avec la Porte. La France du Roi Très Chrétien, puis l’Angleterre et les Provinces-Unies négocient directement avec Istanbul l’obtention de privilèges commerciaux. Les marchands en Méditerranée peuvent s’appuyer sur les « Capitulations » octroyées par le sultan ottoman pour commercer au Levant. Au début du xviie siècle, des traités de paix et de commerce noués avec les provinces ottomanes d’Afrique du nord permettent également de réguler les relations commerciales avec Alger, Tunis, puis Tripoli.

Des structures commerciales assurent la protection et l’activité des marchands et des marins (consulats, fondouks…) sur toutes les rives de la Méditerranée. Outre les compagnies de commerce anglaise, française et hollandaise, outre l’activité des marchands ottomans, des diasporas commerçantes, juive, arménienne et grecque, participent activement aux connexions économiques de la Méditerranée avec d’autres régions du monde, de l’Asie et de l’océan Indien jusqu’à l’espace atlantique.

Invités

Guillaume Calafat , spécialiste de l'histoire du commerce et de la navigation en Méditerranée à l'époque moderne

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Source de l'article RCF

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